Qu’est-ce que « l’unité dans la diversité » ?

 

 

A une époque où nous voyons des mouvements de populations importants d’un continent à l’autre, ou nous voyons des dizaines de milliers de réfugiés fuyant la guerre, les violences ou la misère économique, nous pouvons légitimement nous poser cette question de comprendre véritablement ce que veut dire « Unité dans la diversité ».

 

Cette devise, ce slogan pourrait –on dire, clamer haut et fort par l’Union Européenne pour montrer cette volonté d’unir tout un continent sous une même bannière a quelque chose de sincère et louable.

 

Unir en respectant la diversité de chaque pays, la langue, la culture, la façon de vivre, tout cela est une démarche humaniste que l’on ne peut qu’approuver.

 

C’est une pensée positive. Le problème c’est qu’elle ne reste qu’une « pensée » positive. Une pensée aussi positive soit-elle ne suffit pas à transformer le monde tel que nous le connaissons, c’est-à-dire assez disharmonieux et plutôt égoïste dans sa conception du partage des richesses.

D’ailleurs nous voyons ces dernières semaines la peur saisissant les populations européennes face au déferlement des réfugiés venant de Syrie, d’Irak ou bien d’autres pays défavorisés face au déroulement de l’histoire.

 

La Hongrie, en fait est le seul pays qui a le courage de dire tout haut ce que beaucoup de citoyens pensent, malheureusement,tout bas à travers l’Europe. Un réflexe identitaire face à la venue de gens parlant et vivant une autre culture, une autre religion. C’est vrai qu’il est compréhensible de ressentir un tel rejet, le monde musulman même par une minorité agissante, ces dernières années a tout fait pour instiller la peur dans l’esprit et le cœur de ceux qui pourtant étaient disposer à leur apporter un peu d’aide et de réconfort.

 

Pourtant cette peur pour son intégrité culturelle principalement reflète de façon criante la faiblesse même de la conscience nationale hongroise, et par ricochet des consciences européennes. Nous parlons de « conscience » ici pas de théories philosophiques prônant le retour à la France de Charles Martel, ni de voir les croisades ressurgir du passé ou de voir l’oriflamme d’une nouvelle Jeanne d’Arc voulant bouter hors de France les malheureux du monde.

D’ailleurs l’Europe chrétienne n’est-elle pas fondée sur l’amour du prochain ? « Aimons-nous les uns les autres » concept chrétien dont se targue la Hongrie et d’autres n’est-il donc plus d’actualité lorsque « l’autre » est différent ? Le Pape François a rappelé récemment le devoir d’humanité, de tolérance de respect comme fondement de la religion catholique. L’Amour du prochain prôné dans les églises, temples, mosquées  ou synagogues devient parfois extrêmement sélectif quand il s’agit de le mettre en application dans un désintéressement sincère et total.

Pourquoi avons-nous cette difficulté à véritablement accepter la diversité, à reconnaitre la différence chez autrui ? Pourquoi même lorsque nous semblons l’accepter, nous le faisons pleins d’arrières pensées et de méfiance ?

Jalousement nous nous présentons comme les garants de la culture occidentale, que dis-je de la vérité unique de la culture occidentale, face aux hordes venant d’ailleurs .Un peu comme l’ancienne Rome face aux Huns d’Attila !

Sous couvert de la défense de nos racines culturelles, nous nous permettons tous les excès, tous les jugements de valeur. Les autres nous sont inférieurs, qu’ils le restent donc !

Alors pourquoi ces pensées de peur, anxiogène au possible ? Pourquoi dans notre confort au quotidien nous ne voulons surtout pas être dérangés par la misère du monde ?

Parce que nous n’agissons pas de façon cohérente et ordonnée, notre conscience en est encore à un niveau d’activité et de compréhension entropique. Nous parlons, agissons à partir d’un domaine de conscience limité, à peine 15% de notre potentiel parait-il. Nous ne sommes pas capables de percevoir que l’unité dans la diversité se vit, se gère d’à partir de ce domaine transcendantal qui lui se situe au-delà de toutes pensées. L’intellect qui juge, acquitte, condamne est érigé en outil suprême de la Connaissance, se donnant le droit le plus égotique du monde de refuser aux autres le droit à la différence, le droit d’aller chercher de l’aide pour alléger une souffrance devenue insupportable.

De cet intellect surgissent les dogmes, les théories mettant en petites cases ceux qui auront le droit à la manne d’un instant, à la rédemption de notre bon vouloir.

Notre culture, notre intégrité culturelle ne peut être glorifiée, sacralisée sur le dos de la misère du monde. D’ailleurs ne pas vouloir aider son prochain est déjà un aveu d’impuissance terrible d’une culture qui se voudrait être celle des « Lumières ». L’intellect montre une fois de plus son emprise sur un égo collectif, refusant de lâcher prise. Cet outil du mental, qui pourrait être transcendé afin d’éclairer de sa vérité unifiée, utilise toutes les petites combines pour préserver l’égo individuel qui ne veut aider son prochain qu’en cas d’extrême nécessité.

 

L’évolution positive d’une culture  c’est le contraire de la fermeture des frontières d’un pays, le contraire de la fermeture de l’esprit. C’est un gage de croissance dans le respect à la différence dans l’unité de vivre ensemble pour la préservation d’un bien commun qui est notre humanité.

Notre monde, nos intellectuels, les citoyens doivent apprendre à différencier ce qu’est l’évolution de la conscience et sortir de l’émotionnel érigé en mode de fonctionnement à tous les niveaux de la société.

 

Il est temps que nous apprenions à transcender nos peurs, nos intolérances….Nous n’en sommes pas si loin. Encore un petit effort et bientôt nous serons capables de comprendre le sens qui se situe au-delà des mots.

 

« L’unité dans la diversité » n’est pas un dogme, une parole en l’air. C’est une réalité qui ne pourra fonctionner que par le développement de la conscience individuelle et collective de chaque nation reconnaissant ainsi sa nature invincible. La véritable invincibilité de chaque nation passe par la nécessaire croissance de la conscience qui n’est pas limité aux jeux du mental et de l’égo.

 

Nous devons sortir des sentiers battus, revoir nos modes de fonctionnement. Amonceler des rapports sur « l’Islam de France » le « communautarisme » « le mal être dans les cités » ne changera pas la société. En agissant au niveau unique de la pensée, nous favorisons l’incohérence, l’entropie, la dispersion. La diversité ne peut être unifiée par la pensée aussitôt positive soit-elle. D’ailleurs si c’était le cas nous le saurions depuis longtemps et le mode ne serait pas dans l’état semi comateux ou il se trouve pour l’instant.

 

Malraux disait “Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas.”

 

Nous devons réapprendre à transcender.

 

Nous y sommes.

 

 

 

 

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© Philippe Chauvancy