Le roman d'un apprenti yogi
Le roman d'un apprenti yogi

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Le Roman d'un apprenti yogi

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Le Roman d’un apprenti yogi

 

Pages : 221

Mots : 74592

Caractères espaces compris 479100

Paragraphes : 72

Lignes : 7410

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                      

 

Je suis né le 19 octobre 1958, à Neuilly sur Seine à 00 h 25 minutes et quelques secondes. L’heure si précise de ma naissance a été possible grâce à l’aide d’un astrologue. Il effectua cette recherche à ma demande bien des années plus tard, mes parents n'étant pas sûr de s'en souvenir exactement. Comme beaucoup, j’ai eu fut un temps ce besoin d’essayer de deviner un peu mieux le futur en utilisant l’astrologie, cela étant un moyen d’investigation pour ce genre de recherche. L’heure et le lieu de naissance ont une importance particulière. Ces informations, qui semblent au premier abord anodin, vont en fait avoir une influence importante pour la compréhension du déroulement de notre vie à venir. Bien sûr personne n’est obligé d’y croire. C’est juste une façon d’essayer de mieux comprendre ou de se rassurer. Une pensée m’est apparu comme certaine, on ne naît pas ici ou là par hasard. Celui-ci n’existe nullement. Il semble selon ma mère que j'ai surgi dans la lumière presqu'à son 10e mois de grossesse pesant le jour de ma naissance un bon petit 4 kg plein de santé. Ce fut par la suite un sujet de commentaires humoristiques, ceci tout au long de ma vie, sur ma capacité à rester au repos, bien au chaud, aimant mon confort. J’étais le 3e enfant d’une fratrie de trois garçons. Ma mère possédait la nationalité Hollandaise, née en 1931, venait d’un milieu assez bourgeois, mon grand-père maternel possédant un chantier de construction navale aux Pays-Bas. Celui-ci continua son activité professionnelle jusqu’à un âge assez avancé, aux alentours de 72 ans si ma mémoire est bonne. De ce fait, elle eut une enfance somme toute heureuse ainsi que ses 3 sœurs ainées vivant dans une aisance matérielle assez enviable à l’époque. Son adolescence fut marquée par cette période difficile de la guerre et l’occupation de la Hollande par l’armée Allemande. Je ne me rappelle pas vraiment ma grand-mère maternelle, elle nous quittait en 1965. Je n’avais que 7 ans ne gardant qu’un vague souvenir d’elle. Mon père, né en 1929, lui venait d’une famille plus modeste financièrement. Mon grand-père paternel était sculpteur et travaillait au Palais de Chaillot. Je ne l’ai pas connu, il décéda alors que mon père n’avait que 19 ans. Ma grand-mère paternelle était une femme discrète et assez gentille. Elle décida de nous quitter durant les années 1970. Au moment de ma naissance, notre famille venait de s’installer à Saint-Mandé dans le Val de Marne. Cette petite ville limitrophe de Paris était considérée à l’époque, peut être encore de nos jours, comme le « Neuilly » de l’Est parisien. Mon père, jeune acheteur de centrale d’achat, semblait mener sa carrière professionnelle rondement. Tout avait l’air de lui réussir durant cette période. Son PDG de l’époque était devenu son mentor. Ce dernier lui faisait gravir les échelons de son entreprise à la vitesse "grand V ». Sa réussite matérielle devenait évidente aux yeux de tous. Il avait épousé une jeune et jolie femme, 3 fils, un appartement, une résidence secondaire, il ne manquait plus que le chien. De cette courte introduction, on peut imaginer une petite famille bien tranquille ou tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. On découvre que les contes de fées sont finalement assez rares. Nous avons tous nos petits secrets de famille inavouables, nos histoires paraissant anodines pourtant si pleines de souffrances, de non-dits, ces épisodes qui vont nous poursuive au long de notre d’enfant, d’adolescent puis d’adulte nous marquant ainsi parfois au fer rouge. Nous traînons avec peine ces boulets d’émotions dans notre conscience avec l’espoir de nous en libérer un jour pour vivre enfin heureux, libres d’être ce que nous sommes vraiment. La vie est un miroir. Elle reflète nos imperfections en nous offrant ce qui est le plus important pour notre évolution à travers chaque situation de notre vie quotidienne. Notre environnement affiche le reflet de notre conscience. Il nous permet de voir ce que nous sommes vraiment. Accepter le miroir de la vie est un premier pas dans la découverte de notre véritable essence. Nous pouvons avoir du mal à nous accepter, à nous aimer dans ce miroir. Cependant, notre évolution passe par l’acceptation de cette réalité. Nous pouvons découvrir ainsi notre réalité divine en avançant dans notre cheminement intérieur. Il ne s’agit pas de réfléchir ou de penser sans cesse à ce que nous croyons être. Mon père était un jeune cadre dynamique profitant de la manne des trente glorieuses. Au-delà de sa réussite sociale et financière, bien réelle, il cachait comme nous tous, son côté sombre, son petit Darth Vador enfoui dans son histoire personnelle. Il est né en 1929. Il a vécu à Paris, Rue du Commerce dans le 15e arrondissement toute sa jeunesse. Lorsqu’il eut 19 ans, son père décéda. Ce fut clairement très difficile pour lui-même s’il n’en parlait que très rarement. On sentait chez lui un grand respect pour cet homme qui était parti trop tôt. Notre famille avait eu de ses membres dans la résistance durant l'occupation allemande. Mon grand-père fabriquait de fausses cartes d’identité pour les combattants ou réfugiés ayant besoin de pièces administratives pour circuler dans la France occupée. Comme tout homme habile de ses mains, il possédait probablement un grand savoir-faire dans leur fabrication. Après la mort de mon grand-père, mon père décida de s’engager dans l’armée. Il avait jeté son dévolu sur les bérets rouges, les parachutistes. Il fit une préparation militaire avec la ferme intention de s’engager souhaitant par la suite faire Saint-Cyr, prestigieuse école militaire. Durant cette période, où il effectua son service militaire obligatoire, il vécut des évènements peu communs. Il nous raconta comme il avait participé à des interventions de parachutiste contre des grévistes. Durant ces interventions, les soldats se servaient de la crosse de leur fusil pour dégager les usines occupées et briser les piquets de grève. Il me semble que cela s’est passé dans la ville de Tarbes en 1949 ou autour de cette période. Puis il voulut s’engager, devenir soldat professionnel était sa vocation du moment. La guerre battait son plein dans les colonies. Plus tard, lorsqu’il en parlait, nous pouvions ressentir sa fibre patriotique. Vouloir défendre l’empire français lui inspirait une grande fierté. La carrière militaire semblait être sa vocation. La guerre battait son plein dans les colonies. À cette époque, cela restait parfaitement compréhensible, car notre pays semblait croire encore à la possibilité de maintenir une présence coloniale ad vitam æternam. Le destin en décida autrement, car étant mineur, sa mère s’opposa à ce grand dessein. Il dut y renoncer. Heureusement pour lui et notre fratrie à venir, car il aurait été probablement tué à Dien Bien Phu ou quelques autres coins perdus du monde. Il réorienta sa vie et commença des études pour devenir ingénieur des pétroles. Là aussi, il dut renoncer. Financièrement, sa mère n’arrivait plus à joindre les deux bouts, il devait trouver un emploi rapidement. Il commença durant cette période sa carrière d’acheteur. Il rencontra ma mère à cette époque, jeune et jolie étudiante hollandaise qui faisait ses études à la Sorbonne. Il est curieux de voir dans les méandres de notre mémoire, l’importance que l’on attache à certains souvenirs plus qu’à d’autres. En y regardant de plus près, notre cocon familial, représentait bien la projection de la société sur la conception de la réussite. Une famille aisée réussissant une irrésistible ascension sociale surtout à cette période de reconstruction du pays. Nous partions en vacances régulièrement, souvent dans des hôtels de catégorie supérieure, nous pouvions pratiquer les sports que nous souhaitions, équitation, escrime, le coût n’étant jamais un problème. Ceci dura pendant de nombreuses années. Nous possédions un grand nombre d’amis. Mes parents recevaient beaucoup montrant au monde extérieur, une illusion d’harmonie, tout en laissant penser que tout allait bien, à priori pour le mieux dans le meilleur des mondes. La vie paraissait être un long fleuve tranquille. Pourtant de tous ses aspects positifs d’une sécurité matérielle évidente, l’inconfort voire le désarroi émotionnel restaient sous-jacent, présents dans l’énergie ambiante de notre famille. Mon enfance se berçait dans une forme d’abondance matérielle représentant pour mes parents, et probablement pour beaucoup personnes de leur génération, la panacée du bonheur. Ces derniers avaient connu la guerre, les privations. Mes parents vivaient maintenant une situation de rachat de leurs frustrations. Ils pouvaient offrir à leurs enfants ce qui leur avait tant manqué. C’était une réaction normale, louable aussi à certains égards. Cela partait d’une logique de l’esprit du moment. Il fallait combler le vide de leur mémoire, car pendant ces années de guerre, leur enfance leur avait été volée. Leur enfance avait été remplie de peur, vide de sérénité.  Une nécessité absolue de vivre dans une abondance permanente pour éradiquer toutes ces angoisses du passé guidaient leur existence au quotidien. L’opulence matérielle devenait une priorité. Paradoxalement, offrir cette abondance matérielle créait une véritable pathologie de carence de démonstration affective. L’éducation inculquée uniquement basée sur le développement du désir de posséder et de recevoir des biens matériels, aussi utiles qu’ils puissent être, faisait oublier à mes parents que la tendresse, l’amour demeuraient les véritables moteurs d’une éducation réussie. Mes parents réagissaient typiquement, presque involontairement à ce mode de fonctionnement. Plus tard, adulte, tachant d’expliquer à ma mère son comportement pour le moins distant, elle m’énumérait invariablement tous les avantages matériels reçus durant mon enfance. Pour elle et son mari, je représentais un summum d’ingratitude. Tous ces avantages matériels, expliquaient, devaient excuser leurs comportements distants, parfois abusifs qu’ils furent psychologiques ou bien physiques. Cette tentative de justification de leur part resterait constante au fil des décennies à venir. Dans ma petite cervelle d’enfant, je percevais ce déséquilibre dans l’éducation reçue. Cet amour donné semblait faux, artificiel. Il manquait un véritable contact d’énergie aimante. Quelque chose de subtil, de réconfortant manquait dans notre tissu familial. Mes parents tout occupés s’enrichir, à développer leur patrimoine, à consolider leur statut social, oubliaient la raison pour laquelle ils avaient eu des enfants. Je me sentais être exhibé comme un trophée lors de réunions familiales ou mondaines. Mon père, avec son humour bien à lui, nous appelait ces « chères têtes blondes », car nous tenions tous les trois de notre mère et de ses origines bataves, à savoir, très blonds et aux yeux bleus. Pour m’échapper de cette ambiance psychologique faite de distance, de ce manque d’amour, je me surprenais souvent dans mes rêves d’enfant à imaginer que mon père était quelqu’un d’autre. Un super- héros venu de très loin, délivrant le monde, qui tout d’un coup, me prêtait attention, et par une réalisation du Saint-Esprit devenait mon géniteur. Souvent, avant de dormir, je me racontais cette histoire. Parfois, Superman ou Zorro venaient à mon secours, ou bien un personnage populaire vu à la télévision. C’était un sentiment étrange et rassurant à la fois. Je me cachais, me réconfortais dans mes rêves, mes fantasmes. Je voulais déjà sortir d’une prison. Car cette famille, ma famille ressemblait plus à une prison qu’à un espace de liberté ou de paix. Étrangement, cette insécurité, venant de mon proche environnement, générait une vie intérieure, déjà prometteuse d’espoir pour des jours meilleurs. La nécessité de traverser ce cycle dans mon existence s’avérait évidente. Ces épreuves semblaient se présenter pour pouvoir mieux appréhender ce que la vie dans sa véritable essence pourrait me révéler à un âge plus mûr. Un autre espace de vie essentiel pour l’enfant est bien sur l’école. Je commençais mon éducation scolaire comme la plupart d'entre nous à l'école maternelle. J'ai obtenu relativement, rapidement ma première récompense. Un prix. Mais pas n’importe lequel. On m’octroyait le Prix de Camaraderie, ça existait à cette époque. Celui-ci demeure mon seul véritable souvenir de cette année-là, j’avais 4 ans. Puis ce fut l’école primaire. À l’époque, les établissements scolaires ne connaissaient pas la mixité. Entre garçons, durant les récréations nous passions notre temps à jouer aux billes, en verre de préférences. Elles avaient plus de valeurs, enfin le pensions-nous, que des billes en terre. Je me souviens assez clairement de cette période et de mes camarades de classe. Nous nous entendions assez bien. J’arrivais à susciter leur intérêt en étant un peu mythomane sur les bords. Je racontais des histoires sorties tout droit de mon imagination extrêmement fertile. Ainsi, je faisais croire que mon père vivait dans un harem dans un gigantesque appartement en haut de notre immeuble entouré de nombreuses conquêtes féminines. Je crois bien que la plupart de mes camarades y ont cru à un moment ou à un autre. Puis pour me rassurer, comme je disposais d’un peu d’argent de poche, j’engageais des gardes du corps. Les plus costauds de mes camarades de classe devenaient mes amis achetés bon marché en échange de quelques bonbons ou autres sucreries achetées à la boulangerie du coin. Très jeune, j'éprouvais ce désir de gagner énormément d’argent, de devenir très riche. Alors je fantasmais et expliquais avec un aplomb incroyable à mes camarades de classe que ma famille possédait des propriétés majestueuses, des voitures dignes de milliardaires et que l’argent coulait à flots dans les coffres de la famille Chauvancy. Parfois, il me semble que je finissais par croire mes propres mensonges. C’est exact qu’à cette époque, ce n’est pas nécessairement une excuse pour expliquer mes contes à dormir debout, mes parents commençaient à éprouver quelques difficultés financières. Je compensais avec mon imagination fertile pour maintenir une sécurité relative dans mon esprit. Les conversations sur la peur des lendemains allaient bon train dans les discussions de mes parents. C’était aussi une des raisons essentielles de leurs disputes, l’un accusant l'autre de jeter l'argent par les fenêtres. À dire vrai, il le faisait tous les deux très bien. Je fréquentais l’école primaire « Mouchotte » à Saint-Mandé dans le Val de Marne. Dans les années « 60 », les enseignants étaient plus stricts. Formulons-le sans ambages un peu fachos sur les bords. Je me rappelle particulièrement cette institutrice dont je tairai le nom même si son nom est resté graver dans ma mémoire. Celle-ci prenait un plaisir teinté de sadisme à donner des fessées aux petits garçons de sa classe, déculottés et fesses nues devant tout le monde. Immanquablement, l’humiliation pour les enfants était ultime. Ceux qui regardaient en riant, car les enfants sont souvent cruels, semblaient oublier qu’ils pourraient être les prochains sur la liste à avoir les fesses à l’air. Cela ne m’est jamais arrivé, car étant terrorisé par ces séances je me tenais à carreau restant assagi dans mes pensées, voulant principalement me faire oublier dans mon petit coin de préférence au fond de la classe près du radiateur quand il s'en présentait un à disposition. Un autre des instituteurs de cette école en cours moyen deuxième année adoptait l’habitude avec d’une canne en bois de plusieurs mètres de taper sur la tête de ses élèves. Cela lui évitait de se déplacer. Un jour, il le fit sur la tête de mon frère en cassant la canne sur la même tête. Cette fois-là notre père se déplaça pour tout simplement le prévenir qu’il lui casserait la figure à la prochaine tentative. L’instituteur fut calmé pour un moment en voyant le regard aimable de mon père. Pour une fois, celui-ci réalisait qu’il pouvait assurer un rôle protecteur et salutaire. Nous vivions une autre époque ou l’éducation de l’enfant était plus stricte. Nous possédions probablement une meilleure connaissance de l’orthographe et autres matières, je peux procéder à la comparaison tous les jours avec mes propres enfants, mais notre esprit demeurait assurément moins ouvert que celui de la génération actuelle. Nous étions certainement plus cultivés, sûrement plus meurtris aussi dans notre psychologie. Cette période à l’école primaire demeura pour moi très irrégulière en termes de résultats académiques. Je réussissais une année sur deux. Je passais du très bon au très mauvais avec une facilité déconcertante. Il est exact que certains instituteurs me plaisaient plus que d’autres incitant plus au travail en comparaison de certains de leurs collègues. Je fonctionnais à la tête du client en quelque sorte. Une de mes matières préférées était l’histoire. J’arrivai généralement à me distinguer dans ce domaine. Particulièrement la période Napoléonienne. Toutes ces batailles, victoires et défaites de l’Empereur me fascinaient. Je me sentais attirer par tous ces faits d’armes, ces charges de cavalerie, ces hommes qui montaient au combat en terrain découvert mourant les armes à la main, au champ d’honneur. Ce courage m’a toujours ému. D’ailleurs, même maintenant, tout ce qui touche à la chose militaire, provoque chez moi une émotion intense. J’ai tendance à penser que durant mes vies antérieures, je fus vraisemblablement un de ces soldats qui chargeaient sans reculer pour mourir aux pieds des canons qui les mitraillaient à bout portant. Bien sûr, je n’ai jamais imaginé que j’aurai pu reculer, ne serait-ce qu’une seconde face au feu. J’étais, je représentais inévitablement un héros. Gagnant toujours tous les combats et ressuscitant comme par enchantement après chaque mort successive au cours des milliers de batailles effectuées au cours de l’histoire de mes vies, de mon âme voyageant dans le temps. Car dans mes rêves, je fus, grognard de Napoléon, gaulois, peaux rouges, chevalier, toujours du côté des perdants potentiels, cependant grâce à moi, ils renversaient toujours le cours de l’histoire. Un véritable héros en quelque sorte. Pour moi, l’école était un refuge et en même temps un endroit que j’abhorrais. Je n’aimais pas étudier. Dès le plus jeune âge, je n’avais pas ce que l’on peut appeler la bosse des études. J'affirme sans hésitation que mes parents eurent une grande responsabilité dans mes échecs scolaires. Ils ne s’occupaient pratiquement pas de savoir si je faisais mes devoirs. Notre fratrie était livrée à elle-même. Mes parents se donnaient bonne conscience en pensant que de jeunes enfants pouvaient tout à fait se prendre en charge et travailler d’arrache-pied pour réussir leur vie scolaire. Parfois