Autobiographie d'un broker devenu apprenti yogi
Autobiographie d'un broker devenu apprenti yogi 

Apprentissage de la méditation transcendantale

 

Au milieu de cette période presque suicidaire, lorsque j'eus 17 ans, je rencontrais ce qui allait devenir le moteur essentiel de ma vie et de mon développement personnel. Deux de mes amis très proches étaient tombés, par hasard, si le hasard existe, sur un centre de méditation transcendantale au cœur de la campagne française, à Saint Sauveur en Puisaye. Ils apprirent assez rapidement, pratiquant de façon assidue cette technique. Ils m'en parlèrent, expliquant comment en si peu de temps ils avaient senti déjà des changements dans leur esprit et dans leur vie au quotidien.

Discutant avec eux assez souvent, j’observais avec l'œil du témoin chacun de leurs gestes, je les voyais changer leur rythme de vie, tout cela de façon très subtile. Ce n'était jamais de grands chamboulements. Simplement ces petites choses du quotidien qui ont parfois une grande influence sur notre comportement ou notre façon de penser. Très rapidement, ils diminuèrent leur consommation de tabac, puis ils commencèrent à réduire leur consommation d'alcool, à être beaucoup plus ouverts dans leurs relations avec les autres. Tout cela juxtaposé m'intriguait au plus haut point. Il y avait ce mélange de choses très concrètes comme tout simplement s'arrêter de fumer, sans effort apparent, mais surtout ils paraissaient tout simplement plus heureux.

 

 

Ce qui m'étonnait était la rapidité avec laquelle ces changements intervenaient, comme ça, tranquillement, sans chercher midi à quatorze heures. Puis petit à petit d'autres amis apprirent à méditer et l'expérience se renouvela, chacun semblait y trouver son compte...La méditation semblait permettre à tous de s'améliorer là ou en fait ils en avaient le plus besoin, surtout cette amélioration était toujours facile et harmonieuse. Nous avions tous des motivations très différentes pour commencer à pratiquer la Méditation. Certains avaient été convaincus que le repos donné par cette pratique permettait une récupération en cas de profonde fatigue, plus rapide que d'ordinaire, alors ils se dirent qu'ils pourraient sortir faire la bringue beaucoup plus souvent pouvant ainsi récupérer deux fois plus vite. Une motivation comme une autre. D’autres par curiosité, puis ceux qui avaient une quête spirituelle semblaient trouver une réponse adéquate à leurs questions existentielles. Nous étions aussi à un moment de notre vie ou la curiosité innée de la jeunesse primait. Nous étions prêts à nous lancer dans tout ce qui pouvait être nouveau afin d'avancer pour le mieux dans nos vies respectives.

Après ces quelques mois d'observation, je me décidai à apprendre. La décision finale fut comme une évidence. J’avais assez attendu, il n'y avait aucune raison d'attendre plus longtemps. Le coût à l'époque était de 200 francs. Je réunissais la somme. Étant mineur, j’avais besoin d'une autorisation d'une personne majeure, un de frères me l'a fait. Autant être clair, il n'était même pas envisageable de demander à mes parents une autorisation écrite pour apprendre à méditer, leurs réponses auraient été évidements négatifs.

 

 

Le 16 Mai 1976 je fus initié à la méditation transcendantale. La pratique étant de vingt minutes matin et soir, je gérais au mieux mon temps afin de pratiquer régulièrement. Dans la foulée d'autres de mes amis apprirent, certains ayant aussi leurs parents instruits.

