Autobiographie d'un broker devenu apprenti yogi
Autobiographie d'un broker devenu apprenti yogi 

Voyages de luxe et finances climatiques

Pour moi c’était une bonne chose. Je voulais changer un peu.je n’avais plus le feu sacré depuis quelques temps. La Nature aidant je fus nommé Directeur du marketing en 1996. En clair j’allais voyager à travers le monde juste pour dire bonjour et serrer des mains, un peu comme un politicien professionnel. J’étais payer pour entretenir les bonnes relations avec nos correspondants à travers l’Europe ou ailleurs. Saisir des opportunités si possibles. L’ouverture d’une filiale à Beyrouth fut pressentie. Des anciens clients à moi, libanais, cherchaient à ouvrir une maison de courtage au Liban. On échangeait un peu nos idées. Rendez vous fut pris. Je partais à Beyrouth en 1996 pour une semaine rencontrer le gratin de la finance du Moyen-Orient.

Tout d’abord mon voyage de New-York à Beyrouth passait par une escale à Paris ou je prenais un vol de la compagnie libanaise MEA. Etant le seul occidental dans l’avion, j’étais au petit soin avec le personnel féminin visiblement choisit pour ses attraits. J’arrivais à Beyrouth. C’était toujours l’ancien aéroport couvert des stigmates de la guerre civile.

La famille de mon épouse qui ne me connaissait pas avait été prévenu de mon arrivée. Je fus accueilli comme un prince des milles et une nuit. Tout le monde m’attendait en plusieurs voitures pour m’accompagner à mon hôtel, le Marriott qui venait juste d’ouvrir dans Beyrouth- ouest. Sur la route je pouvais voir encore déambuler dans la rue des jeunes hommes avec leurs armes de guerre. Ce n’était ni inquiétant, ni rassurant.

Pendant cette semaine un grand congrès de traders et brokers du Moyen-Orient était organisé à Beyrouth, j’étais le seul occidental présent avec un hollandais analyste de la banque Amro. Nous venions étudier la possibilité d’ouvrir des filiales au Liban. Nous étions clairement la bienvenue avec un traitement de faveur comme les libanais savaient le faire.

Mon ami banquier et ex client m’emmenait souvent dans un restaurant dans le centre de Beyrouth qui s’appelait le Rétro. Il m’expliquait que cet endroit était réputé car beaucoup de femmes libanaises venaient s’y retrouver pour partager les potins de la haute société locale.

La première visite fut assez amusante. Nous arrivions assez tôt. Il n’y avait personne. Trente minutes plus tard, nous étions les deux seules personnes du sexe masculin sujets de tous les regards de ces dames, et de leurs commentaires. Mon ami riait de bon cœur car il entendait ces femmes parler en arabe décrire comment elles aimeraient bien passer à la casserole cet occidental blond aux yeux bleus. Ce profil d’homme n’était pas une denrée courante à Beyrouth. Puis lorsque nous marchions dans la rue nous étions automatiquement suivis par de petits attroupements qui visiblement s’amusaient de me voir ici. J’étais une petite attraction. Un soir une grande fête était organisée dans le souk de Beyrouth qui avait été entièrement reconstruit et rénové. Tout le long des trottoirs des grandes tables étaient aménagés avec des mets tous plus délicieux les uns que les autres. Je retrouvais des amis banquiers libanais à certains endroits pour partager un café libanais bien serré. C’était une ambiance féérique.

Lorsque j’étais libre de mes engagements professionnels la famille de mon épouse prenait le relais. Ils vivaient dans le quartier Chrétien. Le soir nous partions dans la montagne libanaise diner dans des petits restaurants. Toute la famille ne savait plus quoi faire pour me faire plaisir. L’hospitalité libanaise à son pinacle.

Lors de ce voyage, le PDG de notre société décidait de me rejoindre. Il voulait sentir par lui-même si le Liban était une place d’avenir pour investir. Nous l’emmenions visiter plusieurs banques. Il avait un discours préventif bien rodé. A chaque meeting il insistait lourdement sur le fait que notre société ne payait pas de commission occultes, était totalement transparente. Mon ami libanais entendant ce discours me dit au cours d’un de ces meetings dans son excellent français, « Mais il fait quoi ton boss là ? il veut tuer le business ». Il faisait ce commentaire devant le gouverneur de la banque centrale du Liban qui parlait très bien le français. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire. Le gouverneur se contenta lui aussi de sourire. Mon PDG n’avait pas compris. Heureusement.