mon père, rarement ma mère, comme possédée par une soudaine révélation, en constatant un carnet de notes un peu plus mauvais que d’habitude, essayait de reprendre à sa façon la situation en main. Se mettant dans la tête qu'il pouvait faire de moi en un dimanche après-midi un spécialiste de la grammaire, il me faisait réviser tout le programme de l’année, en préparation d’un contrôle de connaissance à venir. Je parle de grammaire, car cet épisode fut réel. Mon père m'interrogea sur les conjugaisons sans perdre son calme, chose assez remarquable, en vue de me faire passer avec succès ce fameux contrôle. Ce fut réellement un succès. L’institutrice du cours élémentaire investie de la lourde tâche d’inculquer un peu de connaissance dans nos jeunes cervelles fut étonnée de voir mes progrès si fulgurants après seulement un week-end. Surtout cette année-là car pour moi celle-ci faisait partie d’une de ces mauvaises années. Pour être parfaitement honnête, je me montrais aussi particulièrement paresseux pour la chose scolaire. Je me rappelle d’avoir été souvent face à mon carnet de devoirs ceux que l’on devait faire chez soi le soir lisant et relisant les différents exercices proposés. Je demeurais totalement figé. Je ne supportais pas cette idée qu’on puisse me contraindre à faire quelque chose que je n’aimais pas. Je le ressentais comme une épreuve insurmontable, car je n’éprouvais aucun plaisir d'apprendre certaines matières. N’ayant aucun soutien des enseignants ou de mes proches, je maintenais juste la moyenne, parfois un peu plus, souvent un peu moins. On pressentait déjà que ma carrière académique serait probablement très vite écourtée. Cette époque, n’est pas un bon souvenir. J’étais terrorisé, lorsque j’avais de mauvais résultats, de la réaction de mon père qui pouvait être totalement imprévisible. Il pouvait un jour ne rien dire du tout et un autre simplement hurler comme un fou. Je ne peux pas dire qu’il utilisait le châtiment corporel de façon régulière. Il suffisait qu’il crie pour nous faire suffisamment peur. Il marquait son empreinte sur notre psychologie, sur notre vie par une présence et une éducation basée sur l’humiliation verbale et la terreur de recevoir quelques coups. Car même si cela n’était pas souvent, cela pouvait être terrible. Mon frère ainé en fit les frais. Ce fut une de ces fois dont je me rappelle comme si cela était hier. Je pense que cet épisode est celui qui définitivement créa en moi cette peur et ce dégoût de la violence. Ce jour-là, mon frère, qui avait par ailleurs de très bons résultats scolaires, était aussi très indiscipliné. Il recevait régulièrement des avertissements de son professeur principal dans son carnet de correspondance. Il reçut son 21e avertissement. Il avait 11 ans et moi 7 ans. Ce fut l’avertissement de trop dans l’esprit de mon père. J’étais à la maison. Il rentrait tous les jours pour déjeuner. Mon frère lui ouvrit la porte. Une violence insensée se déclencha. Les coups pleurèrent sur mon pauvre frère. Cela dura de longues minutes. J’étais terrorisé. Ma mère se taisait. Quand les coups stoppèrent, mon frère saignait du nez, des poignets. Quand mon père vit ces quelques gouttes de sang, il dit uniquement, merde, tu saignes. Pour mon père, le fils ainé devait représenter l’exemple pour ceux qui suivaient dans la fratrie. Il avait un concept médiéval de l’éducation. C’était quelque chose d’irréel. De terrible. Le plus dur dans cet épisode, pour moi, fut avec le temps, de pardonner. Ces images ne peuvent pas disparaître, la mémoire demeure présente. Rien ne peut s’effacer comme d’un coup de baguette magique. Avec le temps, la compréhension, une conscience moins stressée, le pardon devient possible. Ce n’est pas aisé de pardonner quand le cœur a été à un âge tendre pétri de peur, encerclé de violence. Notre père buvait de façon régulière. On appelle ça de nos jours un alcoolique mondain. Cependant ses cuites l’amenaient souvent à laisser éclater sa violence. Après des années, lorsque je devins adulte, ma mère m’apprit qu’en fait, il fut brutal dès le début de leur mariage. Lorsqu’elle tomba enceinte de mon frère ainé, il la battait. C’était un homme violent par nature. Pourtant, rien dans son histoire familiale n’était susceptible de laisser présager ce type de comportements, sa mère, son père, son frère étaient des personnes respectueuses, plutôt assez douces et sympathiques. Il possédait sa propre histoire, son passé imprimé dans sa conscience. Paradoxalement, sa grande intelligence enrichie d’une vaste culture ne lui permettait pas de transformer ses comportements abusifs. L’intellect est infirme lorsqu’il est inapte à communiquer avec les valeurs subtiles du cœur. Mon père restait un exemple criant de ce décalage existant entre un homme cultivé, qualifié d’intelligent par ses pairs et un comportement émotionnellement anachronique. Sa vie professionnelle commença comme acheteur de centrale d’achat aux Nouvelles Galeries, dans les années 50. Le pays sortait de la guerre et la reconstruction du pays commençait. Tout était envisageable. Les gens courageux et volontaires pouvaient saisir de nombreuses opportunités. Il en faisait partie. Un gros bosseur, intelligent, un brin arrogant et un ego qui allait bientôt l’étouffer et lui faire perdre conscience des réalités. Comme cela arrive parfois, un des dirigeants de la société où il travaillait le remarqua. Ce Monsieur n’avait pas d’enfants. Il fit de mon père une sorte de fils adoptif. Grâce à ce soutien inestimable, il gravit les échelons de la hiérarchie très rapidement. Âgé de 27 ans, il gagnait pour l’époque des revenus conséquents. Il avait épousé ma mère venant d’un milieu aisé. Il pouvait tabler sur le soutien de sa belle-famille. Il acquérait en 1957 un appartement de 110 m2 à Saint-Mandé. Puis rapidement une résidence secondaire dans l’Yonne. C'était une petite ferme un peu délabrée qu’il fit retaper au cours des années suivantes. Notre famille maintenait un train de vie très soutenu puisque nous avions 2 femmes de ménage à la maison, 2 voitures. Le luxe en quelque sorte. À l’époque, il pouvait se permettre de changer d'employeur assez facilement. Le marché de l’emploi demeurait ouvert, on traversait une période de croissante forte pour le pays. Son mentor étant décédé à la fin des années cinquante, rien ne le retenait plus. Il pouvait voler de ses propres ailes allant d’un emploi à l’autre toujours mieux rémunéré. C’était un grand professionnel dans son domaine. À cette époque lui-même pensait que le monde tournait autour de sa personne. Il avait une solide notoriété, celle d’être un excellent professionnel. Malheureusement aussi la réputation d’être particulièrement difficile et arrogant. Je le découvris bien plus tard auprès de ces anciens collègues ou amis. Alors au début de sa quarantième décennie d’existence, un de ces changements fut celui de trop. Il quitta son emploi très rémunérateur sur un coup de tête pensant qu’il lui serait aisé de contacter un autre employeur rapidement. Toutes les portes se fermèrent. Pendant des mois, des années, il répondit à toutes les annonces possibles et imaginables. Rien n’y fit.  Il était bel et bien grillé. Refusant de se remettre en question et éventuellement d’évoluer vers une autre profession, il préféra s’enfermer dans sa maison de campagne, commençant à boire de façon immodérée. Il refusait de changer son train de vie. Petit à petit, mes parents durent céder tous les biens qu’ils avaient accumulés au cours de leur période faste. Le plus frustrant était que ces placements avaient été des plus judicieux. Manquant de liquidité, il bradait son patrimoine largement en dessous de sa valeur. Il possédait un terrain en Corse remarquablement bien situé, à côté de la maison que Jacques Dutronc se fit construire plus tard. Mon père le vendit pour une bouchée de pain. S’il avait attendu ne serait-ce qu’une dizaine d’années, il aurait été millionnaire. Il vendit des bois, des habitations appartenant à ma mère dont elle avait hérité à la mort de père, tout y passa. Puis finalement, exsangue, quasiment ruiné, à 42 ans, ma mère se mit à travailler. Elle observait son mari s’enfoncer dans l’alcoolisme, le déni de réalité. Elle devait réagir. Mon père lui avait interdit de chercher un emploi jusqu’à ce moment critique. Il pensait que le rôle d’une épouse était de rester à la maison pour élever les enfants. Mais là, encore, une de ces merveilleuses contradictions de l’esprit humain, il ne s’opposa pas à ce que son épouse travaille. Leur situation financière devenant précaire, il fallait qu’il cède sur l’un de ses principes essentiels. À cette occasion, ils bénéficièrent d’un coup de pouce de la Nature. Ma mère eut cette intuition presque miraculeuse. Elle parlait quatre langues couramment, l’allemand, l’anglais, le français et le Hollandais. Ayant bénéficié d’une éducation assez ouverte sur le monde, elle était capable de s’adapter rapidement même n’ayant jamais exercé de profession. Elle décida d’appeler l’Institut Néerlandais à Paris, rue de Lille, pour postuler un emploi. Cet institut était une des vitrines culturelles des Pays-Bas en France. De nombreuses expositions de peinture y étaient organisés, des conférences, des cocktails officiels. Chose assez surprenante, la personne lui répondant au téléphone s’étonna de cet appel impromptu. Comment ma mère pouvait-elle savoir que l’institut néerlandais cherchât une collaboratrice en l’occurrence ici pour gérer l’organisation de leur activité événementielle puisqu’en principe, c’était un secret, la décision ayant été obtenue uniquement 24 heures auparavant ? Elle fut invitée dès le lendemain à un entretien, elle se présenta, fut engagée, y travailla jusqu’à sa retraite soit 18 années. C’est anecdote est une leçon. Lorsqu’une situation parait insurmontable, presque désespérée, le destin vous fait un petit clin d’œil pour vous aider à repartir du bon pied. La Nature vous offre une opportunité d’aller de l’avant. Ceci n’est pas gratuit. C’est une façon d’apprendre plus sur soi-même, sur la vie. Accepter toute opportunité avec le cœur, avec gratitude ouvre la conscience à ce domaine d’espérance de toutes possibilités. Rien ne peut résister. La vie se réalise dans sa grandeur nous acculant à transcender nos faiblesses pour ouvrir notre cœur à la compassion. Ceci représente un moment de grâce dont il faut savoir profiter. Pour avancer consciemment sur le chemin de la vie, il faut se voir tel que l’on est, comprendre et guérir nos blessures. Celles-ci peuvent être profondes. L’acceptation représente le chemin direct pour les atteindre et les transmuter. Accepter ne signifie pas rester sans rien faire. Accepter, c’est d’abord reconnaître notre essence profonde, mais c’est aussi faire ce qui est nécessaire dans l’action au quotidien. C’est assumer entièrement qui nous sommes, avec reconnaissance et surtout avec amour. Ma mère, intuitivement avait eu cette cognition, cette grâce d'apprécier un cadeau, une opportunité offerte par la Nature. Mon père était franc-maçon du Grand Orient de France. Il était très cultivé. Il fréquentait beaucoup de frères maçons. Il fut d’ailleurs révélateur de constater le vide sidéral de l’appui maçonnique dans les moments critiques de sa vie. À aucun moment, ses amis de loge ne vinrent à son aide. De nos jours, on parle beaucoup de la Franc-Maçonnerie, de cette confrérie plus ou moins secrète supposée gouvernée le pays dans l’ombre, surtout sensée aider ses frères dans la détresse. Cela relève plus du phantasme que de la réalité. La plupart des francs-maçons que j’ai pu rencontrer dans ma vie qui traversait des moments de graves difficultés, n’eurent pour aide que le silence et l’indifférence de leurs frères Maçons. Le mot compassion ne figure pas dans la conscience maçonnique moderne. Les grands principes énoncés par ces grands esprits sombraient dans les oubliettes de l’égoïsme primaire. L’emprise de la pensée matérialiste, celle qui ne parle pas avec le cœur, restait bel et bien prédominante dans l’esprit de ses compagnons de loge. Plusieurs de mes amis proches qui ont été francs-maçons ont connu la même expérience. Ils expérimentèrent une douloureuse indifférence ressentant comme une profonde trahison de l’idéal qu’ils défendaient durant de nombreuses années. Ils pensaient avoir créé des liens durables d’amitiés et de fraternité pour finalement n’obtenir qu’un courant d’air compassé de froideur cérébral. Ils se mirent en congé de cette confrérie finalement pas si exemplaire. Toutes ces personnes que mon père fréquentait régulièrement, discutaient entre elles pendant des heures entières de grands principes, réformant par le discours un monde trop injuste à leurs yeux. Ils parlaient de compassion, d’entraide. Il m’était déjà facile de mettre en parallèle leurs discours avec cette image d'un père qui battait son épouse, terrorisait ses enfants. Ses frères maçons autour de repas bien arrosés continuaient à palabrer, pour finalement, rentrant chez eux, ne rien faire qui puisse contrarier leur vie d’opulence bien réglée. La parole est aisée, l’art est difficile. Je parle de ces épisodes puisqu’ils marquèrent profondément dans ma conscience d’enfant puis d’adolescent. De nombreuses questions me taraudaient déjà l’esprit. Comment pouvait-on clamer de tels discours tout en vivant en totale contradiction avec ceux-ci ? Aucune de ces personnes par leur action ou comportement, semblait être des exemples à suivre. D’un côté, on parlait de réformer le monde et de l’autre, de l’autre comment gagner plus d’argent en trompant un ex-associé ou concurrent. Certains parlaient du rôle de la Femme dans la société pour ensuite interdire à celles-ci de chercher un emploi. On palabrait sur la non-existence de Dieu, du Grand Architecte de l’Univers. Pourtant dans leur vie quotidienne les participants à ces grands débats, oubliaient tout d'un coup ces grandes théories pour retourner paisiblement à leur Ego rassurant et dominateur. J’ai toujours pensé que l’emprise du mental, que le flot de nos pensées occultaient notre Nature profonde, dénaturaient ce que nous étions vraiment. À force d’avoir été le témoin assez jeune de ces contradictions dans le monde des adultes, mon sens critique se développa assez rapidement pour me préparer à des prises de conscience salutaires un peu plus tard dans ma vie. Ma famille, dans ces insuffisances, ces drames, sa violence, mais aussi son Amour maladroit, creusait un sillon dans ma Conscience. Celle-ci pourrait à court terme éclore et s’épanouir pour une meilleure compréhension des Êtres et des Choses. Écoutant ces discussions sans fin, je voyais que les valeurs du cœur manquaient à toutes ces analyses et théories. L’intellect déconnecté des valeurs de compassion, d’amour sincère et véritable, ne servait finalement qu’à s’écouter, parler et satisfaire des egos surdimensionnés. L’intellect sans y associer la richesse de la compassion est tout simplement infirme. On énonçait des théories dans une ambiance d'intolérance glaciale dissimulée derrière des mots plein de vide. Je réalisais que la pleine jouissance de la vie passe par une meilleure conscience de nos actes au quotidien. Agir en pleine conscience est fondamental. Nous devons développer notre aptitude au discernement, développer notre intuition pour pouvoir aménager un environnement favorable à nous-mêmes, pour nos proches, la société en général. On confond le libre-arbitre et le conditionnement du mental. Dans le libre-arbitre, l’identification aux pensées n’existe pas. C’est cela la véritable liberté. L’action est engagée dans une liberté totale libérée des pensées, des concepts, du conditionnement de la société. On vit sans peur, sans angoisse, et paradoxalement sans filet. Il n’y a rien qui nous empêche d’apprécier chaque moment de notre existence. Toutes les références disparaissent, seul reste ce vide totalement plein. Cependant notre mental est très fort. Il a un grand pouvoir de conviction. Il n’est pas facile de se dégager des histoires qu’il nous construit et de se désidentifier des situations problématiques. L’héritage du passé que nous portons dans notre esprit et dans notre corps génère les tendances de notre vie actuelle. Nos blessures passées se projettent sur les rencontres du présent. En développant la capacité de notre essence à s’exprimer, nous allons pouvoir interagir avec le monde de façon positive. Le libre arbitre éveillé permet de prendre les justes décisions. Nous ne sommes pas limités à notre corps, ou plutôt dans notre corps. Rien, absolument rien n’est inéluctable. Rien n’est écrit de façon indélébile dans le livre de la Vie. La Création nous a donné le libre-arbitre. S’éveiller veut dire affirmer, sans honte et aucune restriction, notre droit de vivre la Vie telle qu’elle doit être vécue, c’est-à-dire avec joie et sérénité. Clairement, ce n'était pas un concept qui avait du sens pour mon père. Englué dans ses contradictions mon père subissait sa vie pensant le contraire. Son existence était devenue une litanie de souffrances. Ses distractions se résumaient à faire les mots croisés dans le Figaro, rencontrer quelques amis demeurant dans la région, et s'occuper de nos chiens. Car c'était un homme plein de paradoxe. Autant nous pouvions le voir se laisser dépasser par sa propre violence, en même temps, celui-ci était incapable de faire du mal à un animal, incapable d'abattre un arbre qu'il ressentait réellement comme étant un être vivant.  Il était très sensible à la nature en général. Au bout de plusieurs années d'un laissé aller intellectuel et physique, la situation financière de notre famille commença à être un peu difficile. Heureusement pour mes parents, mes frères et moi-même partîmes de façon définitive du cocon familial quasiment à notre majorité légale pour accomplir nos propres destinées, loin d’une atmosphère pesante et particulièrement stressante. Mon père grâce à un petit coup de piston familial fut embauché dans la fonction publique. On qualifierait ça maintenant probablement d'emploi fictif. Il travaillait au Palais de Justice de Paris, à classer des dossiers. Je ne crois pas qu’il se rendait à son bureau plus de 2 ou 3 heures par jour. Cela avait au moins l'avantage de lui occuper son esprit déprimé. Après tout, la société lui ayant refusé le droit de travailler dans une profession où il excellait, ce n’était pas si amoral de le voir profiter d’un peu de répit. Il se trouvait sans réaction face à une situation difficile. Mon père vécu cette période assez courageusement. Il travaillait dans un emploi que l'on pourrait qualifier de précaire pour un homme de son intelligence. Il se sentait profondément touché dans sa fierté d'homme. Il avait toujours pensé qu'un chef de famille avait vocation à faire vivre sa famille dans le bien-être au moins matériellement, son épouse restant au foyer pour s'occuper des enfants surtout, en aucun cas, ne devant travailler comme le ferait commun des mortels. Sa vie ressemblait de plus en plus à un immense gâchis. Pourtant, en aucune circonstance, il ne fit pas un retour sur lui-même pour tenter de se sortir de cette impasse.