 

 

J'eus une expérience assez étrange lors de ma première méditation à notre domicile familiale. J'étais tout seul dans notre maison, vers 18h si mes souvenirs sont bons, je m'installais pour ma méditation du soir. Nous avions trois chiens qui passaient la plupart du temps dans notre jardin qui était assez grand, environ 6000m2. Ils fouinaient à l'autre bout de notre terrain, lorsque je fermais les yeux pour commencer à méditer. Une chose assez stupéfiante se passa, quasiment à la seconde près, ils coururent du fond du jardin aboyant en entrant dans notre maison, notre plus gros chien qui était un briard bien costaud savait ouvrir les portes d'un coup de patte, ouvrit donc la porte de ma chambre suivie de ses deux compères de jeu, les trois se couchant à mes pieds durant toute la méditation pour ensuite se retirer lorsque j'eus fini. C'était assez magique. Du fond du jardin ils avaient donc senti quelque chose de spécial qui les avait fait venir directement près de moi juste le temps d'une méditation. Cela n'arriva qu'une fois, mais par la suite, nos chiens aimaient se coucher à mes pieds ou tout simplement devant la porte de ma chambre très souvent lors que je pratiquais.

 

 

D’ailleurs ma mère l'ayant remarqué par la suite fut très impressionnée à l'époque. Elle sentait bien qu'il y avait là quelque chose de peu ordinaire. Ceci est bien sur un peu anecdotique, mais ce fut une expérience sortante de l’ordinaire.

Je persévérais assidument dans ma pratique. Pourquoi cette assiduité dès le début, je ne sais pas trop, pourquoi s'assoir matin et soir, les yeux fermés, pour méditer ? Dans mon souvenir, au début, c'était tout simplement quelque chose de très agréable. Je me sentais plus tranquille. Il me semblait que je me retrouvais dans un monde de tranquillité. Tout ce qui était autour de moi semblait soudainement harmonieux, facile. Rien de miraculeux. Simplement de la douceur et de la quiétude. Vu l'environnement familial, le contraste était très fort. Pendant ces quelques minutes d'apaisement, la vie prenait une toute autre dimension. Ce qui parfois était de la colère, de la frustration, se transmutait en quelque chose d'infiniment spécial.

A la fin de l’année scolaire je devais passer mon bac français. Je n’avais rien fit de l’année. A part lire beaucoup de livres et faire la fête. Je n’avais pas de classeur, quasiment aucunes notes de cours. L’examen ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. La nature semblait vouloir me faire un petit clin d’œil de bienvenu. Mon professeur de français était très différent d’un enseignant typique. Il nous donnait une liste de textes très originaux à présenter pour cette épreuve de fin d’année. Nous avions des textes de Céline ou d’André Breton pour ne citer que ces deux-là. Curieusement il ajoutait un texte de la Bhagavad Gita. C’était quelques semaines avant l’examen. Venant d’apprendre la méditation transcendantale, ma curiosité étant en plein éveil. J’étudiais à fond ce texte. C’était le seul que j’allais travailler à vrai dire. Le jour fatidique arrivait. J’arrivais lycée qui accueillait les épreuves. J’attendais tranquillement tour. On m’appelait. J’avais une liste d’une vingtaine de textes. L’examinateur l’étudiait attentivement. Il s’arrêta sur le texte de la « Gita ». Il était surpris ajoutant ce commentaire « enfin voilà une liste originale, voyons ce texte de la Gita ».

Je me lançais. J’étais intarissable, je lui parlais de la MT que je pratiquais depuis environ un mois. Il m’arrêtait dans mon élan, me félicitant. Puis il me demanda de commenter un texte plus classique de Beaumarchais. Je ne savais rien ou presque. Il m’indiquait que c’était dommage car j’aurai pu avoir eu une meilleure note.

Je rentrais chez moi tranquillement le sens du devoir accompli. Je recevais les résultats courant Juillet. J’avais obtenu un 15 sur 20. C’était un peu magique. Je n’en revenais pas. La Nature avait été bien bonne pour moi. Ce genre de petit clin d’œil de la vie allait dorénavant m’accompagner toute mon existence avec de plus en plus d’amplitude.