 

 

Après un cocktail dinatoire au centre de Beyrouth, il devait être deux ou trois heures du matin, nous décidions avec mon nouvel ami batave de rentrer à l’hôtel. Nous étions logés au même palace. Sur la route notre taxi s’arrêta, il venait de crever. Nous voyons au loin arriver un camion militaire. Le Liban est encore occupé par l’armée syrienne à cette époque. Les soldats syriens descendent de leur camion. Ils sont assez nonchalants. Dire que j’étais très à l’aise serait mentir. Après tout le liban était toujours occupé par l'armée syrienne une tension était toujours un peu palpable. Les soldats commencèrent à discuter avec notre chauffeur. Probablement demandant ce qui se passait. Après une courte explication, l’évidence de notre pneu crevé prouvant la nécessité notre arrêt impromptu, les soldats décidèrent de nous donner un petit coup de main aidant le chauffeur à changer la roue. C’était plutôt sympathique. Ils parlaient quelques mots d’anglais. On arrivait à communiquer. Nous les remercions. Mon compagnon hollandais leur offrit quelques paquets de cigarettes. Nous repartions après quelques minutes. Notre chauffeur de taxi nous avouait que lui aussi n’était pas très rassuré quand il avait vu le camion militaire s’arrêté. Nous étions bien heureux dans rentrer à notre hôtel.

Je restai à Beyrouth pour visiter des bureaux. Il nous fallait un immeuble moderne, assez central. Pas trop cher. Rien n’était décidé. Nous devions encore rencontrer des acteurs économiques influents dans la région. C’était la fête tous les jours. Je dois dire que les libanais sont des personnes hautement sympathiques. Quant à la gente féminine, c’était tout simplement un régal pour les yeux. Un soir en parlant à mon épouse au téléphone je lui disais que mes yeux se retournaient dans la tête à chaque coin de rue en observant toutes ces jolies femmes. Elle me répondit du tac au tac comme un trader savait le faire, « là-bas tu te prends pour Brad Pitt, attends de revenir ici et tu verras que tu n’as rien d’extraordinaire ». Ça refroidissait. C’était dit avec humour. Elle était elle-même très jolie.

Comme je voyageais toujours seul, j’avais une grande liberté d’action et d’organisation. J’avait ma routine bien établie. Je me levais tranquillement, lorsqu’il y avait une salle de gym dans l’hôtel ,j’en profitais. Puis méditation. Dans mon hôtel à Beyrouth il y avait une piscine. C’était parfait. J’emplissais mon carnet d’adresse, créais des nouveaux contacts.

En rentrant du Liban, je faisais une tournée Européenne en commençant par Rome. J’adorais cette ville. Je m’arrangeais pour y passer le weekend pour la visitée. Ma première rencontre fut très assez originale. J’avais rendez-vous avec une petite société de courtage italienne. Un peu spécialisée sur un marché de niche, un petit créneau lucratif. J’arrivais tranquillement. On m’ouvrait la porte. C’était un petit appartement aménagé en salle de marché de poche. Au bout du bureau trônait le directeur général, une soixantaine d’année. Les brokers autour de lui étaient uniquement des jeunes et jolies italiennes, entre 23 et 30 ans. Un seul broker de sexe masculin était au milieu, visiblement très heureux de sa condition d’unique mâle, sans compter le directeur bien sûr. Le jeune broker m’emmenait déjeuner. J’étais un peu intrigué. Cette petite équipe féminine au demeurant hyper sympathique autour de ce Monsieur faisait un peu anachronique. Il m’expliquait que ces jeunes femmes étaient la plupart des filles de voisins vivant dans le quartier du directeur général. Elles n’avaient pas fait d’études. Il leur offrait un travail. Lui était le seul élément masculin qui avait une expérience professionnelle dans le métier. Le directeur général aimait bien être entouré de jeunes et jolies femmes. De nos jours je ne suis pas si sûr que cette logique d’embauche serait très appréciée.

Ces jeunes italiennes parlaient beaucoup. C’était assez bruyant dans ce petit appartement. Plus de bruits que dans une salle de 150 brokers. Bonne ambiance. Un peu le parrain avec ses ouailles.

Ce weekend-là visitant Rome, je faisais une rencontre distante, brève mais significative.  Je me promenais sur la place Saint Marc. Il faisait très beau. Un groupe de pèlerins polonais déambulaient sur la place avec des drapeaux polonais. Je me trouvais mélangé au groupe un peu par hasard. Tout d’un coup une fenêtre en hauteur sur la droite s’ouvrit. Le Pape Jean-Paul 2 apparut faisant des signes à ses compatriotes. Après quelques minutes il bénissait notre petit groupe.  J’avais gagné mon entrée au paradis. Mes nouveaux amis polonais étaient bien entendu en état de grâce.

Après Rome c’était Milan. J’y passais rapidement visiter un correspondant. Je devais ensuite repartir pour Varsovie.

C’était mon premier voyage en Pologne. Je rendais visite à mon ami Guy qui avait quitté New York. Il était devenu le trésorier de sa banque pour les pays de l’Est. Il connaissait bien Varsovie me servant de guide. Un de ses collègues se joignait à nous. Après diner nous allions dans un bar juxtaposant une salle de réception. Nous entendions de la musique, des rires, des chansons. C’était un mariage. Tous les trois discrètement nous ouvrions la porte pour voir de quoi il en retournait. Un des invités nous voyant nous faisait des grands pour nous joindre à cette célébration. N’étant pas des timides nous acceptions cette invitation. Nous allions de table en table parlant un peu d’anglais, un peu de français, à tour de rôle, nous faisions danser la mariée. Ceci jusqu’à l’aube. Vraiment un bon moment.