 

 

 

 

 

                    L’Equanimité

 

Parlons donc de l'équanimité établie et vécue dans la conscience de façon permanente, l’âme égale dans le succès et l'insuccès, représente un véritable test pour ceux qui souhaitent pouvoir cerner un plus pratiquement ce que peut être le ressenti dans la conscience au fur et à mesure que le chercheur avance. L’équanimité représente cet espace ou le changeant et le non-changeant font Un. C'est un domaine où le changeant n'affecte plus le non-changeant. C'est un endroit ou l'immuable règne. On peut qualifier cela un "état ", car plus rien ne bouge. La stabilité de la conscience universelle est entièrement intégrée. C'est au-delà de tout concept. Cela n'est rien bouleversant. Ce n'est rien de magique. Il n'y a pas de charge émotionnelle. L'équanimité, c'est être réellement présent parce que la conscience est non affectée par le monde relatif. L'équanimité établie veut dire que la conscience est devenue consciente d'elle-même. La conscience accepte sa propre réalité transcendantale. Il n'y a rien de miraculeux. L’équanimité est potentiellement là, perpétuellement présente. Il s'agit de la rendre consciente de sa Présence.
L'équanimité, c'est être libéré de l'illusion des fluctuations du monde relatif. Il n'y a ni bien ni mal, ni joie ni peine. L’équanimité, c’est être témoin de tout ce qui existe sans y perdre sa conscience. L'identification de la conscience à l'action créée l'entropie dans tous les aspects de la vie. Aussi être dans équanimité ne veut pas dire être indifférent. L’équanimité, c’est "Être" de façon permanente en harmonie avec le sous-jacent de toutes choses. C'est concevoir le mécanisme infiniment subtil de la constitution de l'univers. La dynamique de cet état est avant toutes choses, la réalité de l'Amour universel vécu sans fluctuations, sans émotions intermédiaires, sans aucune aspérité. Il n'y a rien de bouleversant. Cela existe, c'est tout. C’est spécialement être libre de son futur, de son passé et accepter l'aventure de la Vie telle qu'elle doit être vécue.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2

"Notre enfance comporte des douzaines de destinées en puissance."

