Autobiographie d'un broker devenu apprenti yogi
Autobiographie d'un broker devenu apprenti yogi 

je rentre à paris ,je repars à new-york

Me voici rentrer à Paris début 1987. Nous avions trouvé un appartement dans le 17eme arrondissement pas très loin de la Place Vendôme ou j’allais travailler. J’avais signé mon contrat comme prévu avec la banque arabe que j’avais dragué pendant quelques temps par l’intermédiaire de mon ami chef cambiste. J’allais être maintenant le client parlant avec des brokers anglais. J’aurai aussi un broker français qui avait réussi à se créer un petit marché de niche sur le dollar Deutsch Mark sur la place de Paris. Un petit groupe sympathique avec lequel je travaillerai avec plaisir.

Dans notre équipe de cambistes nous étions quatre dont une femme qui avait été dans le métier depuis une bonne quinzaine d’années. Elle s’occuperait de notre clientèle et des opérations sur des devises un peu exotiques, celles qui étaient peu liquides sur le marché. Elle superviserait aussi des transactions un peu plus techniques comme par exemple des swaps. Il y avait Arthur qui traiterait le dollar contre franc, moi-même le dollar contre Deutsch mark. Notre rôle à Arthur et moi seraient de maintenir une présence continue sur le marché. Nous avions des limites d’exposition à respecter. Nous ne pouvions pas traiter plus de cinq millions de dollars à la fois, sauf ordre spécifique. En cas de non-respect de cette règle c’était une faute professionnelle passible de licenciement immédiat. Notre chef  lui prendrait en charge les positions de fond Une position de fond veut dire qu’il achèterait ou vendrait de temps en temps en fonction des nouvelles économiques du marché, de son intuition, des décisions de la direction générale des montants importants. Ces positions seraient gardées, surveillés jusqu’à un niveau d’achat ou de vente considérées comme suffisant pour réaliser un profit important. Le risque étant parallèlement de faire une perte importante. L’art d’être un bon trader, c’est de ne pas être têtu. Savoir prendre une perte ou un gain est la condition incontournable pour réaliser un gain important, ou limiter la casse.

 

 

C’était un peu le monde à l’envers pour moi. Le métier de trader est totalement différent. Quand on est trader on donne les ordres pour qu’ils soient exécutés avec pour unique responsabilité de gagner le plus d’argent possible. Le broker exécute, le trader décide. Je découvrais rapidement qu’être trader était beaucoup plus fatiguant qu’être broker. Le broker est fatigué physiquement à la fin de sa journée. Le trader lui est fatigué plus mentalement. C’est un job fonctionnant quasiment 24h sur 24h. Souvent un trader prend des positions la nuit qu’il confie à des correspondants en fonction des décalages horaires sur différentes places financières du monde. Ces ordres sont donnés à la clôture du marché parisien. S’ils sont exécutés il est appelé la nuit.

Me voici attaquant le marché plein pot. Les brokers aussi m’attendaient. Ils étaient curieux. Qui était cet ex-broker qui venait travailler dans une banque ? Allait-t-il travailler avec tout le monde ou bien privilégié ses anciens amis et collègues à Londres ? Surtout, chose primordiale, pour un broker, allait-t-il ajouter de la liquidité au marché, payant ainsi d’importantes commissions ?

Ma première journée allait se révéler comme étant une bonne tôle, ce qui veut dire que je perdais de l’argent. Pas beaucoup mais ça me refroidissait un peu. Les jours suivants je m’adaptais au marché. Je l'observais sous un nouveau jour.  Je sympathisais avec un courtier anglais. Il s’appelait Robin. Un vieux briscard. Mais on se comprenait bien. Je travaillais aussi avec le courtier français, afin de mettre un peu de liquidité sur le marché parisien qui était tout de même bien moribond. Ce serait une petite goutte d’eau mais question de principe je souhaitais aider la place parisienne.

Notre équipe tournais bien. Nous nous amusions énormément entre les transactions. Le soir nous sortions souvent tous ensemble. Des courtiers venaient nous rencontrer pour mieux nous connaitre. Ce n’était plus moi qui invitait mais qui serait l’invité. J’allais très bien m’y adapter.

Nous avions une filiale à New York à laquelle nous passions nos ordres le soir à la fermeture de notre marché. Au téléphone notre correspondante, Leila, est tordante. D’origine libanaise, des études au lycée français de Beyrouth, elle parlait le français mieux que nous. Sa voix était enjouée. Elle avait un humour à toute épreuve surtout avec des hommes de marché comme nous quelque peu bourrin sur les bords.

Nous ne l’avions pas vu physiquement pour l’instant. Cependant Arthur et moi faisions notre enquête auprès du personnel de la banque. Etait-elle jolie, telle était la question. Leila, elle aussi, qui n’était pas timide demande un jour à Arthur notre profil physique. Il lui disait sans rire, moi je suis plutôt Al Pacino, Philippe plutôt Robert Redford. La glace était brisée. Elle était morte de rire. Nous devions absolument nous rencontrer.

En même temps nous allions accueillir une jeune stagiaire plutôt assez mignonne qui travaillerait dans notre équipe. Il faut comprendre que notre chef est ce qu’on appelle vulgairement un queutar. Il a une très jolie femme. Arthur un peu cavaleur aussi. Moi pas vraiment mon couple vacillant depuis quelques temps j’étais néanmoins sensible à la tentation du moment. L’occasion faisait le larron.

Notre chef cambiste avait une véritable addiction pour toutes les femmes. Il aura deux maitresses dans la banque Nous serions ses complices pour cacher ses turpitudes. Voilà pour nous un mauvais karma pour complicité de ses mauvaises mœurs. La petite stagiaire ne cachait pas qu’elle s’intéressait à notre petite équipe. Avec mon chef nous faisions un pari. Le premier qui réussissait à la mettre dans son lit obtiendrait un gueuleton du perdant. Pour dire l’entière vérité sur ce pari, nous étions persuadés qu’elle n’avait jamais connu d’hommes pour l’instant. Il s’agissait de prouver notre bonne intuition. Nous nous étions donnés six mois pour conclure. L’âge respectif des concurrents était le suivant, 39 ans pour l’un, j’en avais29, Stéphane aussi. Notre supposée conquête à venir 21 ans. Elle se rendait vite compte du petit manège. Elle en était très flattée. Tous les coups étaient permis pour gagner le prix. Invitations au restaurant, cadeaux, fleurs tout y passe. Elle allait en profiter avec beaucoup d’intelligence et d’humour. Elle allait faire durer le plaisir car en fait elle s’amusait de notre petit jeu. De plus elle avait déjà décidé avec lequel elle souhaiterait conclure. Comme nous allons le voir, la nature va exaucer son désir

Arthur, lui, déclarait forfait car il avait rencontré une jeune et jolie jeune femme qui deviendra sa future compagne.  Moi pas encore, je restais encore partie prenante du challenge.  Je suis toujours marié. Mon mariage est très houleux, avec des tempêtes de force 10. Je ne me sens plus obligé vis-à-vis de mon épouse N’étant pas à priori un cavaleur, j’aimais bien flirter pour m’amuser. J’étais un allumeur en quelque sorte. Quelques mois plus tard la direction nous annonçait que Leila allait venir en stage six mois à Paris. Nous étions très impatients de faire sa connaissance.