Le lendemain je restais à Varsovie pour visiter la vieille ville qui avait été entièrement reconstruite à l’identique après la fin de la seconde guerre mondiale. Varsovie avait été rasée jusqu’à ses fondations par les nazis. En étudiant les plans encore existants dans les archives polonaises, le gouvernement avait fait reconstruire la ville historique. C’était magnifique. Le soir en rentrant dans ma chambre, je trouvais sous ma porte un papier avec un numéro de téléphone. J’appelais mon ami Guy lui demandant si c’était lui. Il ria m’expliquant que c’était probablement une call-girl qui cherchait un client. En 1996 la Pologne était encore très pauvre, beaucoup cherchait un moyen pour survivre. Je n’appelais pas ce numéro.

Après Varsovie je repartais sur paris ou j’allais rester une semaine. Comme d’habitude je faisais ma petite tournée gastronomique. Pourtant je commençais à m’ennuyer. Voyager avait ses avantages, surtout dans les conditions ou je les effectuais. Il me fallait commencer à envisager une autre alternative. Après Paris, ce fut Londres, Bruxelles, Oslo, Madrid, Lisbonne. Je traversais l’Europe en long et en large pendant trois semaines.

En rentrant à New-York, je rencontrais dans nos bureaux un nouveau broker. Il s’appelait Colt, diminutif de Colton. Il avait la cinquantaine. Un grand gaillard. Ancien joueur de football américain au collège, un vrai beau gabarit. Il était en train de créer un nouveau business pour notre compagnie. Les financiers n’étant jamais à court d’idées, un nouveau produit allait voir le jour sous l’impulsion qui allait devenir très célèbre. Il s’agissait d’Enron. Je sympathisais très vite avec lui. ON échangeait nos plaisanteries, il m’expliquait l’aspect technique de ce produit. On appelait ça un dérivé climatique. Oui un produit financier allait permettre de spéculer sur le climat.

En attendant, mes occupations au sein de ma compagnie était très limité. Je sentais bien que la direction souhaitait que je parte de moi-même. Il ne voulait pas non plus se fâcher avec moi car je connaissais beaucoup de monde dans le marché. Une fois de plus dans ma vie la Nature allait m’indiquer la voie à suivr

 

Pendant plusieurs mois, j’allais vivre au ralenti. Un peu comme si la Nature m’avait mis au repos. J’avais le sentiment d’être entre parenthèses. Je voyageais continuellement. Je retournais à Beyrouth sans vraiment de bonnes raisons c’était juste pour me balader. Personne ne contrôlait mon budget, ni même ma présence au bureau. J’entrais et sortais comme je le voulais. C’était une situation vraiment étrange. J’en profitais pour rentrer souvent chez moi de bonne heure. Ou bien j’allais au centre de Méditation Transcendantale plusieurs fois par semaine. J’allais visiter mon nouvel ami Colt dans son bureau situé au 4eme étage de notre immeuble. Nous avions un sens de l’humour assez similaire ; le courant passait très bien entre nous deux. Surtout je voulais comprendre un peu mieux ce nouveau marché des dérivés climatiques. Je trouvais assez fascinant que l’on puisse créer un marché financier sur le climat. Ma curiosité était véritablement piquée au vif.

Un autre de mes amis au sein de notre entreprise, Steve, vivait la même situation que moi. Il était plus âgé, en fin de carrière. Impossible de le licencier. Trop connu, trop respecter, la direction le laissait tranquille espérant qu’il parte de lui-même. D’autre part son fils travaillait encore au sein de l’entreprise avec succès. L’équipe de Steve avait été dissoute faute de combattants, le système électronique ayant annihiler son marché d’origine.

Nous allions souvent déjeuner ensemble. Nous allions nous promener à Manhattan. Nous étions devenus des touristes très bien rémunérés. Je savais que ça ne durerait pas une éternité. Simplement il fallait prendre les choses comme elles venaient. Inutile de s’énerver. Mon épouse avait toujours un emploi des plus rémunérateurs. Moi-même sans bénéficier de primes, je gardais un salaire très confortable. Il n’y avait pas le feu.

Un soir je décidais d’aller méditer au centre de Méditation. La présidente du centre était devenue une amie ; je venais souvent. Je faisais régulièrement des donations au centre ; Nous papotions de temps à autres. Ce soir là je lui expliquais que je commençais à être un peu lassé de mon emploi actuel. Je voulais aller ailleurs, faire autre chose, simplement je ne savais pas trop quoi pour l’instant. Elle eut cette impulsion assez soudaine de partager avec moi une information. Elle connaissait le PDG d’une entreprise de courtage sur lies produits financiers liés particulièrement au pétrole. Elle avait entendu récemment en discutant avec des personnes au centre, qu’il souhaitait se diversifier en créant de nouvelles lignes de produits à offrir à ses clients. Je lui faisias part de mon intérêt. Elle promettait de l’appeler pour lui parler de moi. Steve, puisque c’était aussi son prénom, me contacta quelques jours plus tard. On discutait un peu, me demanda quels produits financiers je pourrai éventuellement créer ou apporter à ses clients. Je n’étais pas du tout dans le marché de l’énergie. Ma connaissance était très limitée dans ce domaine. Cependant nous avions une connivence dès notre première conversation ; Nous méditions tous les deux depuis très longtemps. Son associé aussi. Ils étaient professeurs de Méditation transcendantale en même temps que leur profession de courtiers professionnels. Nous trouvions tout de suite un terrain d’entente. Lui comme moi voulions explorer différentes possibilités. Nous souhaitions aboutir à quelque chose sans réellement savoir comment.