Albert Thibaudet

 

 

Ma mère vécue dans l'ombre de cet homme violent. Jeune étudiante elle l’avait rencontré au quartier latin au début des années cinquante. Elle était très attirante. Elle tomba assez vite amoureuse de ce Français séduisant. Tous les deux décidèrent de se marier contre la volonté de ses parents, qui, hollandais pur sucre, ne comprenaient pas que leur fille veuille se marier avec un papiste. Malgré tout, le mariage fut célébré et mes parents s'installèrent à Saint-Mandé. Sa vie fut faite d'ambiguïté et de compromis avec son mari, ses enfants et le reste de sa famille. Elle aimait son mari malgré sa violence extrême. Il brillait en société par son intelligence, visiblement séduite par son côté cérébral. Lorsqu’il la battait, elle ne pouvait plus sortir pendant des semaines son corps étant trop pétri de douleur pour être à même de se mouvoir. Son visage restait tuméfié pendant des jours. Ces scènes de folie se déroulaient en notre présence. Mon père dans son délire nous prenait à témoin, le genou en travers de la gorge de notre mère allongée sur le sol, expliquant que notre mère perdait la raison, elle nous suppliant de requérir de l’aide, que pouvions nous faire à 3, 5 et 7 ans ? Ces scènes se répétèrent souvent. Ils se réconciliaient toujours, à notre joie immense, à notre grand désarroi. Ces mémoires restent imprimées dans ma conscience comme une marque au fer rouge. Posant la question à ma mère concernant ces situations elle eut cette réponse quelque peu atterrante. Je voulais comprendre s’ils comprenaient les conséquences de leur acte sur leurs jeunes enfants. Se rendaient-ils compte de l'impact psychologique que cela pouvait avoir sur nous ? Ma mère me répondit persuadée par les mensonges de son mari que tous les couples traversaient ce type de situation. Son mari lui avait affirmé, que ma foi, cela faisait partie de la vie. Je dois dire que j'en perdis mon latin. Devant mon air hébété, elle se rendit compte de l'énormité de sa réponse, peut être soudainement elle prit conscience que son vécu ne représentait pas la normalité dans une vie de couple. Mes rapports avec elle furent toujours assez affectueux. Il est exact que mes frères et moi lui pardonnions beaucoup, car nous avions été témoins de la violence de mon père. Par son éducation hollandaise, elle avait un esprit plus flexible. Certes, elle fut fréquemment sous l'influence de son mari. En revanche elle réussissait parfois à lui faire comprendre que le monde avait évolué. Nous ne vivions plus au moyen-âge. Etant le plus jeune de la famille je bénéficiai d’un statut différent. Le dernier né d’une fratrie est généralement au corps défendant des parents, le plus gâté. On me passait plus de choses. Sans en avoir jamais abusé, cela me servit bien. Principalement lorsque je fus adolescent. Un de mes moments favoris lorsque j'avais une quinzaine d'années consistait à me lever le week-end pour aller prendre un café en sa compagnie dans la cuisine de notre maison. Nous profitions de ces instants de répit familial pour discuter de choses et d'autres. À cette époque, je fumais Je ressentais un plaisir extrême en prenant une cigarette le matin ajouté à un peu de caféine dans le sang. Mes parents nous permettaient de fumer et de consommer de l'alcool. Pour eux, cela faisait partie de cet aspect bon vivant. La déculpabilisation de ces mauvaises habitudes était totale dans notre famille. Durant ces moments de partage, nous parlions de choses plutôt assez intellectuelles. À la maison, beaucoup de journaux et magazines politiques traînaient un peu partout, notre esprit critique se développait durant ces débats avec nos parents. Ils étaient tous les deux très fins et cultivés. Ils accueillaient beaucoup d’invités à la maison, de différents milieux. Ils acceptaient plus aisément une contradiction intellectuelle de l'extérieur plutôt que de l'intérieur. Leurs meilleurs amis les appréciaient grandement pour leur sens de l'hospitalité et leurs conversations assez riches intellectuellement. Durant cette première partie de mon existence, ayant vécu au milieu d’une insécurité psychologique presque permanente, ma conscience se préparait malgré moi à une renaissance. Mon inconscient allait évoluer pour devenir conscient, demandant une révolte salutaire pour sortir de ce carcan familial devenu trop lourd. La vie, bientôt m'offrirait cette opportunité. Rien ne semblait me prédisposer à la découverte de ce qui allait influencer ma vie pour les décennies à venir. Dès l’âge de 14 ans jusqu’à mon départ de la maison familiale, je m'associais avec une bande de camarades toujours prêts à faire la bringue. Nous allions régulièrement prendre de sérieuses muflées aux bars avoisinants. Nous acquérions rapidement un goût immodéré pour l'alcool. Nous sortions plutôt assez souvent. D’ailleurs à l’aube de mes 15 ans, je perdis ma virginité. J’avais deux amis artistes habitant à cinq kilomètres de chez mes parents. Ils avaient respectivement 25 et 35 ans. Ils louaient une école désaffectée dans une commune de l’Yonne. Cet endroit se transformait en atelier d’artistes. Ils y conviaient tous leurs amis. C’était un moulin à rencontres. Mes compagnons de guindaille et moi-même faisions leur connaissance. Une amitié sincère encore vivante aujourd’hui voyait le jour. Un jour, leur rendant visite dans leur école pour dire un petit bonjour en leur apportant quelques victuailles car ils manquaient constamment de tout je rencontrais deux jeunes femmes de 23 et 25 ans de passage pour le week-end. Visiblement ces charmantes visiteuses souhaitaient partager quelques moments de douce sensualité avec mes amis. L’une d’entre elles qui s’appelait Claire-Hélène commença à discuter avec moi. Je n’avais pas tout à fait 15 ans, toutefois avec un vécu relativement intense ce qui ne me rendait pas trop immature pour une femme de 23 ans en quête d’aventure originale. La journée s'écoulait tranquillement. Nous nous amusions bien. Vers 19 ou 20 h, je devais partir, mes parents m’attendant pour dîner. Claire Hélène me demandait si je pouvais revenir passer la nuit avec elle. Je me trouvais clairement pris de court. Un peu craintif aussi. Une jeune femme de 23 ans assez jolie proposait à un gamin de faire l’amour. Malgré ma timidité passagère, j’acceptais de grand cœur sans beaucoup plus d’hésitations. Il fallait concevoir un plan pour le soir même me permettant de faire le mur et rejoindre Claire-Hélène. Nous nous donnions rendez-vous dans une rue étroite adjacente de mon domicile. Elle viendrait me chercher en voiture et le tour serait joué. L’heure fut fixée à 23 h 30. A l’heure presque fatidique je souhaitais une bonne nuit à mes parents. Je verrouillais la porte de ma chambre. J’attendais un peu. Mes parents étaient partis se coucher. Je passais par la fenêtre partant au petit trot vers notre point de rendez-vous. J’arrivais avec quelques minutes de retard. Personne ne venait. Une voiture arrivait au loin, pensant ma conquête de ma nuit arrivant enfin je faisais de grand signe. En fait, ce n’était pas elle, mais des amis de mes copains artistes qui passaient par là. Je les connaissais. M’excusant de les avoir arrêtés, je prétextais un rendez-vous de dernière minute. Pas de problèmes. Ils m’embarquaient dans leur voiture pour me conduire à destination. Arrivant là-bas, j’entrais dans la pièce qui servait de bar et salle à manger. Claire Hélène était toute surprise. On s’était raté de quelques minutes. Et elle pleurait. Elle était tombée amoureuse d’un gamin de 15 ans. Un de mes amis artistes riait. Incroyable, me disait-il. Elle pleurait à chaudes larmes ne te voyant pas au rendez-vous. Après quelques plaisanteries, un petit coup de rouge et quelques zakouskis, elle m’emmenait dans sa chambre. Pour une première expérience, c’était assez réussi. Ma timidité s’évapora rapidement. Elle me mettait à l’aise avec délicatesse. Ce fut une nuit qui restera dans mes souvenirs jusqu’à ce jour. Moi-même n’ai jamais revu cette jeune et jolie personne si dévouée. Sa douceur, sa gentillesse et sensualité resteront à jamais gravées dans ma mémoire. La chance m’avait permis de vivre une expérience grisante pour un adolescent de 15 ans. En dehors de cette petite aventure, mes parents me voyaient rentrer très régulièrement éméché. Néanmoins pour eux cela ne représentait aucune gravité. Tant que je ne me droguais pas tout allait bien. Picoler ça faisait partie de la vie. Jusqu'à l’âge de 17 ans, je menai cette vie un peu décousue avec quelques copains de l'époque avec qui je partais régulièrement en virée. À plusieurs reprises durant mon adolescence, je partis avec l'un de mes frères en Bretagne quelques amis se joignant à nous pour plusieurs semaines durant les vacances d'été. Nous logions au camping. Tous les soirs sans exception, nous finissions à la crêperie du coin, avec de grands repas, buvant bière, cidre et autres alcools en grande quantité. Je me trouvais dans un état d’ébriété avancé tous les soirs, rentrant péniblement à l'aube. Durant l'année scolaire, je vivais avec mon frère dans un appartement se situant au-dessus d'un magasin de vins et spiritueux que mon père avait ouvert pour essayer de réaliser quelque chose de constructif dans sa vie. Mon frère ainé de 2 ans en assurait la gérance. Il avait souhaité arrêter ses études à l’âge de 16 ans. Notre père après avoir acheté ce commerce s'y ennuya très rapidement. Il décida de lui en laisser la gestion comme si un jeune homme de 17 ans pouvait gérer un commerce de produits de luxe. Evidemment, ce fut une catastrophe. Au début, il essaya d’être à la hauteur de la confiance investie en lui. Sans expérience, sans soutien même moral de nos parents, il ne pouvait pas faire grand-chose. Nous n'apercevions notre père que très rarement. Uniquement, quand il venait se réapprovisionner sur les stocks existant pour éviter de mourir de soif. Le reste du temps, nous étions livrés à nous-mêmes. Je ne vais pas être hypocrite. Nous vivions le rêve de tout adolescent. Libres de tutelle parentale toute la semaine, un appartement spacieux, de l'alcool à profusion. Tous les ingrédients étaient réunis pour nous lancer dans une guindaille effrénée quasiment 5 soirs par semaine. Étant au lycée, j’invitais régulièrement tous mes copains jusqu’à souvent des heures très avancées de la nuit. Nous faisions la fête, arrosée par de grands crus de vin ou autres liquides alcoolisés. Cela dura deux années. D'ailleurs entre les cigarettes, moi-même fumais entre 1 et 2 paquets par jour et l'alcool que j'ingurgitais, je pense que je ne serai pas allé au-delà d'une trentaine d'années d’âge. Cette vie de débauché indiquait la manifestation d’un réel mal être. Certes durant nos orgies, nous nous amusions beaucoup. Lors de nos moments de sobriété le retour à la lucidité nous rappelait brutalement la réalité du vide affectif nous entourant. Mon caractère jovial me prédisposait à la cuite heureuse. Mes parents se rassuraient par mon rire tonitruant qui faisait vibrer régulièrement la maison. Cette période festive irréelle, dura environ 4 années. En réalité ces excès reflétaient l’émergence d’une colère profonde. Celle-ci avait élu domicile au fond de mon être prête à surgir à n'importe quel instant. Elle n'est pas uniquement un sentiment, une réaction quasi-incontrôlable à une sollicitation miroir venue de l'extérieur appuyant là ou notre mental sait que nos blessures intérieures vont se réveiller. La colère dispose d'un espace de vie dans notre corps. Là, celle-ci se nourrit de nos peurs, de nos incertitudes, de nos faiblesses. Il suffit de s'accorder le temps, l'instant même, d'accepter de se tourner vers le soi, d'observer la colère naissante pour la résorber tranquillement. L'ayant en quelque sorte géolocalisé, il est un peu plus commode de pouvoir s'en débarrasser. Du reste, la Conscience prend conscience de la place incongrue de cette colère. Celle-ci ne possède pas de réalité propre sinon celle de l'illusion d'un ego souhaitant persister dans son existence en maintenant son emprise sur notre esprit, nos pensées. Le ressentiment n'a plus de raison d'exister lorsqu'elle est vue de l'espace de transcendance qu'est notre conscience. Se libérer de la colère, c'est vivre dans la totale liberté d'une conscience établie dans une harmonie permanente. On ne craint plus tous les soubresauts d'un mental sujet à tous les débordements, pouvant nous faire oublier au pire le respect de soi-même ou des autres. La colère est une non-réalité, une aliénation contre évolutive de l'épanouissement de notre humanité. Elle est le renoncement à notre liberté, de notre capacité à transcender les évènements pour nous établir tranquillement dans l'équanimité de l'Amour qu'il soit universel ou plus modestement individuel. Se laisser emporter par la colère, c'est tristement nier notre valeur absolue, éternelle, oublier que nous ne sommes pas ici et maintenant pour souffrir les aléas de la vie. C’est une des découvertes majeures quand on pratique la Méditation Transcendantale. On explore l’éternité de la conscience, sans aucune limite. C'est réaliser qu'au-delà des mots et théories, la conscience est véritablement éternelle et juste, totalement juste lorsqu'elle est entièrement intégrée dans notre vie au quotidien. Il n'existe pas de posture mentale, d'autosuggestion dans le champ de la transcendance, c'est une réalité unique et indestructible. Comprendre cela veut dire aussi savoir que notre colère individuelle possède une influence sur notre environnement qu'il soit accessible ou lointain. Nous réveillons de près ou de loin, simplement par la hargne, tous nos instincts les moins recommandables. Nous imprégnons avec un acide caustique l'évolution harmonieuse du temps et des choses en la dénaturant. Nous créons cette violence du désordre et de l'entropie passant à côté de l'essence de la vie qui est sans frénésie. Nous devons l'admettre. L'essence de la vie est sans rancœur. Vivre sans colère en acceptant d’emblée l’authenticité de cette réalité. Cela signifie jouir à chaque instant, à chaque souffle, de la douceur incommensurable du flot de l'éternité. C'est vivre dans la liberté la plus totale, dans ce vide transcendantal si plein, si serein. C'est voir dans leur infinie valeur ceux qui nous entourent, qu'ils soient humains, animaux ou végétaux. C'est plonger au fond de cet océan de pure béatitude, absolue félicité ou tous les liens contraignant de l'illusion de la colère sont définitivement brisés. C'est fermé les yeux, quelques minutes, puis les ouvrir et voir de ce champ de conscience qu'au-delà de tout ce que nous croyons voir, tout est parfait. C'est apprécié ce Silence vertigineux existant, vibrant partout et sans fin. C'est une libération de toutes les contraintes que nous avions su si bien créer pour nous-mêmes et pour l'humanité. Sans colère, le flot ininterrompu de la Vie peut s'exprimer pleinement. La conscience rayonne alors au-delà des mots, des choses, des fausses certitudes. Toute identification, toute mystification sont tombées, nous sommes réellement conscients de notre réalité unique et éternelle. Éventuellement ainsi sommes-nous aptes à comprendre que nous existons à l'image de quelque noble vérité, plus transcendante que ce que nous pouvions imaginer .Que l'histoire de notre ego nous ment depuis toujours. Nous découvrons qu'il n'est ni nécessaire ni judicieux de s'opposer à ce qui est simple. La colère, c'est notre complication à ne pas vouloir explorer la nature absolue et éternelle de notre essence intérieure. Vivre sans colère, c'est vivre. Tout simplement. Il allait me falloir du temps pour intégrer cette vérité pour être capable de pardonner à mes parents et à moi-même cette violence physique et psychologique qui berçait ma jeunesse jusqu’à mon adolescence.