 

 

Mon père fut tout d'abord plutôt ouvert à l'idée de me voir méditer tous les jours 20 minutes matin et soir. L'ouverture de son esprit ne dura pas très longtemps. Au bout de quelques semaines, il décréta qu'il m'interdisait de méditer avec un avertissement très clair, s'il me voyait méditer il me casserait la figure, ni plus ni moins.

Il passait son temps à m’espionner, entrant abruptement dans ma chambre, dans la salle de bains, me questionnant sur mes activités avec mes amis. Il ne lâchait rien. Alors le jour de ma majorité le 19 octobre 1976, ne supportant plus l'ambiance délétère de notre famille j''allais lui annoncer que j'arrêtais mes études pour devenir professeur de Méditation Transcendantale. Le résultat fut un moment épique et quelque part fondateur pour ma vie future.

C’était l'année de mon bac Je dois dire que cette annonce à mes parents eut un effet de détonateur provoquant une réaction particulièrement violente.

Je m'étais un peu préparé pour faire face à toutes éventualités, connaissant mon père, je pressentais une réaction particulièrement houleuse.

J'avais préparé mon plan de départ que je pensais être béton.

Célébrant mon anniversaire et ma majorité nouvellement acquise avec une bande de copains de mon lycée, j'envisageais de partir dès le lendemain matin avec mon sac à dos et surtout de ne plus rentrer chez mes parents. Durant cette soirée, un de mes amis vint me voir, me donnant son avis, au lieu de partir à la sauvette, sans rien dire à mes parents, je devrais les confronter pour clarifier la situation. J’acceptai l'idée, surtout parce que j'étais dans un état d'ébriété avancé, donc plein de courage à ce moment-là, toute mon inhibition ayant disparue dans des vapeurs d'alcool. Le lendemain, la gueule de bois un peu résorbée, je réalisais que je devais aller dire à mon père en face à face que j'arrêtais mes études. Pour être franc, je n'en menais pas large ! Me voici donc parti pour la maison familiale, pour affronter ce qui resta dans vie un moment très marquant. J'arrivai à la maison et tombais nez à nez avec lui, et d'une voix un peu fébrile et angoissée, je lui annonçais que je souhaitais devenir professeur de Méditation Transcendantale et quitter le lycée, après tout j'étais majeur. La première réaction fut une baffe, pas trop douloureuse physiquement…Psychologiquement un peu plus. Devant cette réaction, à laquelle je m'attendais un peu, j'essayais de prendre mes jambes à mon cou, il me rattrapa par mon manteau. Tombant par terre, il s'arrêta aussitôt. Ma mère arriva à ce moment-là, elle rentrait de chez le coiffeur...Bien sûr elle tomba aussi des nues. Dans son ambiguïté traditionnelle, elle prit parti pour son mari, sans chercher d'explication. Pour corser l'affaire, mes parents venaient d'apprendre qu'un de nos chiens préférés s'appelant Gédéon venant d'être abattu lors d'une de ses escapades dans les poulaillers avoisinant par un agriculteur irascible. Cela évidement faisait beaucoup de peine à mes parents car Gédéon était un fidèle compagnon. Toutes ces émotions entre le chien abattu, le fils, petit dernier et un peu préféré, voulant arrêter ses études pour devenir professeur de méditation provoquèrent un déferlement de colère et d'invectives contre ma personne, et pendant qu'on y était, contre mes frères aussi, qui devaient forcément être coupables de quelques crimes inavoués. Leur conclusion, après s'être calmés fut que leurs chiens, nous en avions trois au total, étaient décidément beaucoup plus gentils et affectueux que leurs enfants, qui étaient eux le summum de l'ingratitude. En racontant cet épisode avec le recul du temps, j’ai pu réaliser combien il fut douloureux. Mon père était vraiment comme fou. Enfin à aucun moment la question de savoir pourquoi l'un de leurs fils souhaitait s'en aller n'a effleuré leur esprit. La maitrise du moment présent avait été annihilée. Imaginez-vous cette scène, c'était presque surnaturel...La maison s'était remplie d'une énergie de désespoir ... Mes parents craquaient, je craquais... Tous leurs concepts d'éducation, leurs idées reçues volaient en éclat. Sans vraiment le vouloir, j'avais mis mes parents face à leurs contradictions.