Je me demandais comment j’allais pouvoir apporter un plus à cette compagnie. Je devais confiance à mon intuition. Je pressentais que c’était le chemin à suivre. Aller travailler dans un univers différent, moins stressant. Comme d’habitude, la patience et la détermination sereine allaient créer la situation parfaite pour quitter mon emploi actuel, commencer ailleurs, tout ça avec le maximum de bénéfices.

Je déambulais dans les couloirs de nos bureaux quant à la sortie de l’ascenseur je tombais nez à nez avec Colt. Il semblait être très en colère. Du haut de son mètre 95 et quelques cent trente kilos, il valait mieux l’approcher avec beaucoup de diplomatie quand il n’était pas content. Je l’invitais à aller manger un morceau au bar du coin. Pour discuter de son problème. Dans mon esprit je voulais utiliser cette occasion pour qu’il m’explique à fond son marché climatique. Colt aimait les bons vins et la bonne chère. Son petit point faible. Je commandais quelques bonnes bouteilles, vin rouge, vin blanc. Nous discutions tranquillement. Il m’expliqua qu’il en avait assez de l’entreprise ou nous étions. Il voulait aller ailleurs ou il pourrait développer son marché en toute quiétude. Mon intérêt était piqué au vif. Mon nouvel ami Steve cherchait à développer une nouvelle gamme de produits financiers. Le dérivé climatique entrait tout à fait dans ce schéma de développement. Je testais Colt, lui disant de ne rien faire avant de m’en parler car moi aussi je voulais changer d’air. Je pouvais être en mesure de lui faire une proposition des plus alléchantes très rapidement. J’appelais Steve et son associé Kerry. Je leur expliquais que je pouvais leur amener l’unique broker du marché climatique à New -York. Il était nécessaire de discuter de mon contrat rapidement. Ils étaient d’accord. Pour finaliser notre accord, Steve qui vivait dans le Wyoming m’envoya un billet d’avion pour Jackson Hole station de ski réputée dans cet état américain. Sa maison était magnifique. Il avait une résidence de 700 mètres carrés. Son bureau était immense car passionné de basket-ball, ayant lui-même le physique d’un basketteur, il s’amusait durant la journée à lancer des ballons dans le panier de basket qu’il avait fait installer sur le mur. Il avait une vue imprenable sur la montagne. Nous organisions un conférence call avec son associé Kerry qui par la suite prendrait le relais. Nous tombions d’accord sur un contrat, je pourrai commencer à ma convenance. Je ne reverrai quasiment plus jamais Steve par la suite. Il était l’aspect administrateur de la société, Kerry le commercial.

Maintenant je devais quitter mon employeur avec le maximum d’avantages. A vrai dire depuis un bon moment j’avais tout fait pour me faire licencier. J’arrivais le matin à 10 heures. J’étais le plus souvent en T-shirt et Bluejeans. Je n’allais jamais au meeting. Je partais tôt le soir.

 

Après quelques semaines de ce petit manège, notre PDG me convoqua. Il me faisait le petit discours classique, Philippe nous te remercions pour tout ce que tu as fait pour nous, mais nous pensons qu’il serait temps de se séparer. J’allais garder un très bon souvenir de cet endroit. J’en avais bien profité. L’occasion se présentait pour tourner une nouvelle page. J’avais mon nouveau contrat en poche je m’en moquais. Il me proposait 6 mois de salaires de compensation. C’était parfait. En revanche, la coutume était de verser cette somme mensuellement. Si par hasard, l’employé licencié trouvait un nouvel emploi, le versement s’arrêtait. Je ne voulais pas. Il me fallait un chèque de suite. Je le remerciais de son offre très généreuse, dans la foulée, lui demandant quand je pourrai venir chercher mon chèque pour la totalité du montant à percevoir. Sans vraiment comprendre pourquoi, il me répondit « tu auras ton chèque cet après-midi, passe me voir et tu l’auras. » Je n’en croyais pas mes oreilles. La Nature était trop bonne. Dès 14 heures je me ruais au bureau de peur qu’il ne change d’avis. Non tout allait bien je pris mon dû, environ $50000. Je sortais pour le déposer à la banque.

D’autre part dans ce genre de situation, l’employeur faisait signer un document interdisant au partant de débaucher des anciens collègues pour aller travailler éventuellement chez un concurrent. La Nature faisant encore bien son travail, ils oubliaient de me faire signer ce document. J’étais libre de mes mouvements pour mettre mon plan à exécution.

N’ayant plus d’obstacle légal il était nécessaire de récupérer Colt. Je l’appelais dans la foulée l’invitant à me rejoindre tout de suite au bar. Il savait pourquoi Il arrivait rapidement. Je lui donnais le numéro de téléphone de Steve qui était prévenu du processus en cours. Colt l’appelait. Ils discutèrent très longuement sur les différentes modalités du contrat proposé à Colt. Il réservait sa réponse pour le lendemain.