 

 

 

 

 

Le vertige du vide

 

Voilà, je suis assis. Je regarde, j’observe. À l’intérieur de ce que je suis, tout est vide…Vertigineusement vide. Il n’y a plus rien. C’est étrange, je peux entendre mon battement de cœur, le voir, il est à moi et pourtant je ne fais que le voir. Il semble n’appartenir à personne. Ainsi, je regarde un peu plus. Je cherche, en fait mon égo cherche la réalité de son existence. Il a peur car tout est vide…Il ne sait pas où s’accrocher, il voudrait tellement pouvoir exister, dominer. Alors il veut aller encore plus profondément et là, juste là, il disparait dans le vide vertigineux d’un vide trop plein, trop vide… Il a peur, car il ne comprend pas pourquoi il disparait dans ce vide. Ce vertige. Ce vertige de croire qu’il perd tout. Son passé, son présent, son futur se diluent dans cet espace qui parait si infini…si terrifiant aussi quelque part, puisqu’à cet endroit précis, il n’existe plus rien. Il n’existe plus rien car ce lieu d’éternité ne connait pas l’esprit de résistance. Il n’y pas de résistances. Elles n’existent plus, elles ont accepté de quitter l’histoire de l’égo. Et puis il y a cette douceur. Cette infinie douceur, tellement douce qu’elle en serait presque désagréable… Elle semble brisée tout ce qui reste de ce « je » qui ne veux pas finir d’exister…. Et pourtant, le voir disparaitre, ou s’atténuer ouvre ce champ de liberté infinie…. C’est un vertige de liberté…. Il n’y pas de place pour le renoncement… Il est trop tard du reste pour renoncer… Il faut laisser les choses se faire…. Accepter le choix du vertige…. Dans ce trou noir, il n’y a pas de fond…. On ne respire même plus au demeurant, on retient son souffle. Dans cette descente, des pensées s’accrochent tant qu’elles peuvent à des parois de ce puits sans fond…. Mais moments de panique…. Il n’a pas de parois, pas de poignées auxquelles s’accrocher, ce n’est que de l’éternité, sans raccord sans possibilité de fuite. Ainsi, la peur disparait et tout continue.

Et puis viennent ces pensées, à quoi servent-elles ? On dirait qu’elles existent pour me faire douter de la réalité de cette descente dans cet espace infini… Alors je les observe elles aussi. Ainsi elles s’évaporent, à leur tour d’avoir peur… Il ne reste plus qu’une énergie de douceur… La conscience enveloppe ce mot « douceur », elle lui transmet sa valeur d’infini. Je peux la toucher la comprendre, lui parler même…. Elle s’intègre pour rassurer, expliquer que ce vertige n’est pas une fin, juste un début, une continuité en quelque sorte.

Il y a dans l’égo, dans les pensées cette angoisse de manquer à je ne sais pas quoi. Sans cesse vouloir s’accrocher à quelque chose de limité …. Ne pas apprécier la valeur illimitée de ce vertige. Ne pas accepter cette liberté de peur de tout perdre. D’ailleurs perdre quoi ? Nous ne le savons pas. Nous cherchons à nous remplir de l’extérieur, car nous avons refusé cette réalité du vide. Toutes peurs se désintègrent, car la compréhension du fonctionnement des mécanismes de notre constitution universelle devient tellement évidente…

Et puis il y a cette conviction intime, cette intuition infiniment subtile, cette voix emplie de tendresse qui chuchote dans cet espace pour rassurer, pour aider à comprendre de ce vide est assurément le tout. Que c’est de cet endroit, sans points d’attache, tout existe… Ce chuchotement fait vibrer la conscience… Celle-ci se libère de tout espace. Curieusement, il n’y a plus d’espoirs… Car tout « est », il n’y a plus besoin d’espérer, ce n’est plus nécessaire, car tout existe ici, dans cette éternité. La compréhension de l’illimiter dans sa simplicité résonne dans la conscience. On entre dans un monde de cognitions ou tout est compris, englobé dans cette valeur d’illimitée Cela parait si loin et si proche.

Ainsi, je regarde de nouveau, et tout se dilue, dans cette infinie douceur. Il n’y a plus rien à craindre, plus rien à comprendre, tout est vu car dans ce vide la vie s’exprime directement de cette source d’infinie corrélation.



 

 