Cette situation ne s'était pas matérialisée par la vertu du Saint Esprit. C'était pour moi une sorte d'aboutissement à la suite d'une longue maturation, et d'un mal être certain. Mes parents n'avaient jamais compris ou peut-être même essayer de comprendre ce qui pouvait se passer dans ma tête

 

Pour mes parents ce fut un bouleversement. Ils ne comprenaient pas, et encore actuellement, ma mère n'a toujours pas vraiment saisi le pourquoi de mon départ. Comme matériellement nous étions quelque peu à l'abri, que pouvions nous aller chercher mes amis et moi, dans ce qu'ils pensaient être une "secte » ? Avec le recul du temps et l'expérience d'une vie, je les comprends. Cela ne devait pas être facile à digérer. Tous les deux avaient déjà envisagé mon avenir. Sciences Po à minima. Tout était planifié dans leur esprit. Malheureusement pour eux cela n'était pas ma destinée.

 

 Finalement, je quittai le domicile familial avec pertes et fracas pour suivre une voie qui à mon sens me permettrait de jouir pleinement de ce qu'une vie peut apporter de positif. Avec le recul du temps, je perçois très bien l'inquiétude qui a pu ronger mes parents. Non seulement leurs certitudes s'effondraient, mais en plus je m’éloignais d'eux pour quelque chose que leur mental ne parvenait pas à saisir.

 

Lorsque je suis parti, ce ne fut pas dans l'angoisse. Le jour de ma majorité je partais pour trouver ce qui à l'époque me semblait être une voie toute désignée. Vivre dans notre famille était véritablement stressant. Les études ne me passionnaient pas. Je n'ai jamais été un élève brillant.  Je ne me voyais pas faire de longues études.

 

Me voici donc le 19 Octobre 1976 parti pour vivre ma vie. Je pris un car de Montargis à Saint Sauveur en Puisaye, là ou un centre de Méditation transcendantale existait à l’époque, je fus accueilli avec une infinie gentillesse

Je restais à Saint Sauveur une année. Je commençais à suivre des cours pour devenir professeur de MT. L’ambiance était bon enfant. Dans la journée chacun participait au bon fonctionnement de la vie quotidienne. Nous étions peut-être une quarantaine à y vivre de façon permanente, et durant l'été 150 à 200. C'était un petit manoir avec un grand parc et de nombreuses chambres. Les gens venaient y suivre des cours ou bien apprendre la technique de méditation transcendantale. Le fonctionnement de cet endroit était comme celui d'un hôtel, certains étaient aux cuisines, au ménage, à l’approvisionnement. Tous le "staff" étaient composés de volontaires qui restaient le temps qu'ils souhaitaient et qui en échange recevaient des "crédits" pour pouvoir suivre des cours en résidence s'ils n'avaient pas les moyens financiers. Chacun y trouvait son compte !