En fait il fallut presque une semaine pour finaliser le contrat de Colt. Sans tarder lui-même débaucha son jeune collaborateur pour le rejoindre. Notre ancien employeur était furieux ayant le sentiment d’avoir été un peu dupé. C’était vrai.

Une nouvelle aventure commençait pour nous trois. Nous étions début 1998. Ma parenthèse de globe-trotter de luxe se fermait.

Le principe de gestion de notre nouvel employeur était très simple. Nous pouvions travailler de l’endroit ou voulions. La société de Steve était divisée en petits groupes de courtiers travaillant dans des lieux géographiques différents en fonction de leurs lieux d’habitation.

Nous trouvions un bureau dans le New- Jersey, assez facile d’accès par la route ou les transports en commun. Mon rôle était le développement commercial et accessoirement aider en cas de grande activité à gérer le flot de transaction. Mais déjà depuis quelques années je m’étais éloigné du côté transactionnel, j’étais passé à autre chose.

De plus ce nouveau marché climatique demandait un grand travail de recherche. Nous avions besoin de documentation. Il nous fallait démarcher le marché européen. Nous avions un réel rôle d’éducateur auprès de professionnels du marché en quête de nouvelles opportunités. Notre client principal était Enron. Il était le promoteur, le créateur de ce marché. Nous n’étions pas seulement son courtier. Nous étions son allié. Son marketer.

Il ne faut réellement jamais avoir peur du changement. L’égo, le mental pesant sur les aléas de notre vie peuvent habilement nous faire renoncer à tous désirs d’explorer de nouveaux horizons. La peur du changement c’est aussi nous pousser à vouloir retourner à de vieux schémas de routine de vie. En acceptant le défi du changement, j’avais à chaque fois ce sentiment de bousculer tous les concepts, toutes ces choses que je croyais savoir. En changeant mes habitudes, acceptant les risques, je me sentais plus libre. Je me libérais de tout un système de croyance. Les doutes disparaissaient, les peurs aussi. L’énergie de mon intuition et de mon cœur me dirigeait vers ce qui devrait être forcément le mieux pour mon évolution intérieure et donc matérielle, les deux étant infiniment corrélées.

Nous étions trois brokers à nous lancer dans cette nouvelle aventure. Deux chevronnés, Colton et moi. Un plus jeune Pete en âge mais ayant déjà une bonne expérience sur ce marché. C’était son premier emploi. Il connaissait tous les participants potentiels et existants. Il avait eu temps de se former sur ce produit dès son lancement. Il était très technique et remarquablement efficace. Avec notre petite équipe nous allions offrir un moyen de gérer le risque climatique auprès de nombreuses entreprises. Il nous fallait tout entreprendre, tout mettre en place, tout expliquer à nos clients potentiels. Tout ceci devait être mis en place rapidement car nos revenus dépendraient des commissions gagnées auprès de nos clients. Nous allions bénéficier d’un pourcentage important sur chacune d’entre elles, notre salaire de base était limité au plus bas. Sauf le mien. Car étant plus un marketer qu’un broker en titre, j’étais assez confortable. J’avais obtenu un salaire de $120000 par an. C’était un choix. Steve et Kerry m’avaient proposé deux alternatives. Ou bien un salaire de base réduit au minimum avec des primes très importantes. Ou bien un salaire élevé avec des primes plus faibles. J’avais opté pour la première proposition. Devant faire du marketing, je n’aurai pas eu la possibilité de développer mon propre réseau de clientèle. D’autre part, je voulais éviter au maximum de rentrer de nouveau dans une logique d’intervenant sur le marché. J’avais déjà donné. Pour moi n’importe quel produit pouvait se vendre ou s’acheter. Le faire avec des devises ou des températures s’apparentaient à faire la même chose. Le développement commercial m’intéressait le plus.

En quelques mots le principe consistait à calculer le froid ou la chaleur pouvant occlure durant l’année sur des secteurs géographiques très précis. Pour notre marché l’année était arbitrairement divisée en deux saisons. La saison froide et la saison chaude. La première démarrait en Novembre pour finir en Avril. La saison chaude d’avril jusqu’en Novembre. Il fallait prendre les données météorologiques officiels de différentes stations de mesure des températures à travers les Etats-Unis. On prenait des données jusqu’à une trentaine d’année d’historique pour calculer une moyenne et une prévision pour la saison à venir.  L’Amérique étant un grand pays, voire un continent, des variations d’une partie à l’autre du pays permettaient de se créer un portefeuille de gestion du risque sur tout le pays. Qui pouvait être intéressé ? Des sociétés productrices d’énergie. Une prévision d’un hiver plus doux que d’ordinaire voudrait dire moins de vente d’électricité ou de gaz naturel. Pour une société vendant des sodas, un été plus frais voudrait dire moins de vente de boissons fraiches. Ce risque réel devrait pouvoir aider ces entreprises à prévoir pertes ou gains éventuels sur une saison.