Le grand jour arriva. Elle était tout simplement ravissante. Nous craquions pour la nouvelle venue car en plus elle était très drôle. Personnellement j’étais un peu plus distant. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être une intuition, un peu de timidité. Elle logeait à l’hôtel pas très loin de la banque. Comme elle était seule à Paris, elle voulait rencontrer du monde et profiter de la vie parisienne. Elle allait être servie.

Comme nous sortions souvent avec des brokers nous visitant, elle se joignait régulièrement à nous. Un soir, Robin, mon broker préféré de Londres venait à Paris. Il m’invitait à diner. Je proposais à Leila de se joindre à nous. Elle acceptait avec joie et nous voilà partis en vadrouille. Restaurant puis boite de nuit, nous nous amusions beaucoup. Robin draguant quelques françaises sur la piste de danse, Leila et moi-même en profitions entre deux verres de champagne pour faire plus ample connaissance.  Elle m’expliquait que sa famille chrétienne libanaise avait émigré aux Etats-Unis en 1978 pendant la guerre du Liban. Elle avait fait ses études à New York. A l’origine elle voulait être journaliste puis un jour, répondant à une petite annonce elle s’est retrouvée cambiste dans une banque. C’est un peu un raccourci, mais c’est l’idée générale.

Presque à l’aube, je la raccompagnais à son hôtel. Nous ne le savions pas encore, mais un petit déclic s’était déclenché.  Nous continuions à travailler tranquillement dans une ambiance assez décontractée. Nous ne gagnions pas beaucoup d’argent pour la banque. L'essentiel pour l'instant était de ne pas en perdre.

Quelques jours plus tard après notre soirée avec Robin, mon courtier anglais, Leila était rentrée à son hôtel plus tôt que d’habitude. Comme je n’avais pas envie de rentrer tout de suite chez moi, je l’appelais lui proposant de diner ensemble. Elle m’avait fait la confidence lors de notre soirée avec Robin qu’elle adorait les roses jaunes. J’allais chez un fleuriste près de la banque. Je prenais 11 roses jaunes, jamais de chiffre pair. Je partais à son hôtel sans vraiment savoir ce qui allait se passer, mais avec tout de même une petite idée derrière la tête. Je montais dans sa chambre. Je lui offrais les roses. Elle était ravie. On s’est regardé quelques secondes pas plus. Nous n’irons pas diner ce soir-là. Je resterai dans sa chambre jusqu’à l’aube. Notre histoire vient de commencer. Un nouveau chapitre de ma vie vient de commencer avec encore bien des aventures et des voyages.

Notre relation devenait de plus en plus évidente auprès de nos collègues. Comme tout le monde ou presque avait des aventures plus ou moins sérieuses, il y régnait une ambiance bon enfant. Le tout était de ne pas s’afficher en maintenant un minimum de discrétion.

Durant cette période à la banque je fus contacté par le trader d’une banque suisse. Avec beaucoup de circonvolutions, il m’expliquait qu’il y avait un moyen de gagner des montants considérables en utilisant un système pas très catholique. Il m’approchait car l’équipe de traders qui nous avait précédé, avait utilisé ses services. Ils avaient effectivement empoché plusieurs millions de dollars avec un stratagème simple mais efficace. Surtout leur trésorier, le responsable de la salle de tous les marchés existants dans la banque, prenait aussi sa dime. Donc aucune chance ou presque d’être pris la main dans le sac. Cette équipe partante avait démissionner de la banque après avoir réalisé un gros coup espérant pouvoir prendre une retraite anticipée. Le trader suisse pensait bien sûr que nous allions maintenir cette activité illicite. Je refusais catégoriquement. Connaissant les lois du karma, je savais que bien mal acquis ne profite jamais. D’ailleurs plus tard j’apprendrai que la plupart des membres de l’équipe qui était partie les poches pleines avait vécu des évènements très difficiles par la suite.

En revanche par ce biais je découvrais une facette de la banque que je ne connaissais pas. A cette époque il était facile pour un trader de voler la banque avec quasiment aucune chance de se faire prendre. De nombreuses fortunes se sont bâties de cette façon dans ce milieu. J’en ai connu quelques-uns. Cela faisait partie du jeu. Le marché n’avait pas encore des outils de contrôle suffisamment sophistiqués pour éviter les détournements à des fins personnelles. C’était un système très rémunérateur. Il suffisait d’avoir accès à un réseau. Je savais que dans les équipes de la banque, sur d’autres marchés, cette activité continuait.

Quelques années plus tard, j’appris que le trader suisse fut pris la main dans le sac. Il avait été licencié. Je ne pense pas qu’il se soit par la suite retrouvé dans la misère ayant accumulé durant des années des montants conséquents.

Notre chef cambiste, André, lui, s’activait avec ses maitresses. Nous avons vécu quelques moments mémorables de drôlerie. Un soir avec Leila et André nous décidions d’aller fêter mon anniversaire. André invite ses deux maitresses en même temps. En fait l’une était la maitresse officielle, la deuxième étant la stagiaire de notre pari. André n’a toujours pas renoncé voulant conclure ce soir même, la plaisanterie a assez duré. Elle n’était pas encore officiellement sa maitresse. Il fallait que ce soit ce soir-là.