Puis en Mars 1977 je partais pour un petit village en Ardèche, La Louvesc, ou l'association avait pu louer un hôtel à des prix hors saison pour loger et former des professeurs de MT. Nous étions un petit groupe d'une douzaine de personne à vouloir suivre ce cours qui devait durer 3 mois en résidence. C'est un souvenir extraordinaire d'avoir pu partager ces moments avec des personnes venant de milieu social très différents mais cherchant tous à développer leur compréhension des mécanismes de la vie d'une manière simple et efficace. Faire ce choix en 1977 n'était pas si évident Néanmoins nous profitions pleinement de cette période. Nous avions l'impression d'être coupé du monde à certains moments. Ce village se situe à 1000 mètres d'altitude, et nous eûmes quelques tempêtes de neige qui rendait l'accès à notre village d'accueil très problématique. Nous avions un emploi du temps basé sur de longues méditations et autres enseignements sur la tradition védique. C'était des moments assez magiques et véritablement très enrichissant. Durant cette période, ma petite amie s'appelait Caroline. Je l'avais connue au lycée. Lorsque j'ai appris à pratiquer la MT, je lui en avais parlé avec toute la foi que peut avoir un ado de 17 ans et, convaincue, elle aussi apprit, ainsi que d'autres de nos camarades. Lorsque je pris la décision de quitter le domicile familial, elle décida de faire la même chose quelques mois plus tard pour suivre ce cours en Ardèche. Une relation plus intime commença entre nous à cette époque. Nous avions tous les deux une pêche d'enfer et étions extrêmement motivés dans notre but de devenir professeur de Méditation Transcendantale. A la suite de ces 3 mois en résidence, nous devions aller faire nos preuves sur le terrain. Faire des conférences publiques, aider des méditant à vérifier leur pratique quotidienne, coller des affiches, organiser des conférences...A l'époque il existait un centre à Nice et nous fumes désignés pour aller seconder les professeurs sur place qui semblaient avoir besoin d'un peu de support logistique. Nous partîmes en Mai 1977 pour y rester jusqu'en Septembre. Là aussi je dois dire que je garde de très beaux souvenirs de nombreuses personnes rencontrées ! De plus étant assez jeune, pouvoir discuter avec des personnes ayant une expérience plus importante de la vie, était toujours un enrichissement très appréciable pour ma recherche personnelle. Et puis l'innocence et la foi d'un jeune homme de 18 ans créait souvent chez mes interlocuteurs des interrogations. Comment quelqu'un de si jeune pouvait-il parler de choses si sérieuses comme "la réalisation du Soi" en pratiquant une méditation apparemment si simple ? Beaucoup avait cherché pendant de nombreuses années ne serait-ce qu'une expérience de transcendance, et voilà que soudainement on proposait de rendre cette expérience systématique, et en plus un gamin de 18 ans le professait avec un toupet incroyable ! Il est vrai que j'avais cette arrogance et cette assurance que donne parfois la jeunesse. Ce sentiment d'avoir forcément raison, et que décidément mes ainés étaient bien ringards et bien peureux. La jeunesse est toujours la même, quel que soit l'époque pourrait-on dire. Puis en Octobre, je pensais aller suivre la dernière phase du cours de formation pour devenir professeur de MT. Cela devait se passer en Suisse pour une période de 4 mois il me semble, je ne suis plus très sûr de la durée de ce cours. La destinée en décida autrement. Ma petite amie de l'époque, Caroline, tomba enceinte. Les projets de devenir enseignant dans la Méditation tombèrent à l'eau. Voulant faire les choses correctement, nous nous sommes mariés le 19 Novembre 1977, dans une petite église de l'Yonne avec une cérémonie assez simple avec juste quelques membres de la famille et amis. Nous étions bien jeunes. Avec le recul du temps, je considère ce mariage comme ayant été une erreur de jeunesse, mais de l'autre côté, nous avons eu 2 enfants très jeunes, ce fut est une belle expérience même si pas toujours évidente à assumer. D'ailleurs avec Caroline, nous avons connu notre premier grand défi durant les débuts de sa grossesse. Lors d'une vérification de routine au centre médical à la suite d'un test sanguin, le médecin nous annonça que Caroline montrait des signes avant-coureurs de toxoplasmose. A l'époque, cette "maladie des chats" semblait peu connue mais le médecin nous en expliqua les risques pour l’enfant. Il y avait une probabilité que l'enfant naisse handicapé. Lorsque l'on a 19 ans, c'est un choc. Il nous fallait prendre une décision puisque d'un côté il y avait un risque de mettre au monde un enfant handicapé et de l'autre la solution alternative était l'avortement. Nous avons donc ressassé dans nos esprits quel pouvait être notre réponse à cette épreuve qui était tout de même difficile à affronter. Nous sommes allés voir des spécialistes, certains nous disant tout de go, qu'ils refusaient de pratiquer un avortement et que de toute façon les résultats sanguins montrant la toxoplasmose n’étaient pas véritablement concluant. Dans nos familles respectives, nos parents ne savaient eux non plus pas trop quoi faire. Dans ce genre de situation, on se retrouve réellement face à Soi- même, aucune aide n’est possible, aucun conseil ne peut clarifier l'esprit. Nous devions prendre une décision qui nous apparaissait comme étant la plus juste et la plus lucide. Après quelques semaines, nous décidions de garder l'enfant. Nous avons été soutenus par la plupart de nos proches durant toute la grossesse de Caroline. Elle a dû prendre un traitement, je me rappelle le nom de ce médicament, la "rovamycine". Nous avons quitté Paris pour nous installer à Toulon ou le père de Caroline m’avait trouvé un emploi comme VRP. Il s’agissait de vendre des collections de livres un peu haut de gamme au porte à porte. Nous nous sommes installés début Décembre 1977 dans un petit appartement à la Seyne sur mer qui donnait directement sur la mer. Nous étions plutôt assez heureux de nous retrouver seuls. Nous voyions de temps en temps le père de Caroline, mais lui aussi étant quelqu’un de très indépendant, nous pouvions suivre tranquillement notre petit bonhomme de chemin.