Ceci est une explication courte et simplifiée des possibilités que pouvaient offrir ce produit. Il y avait d’autres possibilités plus techniques, sur le nombre de centimètres de neige tombée sur une station de sport d’hiver, l’intensité du vent pour gérer la production d’électricité générer par des éoliennes. Tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à un risque climatique.

Nous commencions avec Enron comme principal intervenant. Cette maison de trading était considérée comme étant le fleuron de l’industrie du marché de l’énergie aux Etats-Unis. Contrairement à l’Europe qui allait suivre quelques années plus tard dans une moindre mesure, l’Amérique avait décidé de déréglementer la vente ou l’achat de l’électricité. Ce n’était pas l’état qui fixait les prix mais la loi de l’offre et de la demande, c’est-à-dire le marché. Enron avait une équipe constituée assez impressionnante pour gérer ce nouveau portefeuille financier. Neuf météorologistes professionnels, une dizaine de traders, un suivi technique et administratif d’une trentaine de collaborateurs. C’était une véritable usine à gaz en quelque sorte. Cette unité opérationnelle était basée à Houston.

Enron avait une façon très particulière de se faire connaitre sur les marchés internationaux. Ils disposaient d’une équipe chargée de la communication d’une réactivité optimale. Chaque opération réalisée sur le marché climatique qu’elle soit importante ou totalement insignifiante était tout de suite annoncé par communiqué de presse auprès des médias spécialisés dans la finance. Que ce soit les émissions télévisées, le Wall Street Journal, c’était sans discrimination, il fallait que le monde sache qu’Enron était à la pointe dans un nouveau marché.

Comme l’idée était tout de même un peu originale à savoir spéculer sur des conditions météorologiques favorables ou défavorables pour une situation économique donnée, il fallait convaincre des clients possibles. Aux Etats-Unis du fait d’une culture financière bien enracinée dans la population ce n’était pas un problème. Au contraire. Nous obtenions souvent des commentaires de personnes ravies de pouvoir s’impliquer sur marché différent, trouvant l’idée de placer leur argent sur de la météo tout simplement géniale. En revanche en Europe c’était une autre paire de manche. Je commençais à démarcher des institutions financières à Paris pour offrir nos services. Les premières réactions furent souvent assez amusantes. J’appelais les banques ou compagnies de trading pour me présenter. L’une d’entre elle plus particulièrement eut une réaction amusante. J’appelais ce cambiste qui m’avait été recommandé comme contact. Il décroche, je me présentais, en quelques mots lui expliquais que je suis basé aux Etats-Unis, et que nous allions offrir un produit pouvant gérer financièrement le risque climatique pour sa banque et surtout ses clients. Il éclatait de rire. Me répondait qu’il n’avait pas le temps pour ce genre de balivernes. Il pensait même que c’était un gag radiophonique. Etant du genre un peu têtu, je le rappelais. Rebelote, me raccrochait au nez toujours bon enfant. Ça le faisait beaucoup rire. Ne renonçant pas je le rappelais. Finalement sentant que ce n’était pas du tout une plaisanterie, il daignait m’accorder son attention. Au bout de quelques minutes, il m’expliquait qu’il trouvait assez intéressant, ajoutant qu’il n’y avait que des américains pour inventer un truc pareil. Il m’invitait à lui rendre visite lors de mon prochain voyage en Europe pour faire une présentation plus approfondie. Je faisais alors une tournée téléphonique de toutes les sociétés susceptibles de pouvoir se lancer sur ce nouveau marché. J’entendis cette réaction à maintes reprises. Parfois elles étaient amusées, d’autre fois pas du tout.

Il nous fallait aussi acheter des données météorologiques françaises. Nous devions nous procurer des historiques des stations françaises sur une trentaine d’années ou plus. Enron ou personne ne parlait français, m’avait demandé de le faire discrètement pour eux. Aux Etats-Unis ces données étaient gratuites. Pas en Europe. Cependant ce marché était totalement inconnu sur les marchés. Encore moins au service national français de météorologie. Je les appelais. Je leur expliquais que j’avais besoin de donnée historique sur un certain nombre de stations météos françaises car ma société faisait des études sur une nouveau marché climatique. Mon interlocuteur très sympathique était néanmoins pris de court. Surtout l’ampleur de ma commande était tout à fait inhabituelle. Je lui demandais le prix pour ces données. C’était quasiment gratuit.

Je contactais Enron qui s’empressait de faire sa petite liste d’emplettes. Nous passions commande. Je recevais quelques jours plus tard toutes les données commandées. Jusqu’ici rien d’extraordinaire. Sinon que quelques semaines plus tard, nous avions besoin d’autres données sur la France. Je rappelais Météo France, et là surprise, les prix avaient été multipliés par dix. Très avisés les commerciaux de l’entreprise nationale avaient effectué leur recherche, flairant le bon coup. Dès lors les prix ne cesseront de monter devenant même carrément prohibitifs.