Chapitre 3

"Tout est relatif, et cela, seul est absolu."
Auguste Comte


Au milieu de cette période presque suicidaire, passant le cap de mes 17 ans, je rencontrais ce qui allait devenir le moteur essentiel de ma vie et de mon développement personnel. Deux de mes amis intimes étaient tombés, accidentellement, si le hasard existe, sur un centre de méditation transcendantale au cœur de la campagne française, à Saint-Sauveur en Puisaye. Ils apprirent assez rapidement, pratiquant de façon assidue cette technique. Ils m'en parlèrent, expliquant comment en si peu de temps, ils avaient senti rapidement des changements dans leur esprit et dans leur vie quotidienne. Discutant avec eux assez régulièrement, j’observais avec l'œil du témoin chacun de leurs gestes. Je les voyais changer leur rythme de vie, tout cela de façon très subtile. C'était rarement de grands chamboulements. Simplement ces choses insignifiantes du quotidien qui ont parfois une influence considérable sur notre comportement ou notre façon de penser. Très rapidement, ils freinèrent leur consommation de tabac. Puis ils commencèrent à réduire leur consommation d'alcool, à être beaucoup plus ouverts dans leurs relations avec les autres. Tout cela juxtaposé m'intriguait au plus haut point. Il y avait ce mélange de choses très concrètes comme tout simplement s'arrêter de fumer, sans effort apparent. Principalement ils paraissaient tout simplement plus heureux. Le plus étonnant venait de la rapidité avec laquelle ces changements intervenaient si tranquillement, sans complication. Puis petit à petit d'autres amis apprirent à méditer et l'expérience se renouvela, chacun semblait y trouver son compte. La méditation transcendantale semblait permettre à tous de s'améliorer là ou en fait, ils en avaient le plus besoin, surtout cette amélioration apparaissait facile et harmonieuse. Nous avions tous des motivations très différentes pour commencer à pratiquer cette technique. Certains avaient été convaincus que le repos donné par cette pratique favorisait une récupération en cas de profonde fatigue en tous les cas plus rapidement que d'ordinaire. Alors ils se dirent qu'ils pourraient sortir faire la bringue beaucoup plus souvent pouvant ainsi récupérer deux fois plus vite. Une motivation comme une autre. D’autres essayèrent par curiosité. Puis ceux qui avaient une quête spirituelle semblaient considérer cette technique comme une réponse adéquate à leurs questions existentielles. Nous étions aussi à un moment de notre vie ou la curiosité innée de la jeunesse primait. Nous étions mûrs à nous lancer dans tout ce qui pouvait être inhabituel afin d'avancer pour le mieux dans nos vies respectives. Après ces quelques mois d'observation, je me décidai à apprendre. La décision finale fut comme une évidence. La période d’observation passée suffisait amplement. Il n'y avait aucune raison de perdre plus de temps. Le coût à l'époque s’établissait à 200 francs. Je réunissais la somme. Étant mineur, une autorisation d'une personne majeure se révélait nécessaire. Un de mes frères majeur me la signait.  Au regard de l’état d’esprit de mes parents à cette époque obtenir une autorisation écrite de leur part pour apprendre à méditer relevait de l’impossible. Leurs réponses auraient été évidemment négatives. Le 16 mai 1976, je fus initié en catimini à la méditation transcendantale. La pratique étant de vingt minutes matin et soir je gérais au mieux mon temps afin de méditer régulièrement. Dans la foulée d'autres de mes amis suivirent mon exemple. Certains d’entre eux se firent instruire avec leurs parents. Je vécu une expérience assez étrange lors de ma première méditation à notre domicile familiale. Nous possédions trois chiens qui gambadaient la plupart du temps dans notre jardin. Celui-ci dépassait les 6 000 m2 de terrain couvert de bois et arbustes Les trois compères furetaient dans ce jardin à l’endroit le plus éloigné de notre maison. Ce soir-là je fermais les yeux pour commencer à méditer. Une chose assez stupéfiante se déroula pratiquement à la seconde près. Les trois chiens s’élancèrent du fond du jardin en aboyant se ruant dans notre maison. Notre plus gros chien qui était un briard bien costaud savait ouvrir les portes d'un coup de patte. Il entrait dans ma chambre suivie de ses deux compères de jeu. Les trois se couchèrent à mes pieds durant les vingt minutes de ma méditation pour ensuite tranquillement retourner à leurs occupations. Cet épisode avait un côté un peu surnaturel. Du fond du jardin, ils avaient senti quelque chose de spécial. Comme attiré par un aimant vibratoire les trois chiens s’étaient rués près de moi juste le temps d'une méditation. Cela n'arriva qu'une fois. Cependant par la suite, nos fidèles compagnons aimaient se coucher à mes pieds ou tout simplement devant la porte de ma chambre lorsque je méditais. Du reste, ma mère, l'ayant remarqué par la suite fut très impressionnée. Elle percevait le déroulement une situation inhabituelle, presque magique. Ceci est bien sur anecdotique.  Ce fut néanmoins une expérience marquante pour une première méditation. Je persévérais assidûment dans ma pratique. Pourquoi cette assiduité dès le début ? Je ne sais pas trop pourquoi. S’asseoir matin et soir les yeux fermés pour méditer ne me paraissait pas être rébarbatif. Au début, c'était tout simplement quelque chose de très agréable. Je me sentais plus tranquille. Il me semblait que je me retrouvais dans un monde de sérénité. Tout ce qui était autour de moi apparaissait soudainement harmonieux, clair. Rien de miraculeux. Un sentiment de douceur, de quiétude. La méditation me permettait de me purifier en profondeur. Le silence et le recul qui se développèrent rapidement durant ma pratique quotidienne s’intégrèrent à mon quotidien. Méditer rétablissait l’ordre des choses en m’imprégnant de la force du Silence. Vu l'environnement familial, le contraste était très flagrant. Pendant ces quelques minutes d'apaisement, la vie entrait dans une toute autre dimension. Ce qui parfois était de la colère, de la frustration, se transmutait en quelque chose d'infiniment spécial.
À la fin de l’année scolaire, je devais passer mon bac français. Je ne disposais pas de classeur, ne possédant quasiment aucune note de cours. L’examen ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Cependant la nature sembla vouloir me faire un petit clin d’œil de bienvenu. Mon professeur de français était très différent d’un enseignant typique. Il nous donnait une liste de textes très originaux à présenter pour cette épreuve de fin d’année. Nous avions des textes de Céline ou d’André Breton pour ne citer que ces deux-là. Curieusement, notre professeur de français incluait un texte de la Bhagavad Gita quelques semaines avant l’examen. Venant d’apprendre la méditation transcendantale, ma curiosité étant en plein éveil j’étudiais parfaitement ce texte. C’était le seul que j’allais travailler à vrai dire. Le jour fatidique approchait. J’arrivais au lycée accueillant les épreuves. J’attendais sereinement mon tour. On m’appelait. Je possédais une liste d’une vingtaine de textes. L’examinateur l’étudiait attentivement. Il s’arrêta sur le texte de la « Gita ». Il se montrait agréablement surpris ajoutant ce commentaire « enfin voilà une liste originale, voyons ce texte de la Bhagavad-Gita. Je me lançais. Je demeurais intarissable. Je lui parlais de la MT que je pratiquais depuis environ un mois. Il m’arrêtait dans mon élan, me félicitant. Puis il me demanda de commenter un texte plus classique de Beaumarchais. Je ne savais rien ou presque. Il m’indiquait que c’était dommage, car j’aurai pu obtenir une meilleure note. Je rentrais chez moi tranquillement le sens du devoir accompli. Je recevais les résultats courant juillet. J’avais obtenu un 15 sur 20. C’était un peu magique. Je n’en revenais pas. La Nature avait été bien bonne pour moi. Ce genre de petit clin d’œil de la vie allait dorénavant m’accompagner tout au long mon existence avec de plus en plus d’amplitude. Mon père fut tout d'abord plutôt ouvert à l'idée de me voir méditer tous les jours 20 minutes matin et soir. L'ouverture de son esprit ne dura pas très longtemps. Au bout de quelques semaines, il décréta qu'il m'interdisait de méditer avec un avertissement très clair. S’il me voyait méditer, il me casserait la figure, ni plus ni moins. Il employait son temps à m’espionner, pénétrant abruptement dans ma chambre, dans la salle de bains, me questionnant sur mes activités avec mes amis. Il se refusait à toute concession. La méditation était décrétée ennemie publique numéro un dans notre famille. Alors le jour de ma majorité le 19 octobre 1976, ne supportant plus l'ambiance délétère de suspicion permanente, j'allais lui annoncer que j'arrêtais mes études pour devenir professeur de Méditation Transcendantale. Le résultat fut un moment épique et quelque part fondateur pour ma vie future. Je venais d’entamer la classe de terminale.  Cette annonce totalement inattendue à mes parents engendra un effet de détonateur provoquant une réaction particulièrement brutale. Je m'étais un peu préparé pour affronter toutes éventualités. Connaissant mon père, je pressentais une réaction particulièrement houleuse. J'avais ébauché mon plan de départ que je pensais être sans faille. Célébrant mon anniversaire et ma majorité nouvellement acquise avec une bande de camarades de mon lycée, j'envisageais de partir dès le lendemain matin avec mon sac à dos et surtout de ne plus rentrer au domicile familial. Durant cette soirée, un de mes amis s’approcha me donnant son avis. Selon lui au lieu de partir à la sauvette, sans rien dire à mes parents, je devrais les confronter pour clarifier la situation. J’acceptai l'idée, surtout parce que je me trouvais dans un état d'ébriété avancé, donc plein de courage à ce moment-là, toute mon inhibition ayant disparu dans des vapeurs d'alcool. Le lendemain, la gueule de bois un peu résorbée, je réalisais que je devais aller dire à mon père en face-à-face que j'arrêtais mes études. Pour être franc, je n'en menais pas large. Me voici donc parti pour affronter ce qui resta dans cette vie un moment très marquant. J'arrivai à la maison et tombais nez à nez avec lui. D'une voix un peu fébrile et angoissée, je lui annonçais que je souhaitais devenir professeur de Méditation Transcendantale et quitter le lycée. Après tout, j'étais majeur. La première réaction fut une gifle, pas trop douloureuse physiquement. Psychologiquement, un peu plus. Devant cette réaction, à laquelle je m'attendais un peu, j'essayais d'utiliser mes jambes à mon cou. Il me rattrapa par mon manteau. Me voyant tomber sur le sol, il s'arrêta aussitôt. Ma mère arriva à ce moment-là, elle rentrait de chez le coiffeur. Bien sûr, elle tomba aussi des nues. Dans son ambiguïté traditionnelle, elle prit parti pour son mari, sans chercher d'explication. Pour corser l'affaire, mes parents venaient d'apprendre qu'un de nos chiens préférés s'appelant Gédéon venant d'être abattu lors d'une de ses escapades dans les poulaillers avoisinant par un agriculteur irascible. Cela, évidemment, occasionnait beaucoup de peine à mes parents, car Gédéon était un fidèle compagnon. Toutes ces émotions entre le chien abattu, le fils, petit dernier et un peu préféré voulant arrêter ses études pour devenir professeur de méditation provoquèrent un déferlement de colère et d'invectives contre ma personne, et pendant qu'on y était, contre mes frères aussi, qui devaient forcément être coupables de quelques crimes inavoués. Finalement dans un raisonnement implacable, ils concluaient que leurs chiens étaient décidément beaucoup plus gentils et affectueux que leurs enfants. Nous, leur progéniture, représentions le summum de l'ingratitude. En racontant cet épisode avec le recul du temps j’ai pu réaliser combien il fut pénible. Mon père était réellement comme un fou. Surtout, à aucun moment, la question de savoir pourquoi l'un de leurs fils souhaitait s'en aller n'avait effleuré son esprit. La maîtrise du moment présent avait été annihilée.  Cette situation ouvrait les vannes de toutes les rancœurs enfouis dans l’inconscient de mes parents. La maison s'était remplie d'une énergie de désespoir. Mes parents craquaient, je craquais. Tous leurs concepts d'éducation, leurs idées reçues volaient en éclats. Sans réellement le vouloir, j'avais mis mes parents face à leurs contradictions. Cette situation ne s'était pas matérialisée par la vertu du Saint-Esprit. C'était pour moi une sorte d'aboutissement à la suite d'une longue maturation émergeant d'un mal-être certain. Mes parents n'avaient jamais compris ou peut-être même essayer de comprendre ce qui pouvait se passer dans ma tête. Pour ces derniers, ce fut un bouleversement. Ils ne comprenaient pas. Encore actuellement, ma mère n'a toujours pas vraiment saisi le pourquoi de mon départ. Comme matériellement nous étions quelque peu à l'abri, que pouvions nous aller chercher mes amis et moi, dans ce qu'ils pensaient être une secte. Avec le recul du temps et l'expérience d'une vie, je les comprends. C’était une situation difficile. Tous les deux avaient déjà envisagé mon avenir. Sciences Po à minima. Tout semblait planifié dans leur esprit. Malheureusement pour eux, cela ne correspondait pas à ma destinée, encore moins à mon désir. En définitive, je quittai le domicile familial avec perte et fracas pour poursuivre une voie qui à mon sens me permettrait de jouir pleinement de ce qu'une vie peut apporter de positif. Non seulement leurs certitudes s'effondraient. De surcroît, je m’éloignais d'eux pour quelque chose que leur mental ne parvenait pas à saisir. Lorsque je suis parti, ce ne fut pas dans l'angoisse. Le jour de ma majorité, je partais pour trouver ce qui à l'époque me semblait représenter une voie toute désignée. Vivre dans notre famille était véritablement stressant. Les études ne me passionnaient pas. Je n'ai en aucun cas été un élève brillant. Je ne me voyais pas faire de longues études. Me voici donc le 19 octobre 1976 parti pour mener ma vie. Je montai dans un car de Montargis à Saint-Sauveur en Puisaye, là ou un centre de Méditation transcendantale existait à l’époque. Je fus accueilli avec une infinie gentillesse. Je restais à Saint-Sauveur une année. Je commençais à suivre des cours pour devenir professeur de MT. L’ambiance était naturellement décontractée. Dans la journée, chacun participait au bon fonctionnement de la vie quotidienne. Environ une quarantaine y vivait de façon permanente. Durant l'été 150 à 200 personnes résidaient sur place. Un manoir avec un parc immense et de nombreuses chambres abritaient tout ce petit monde. Les gens venaient y suivre des cours ou bien s'initier à la technique de méditation transcendantale. Le fonctionnement de cet endroit était comme celui d'un hôtel, certains étaient aux cuisines, au ménage, à l’approvisionnement. Le staff se composait de volontaires qui demeuraient le temps qu'ils souhaitaient pour obtenir en échange des crédits pour pouvoir suivre des cours en résidence s'ils n'avaient pas les moyens financiers. Chacun y trouvait son compte. Puis en mars 1977, je partais pour un modeste village en Ardèche, La Louvesc ou l'association avait pu louer un hôtel à des prix hors saison pour loger et former des professeurs de MT. Nous étions un groupe limité à une douzaine de personne souhaitant poursuivre ce cours qui devait durer 3 mois. C'est un souvenir particulier d'avoir pu partager ces moments avec des personnes issues de milieu social très différents, chacune d’entre elle cherchant à développer leur compréhension des mécanismes de la vie d'une manière simple et efficace. Effectuer ce choix en 1977 ne paraissait pas si évident. Néanmoins, nous profitions entièrement de cette période. Nous éprouvions l'impression d'être coupé du monde à certains moments. Ce village se situe à 1000 mètres d'altitude. Nous eûmes quelques tempêtes de neige qui rendait l'accès à notre lieu d'accueil très problématique. Nous possédions un emploi du temps basé sur de longues méditations et autres enseignements sur la tradition védique. Notre groupe partageait des moments assez magiques véritablement très enrichissants. Durant cette période, ma petite amie s'appelait Caroline. Notre première rencontre fut au lycée. Lorsque j'ai appris à pratiquer la MT, je lui en avais parlé avec toute la foi que peut avoir un adolescent de 17 ans. Convaincue, elle aussi se fit instruire. Lorsque je pris la décision de quitter le domicile familial, elle décida de faire la même chose quelques mois plus tard pour assister à ce cours en Ardèche. Une relation plus intime commença entre nous à cette époque. Nous avions toutes les deux une pêche d'enfer et étions extrêmement motivés dans notre but de devenir professeur de Méditation Transcendantale. À la suite de ces 3 mois en résidence, nous devions aller faire nos preuves sur le terrain. Faire des conférences publiques, aider des méditants de vérifier leur pratique quotidienne, coller des affiches, organiser des conférences. À l'époque, il existait un centre à Nice. Nous fûmes désignés pour aller seconder les professeurs sur place qui semblaient avoir besoin d'un peu de support logistique. Nous partîmes en mai 1977 pour y rester jusqu'en septembre. Pareillement, je garde de très beaux souvenirs des moments vécus durant cette période. J’effectuais de nombreuses conférences publiques pour présenter la technique de MT. Pouvoir discuter avec des personnes partageant leur expérience de vie constituait immanquablement un enrichissement très appréciable pour ma recherche personnelle. Enfin l'innocence et la foi d'un jeune homme de 18 ans créaient généralement chez mes interlocuteurs des interrogations. Comment quelqu'un de si jeune pouvait-il parler de choses si sérieuses comme la réalisation du soi en pratiquant une méditation apparemment si simple. Beaucoup cherchaient depuis de nombreuses années, ne serait-ce qu'une expérience de transcendance. Voilà que soudainement, on proposait de reproduire cette expérience systématiquement. De plus un gamin de 18 ans le professait avec un toupet incroyable. J’affichais cette arrogance et cette assurance que donnent parfois la jeunesse. Ce sentiment d'avoir forcément raison pensant reconnaitre en mes ainés une ringardise due à leur âge avancé. A 18 ans tout individu ayant fêté son 21ème anniversaire transpire la vieillesse.  En octobre 1977, je me préparais à poursuivre la dernière phase du cours de formation pour devenir professeur de MT. Cela devait se passer en Suisse pour une période de 4 mois, il me semble, je ne suis plus très sûr de la durée de ce cours. La destinée en décida autrement. Ma petite amie de l'époque, Caroline, tomba enceinte. Les projets de devenir enseignant s’évaporèrent. Voulant officialiser les choses avec dignité, nous nous sommes mariés le 19 novembre 1977 dans une église modeste de l'Yonne durant une cérémonie ordinaire. Juste quelques membres de la famille et amis y participèrent. Nous étions bien jeunes. Avec le recul du temps, je considère ce mariage comme une erreur de jeunesse. D'un autre angle, nous avons eu 2 enfants. Cela représentait une belle expérience même si pas toujours évidente à assumer. D'ailleurs avec Caroline, nous avons rencontré notre premier grand défi durant les débuts de sa grossesse. Lors d'une vérification de routine au centre médical à la suite d'un test sanguin, le médecin nous annonça que Caroline présentait des signes avant-coureurs de toxoplasmose. Il nous fallait prendre une décision puisque d'un côté un risque de mettre au monde un enfant handicapé était envisageable, l’autre alternative restant l'avortement. Nous ressassions dans nos esprits quel pouvait être notre réponse à cette épreuve tout de même difficile à affronter. Nous sommes allés concerter des spécialistes. Certains nous déclarant abruptement qu'ils refusaient de pratiquer un avortement. Selon leur analyse les résultats sanguins montrant la toxoplasmose n’étaient pas véritablement concluant. Dans nos familles respectives, nos parents ne savaient pas eux non plus à quel saint se vouer. Dans ce genre de situation, on se retrouve réellement face à soi- même. Aucune assistance extérieure n’est possible. Aucun conseil ne peut clarifier l'esprit. Nous devions prendre une décision qui nous apparaissait comme étant la plus juste et la plus lucide. Après quelques semaines de tergiversations, nous décidions de garder notre enfant. Par la suite nous avons été soutenus par la plupart de nos proches durant la grossesse de Caroline. Elle devait suivre un traitement spécial. Je me rappelle encore ce médicament, la rovamycine. Nous avons quitté Paris pour nous installer à Toulon ou le père de Caroline me proposait un emploi comme VRP. Il s’agissait de vendre des collections de livres moyen de gamme au porte-à-porte. Nous nous sommes installés en décembre 1977 dans un appartement modeste à la Seyne sur mer qui donnait immédiatement sur la mer. Être éloigné de nos familles respectives nous satisfaisait pleinement. Nous rendions visite de temps en temps au père de Caroline, lui aussi étant quelqu’un de très indépendant, nous pouvions suivre tranquillement notre petit bonhomme de chemin. Pendant cette période, et du fait de cette incertitude concernant la santé de notre futur enfant, nous menions une vie extrêmement saine et paisible. Caroline méditait plusieurs fois par jour pour se relaxer. Je lui prodiguais des massages à l’huile d’amande douce sur son ventre. Nous étions végétariens. Elle se nourrissait de façon équilibrée afin de ne pas être carencée. Son gynécologue, le Docteur Lebessou, je me rappelle encore son nom, nous pris visiblement en sympathie. Nous étions deux gamins. Il semblait toucher par la jeunesse de notre couple. Surtout lorsque nous lui avons demandé d’accoucher Caroline à l’aide de la méthode Leboyer, naissance sans violence pour la mère et l’enfant. Pour un médecin de l’époque et je dirai de sa génération, il fut tout à fait ouvert pour cette expérience qu’il n’avait jamais tentée, mais qu’il trouvait très intéressante. En revanche savoir mon épouse végétarienne le contrariait un peu. D’un autre côté, il constatait jour après jour que non seulement elle ne dépérissait pas mais qu’en plus elle ne présentait aucun signe de sous-alimentation ou de carence. D’ailleurs durant sa grossesse Caroline ne prit que 9 kg. Notre fils pesait 3,6 kg à sa naissance. Nous-même étions entourés de beaucoup d’amis dans la région.  Comme je ne disposais pas de voiture, ni de permis de conduire, nous profitions de leur offre de service pour visiter la Provence. Régulièrement, Caroline faisait des examens sanguins pour détecter une éventuelle évolution de la maladie. Bienheureusement rien ne semblait bouger sur ce front-là. Nous n’avons réellement jamais douté d’une issue favorable pour notre enfant. C’est difficile d’expliquer un tel sentiment avec simplement des mots. Au fond de notre cœur nous sentions intuitivement que notre décision avait valeur de test pour notre propre évolution spirituelle. Assumer de garder ce bébé fut comme une sorte de bénédiction. Nous restions en notre âme et conscience intimement convaincu qu'en acceptant sereinement cette situation dans une ouverture totale rien de fâcheux ne pourrait nous arriver. Nous vivions une expérience spirituelle vivante. Notre conscience intégrait pleinement notre décision dans l’acceptation de ce qui pouvait se produire. Nous vivions dans une confiance sans bornes certains de la validité de notre choix qui pour d'autres pouvait apparaître comme une forme d’inconscience. Pour nous cette situation avait une essence spirituelle réelle et vécue par nous deux. Apprendre la Méditation Transcendantale autorisait ma conscience à expérimenter la valeur absolue de la multiplicité du monde relatif. Celle-ci comprenait que le bonheur ne pouvait résider qu’en accumulant des biens matériels. Le sous-jacent d’un bonheur permanent devenait une évidence. Il fallait que la conscience se développe harmonieusement pour permettre une réelle appréciation du monde de l’activité. Au même titre que la richesse de la conscience absolue ne pouvait se réaliser totalement sans l’expérience de la diversité de l’environnement auquel l’être humain est confronté. Un lien s’établissait entre mon soi intérieur et mon soi extérieur. Il n’y avait plus de séparation possible. L’unique conclusion logique allait être l’unité de l’unique et de la multiplicité se retrouvant dans une unique dimension éternelle.