 

 

Pendant cette période, et du fait de cette incertitude concernant la santé de notre futur enfant, nous avons mené une vie extrêmement saine et tranquille. Caroline méditait plusieurs fois par jour pour se relaxer, je lui faisais des massages à l’huile d’amande douce sur son ventre. Nous étions végétariens et elle se nourrissait de façon équilibrée afin de ne pas être carencée. Son gynécologue, Docteur Lebessou, je me rappelle encore son nom, nous pris visiblement en sympathie, car nous étions deux gamins et il semblait toucher par la jeunesse de notre couple. Et puis nous lui avons demandé très rapidement d’accoucher Caroline à l’aide de la méthode Leboyer, naissance sans violence pour la mère et l’enfant. Pour un médecin de l’époque et je dirai de sa génération, il fut tout à fait ouvert pour cette expérience qu’il n’avait jamais tentée mais qu’il trouvait très intéressante. Il n’était pas ravi que mon épouse soit végétarienne mais d’un autre côté, il constatait jour après jour que non seulement elle ne dépérissait pas mais qu’en plus elle n’était pas sous-alimentée, ni carencée en quoi que ce soit. D’ailleurs durant sa grossesse Caroline ne prit que 9 kg et notre fils faisait 3,6 kg à sa naissance. Nous avions beaucoup d’amis dans la région, et comme je n’avais ni voiture, ni permis de conduire, nous profitions de nos amis pour visiter la Provence et l’arrière-pays. Régulièrement Caroline faisait des examens sanguins pour détecter une éventuelle évolution de la maladie mais rien ne semblait bouger sur ce front-là. Nous n’avons réellement jamais douté d’une issue heureuse pour notre enfant nous-mêmes. C’est difficile à expliquer avec des mots, mais quelque part nous sentions intuitivement que notre décision avait été aussi une sorte de test pour nous. Accepter de garder de bébé fut pour nous comme une sorte de bénédiction. Nous étions en notre âme et conscience intimement convaincu que justement parce que nous avions accepté cette situation dans une ouverture totale, une acceptation sereine, que forcément rien ne pouvait nous arriver. C’était une expérience spirituelle vivante. Nous étions en totale harmonie avec notre décision et l’acceptation de ce qui pouvait se produire. Nous vivions en pleine confiance et pleine certitude de la validité de notre choix qui pour certains pouvait apparaitre comme une forme d’inconscience mais qui pour nous avait une essence spirituelle réelle et vécue par nous deux.

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© Philippe Chauvancy