Mon travail était beaucoup moins stressant. J’allais en Europe régulièrement rencontrer des nouveaux clients. Une association fut créée pour promouvoir notre activité. C’était l’« association pour la gestion du risque climatique ». J’étais élu comme premier président pour l’Europe. Il fallait organiser des conférences sur deux jours chaque année si possible dans des villes qui avaient vocations à nous accueillir car ayant déjà des compagnies impliquées dans ce marché. Je choisissais le lieu, recrutais des conférenciers. Nous avions engagé une société organisatrice d’évènements qui nous aidait à tout mettre sur pied. Nous commencions par Paris, puis Londres, Rome, Frankfort.

L’année où nous organisions notre congrès annuel à Londres Colt décida de venir. J’était très content car il était très drôle et sympathique. Très étonnamment ce grand gaillard était totalement perdu en voyageant à l’étranger. Il sortait rarement du New- Jersey ou il résidait, encore moins des Etats-Unis. Lorsque nous nous promenions dans Londres, je lui proposais de prendre le métro. Il regardait l’air effaré comme si je lui proposais d’aller dans la jungle au milieu d’animaux sauvages. C’était assez comique. Voyant mon air mi- amusé mi- étonné, il m’expliquait qu’il était très peu sorti des Etats-Unis durant sa vie. Pourtant travaillant sur les marchés financiers internationaux il avait été invité à de multiples reprises en dehors de son pays. Il déclinait à chaque fois. Jusqu’au jour ou son directeur général lui intimait l’ordre de se rendre à Londres pour rencontrer des clients. Il avait 35 ans à cette époque. Il n’avait pas de passeport.  Il n’en avait jamais eu. Je découvrais en discutant avec lui que beaucoup de citoyens américains voyageaient peu à l’étranger. Tout d’abord, les Etats-Unis étant un pays gigantesque, il n’était pas toujours utile dans leur esprit d’aller voir d’autres pays. L’éducation scolaire aux USA n’est pas basée sur un apprentissage minimum de la culture d’autres nations ni même de leur propre histoire. Je me rappelle qu’en discutant de temps en temps avec mes collaborateurs, je découvrais avec une certaine stupéfaction qu’ils ignoraient qui étaient La Fayette. Ils ne savaient pas que Milan était une ville italienne. Ils pensaient que le Maroc était en Asie. Pour eux cela n’avait aucune importance. A quoi cela servait il de connaitre d’autres cultures, langues étrangères ou l’histoire de leur nation ? Ils étaient intelligents, avaient suivi des études à l’université. Ce qui était primordial à leurs yeux devait se vérifier en dollars à la fin du mois. Le reste s’apparentait plus à une perte de temps et d’énergie. Colton avait été élevé et éduqué dans ce moule. Pour lui sortir des Etats-Unis, même en étant en Europe, signifiait quitter la civilisation.

Nous passions quelques jours à Londres, je le prenais par la main pour visiter un peu la ville. Le soir lorsque nous étions un peu libres, il cherchait avant tout un endroit très américanisé pour boire un verre. Un bar avec des écrans partout retransmettant du football américain ou du base Ball. Il avait besoin de se sentir rassuré. C’était plutôt amusant de voir son comportement.

Au début de notre activité, nous avions très peu de commissions. Il fallait lancer la machine.

Enron nous donna alors un sérieux coup de main. Leur équipe avait une façon très particulière de faire la promotion de ce nouveau marché. Lorsqu’elle entendait qu’une nouvelle compagnie commençait à investir dans ce marché, un de leur commerciaux nous le signalait. Nous appelions tout de suite ce nouveau client potentiel. Nous lui expliquions tout le fonctionnement et principes des transactions. Après quelques semaines d’éducation intensive, il commençait à indiquer sur le marché des propositions d’achat ou de vente sur des périodes hivernales sur certains secteurs météorologiques sensibles pour leur activité. Souvent leur proposition d’achat ou de vente n’était pas très réalistes. Ou bine ils voulaient acheter trop bas ou trop haut. Enron pour les inciter à se lancer sans avoir peur de s’impliquer décidait régulièrement de vendre ou acheter à perte à ses nouveaux entrants. La transaction effectuée leur service de presse appelait tout de suite les organes d’informations comme Reuters indiquant qu’une nouvelle société venait d’effectuer une transaction avec Enron, que ceci montrait une fois de plus que c’était un marché en expansion, qu’en Enron entendait continuer à développer ce business agressivement.

C’était rudement efficace. Les médias économiques suivaient de près ces nouveaux développements. Enron était la compagnie citée en exemple partout. Enron avait forcément trouvé le bon filon. De plus les intervenants qui à leur grande surprise voyaient leurs propositions d’achat et de vente clôturées avec des profits maximums étaient encouragés à persévérer. Enron créait petit à petit un vrai marché en acceptant des pertes relativement minimales car ils gagnaient beaucoup d’argent sur d’autres transactions effectuées en parallèle.

Je découvrais une nouvelle facette de la créativité du monde du trading. Créer un marché de toute pièce par de la communication bien gérée, des pertes minimales, une puissance de feu maximale.