L’une et l’autre de ces demoiselles n’avaient aucune idée de la situation réelle. Leila et moi nous savons. Durant cette soirée nous observons un petit manège vaudevillesque. André a préparé le terrain. Il leur confie qu’elles doivent être d’une grande discrétion devant moi et Leila. Donc personne ne devait s’afficher. En réalité dès que l’une s’absentait il roucoulait auprès de la seconde. Après le diner, la maitresse officielle devait rentrer chez elle. André, bon prince, lui proposait de la ramener. Il nous confiait la deuxième élue nous disant qu’il nous retrouverait au night-club pour finir la soirée avec nous. Chose promise, chose due. Il nous rejoignait. Là-dessus comme il était insatiable, il me glissait à l’oreille qu’il voudrait maintenant en finir avec la petite stagiaire, me demandant les clefs de mon appartement. Je lui donnais. Quelques minutes plus tard, ils partaient. Avec Leila nous leur donnions deux heures. Il était déjà très tard. Nous rentrions vers 4 h du matin. Ils avaient nos clefs. Nous sonnions. Pas de réponse. Très bien. Visiblement ils étaient occupés, nous faisions le tour du pâté de maison. Une fois, deux, trois fois. La quatrième fois une voix essoufflée nous répondait. Enfin ils se décidaient à nous ouvrir. André était heureux. Notre amie stagiaire aux anges, visiblement tout s’était bien passé. La raison de notre pari avait été une bonne intuition .la différence étant que notre stagiaire avait finalement décidée elle-même du jour et de l'heure de sa première nuit d'amour. L'égo d'André en prenait un coup.

André aura ses deux maitresses pendant de long mois. Nous pourrons tous observer un peu amusés son petit manège pour maintenir le secret.

Professionnellement je m’ennuyais un peu. Derrière l’aspect trading il y avait une grande bureaucratie dans le système bancaire. C'est normal il faut bien gérer toutes ces opérations même les opérations fantômes. Cependant écrire des rapports en permanence ne m’amusait pas. Le courtier français spécialisé dans le dollar mark voulait créer une nouvelle équipe pour couvrir un nouveau marché qui était en plein boum. Le Deutsch Mark contre franc français. Déjà quelques banques et maisons de courtage étaient devenues très actives, les montants traités deviennent considérables. Il y a de la place pour tous pour réaliser des profits juteux. Le directeur me contacte. Il souhaiterait que je rejoigne cette équipe. L’occasion fait le larron. Je n’hésitais pas très longtemps. J’allais voir André. En fait il était plutôt content que je parte. Je n’étais pas très bon comme trader. Je ne perdais pas mais ne gagnais pas non plus car un peu comme au casino dès que je faisais un peu de profit, je ne pouvais pas m’empêcher de retourner traiter sur le marché pour reperdre mes gains. Comme nous étions réellement de bons copains, il ne pouvait pas non plus me demander de partir. De plus licencier quelqu’un dans une banque coutait beaucoup d’argent en indemnités multiples et variées. Lui annonçant que je partais de moi-même arrangeait tout le monde.

Je serai resté une petite année dans cette banque.

Me voici retourné à mes premiers amours. Je suis plus à l’aise comme courtier. La nouvelle équipe rassemblée fonctionnait bien. Très rapidement nous faisions un carton. Je retrouvais mes marques. Je m’amusais de nouveau. Leila elle trouvait un nouvel emploi dans une banque, elle était ma cliente. Logiquement elle me confiait tous ses ordres. Nos volumes explosaient. C’était un grand succès.

Parallèlement Leila se posait beaucoup de questions. Nous nous entendions bien. Nous vivions dans un appartement dans le 17eme arrondissement. Je me suis séparé de mon épouse deux mois après notre première nuit. La procédure de divorce en était à ses débuts. Cela prendra 3 années car n’était pas un divorce à l’amiable, loin de là. J’avais aussi deux enfants. Elle les a rencontrés. Le courant passe très bien avec le deuxième, le premier c’est plus compliqué. Après quelques semaines, elle souhaitait rentrer aux Etats-Unis pour faire le point.

Elle aime beaucoup la France, mais trouve les français très racistes. Elle est dans ses atours très belle, très libanaise. Elle entend souvent dans la rue ou ailleurs des commentaires plus que désobligeants ou déplacés. Elle en a un peu marre. Elle me dit que jamais elle n’avait connu ce type de comportement en vivant à New-York. Après de longues discussions, elle décide de faire une pause dans notre relation. Je flippe un peu et je la comprends. J’irai lui rendre visite plusieurs fois les prochains mois durant de longs weekends. Nous aurons aussi des notes de téléphone exorbitantes  

Après six mois elle décidera de revenir. Nous nous retrouvons très amoureux. Quelques semaines passent. Elle travaillera dans une banque. Moi chez mon courtier. Un soir elle me demande si je ne souhaiterai pas m’expatrier aux Etats-Unis.

Travailler à Wall-Street ? Voilà une idée intéressante qui me parle tout de suite. Je dois m’organiser pour continuer à gérer ma situation familiale. La procédure du divorce traine. Je dois rassurer les enfants. Ce n’est pas facile, je dois trouver les mots justes pour qu’ils comprennent que je ne les laisse pas tomber ni maintenant ni jamais. Leur réaction me surprendra. Les enfants sont souvent beaucoup plus matures qu’on ne le pense.

 

 

 

 

Je contacte mon ancien directeur à Londres lui expliquant que je souhaiterai travailler à New- York, peut-il m’aider. De plus Leila est amie avec l’un des directeurs de leur filiale à New-York. 48 heures passent, je reçois mon contrat via DHL. Je suis engagé au salaire de $95000 par an sans compter les bonus.

Nous préparons nos valises. Finalement mon retour à Paris n’aura été qu’une courte parenthèse. Nous arrivons en février 2009.

J’ai obtenu un appartement de fonction pour six mois en attendant que nous trouvions un logement sur place. Nous sommes logés à côté de ce qui était le World Trade Centrale quartier se nomme Battery Park. Nous logeons au 23 -ème étage avec une superbe vue sur l’Hudson. Nous avons très peu d’argent pour démarrer mais en Amérique on vit à crédit, je vais apprendre grâce à Leila à utiliser le système américain.

 

La première semaine sera particulière car je vais me retrouver à l’hôpital. Petite anecdote amusante. Leila et moi-même étions au milieu d’une sieste améliorée. Tout d’un coup au moment crucial de nos ébats, je suis saisi d’une violente douleur au poumon gauche. Ma respiration devient douloureuse. La sieste est écourtée. Je vais chez un médecin qui diagnostique un pneumothorax. Me voici entrant à l’hôpital du Mount Sinaï à New York. Je n’ai pas encore commencé à travailler que je suis hors de combat pour deux semaines. Petit contretemps.