 

 

 

La méditation ou révéler notre intimité avec Dieu

 

 

Bien sûr, nous pouvons parler très longuement des bienfaits sur notre santé physique ou mentale d’une pratique assidue et suivie de la méditation. Nous pouvons décrire et expliquer pendant des jours et des jours combien la méditation ouvre notre conscience et de ce fait nous ouvre à mieux comprendre les autres ou mieux accepter ce que nous sommes et combien nous voyons avec plus de lucidité le monde qui nous entoure. Tout ceci est très positif et ne serait-ce que pour ces raisons nous devrions tous pratiquer la méditation pour simplement être mieux « dans notre peau » et profiter de la vie comme étant véritablement un domaine de toutes possibilités. Ne pas méditer, quelque part, c’est se couper de son être profond, c’est accepter de vivre partiellement, comme un intérimaire du bonheur.

Au-delà de cette aspect pratique et très palpable des bienfaits de pratiquer la méditation, il y a quelque chose de beaucoup plus fondamentale qui s’éveille en chacun de nous, petit à petit avec une infinie douceur et une certitude absolue de l’existence d’une vérité. Celle-ci n’est ni magique, ni extraordinaire, mais c’est purement une réalité d’un vécu intérieur prouvant qu’une relation intime existe entre notre Soi et cette découverte fabuleuse devenue certitude que non seulement Dieu existe mais qu’il est aussi notre ami, notre confident. La méditation (transcendantale) au-delà de ses bienfaits nous entrouvre la porte de cette relation privilégiée avec le divin. Nous-même pouvons alors ressentir son amitié, sa force, son omniprésence, son omniscience, son amour indéfectible pour ce que nous sommes. Nous intégrons avec une certitude que oui, nous avons été créés à son image, non pas de façon virtuelle, mais réellement, vraiment. La méditation nous permet d'amorcer le dialogue avec Lui. Nous pouvons discuter, refuser, accepter, nous pouvons tout lui raconter. Il nous écoute et nous répond. Oui, cela peut paraitre bien étrange, et pourtant, c’est une réalité. Cette expérience très claire s’accentue avec le temps. On marche alors main dans la main avec cette immense liberté intérieure ou toutes peurs et angoisses ont disparues. Une confiance infinie est intégrée pour toujours. Parfois, bien sûr sur le chemin s’éclaircissant dans cette relation naissante, un doute diffus peut venir se glisser. Cela ne présente pas beaucoup d’importance car nous avons réveillé notre Soi dans son intimité avec le divin qui, entre nous, n’avait jamais disparue, elle était seulement endormie. Dès lors, nous pouvons affirmer que cette intimité retrouvée rend la Foi caduque. Oui, car le mot « foi » sous-entend un doute, la foi c’est une croyance. Il y a ceux qui « croient » et ceux qui ne « croient pas ». La méditation n'a pas de préjugés. Avec elle, chacun a une expérience directe de la Conscience transcendantale. Celle-ci efface tous les doutes, toutes les théories du mental qui cherchent à démontrer l’existence de Dieu ou sa non existence. L’ouverture du Soi, concrètement méthodiquement, par la science de la conscience expérimentée systématiquement nous permet de devenir un intime de Dieu. Il n’existe plus de retenue. Une simple croyance s’est transformée en une réalité du quotidien. Le cœur devient le réceptacle de cette réalité indestructible, l’esprit lui, apprend à vivre son indépendance, sa non-identification au monde de la matière Nous comprenons dans cette intimité avec le Divin que nous pouvons dans notre cœur et notre esprit englober la vie dans tous ses aspects. L’illimité de notre Conscience devient notre quotidien. Ainsi Dieu se transforme en notre ami au quotidien. Il nous prend par la main, nous guide, nous laissant toujours le libre-arbitre, car grâce à lui, notre pouvoir de discrimination se développe et nous permet d’éviter les erreurs et obstacles dans notre parcours de vie. Dans cette relation de confiance, cette vérité éclate naturellement à la surface de notre Conscience. Nous comprenons qu’effectivement même si tout ce qui nous entoure semble changer, toujours, tout le temps, rien ne s'arrête jamais. La conscience est véritablement illimitée, infinie et éternelle sous-jacente à tous ces changements. Nous sommes alors capables de percevoir distinctement la structure intime des mécanismes de la conscience. Disons-le sobrement, la mort n’existe pas. Ce concept de la mort qui est pour certains une croyance ou une peur n’a plus de raison d’être. L’éternité constitue une réalité concrète et permanente, ici et maintenant.  La méditation va entretenir cette relation intérieure avec Dieu, et va tout simplement permettre à notre Soi de vivre une béatitude sereine, d’être totalement maitre de sa propre destinée à l’instant présent. La méditation transcendantale permet cela. La méditation ouvre ce canal, ce flot ininterrompu de libération intérieure. Il ne s'agit pas d’une quelconque révélation, illumination ou conversion. Cet échange intérieur représente assurément un état permanent de bien-être structuré en dehors de tout schéma émotionnel. Par la pratique de la méditation, la conscience s’éveille à elle-même, à sa propre image qui est un miroir de la source de cette création.
Comprenons ici, aujourd’hui, que rien ne nous empêche d'entretenir pleinement notre relation avec Dieu, non pas dans une relation de quémandeur, d’âme coupable, mais bel et bien d’égal à égal, dans une relation de maitre à disciple ou nous acceptons son enseignement de vie pour nous libérer de tant d’années d’errements. Voyez-vous, finalement, il suffit de peu de chose, une simple impulsion, une envie quelconque de vivre mieux dans ce monde si changeant Puis avec patience, méthodiquement, cette lumière va poindre. Si un jour, vous sentez ou entrevoyez cette opportunité d’apprendre à méditer, ne la laissez pas passer. La Vie parfois nous offre des cadeaux que nous ne savons pas saisir. C’est dommage, très dommage de passer à côté…




 

 

                Chapitre 4

 

              "Je puis délibérer et choisir, mais non revenir sur mes pas quand j'ai choisi."

                Alfred De Musset

 

 