De mon côté je démarchais quelques clients français qui se lançaient modestement mais régulièrement dans ce marché. Comme souvent ils n’avaient pas une mentalité de preneur de risque. Ils voulaient le beurre et l’argent du beurre. Au début il bénéficiait des largesses d’Enron. Ils en étaient ravis, bombaient un peu le torse, tout contents d’avoir joué un bon tour au roi Enron. Ça n’a pas duré très longtemps. Assez vite ils commencèrent à subir le market-making d’Enron qui imposait sa loi lentement mais surement.

Il y avait aussi des compagnies qui ont perdu énormément d’argent sur ce marché par leur propre faute. Comme par une sorte d’inconscience, l’une d’entre elles ne croyait pas au réchauffement climatique. Nous étions en 1998. Pourtant en étudiant les relevés météorologiques sur les 30 années précédents, n’importe quel profane pouvait constater qu’il y avait déjà un réchauffement assez net sur certaines régions des Etats-Unis. Ce n’était pas une coïncidence. C’était vérifiable à l’œil nu.

Cette société était suisse. Elle avait construit un logiciel d’analyse dans ce sens. Toutes ces cotations indiquaient clairement une volonté de voir tout réchauffement comme étant une anomalie passagère. Elle était la seule à le penser. Cette erreur d’appréciation se reflétait dans toutes ses propositions d’achats ou de ventes. C’était une aubaine pour tous les autres intervenants du marché. Car le reste du monde avait fait une analyse totalement à l’opposé de notre ami suisse. Les pertes de cette société basées sur sa mauvaise analyse, contraire à toute logique scientifique, son entêtement à la limite de l’irrationnel, s’élevèrent à 48 millions de dollars sur une année. Ses pertes allaient alimenter les caisses de tous les autres participants qui avaient eu la bonne idée de réaliser des transactions avec cette belle contrepartie.

 

Colton était un grand gaillard avec une résistance à l’alcool assez redoutable. Kerry, notre directeur général, partenaire et propriétaire de la société de courtage pour laquelle nous travaillions était du même gabarit. Ils commençaient tous les deux à prendre plaisir à se rencontrer de temps à autre pour se saouler allègrement. Ils commençaient toujours par une petite phrase du genre, » ok on prend un verre, mais vite fait ». Ça finissait à 1 h du matin, les deux ne pouvant à peine placer deux mots cohérents à la suite. Il m’arrivait de les accompagner dans leurs turpitudes. C’était très intéressant car je ne buvais plus ou quasiment plus d’alcool. Je pouvais alors observer au cours de la soirée le liquide coulant à flots les deux compères sombrer dans un nuage d’incohérence parfois très drôle. C’était quasiment une étude sociologique. Aussi en les regardant c’était un peu mon miroir. J’étais un peu consterné de penser que j’avais pu me comporter de la sorte à de nombreuses reprise. C’est ainsi qu’un de ces soirs, je les rejoignais dans leur lieu de rendez-vous favori. Un steak house réputé s’appelant Morton. Nous commencions à discuter de notre développement, de notre chiffre d’affaire qui devenait très conséquent, de choses et d’autres. Après quelques verres de vins californiens et déjà quelques heures de très longues discussions bien arrosées, Colton commanda une bouteille de porto sans vérifier le prix. Cela arrive souvent quand on perd un peu la notion du temps les vapeurs d’alcool atteignant le cerveau. Je les accompagnais car ‘est une boisson que j’apprécie particulièrement. Je prenais un petit verre. Après tout ce qu’ils avaient ingurgiter, le porto allait les achever non sans avoir un dénouement heureux pour moi.

Comme tout ivrogne heureux, ils commencèrent à discuter de mon travail, de mes performances. Colton qui m’aimait bien, suggéra à Kerry de m’augmenter. Il répondit positivement avec enthousiasme. Colton proposait une augmentation généreuse de $15000 par an. Cétait totalement imprévu. Kerry chaud bouillant décida et bien que ce n’était pas suffisant. Il décréta, il faut le récompenser, donnons-lui $25000 par an. Je les regardais amuser dans leur concours. Colt dans son élan approuva me serrant dans ses bras, Kerry aussi. Ce n’était pas fin. J’étais nommé dans la foulée directeur du développement avec une prime supplémentaire de mon augmentation accordée de $25000. Le résultat de cette soirée se terminait par une augmentation de $50000 pour ma pomme.

Il était temps de partir. Ils étaient incapables de conduire. Je les chaperonnais tous les deux commandant des limousines pour chacun. Dans une forme de prière Colt me demanda de régler l’addition du bar. Je regardais le total pensant à une erreur. $2200 de boissons. En lisant attentivement chaque ligne de l’addition, je constatais que la bouteille de porto seule coutait $1600. Je rigolais au fond de moi pensant à la tête qu’allait faire Colt le lendemain matin. Il faut savoir que dans ce milieu une règle absolue était de rigueur. On pouvait sortir, boire toute la nuit, faire ce que l’on voulait, mais c’était une obligation d’être présent à l’heure le lendemain. Colt ne faillit jamais à cette règle malgré des gueules de bois absolument mémorables.

En toute franchise, je me disais qu’l faudrait un miracle pour que ces deux compagnons de boisson puissent se rappeler de quoique ce soit le lendemain.

 

 

 

 

 

 

       

 

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© Philippe Chauvancy