Après une récupération rapide j’arrive dans mes nouveaux bureaux, je réalise que je suis à New-York, le temple de la finance internationale. Les salles de marché se composent de plusieurs centaines de brokers sur le même « floor » sur de nombreux étages.

N’étant pas marié avec Leila, j’ai besoin d’un visa de travail. Mon premier rendez-vous est avec l’avocat spécialiste de l’immigration pour remplir les documents nécessaires. Cependant je peux travailler légalement en attendant de finir la procédure.

Quelle va être mon job ? Je vais créer de toute pièce un marché de Deutsch mark contre franc à New York. Les traders américains sur le marché des devises ne connaissent que le dollar. Pour eux le reste, les autres devises c’est de l’exotisme, en dehors du dollar point de salut. De plus je réalise que les cambistes américains sont beaucoup moins techniques que leurs homologues européens.

A New York les banques françaises sont bien implantées. Il y a de nombreux traders français expatriés. Bien entendu, je vais vite faire leur connaissance. Particulièrement l’un d’entre eux à qui je devrais beaucoup. Il me permettra de réussir très vite grâce à un soutien indéfectible de sa part. Il s’appelait Guy. Un homme au cœur d’or, à l’énergie débordante, et au professionnalisme irréprochable.

 

En même temps Leila décroche un emploi une autre banque française comme cambiste pour développer leur réseau de clientèle dans les grandes entreprises du CAC 40

Au début, je suis tout seul à couvrir ce marché. J’ai une douzaine de banque, des correspondants parisiens dont mon ancien employeur qui sont devenus des amis.

Le premier jour où je démarre, un certain Guy m’appelle. Je ne le connais pas. Il me dit voilà, je m’appelle Guy, je suis le chef cambiste de cette banque, comme tu es le nouveau français à New York je vais te donner un coup de main. C’est un festival. Il m’alimente en cotations pour tous volumes en Deutsch mark contre francs. Nous tournons ensemble en quelques minutes environ 400 millions de deutsche mark. Il s’arrête. Me demande, ça va tu es content ? Je le remercie mille fois. Il me dit à demain. On recommencera ce manège plusieurs semaines de suite. Grâce lui je serai le premier broker à new York sur ce marché tout neuf et que de nombreux concurrents vont essayer à leur tour de couvrir.

Après quelques mois dans cette société new-yorkaise mon business explosait. Tout seul avec mes clients français devenant tous des amis ou presque petit à petit je générais entre $50000 et $60000 par mois de commission. Mon salaire et différents couts ajoutés ne représentaient que $15000 pour mon employeur. Je m’attendais donc à un bonus en conséquence. Je reçus $5000. J’étais très énervé. Je m’attendais à au moins $25000.

Comme la Nature a dû sentir dans l’atmosphère ma grande irritation, un concurrent spécialisé dans les devises européennes à New York me contacta. Ils avaient à Londres une équipe très performante sur ce marché spécifique du Deutsch mark contre francs. Ils leurs manquaient une équipe outre atlantique pour assurer la continuité de leur marché qu’ils perdaient l’après-midi faute de soutien du marché américain.

Etant très chafouin contre mon employeur, j’acceptais une entrevue avec leur directeur des marchés. On ne traina pas. Je lui annonçais que je souhaitais $130000 par an avec bien sûr un bonus conséquent. Ils voulaient me faire signer un contrat de 3 ans. Ce n’était pas le même prix. Nous trouvions un terrain d’entente. Un salaire de base pour démarrer de $115000 la première année. Une augmentation de $15000 chaque année suivante. Bonus trimestriel assuré en fonction de des revenues du desk. Nous allions nous partager 40% des revenus au-dessus de notre point mort. J’allais avoir sous ma responsabilité une équipe de quatre brokers. J’étais le responsable de la distribution des bonus. La cause était entendue. Je démissionnais. Le directeur de la compagnie que je quittais n’étais pas très content. Je lui expliquais le pourquoi de mon départ. Finalement il comprenait que dans ce métier, l’argent sonnant et trébuchant faisait office d’arbitre.

 

Notre vie New Yorkaise avec Leila démarrait bien. Elle était toujours comme un poisson dans l’eau partout où elle allait. Totalement extravertie elle s’adaptait à toutes les situations. Quand nous avons décidé de vivre ensemble, je lui avais expliqué ma pratique de la Méditation Transcendantale. Je lui avais demandé d’apprendre aussi. Je lui expliquais qu’il serait mieux d’aller ensemble vers le même but. Elle avait accepté, apprenant elle aussi. Sa motivation n’était pas aussi forte que la mienne. Elle pratiqua pendant deux années puis petit à petit s’arrêta. Elle me disait que je méditais pour toute la famille et que de toute façon la MT c’était bien pour les autres pas pour elle. Pour c’était moi une petite déception, je pressentais qu’à terme un fossé pourrait se creuser entre nous. Nous vivions à Manhattan, sortions beaucoup, vivions à cent à l’heure. Entretemps mon divorce en France avançait lentement mais sûrement. Il le fallait car les services de l’immigration trainaient des pieds. Pour justifier mon contrat d’embauche dans une compagnie américaine il était nécessaire de démontrer que j’apportais par mes diplômes ou mon expérience un plus à l’économie américaine. N’ayant aucuns diplômes ça ne se présentait pas très bien.

Leila travaillait pour une banque française très active sur les marchés à New York. Elle était chargée de développer la clientèle française qui gérait leur trésorerie en devises. Les grands groupes comme Aérospatial, Peugeot, Renault Finance faisaient de nombreuses transactions avec une multitude de banques à travers le monde. En peu de temps elle allait devenir la cambiste clientèle sur New - York la plus réputée auprès des clients français. Cette banque avait été surnommée à l’époque le « Goldman Sachs » français.

Parallèlement nous préparions notre mariage en perspective d’un divorce, sûrement, nous l’espérions bientôt prononcer.

Nous avions trouvé un restaurant assez réputé au World Trade Center, dans un des bâtiments adjacents au rez de chaussé. La salle principale avait une vue sur l’Hudson. C’était un endroit féérique. Nous voulions un mariage simple, pas trop de monde. De mon côté ma famille ne pouvait pas se déplacer. Mes amis étaient principalement à l’étranger, je venais d’arrivé à New York. Je n’avais pas encore créé de liens très proches avec les gens rencontrés à New York jusqu’à présent. Pour un obtenir un mariage un peu religieux que Leila souhaitait, c’était impossible avec l’église catholique. Nous trouvions néanmoins un prêtre de l’église unitarienne ou quelque chose comme ça. Il accepta de bénir notre union. Je demandais à mon nouvel ami Guy d’être mon témoin. Tout commençait à se mettre en place. L’organisation d’un mariage aux Etats-Unis était déjà dans ces années-là une véritable industrie. Rien n’était trop beau ni trop cher. Petit à petit nous avions quand même atteint le nombre de 70 invités principalement des amis du marché anglais et américains. Certains allaient se déplacer venant de Londres et de Paris.

Mon divorce fut prononcé le 20 Septembre 1990. Heureusement car nous avions envoyé toutes les invitations pour le 6 Octobre. Nous avions eu chaud. Nous sommes partis en voyage de noce pendant une semaine. Nous ne pouvions pas partir plus longtemps car le devoir nous appelait. Nous étions l’un et l’autre dans une situation professionnelle très prometteuse, il nous fallait enfoncer le clou.

Ma nouvelle équipe se mettait en place. Il fallait partir de zéro avec des brokers n’ayant jamais travaillé sur ce type de produits. Dans mon équipe j’avais des personnalités assez pittoresques. Particulièrement une. Il s’appelait Léonard. Il avait une cinquantaine d’années ce qui pour notre métier était assez âgé.  Italo-Américain vivant à Brooklyn, c’était le vrai « Wise Guy ». Cela veut dire un peu mafiosi sur les bords. Il avait travaillé de très longues années pour une maison de courtage à New-York réputée pour être une machine à laver l’argent sale pour la mafia italienne. Il nous racontait inlassablement des anecdotes sur l’ambiance qui régnait dans cette entreprise. C’était très instructif parfois très drôle car il nous montrait le fonctionnement d’une entreprise gérée véritablement par un parrain mafieux authentique. Il avait travaillé plus de 20 dans cette compagnie.

Tous les employés ou presque était italo-américain. Tous ou presque étaient des fils ou filles de personnes du voisinage du patron-parrain qui n’ayant jamais fait d’études cherchant un emploi. Tony, le patron, embauchait toujours à un salaire 3 à 4 fois inférieurs au salaire moyen du marché. En échange c’était un emploi garanti à vie dans les deux sens. C’est-à-dire travailler pour Tony voulait dire pour toujours. Si l’un des jeunes employés s’avérait être un excellent broker, Tony rapidement lui achetait une voiture. Toujours une Cadillac. Si cet employé se mariait, Tony payait les frais du mariage. Il souhaitait acheter une maison ? Tony achetait la maison pour lui. Ou bien lui prêtait l’argent à taux zéro. Jamais d’emprunt à une banque. Une petite prime par-ci par-là pour la naissance d’un enfant par exemple.

Les Lundis les bookmakers passaient relever les comptes. Tous les paris pris pour une raison ou pour une autre devaient être régler rubis sur l’ongle. Un retard ? La menace était claire. Lundi prochain autrement on te casse un bras ou une jambe. Toujours annoncé sous forme de plaisanterie. Il valait mieux ne pas tenter le diable.

Leonard nous raconta cette petite histoire. Tony aimait le dimanche regarder les enfants du quartier de Brooklyn jouer au base-ball avec le club de la paroisse. Il discutait régulièrement avec le prêtre. Ce n’était pas vraiment un terrain de jeu. Plutôt un espace assez vaste pour taper la balle. Le prêtre discutait avec Tony lui expliquant combien il était triste de ne pas avoir à sa disposition un vrai terrain de sport se prêtant à la pratique de ce sport national. Tony ne répondit, rentrant chez lui. La semaine suivante, les bulldozers arrivaient, le terrain délimité. Tony, avait acheté le terrain le faisant transformer en terrain de jeu pour les enfants de la paroisse. 

Leonard avait la fonction de Senior Vice-Président chez ce courtier. Il gagnait $27000 par an. Par comparaison, là où il travaillait maintenant un SVP gagnait un minimum de $120000 pour la même période. Je lui posais la question évidente. Tu n’as jamais essayé d’aller ailleurs ? Pour gagner plus. Il me regarda comme si j’étais complètement fou. Pour rien au mon il n’aurait quitté Tony. Il avait sa Cadillac neuve tous les deux ans. Quand il avait besoin d’un peu d’extra il demandait à Tony. Sa maison avait été acheté par Tony. On ne trahissait pas Tony.

Il me raconta cette histoire. Un nouveau directeur d’une maison concurrente arriva à New-York. Il était anglais. Il ne connaissait pas les us et coutumes du marché. Il voulait débaucher chez ce fameux courtier italo-américain quelques brokers ayant d’excellentes réputations. Il prit contact avec certains d’entre eux. Quelques jours plus tard, Tony lui-même appela cet anglais qui se permettait de contacter les employés de Tony. Il lui expliqua que ça ne se faisait pas à New-York. Ce n’était pas une pratique acceptée. Il valait mieux que ça s’arrête rapidement. Tout ça dit avec le sourire et une grande politesse. Notre anglais le prit un peu de haut. Comprenez c’est le marché de l’offre et de la demande. Je peux faire ce que je veux. Tony raccrocha. Quelques jours plus tard, ce directeur anglais recevait dans sa boite aux lettres des photos de ses enfants allant à l’école. Courier anonyme. Accompagné dans sa boite aux lettres d’un poisson mort, symbole de menace dans la mafia. Il renonça à contacter d’autres brokers chez Tony, présentant même ses excuses. Cette histoire me fut confirmée par le concerné en personne lorsque j’étais à New-York.

Peu de temps après, Tony décéda. Son fils, Tony Junior reprit les rênes. Il fut arrêté par les autorités américaines et fut condamné à une peine d’emprisonnement. L’entreprise fut rachetée par une entreprise propre. C’est comme ça que léonard avait finalement atterri dans mon équipe. A son grand regret. Tony était son Dieu.

Une jeune femme, Kimberley, avait souhaité joindre notre petit groupe de broker. Elle travaillait dans un autre service chargé du suivi des transactions et du bon déroulement des confirmations des opérations faites aux contreparties en indiquant les montants des commissions. En cas de litiges elle s’adressait à nous pour plus d’informations.

Après quelques années dans ce service elle voulait devenir broker. Elle savait que je cherchais quelqu’un pour étoffer mon équipe, d’autre part j’avais la réputation d’être très équilibré dans la gestion de ma petite troupe. Avoir une femme comme collègue dans un métier ultra machos et particulièrement agressif dans le langage parlé était un grand risque elle et pour nous. Nous n’avions pas le temps de faire du baby-sitting avec une nouvel arrivante. Elle venait me voir pour proposer sa candidature. Je lui expliquais les risques sous toutes les coutures. Nous n’étions pas des enfants de cœur. Nous étions extrêmement agressifs dans nos échanges verbaux, jamais méchants cependant très directs. Il faudrait qu’elle s’impose car une réalité indéniable elle allait se trouver au milieu d’une meute de braillards vulgaires, un peu mysogine , totalement intolérants pour les erreurs des autres. Notre équipe était très performante ne laissant pas beaucoup de place à l’erreur.

Cette description apocalyptique de l’ambiance à laquelle elle devrait s’attendre aurait dû un peu la découragée. Pas du tout. Elle relevait le gant. Elle arriva toute pimpante le premier jour. Nous lui donnions les taches à accomplir comme à tout débutant. Cette période allait durer deux semaines. Puis on lui donnerait des clients faciles, pas trop actifs pour se faire les dents. Une directive expresse de ma part, incontournable sous peine de licenciement immédiat, ne jamais mentir, toujours avouer une erreur avant qu’elle ne tourne en catastrophe ingérable. Je voyais dès les premiers jours à son regard qu’elle se demandait si elle allait supporter cette pression. Pour quelqu’un d’extérieur à notre groupe on pouvait penser que nous allions nous entretuer à chaque seconde. En fait pas du tout. C’était notre univers naturel. Nous étions très copains fonctionnant à la perfection comme un petite meute.  Ceci compliquait d’autant plus l’intégration à notre groupe.

Après les deux semaines d’échauffement je lui donnais une ou deux banques à couvrir. Elle essayait de suivre tant bien que mal. Nous étions compréhensifs à ce stade comprenant bien qu’il lui fallait un peu de temps pour intégrer notre petite machine de guerre.

Elle fit quelques opérations malheureuses. Ce n’était pas grave. En revanche elle essayait de cacher ses erreurs. Non seulement elle me mentait mais elle soutenait mordicus que non. Après ces incidents, la confiance n’existait plus. Ça allait être très compliqué pour elle mes collègues la mettant en quarantaine ne lui passant rien.  Elle pleurait à chaudes larmes tous les jours ce qui rendait la situation encore plus difficile car au lieu d’être compassionné nous étions encore plus durs. Je l’emmenais plusieurs fois en réunion pour essayer de rectifier le tir. Elle voulait s’accrocher. Voyant qu’elle ne tiendrait pas le coup je demandais à mes collaborateurs de la laisser tranquille, juste de la surveiller pour éviter tout dérapage. Après 3 mois et des bassines de larmes je lui demandais de quitter notre équipe. Je lui offrais une porte de sortie honorable. En général les personnes partantes n’avaient aucunes compensations dans notre métier. Ayant un salaire assez bas je proposais 4 mois de salaire et ses dépenses de santé couvertes pendant 6 mois. Elle partait soulagée. Elle avait clairement vécu un petit enfer. Ce n’était pas que nous étions plus durs avec elle qu’une autre personne. Femme ou homme notre comportement ne changeait pas. Notre agressivité faisait partie du jeu. Ou bien on était capable d’encaisser ou bien on craquait. C’était aussi simple que ça.

Cependant cette histoire ne s’arrêtait pas là.

 

Après quelques semaines notre directeur général m’invita dans son bureau. Il m’expliquait que cette jeune femme m’attaquait en justice pour cruauté verbale, harcèlement psychologique et je ne sait plus quoi d’autres. J’en étais sur le derrière. Mon Directeur m’expliqua qu’un accord avait été déjà trouvé, que nous allions lui verser $25000, fin de l’histoire. Ça l’amusait beaucoup, il avait l’habitude de ce genre de situation moi pas du tout. J’étais furieux.

Comme le monde est petit presque une année plus tard, un de mes collègues qui était dans vol en direction de la Floride pour ses vacances se trouve assis juste à côté de cette jeune femme. Il la reconnaissait. Il lui demandait ce qu’elle faisait maintenant. Elle lui expliquait très candidement que grâce aux $25000 gagné par son avocat contre notre compagnie, elle avait pu reprendre ses études. Elle allait passer son diplôme prochainement. Elle ajoutait, en fait, elle n’avait rien contre moi ou notre direction. Au contraire même puisque nous lui avions donner une compensation très correcte. Simplement quand elle avait expliqué à son avocat sa situation, il lui avait dit, mais nous pouvons obtenir encore plus. Comme elle voulait retourner à l’université ça tombait bien. Apprenant cette explication, je pensais que finalement elle avait bien fait. Elle avait utilisé son argent avec intelligence.

Cette anecdote était la conséquence logique de ce qui se déroulait aux Etats-Unis au début des années 1990s.

En 1991, le juge Clarence Thomas fut nominé par le Président Bush à la cour suprême des Etats-Unis. C’est un poste prestigieux. Il fut mis en cause par une ancienne de ses collègues qui affirmait qu’elle avait été sexuellement harcelée par Mr Thomas. Après enquête il s’avéra que le témoignage de cette personne n’était totalement fiable. Néanmoins cet épisode créa une prise de conscience dans le pays et par la suite dans le monde sur ce problème bien réel. Par la suite une multitude d’affaire de ce genre virent le jour dans le pays. Nombre de compagnies pour éviter des scandales préféraient acheter pour des sommes relativement modestes le silence des plaignantes sans même chercher à connaitre la vérité.

Kimberley avait profité de cette tendance. Tant mieux pour elle.

Quelques mois plus tard, tous les courtiers de la société étaient invités à suivre des cours obligatoires pour comprendre ce qu’était pratiquement et légalement un harcèlement sexuel. L’avocat professeur eut bien du mal avec nous. Notre truculence légendaire à laquelle il ne s’attendait absolument pas le laissa sans voix à plusieurs reprises. Visiblement il se demandait s’il n’était pas avec des fous. Nos débordements étaient tels que notre direction générale nous convoqua tous. Elle nous remonta les brettelles. Nous allions écouter de gré ou de force. Surtout nous allions éviter de ridiculiser l’homme de loi payé à prix d’or pour nous enseigner un comportement décent vis-à-vis de la gente féminine dans nos locaux, même si elle était très minoritaire.

Nous savions aussi que notre jeune PDG était un cavaleur de première main. Toutes ses secrétaires ou proches collaboratrices étaient passés dans son lit. Nous pensions tous presque à voix haute qu’il devrait suivre un cours renforcé dans ce domaine. Plus tard il suivra une thérapie pour addiction sexuelle, les actionnaires ayant atteint le point maximum de leur tolérance après plusieurs transactions très chères avec des plaintives.

 

 

 

La première étape primordiale pour ma nouvelle équipe était d’avoir un correspondant à Paris. Nous étions aussi sensés développé le marché du dollar contre franc en même temps que le Deutsch mark contre francs. Je ne croyais pas beaucoup à ce marché du dollar. Trop de concurrent, pas de liquidité. Nos efforts seraient dirigés sur le marché le plus liquide. Mon directeur et moi partions trois jours à Paris pour obtenir des lignes directes avec des maisons de courtage parisiennes. Traversée transatlantique en 1ere classe. On ne lésinait pas sur le confort. Mon ancien employeur le plus récent nous reçut comme des princes. Je présentais mon directeur qui s’appelle Ray. Nous sommes invités au restaurant de l’intercontinental rue de Castiglione. Nous allons droit au but dès les premières minutes. Nous nous mettions d’accord. Nous nous appellerons et travaillerons ensemble dès le Lundi suivant. Le broker français de leur équipe qui nous parlera s’appelait René. Nous nous connaissions déjà bien. Notre collaboration s’annonçait dès plus fructueuse. Nous étions une tablée de sept. Nous déjeunions sur la terrasse du restaurant. Ray était très impressionné par l’accueil reçu. Il ne s’attendait pas à une telle réception. Pourtant ce n’était qu’un début. Après avoir pris un peu de champagne notre hôte nous proposait d’aller diner tous ensemble à Deauville à la Ferme Saint Siméon grande maison réputée du Guide Michelin. Il passait un rapide coup de téléphone. Une stretch limousine avec son chauffeur venait nous embarquer depuis la Rue Castiglione pour aller en Normandie. Nous avions rempli le mini frigidaire de la limousine de champagne, bière, et un peu d’eau…. Nous voici en route.

Sur les quais nous étions bloqués dans un embouteillage. Ray qui admirait la Seine par la fenêtre vit une deux chevaux, Citroën mythique, passer à côté de nous. Il me demandait très intéressé s’il pouvait se procurer une voiture comme celle-ci. Je lui expliquais que je n’en savais rien. Sérieusement il me demandait de proposer au conducteur de cette deux chevaux de la lui acheter. Nous ouvrions le toit de la limousine. Je faisais des signes au propriétaire. Je lui expliquais que nous avions un bord de notre voiture un richissime américain qui voulait lui acheter sa voiture. Tout d’abord croyant à une plaisanterie, il souriait me répondant que son véhicule n’était pas à vendre. Ray ne se démontait pas. Il me demandait de lui proposer $2000 cash. L’interlocuteur était interloqué. Moi aussi à vrai dire. Réponse négative. $2500 ? Réponse négative. Dernière offre $4000 ? Le deal ne se faisait pas.

Entretemps mes camarades de vadrouille étaient sortis de la voiture offrant du champagne aux automobilistes autour, plaisantant et rigolant, créant une ambiance très sympathique dans cet embouteillage.  Je me suis longtemps demandé pourquoi le conducteur de cette deux chevaux avait refusé de vendre son véhicule. De mémoire l’offre représentait le double de sa valeur. Il ne paraissait pas particulièrement amoureux de son véhicule.  Il ne nous avait probablement pas pris au sérieux. Nous n’avions jamais été aussi sérieux.

Après ce petit interlude, nous voici en route. Nous arrivions à Deauville. Il était trop tard pour diner au restaurant réservé. Nous allions donc chercher un endroit ouvert dans la ville. Nous nous sommes installés dans une brasserie, commencions à commander tout ce qu’il était possible de manger et boire. Nous nous sommes énormément amusés. Après quelques heures passées à ripailler il était temps de repartir à Paris si nous voulions arriver pour l’ouverture des marchés. Nous voici en route. Le problème était que notre chauffeur était sérieusement éméché. Nous l’avions convié à partager nos agapes. Il ne pouvait pas conduire. Aucun d’entre nous était en état de prendre le volant sauf ? Ray. Mon directeur. Nous installions le chauffeur devant à la place du mort Ray devenait notre chauffeur jusqu’à Paris. Il adora l’expérience de conduire une limousine. C’était un souvenir de Paris qu’il devait garder très longtemps.

Rentrant à New-York il était temps de passer aux choses sérieuses. Nous commencions à démarcher de nouveaux clients. Chaque membre de mon équipe avait ses lignes attitrées avec des opérateurs américains. Moi-même tous les français et opérateurs de langues françaises. Comme dans tout démarrage, les débuts sont un peu balbutiants. Une fois de plus le soutien de Guy était déterminant. Son apport en cotations et liquidités attirait les clients chez nous comme du miel attirent les gros ours. Après quelques mois, nous sentions un frémissement. L’augmentation de nos revenus devenait significative. Nous étions devenus les courtiers principaux à New York du Deutsch mark contre franc avec une estimation de 70 % des parts de marché.

Nous bénéficions aussi des circonstances politiques de l’époque qui par ricochet créait des mouvements de panique sur les marchés. La conséquence directe était une augmentation considérable de la liquidité. Les marchés se nourrissaient des incertitudes.

Durant cette période en Europe avait été créé l’ancêtre de l’Euro. Il s’appelait l’Ecu. Un système monétaire, SME, européen était en place pour petit à petit venir créer l’Euro. C’était aussi la période du traité de Maastricht. Un référendum en France devait avoir lieu pour entériner tous ces accords européens. Mais voilà les sondages n’étaient pas favorables en France au traité créant des tensions sur les monnaies. Particulièrement sur le franc et la lire italienne.

Dans le SME une règle était établie. Chaque devise avait une marge de fluctuation accordée à l’intérieur du système. Il y avait un cours plancher et un cours plafond. Si la valeur de la devise crevait le plafond elle sortait du système et de facto était considérée comme dévaluée. Ou bien la devise concernée était défendue bec et ongles par les banques centrales pour maintenir le cours dans le SME pour garantir la stabilité du marché.

Face à ce système il y avait des spéculateurs prêts à en découdre pour faire exploser le système, faire dévaluer des monnaies et faire de gigantesques profits sur les dévaluations engendrées par ses attaques spéculatives.

Je fus le témoin, acteur indirect, mon équipe aussi d’une de ces crises monétaires avec une attaque en règle de Goldman Sachs sur tout d’abord la lire italienne qui fut obligée de dévaluer. Pour ensuite s’en prendre au franc. Ce fut une bagarre apocalyptique entre la banque d’investissement américaine suivie par d’autres, la banque de France, la Bundesbank, banque centrale allemande et finalement le gouvernement français

A New York j’organisais ma vie dans une routine la plus saine possible. Il existait un centre de Méditation Transcendantale sur la 21 rue entre la 5ème et 6ème avenue. Je m’arrangeais pour y aller le plus souvent possible pour méditer avec d’autres personnes. Les méditations de groupe étant beaucoup puissantes, j’en ressentais des bienfaits de récupération immense. J’y allais une fois par semaine. J’avais constaté qu’à chaque fois que j’allais au centre le lendemain au bureau, notre équipe faisait un carton plein. Facilement. Sans forcer aucunement. Les transactions s’alignaient les unes après les autres. La première fois je m’étais posé la question. Coïncidence peut-être ? Puis la deuxième fois, la troisième fois je ne me posais plus de questions. C’était devenu une habitude.

Une fois par an j’allais faire une retraite d’une semaine dans le centre des Etats-Unis dans l’Iowa. Programme intensif de méditation, cure de Panchakarma, un processus de nettoyage de l’organisme basée sur les principes de la médecine ayurvédique. Après une semaine je revenais dans l’activité comme neuf. Comme je devais être au bureau à 7 heures le matin, je me levais entre 4H30 et 5H pour pratiquer mon programme de MT. Ça dépendait des jours. Mon épouse ne se joignait pas à moi puisque j’étais le méditant désigner pour la famille dans son esprit. Ce n’était pas tout à faux considérant la vitesse à laquelle la Nature semblait soutenir notre activité professionnelle. Sans la MT il aurait été très difficile de maintenir le rythme que j’avais. A vrai dire je ne me rendais pas compte que mon énergie ou mon comportement étaient différents de ceux de mes collègues. C’étaient eux un jour qui me le firent remarquer. Je n’affichais pas le fait que je méditais. Ce n’était pas de la gêne. Aux Etats-Unis la MT était déjà largement reconnue comme étant bénéfique contrairement à la France ou des jugements hâtifs plutôt dus à l’ignorance circulaient encore dans la conscience des autorités ou des médias. J’étais assez sidéré de lire les âneries, contrevérités ou commentaires faites sur la MT en France.

Un matin discutant avec mes camarades de desk, un Starbucks dans la main avant le début des festivités, ils me demandaient comment je faisais pour être aussi calme dans ces marchés aussi fluctuants. J’étais très surpris car je pensais être aussi disons disjonctés qu’eux. Ce n’était pas leur perception. Ils avaient particulièrement remarqué les lendemains de mes méditations au centre que j’étais différent. L’un d’eux me dit un jour qu’il adorait ces jours-là car nous faisions des cartons dans la bonne humeur.

Je gérais mon équipe à la française. Tranquille. Pas de surmenage et d’excitation excessive. Le vendredi nous étions souvent très calmes car l’Europe étant parti en weekend à midi notre heure du fait du décalage horaire, c’était un peu la décontraction pour tout le monde. Je décidais que le vendredi serait jour de bombance. Je faisais commander dans un steak house très réputé à déjeuner pour mon équipe. Nous envoyions un stagiaire en limousine chercher les repas. Sur le floor il y avait 150 autres brokers travaillant sur d’autres marchés. Eux avaient le droit à la pizza. Ils voyaient les plats arrivés chez nous, l’odeur appétissante se répandant partout. Pour tous nos collègues autour de nous le français se la pétait un peu. Pour notre équipe c’était un bon moment à partager, de discuter un peu, de mieux se connaitre aussi.

Durant cette période, notre couple décida de quitter New-York pour s’installer à 40km dans une petite ville du New-Jersey ou habitaient les parents de mon épouse. La raison en était que ma femme était enceinte. Nous ne voulions pas rester à Manhattan. Nous achetions une maison de 300m2 avec piscine. Elle nous couta $315000, nous empruntions un crédit important car aux Etats -Unis les intérêts payés sur les crédits immobiliers sont déductibles à 100% des impôts sur le revenu. Si bien que tout le monde achète à crédit, le maximum possible. La première année je fus très étonné car malgré nos salaires, les impôts étant prélevés à la source, la déduction fiscale de notre crédit nous fit bénéficier d’un chèque de l’état car nous en avions trop payés. C’était véritablement un pays étonnant auquel je sentais que j’allais vite m’adapter.

L’autre raison était que ma belle-mère et belle-sœur très gentiment avaient proposé de faire les baby-sitters pour le futur nouveau-né. Dans une famille libanaise pas question de confier à une étrangère la garde d’un enfant quand cela peut être évité.

Après l’achat de cette maison, nous voulions changer toute la décoration intérieure. Ainsi dit, ainsi fait. Nous étions définitivement installés dans nos meubles.

A New York parmi les cambistes je m’étais fait un autre ami. Un jeune français, Jean, expatrié avec ses parents depuis presque toujours à New York mais qui avait conservé un petit accent du sud-ouest des plus sympathique. Il travaillait comme junior trader dans une banque canadienne couvrant les devises européennes. Il n’était pas très actif, ce n’était pas grave. Je m’occupais de mes clients junior ou senior de la même façon. Tous avaient le droit aux mêmes traitements de faveur. Je l’invitais dans un restaurant haut de gamme, nous passions un bon moment. Puis il disparut de la circulation momentanément. Un an plus tard, je l’avais oublié pour être honnête, la ligne avec City Bank clignote sur ma platine. Je décroche. Cette banque ne travaillait pas encore les devises comme le Deutsch mark contre devises, j’étais un peu surpris. Quelle n’est pas mon étonnement d’entendre la voix de Jean, qui me dit je suis maintenant le trader qui couvrir pour la banque le Deutsch mark contre francs. Entre lui et moi ça allait être rock and roll sur le marché car nous allions avoir l’exclusivité totale de son business.

 

 


 

 

 

 

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© Philippe Chauvancy