Grâce à notre foi en la Nature, nous n’éprouvions pas une grande inquiétude. En vivant dans notre appartement modeste des « Sablettes » près de la Seyne sur mer nous nous réjouissions de cette chance. Vivre au bord de la mer dans cette belle région s’apparentait à une vraie bénédiction. Après tout, cela n’était pas donner à tout le monde. Bien sûr, il fallut que je me procure un emploi pour pouvoir subvenir aux besoins de notre petite famille en voie d’agrandissement. Je commençais de nombreux petits jobs. Le premier véritable travail fut celui de VRP. Cet emploi m’avait été trouvé par mon beau-père, Jean-François, qui vivait à Uchaux, village de l’arrière-pays provençal. Celui-ci incarnait réellement un personnage hors du commun. Un peu fou, un peu délirant, plein d’humour sauf quand son taux d’alcool dépassait un point de non-retour. Dans ces moments-là, il perdait tout contrôle, s’en prenant au monde entier, à ses filles, ses maîtresses, ses amis, ne parlons pas de ses ennemis. Seul son chat qu’il avait surnommé Robbe -Grillet échappait à ses malédictions verbales. Il avait pour compagne une jeune femme, Véronique, qui dirigeait une agence de vente de livres aux portes à porte d’une maison d’édition régionale, les Éditions François Beauval. Pour rendre service à son vieil amant elle nous donna du travail à son agence. Jean-François, qui s’était évertué toute sa vie à ne pas s’occuper de ses trois filles, éprouvait vraisemblablement parfois un sentiment de culpabilité. En quête de rédemption il se mettait en quatre pour trouver des solutions à toute sorte de problème survenant dans la vie de sa progéniture revenue soudainement dans sa vie. La situation fut assez cocasse, car Jean -François ne voulait absolument pas que nous découvrions que Véronique était sa maitresse. Elle avait 29 ans, il en avait 55. Parfois quelques relents de principes un peu vieille France surgissaient à la surface de son esprit. Néanmoins, avec Caroline nous nous rendîmes compte très rapidement au travers de leurs regards complices qu’il existait entre eux plus que de l’amitié. Du reste, nous en faisions quelques allusions à Véronique qui dans un immense éclat de rire le reconnut bien volontiers. Elle trouvait, elle aussi ces cachoteries un peu ridicules. Nous devînmes rapidement de bons amis. Nous commençâmes à travailler en janvier 1978. Dans notre mallette de VRP, il y avait différentes maquettes de collections entre autres les Grands procès de l’histoire, une encyclopédie pour des jeunes enfants, des romans plus classiques. Je suivais une formation de 2 ou 3 jours, je ne me souviens plus très bien, pour apprendre déjà comment convaincre quelqu’un d'entrebâiller sa porte afin de me laisser entrer pour écouter un argumentaire de vente. Le principe consistait à convaincre le client potentiel d’accepter d’écouter un argumentaire de vente sans véritablement s’en apercevoir. Bien sûr, nos clients potentiels éprouvaient un petit doute. Parfois ils étaient aussi très satisfaits de faire un petit brin de conversation se disant qu’après tout ils n’achèteraient probablement rien. Mon salaire était de 1400 francs par mois, représentant le SMIC de l’époque, puis après 3 mois, je recevais uniquement des commissions représentant un pourcentage sur chaque vente réussie. Après cette formation rapide, on me confiait à un chef de d’équipe, Madame Robin, petite dame pimpante fort sympathique qui m’emmena les premiers jours dans différents quartiers de Toulon et de sa banlieue pour essayer de vendre nos collections. Nous disposions d'une zone de prospection attribuée et du matin au soir il fallait sonner aux portes en essayant de vendre le plus possible de collections bien sûr. C’était assez difficile. Nous pouvions rencontrer aussi beaucoup de gens vraiment très sympathiques, parfois sérieusement perchés, rarement mal aimables, cependant cela pouvait se produire. La hantise pour un VRP était de tomber sur un Témoin de Jéhovah.  Ces personnes sont tellement convaincues du bien-fondé de leurs croyances que l’occasion de pouvoir convaincre une autre âme probablement en détresse était utilisée à cette fin. Ainsi, lorsque je frappais à une porte d’un de leur représentant, l’accueil était toujours super cordial. On m’installait dans un bon fauteuil en m’offrant un petit biscuit en me laissant tranquillement dérouler mon argumentaire. Toujours accompagné d’un sourire discret bienveillant pour la pauvre brebis égarée que j’étais, mon interlocuteur me laissait remplir mon questionnaire afin de déterminer quelle collection je devrais tenter de vendre. Soudainement au milieu de ma présentation, une Bible arrivait sur la table. Un sermon était puissamment asséné dans ma petite cervelle, celui-ci pouvant durer de très longues minutes. La solution unique, il faut bien le dire, restait la fuite, avec ce sentiment énervant d’avoir perdu plusieurs heures à essayer de gagner ma vie ceci pour entendre un discours un peu désuet et très mécanique. Enfin à ma grande déconvenue ces braves gens n’achetaient jamais rien. Nous n’étions en réalité qu’un exercice intellectuel leur permettant d’étendre leur dialectique biblique. C’était la plupart du temps un sermon sans cœur. Évidemment, lors de ces premières rencontres, je restais bien élevé, affectant un air intéressé à ce déluge de conseils religieux assénés avec force et conviction, me disant qu’après tout, j’arriverai bien à caser une petite encyclopédie. Que nenni. Les témoins de Jéhovah faisaient preuve d’une patience infiniment plus importante que la mienne. Les fois suivantes je coupais court rapidement à tout enlisement intellectuel. Une deuxième catégorie de clients potentiels demeurait les personnes de milieux aisés. C’était un peu une récréation de tambouriner à leur porte. Effectivement, d'une manière générale, ces bourgeois du centre-ville entrouvraient très aimablement leurs portes, parfois par erreur, n’ayant pas compris que cette personne sonnant à leur domicile venait essayer de leur vendre un produit dont ils n’avaient probablement pas besoin. La porte ouverte, m’invitant à m’installer confortablement dans leur intérieur cossu, souvent, on m’offrait un petit café, parfois même un gâteau sec. Durant ce moment de répit je déroulais mon argumentaire, les voyant faire semblant de prêter attention à mon déferlement de paroles qui se voulaient commerciales et convaincantes. Ils demeuraient dignes et avenants. Après une quarantaine de minutes, voyant bien une forme d’impatience naître dans leurs regards, j’accélérai ma sortie, ne voulant pas devenir un boulet insupportable dans leur emploi du temps. Vous l’avez compris, je n’ai jamais vendu une de mes collections admirables à une de ces familles. En revanche je partageais des instants agréables en compagnie de personnes cultivées et surtout aimables. Cela mettait un peu de gaieté dans mes pérégrinations quotidiennes. On se pose toujours la question de savoir pourquoi le destin nous met dans certaines situations. Dans mon esprit, mon statut de VRP ne correspondait pas à l’idée de ce que devrait de ma carrière future. Je voulais acquérir beaucoup d’argent, profiter du luxe, arpenter le monde. Distribuer des livres au porte-à-porte ne me paraissait pas toujours comme une évidence de réussite professionnelle. Pourtant, grâce à ma pratique de la Méditation Transcendantale, je pouvais percevoir de façon très intuitive le pourquoi. Plus tard dans ma carrière l’évidence en paraitra encore plus grande. En frappant toutes ces portes, en rencontrant tous ces gens, j’apprenais à perdre toute timidité, à être plus à l’aise en société, à accepter plus aisément les reproches, les insultes, car il y en avait aussi. A 20 ans, j’apprenais à entrer dans le monde adulte professionnel, expérimentant une sérénité relative et un optimisme à toute épreuve. Cet optimisme était un cadeau royal de la Nature. Voir et comprendre l’adversité dans la positivité encourageaient l’intégration d’une approche résolument conquérante de la vie. Je réalisais rapidement que ma pratique de la Méditation Transcendantale présentait une conséquence concrète et tangible dans mon quotidien. Après uniquement trois années de pratique, je pouvais ressentir des changements considérables dans mon comportement non seulement par rapport à moi-même, mais aussi vis-à-vis de mon environnement proche. Une expérience novatrice de vie vérifiable par moi-même semblait naître tout doucement. Je continuai à arpenter les routes et immeubles du Var en compagnie de Madame Robin durant quelques mois. Je gagnais suffisamment d’argent pour payer notre loyer de 760 francs par mois, deux pièces face à la mer, tout en étant capable de subvenir à nos besoins au quotidien. Puis les Éditions François Beauval et la vente aux portes à porte de façon globale, commencèrent à péricliter lentement. Je quittais le négoce de livres espérant me lancer dans la vente d’un produit plus séduisant pour la clientèle résidant dans mon secteur. Cela abouti à une courte mais amusante expérience dans la vente de robots de cuisine. Cette machine, un modèle fabriqué par la société Vorwerk, était l’un des tous premiers ancêtres des robots ultra perfectionnés d’aujourd’hui. Cet ustensile proposait aux ménagères de réaliser des dizaines de recettes et ceci juste à partir d’un récipient et d’un mixer intégré.  Il faut bien l’avouer rien de bien gastronomique tout en étant bien pratique pour une ménagère pressée.  Pour vendre ces machines, il fallait réaliser une démonstration chez le client potentiel. Parfois, on pouvait expérimenter quelques imprévus. Lors de l’une de ces démonstrations, je faisais une petite mixture pour démontrer à ma cliente combien cet instrument avait sa place dans sa belle cuisine. Je rencontrais alors un petit problème technique. Au moment d’activer le robot, je fermais mal le couvercle. Mon automate fit gicler dans toute la cuisine la merveilleuse mixture préparée par mes soins avec amour. Grace à Dieu, cette personne fut extrêmement compréhensive. Après le choc du premier instant, elle aborda la situation avec beaucoup d’humour après que promptement je nettoyais sa cuisine. Je ne me souviens plus si elle m’acheta ce robot. En tous les cas, ce fut un souvenir amusant de cette période. J’essayai de vendre pendant encore environ six semaines ces machines infernales pour finalement rendre mon tablier ne parvenant pas à gagner suffisamment de commissions. Après cette parenthèse professionnelle de quelques mois, je restai au chômage n'obtenant aucun emploi, surtout ne possédant aucun diplôme. En France, déjà à l’époque, ne pas détenir de diplôme signifiait la mise à l’index du marché du travail. De plus, Caroline devait accoucher au mois de mai 1978. Nous arrivions à joindre les deux bouts entre les différentes allocations reçues et l’aide très appréciée de mes beaux-parents et dans une moindre mesure des miens. N’ayant pas le permis de conduire, un de nos amis Francis, nous donna son numéro de téléphone pour qu’il puisse nous conduire à la clinique à la moindre alerte. Celle-ci se trouvait à une dizaine de kilomètres de notre domicile. Caroline ressenti, les premières contractions dans la soirée du 18 mai, je téléphonais à notre chauffeur de circonstance qui arriva sur les chapeaux de roues. L’accouchement fut un peu pénible et laborieux pour Caroline. A l’époque, la péridurale n’existait pas. Le Docteur Lebessou sachant sa jeune patiente en train d’accoucher se déplaça spécialement pour l’assister tout le long. Il souhaitait probablement que son premier accouchement réalisé avec la Méthode Leboyer représentât un succès. Il fit aménager la salle d’accouchement avec un bain d’eau chaude prêt à recevoir le nouveau-né que je devais prendre dans mes bras et baigner doucement. Les lumières furent baissées pour être plus douces. Notre fils naquit à 9 heures du matin après une nuit qui m’avait semblé interminable sans parler de Caroline dans un état d’épuisement total. La première question de mon épouse fut assez logiquement de savoir si le nouveau-né paraissait être en bonne santé. Le Docteur Lebessou répondit promptement pour la rassurer, quelque chose comme mais oui, il a l’air tout à fait bien, tout à fait normal. Nous poussions un immense soupir de soulagement.  Après avoir baigné notre fils de 3,6 kg, je le plaçais délicatement sur le ventre de Caroline qui le garda quelques instants, savourant ce moment magique que représente une naissance. Nous partagions un moment étrange, parce que Caroline, comme moi-même avions ce sentiment que ce petit bout de chou venait de nous être confié. Surtout qu’il ne nous appartenait pas. Toute idée de projection sur sa vie future, toute idée un peu possessive venaient de disparaître de notre champ de conscience. Plus tard nous avons à plusieurs reprises parlé ensemble de ce moment empli de douceur imprégné d’un instant ou toute identification disparaissait. Un sentiment de liberté, de pureté prédominait. Cela est demeuré un souvenir merveilleux. Raphaël venait d’arriver dans notre vie. Caroline et notre fils restèrent une semaine à la clinique. Elle se situait dans la banlieue de Toulon. Je m’y rendais en bus ou en auto-stop. Caroline possédait une chambre seule. Elle gardait Raphaël auprès d’elle. Ils recevaient tous les deux un traitement de star. Sans gêne, nous brûlions des bâtons d’encens dans sa chambre. Je lui amenais comme nourriture des produits biologiques de la Vie Claire. Notre connaissance des bienfaits de se nourrir sainement datait déjà depuis quelques années. Végétariens, nous possédions des idées très claires pour nous nourrir de façon équilibrée et saine. Grâce à nos petits conseils judicieux sur l’allaitement et comment avoir du lait maternel à profusion une ligne d’attente de jeunes Mères se profilait devant la porte de la chambre de Caroline. Les autres Mamans ne produisaient pas assez de lait pour leurs bébés. Apprenant par le biais des infirmières la facilité avec laquelle Raphaël se nourrissait, toutes ces jeunes mères venaient récolter quelques bons conseils.  En voici l’une des raisons essentielles. Lors d’une rencontre avec Monsieur Geffroy, fondateur de la Vie Claire, celui-ci voyant mon épouse enceinte lui avait donné ce conseil qui s’avéra extrêmement efficace pour produire du lait à profusion pour notre enfant à venir. Il suffisait de manger du pain complet ou intégral biologique avec une ou deux cuillerées de confit d’amandes. Je dois témoigner que le résultat de ce traitement naturel dépassa toutes nos espérances. Les seins de caroline étaient devenus pour Raphaël une source d’approvisionnement sans fins. Partageant ses conseils avec les autres mères celles-ci ayant de grandes difficultés à allaiter leurs enfants envoyèrent leurs époux chercher les ingrédients miracles au magasin biologique. Rapidement tous les voisins de Raphaël purent téter à leur faim. Le Docteur Lebessou venait régulièrement discuter dans sa chambre. Il semblait apprécier notre compagnie. Nous parlions fréquemment méditation et spiritualité avec lui. Il partageait avec nous son expérience d’avoir accouché Caroline avec la Méthode Leboyer. C’était un homme très affable et chaleureux semblant s’intéresser à tout. Aussi notre jeunesse amenait de sa part une sorte de tendresse paternelle. Je me souviens d’un médecin en avance sur son époque. Il se montrait prêt à découvrir de nouvelles méthodes, acceptant de se remettre en question sans états d’âme, mais avec professionnalisme. Après une semaine, nous rentrâmes dans notre appartement. L’arrivée ne fut pas triomphale. A 20 ans, je ne me rendais pas vraiment compte qu’un petit bouquet de fleurs ou une maison à peu près bien rangée aurait pu présenter un effet certain sur le moral d’une jeune mère rentrant après un accouchement. J’observais dans le regard de Caroline une petite larme de déception. Je ne comprenais pas réellement pourquoi. Cet instant passé, et une explication plus tard, nous installâmes Raphaël dans son lit. Nous commencions à nous organiser. C’était une véritable découverte d’avoir cet enfant. À un âge ou la plupart de nos amis sortaient et faisaient des études, nous devenions parents avec toutes les responsabilités en découlant. Lorsqu’il eut trois mois, Caroline et moi-même entreprîmes de le masser régulièrement le matin à son réveil.  Au début, il trouvait ça un peu bizarre puis graduellement il prit un réel plaisir à se faire masser son corps menu. Nous utilisions comme bréviaire le livre de Leboyer, Shantala. Cet ouvrage montrait comment les femmes en Inde massaient leurs bébés après leur naissance. Lors de ces séances, l’enfant est tellement décontracté qu’il peut être amené à uriner plusieurs fois. Le livre de Leboyer le mentionnait et conseillait d'étendre une protection en plastique sur soi. La première fois, nous avons négligé cette précaution. Sans retenue, Raphaël avec une sourire de nouveau né naturel et décontracté vida allégrement sa vessie. Nous constations aussi un phénomène très utile pour notre sommeil. Lorsque nous pratiquions la Méditation transcendantale dans sa chambre, Raphaël s’endormait systématiquement. Surtout lorsqu’il pleurait le soir ou dans la nuit, il suffisait que l’un d’entre nous nous commence à méditer à ses côtés. Il s’endormait dans les cinq minutes qui suivaient. Autant le dire, nous étions aux anges. Surtout après toutes les histoires que nous avions entendues sur les jeunes parents ne pouvant pas dormir à cause de leurs nouveaux nés pleurant toute la nuit. Entre les massages, la méditation, les promenades au bord la mer la vie de Raphaël commençait sous les meilleurs auspices. De plus, nous tachions de l’emmener systématiquement avec nous lors de nos déplacements multiples. À l’époque, occasionnellement, nous présentions des conférences d’information sur la pratique de la Méditation Transcendantale. Nous prenions Raphaël dans son couffin, le mettions sur une table à côté de nous durant nos présentations. Son calme et son silence suscitaient l’admiration de tout le monde. A notre grande satisfaction on nous recommandait un médecin homéopathe pédiatre exerçant à Toulon. Notre confiance dans la médecine allopathique restait très limitée. Notre première expérience avec un pédiatre classique nous avait passablement refroidis. Nous avions pris rendez-vous avec un jeune docteur. Il semblait un peu vert cependant nous n’avions pas d’a priori contre lui bien au contraire. En revanche lorsque notre fils ne réagissait pas à son auscultation, il déclara qu’il était trop calme. Considérant sa tranquillité comme anormale il décidait de le pincer. Pas violemment, certes, cependant suffisamment pour faire hurler notre fils. Nous restâmes tout d’abord interloqués face à ce comportement. Puis poursuivant son examen, il constata une petite suppuration au niveau de la bouche. Pour être sûr de ne pas se tromper il ouvrit son encyclopédie médicale. Finalement il appelait un de ses confrères pour vérifier son diagnostic. Visiblement, il semblait un peu dépassé par les évènements. Après avoir exprimé notre mécontentement nous quittions son cabinet. La cause était entendue, il ne nous reverrait plus jamais. Dès lors notre médecin homéopathe s’occupa de notre fils pour notre plus immense satisfaction. Au niveau des tâches ménagères, Caroline en faisait le moins possible. Elle prenait conscience avec difficulté de ses nouvelles responsabilités.  Sa vie basculait dans le monde adulte. L’insouciance de l’adolescence se manifestait dans son comportement au quotidien. Elle n’assumait pas encore son statut jeune mère. Étant assez papa poule je m’occupais beaucoup de Raphaël, que ce soit pour le changer, jouer avec lui, confectionner ses repas. Je tachais de ranger notre appartement afin de maintenir un semblant d’ordre. À cette période, je cherchais un nouvel emploi ayant décidé de m’éloigner du métier de la vente à domicile. Après quelques semaines, je trouvais un contrat d’intérimaire. Je fus engagé comme auxiliaire pour la période estivale dans un centre pour enfants handicapés à Collobrières. Pour moi c’était un peu comme si le destin voulait me montrer à quoi j’avais échappé. La nature me montrait à travers une expérience concrète la réalité de prendre soin de quelqu’un vivant un handicap physique ou mental. Nous avions décidé de garder notre enfant, assumant que nous possèderions la force de maîtriser la situation au cas où le pire serait arrivé. Après trois mois passés dans ce centre, je pris conscience à quel point nous avions sous-estimés la difficulté, le courage, et la dévotion demandées face à une telle situation. La nature nous avait béni en nous confiant cet enfant en santé robuste. En revanche elle semblait vouloir nous indiquer ce qu’aurait pu être la difficulté d’élever un enfant souffrant d’un sévère handicap. Cette expérience fut un véritable enseignement d’humanité. Non seulement, j’approchais des enfants, mais aussi leur famille dans des situations de stress considérables. Je pouvais remarquer aussi à quel point les personnes à l’époque s’occupant de ces enfants, comme moi-même étions sous-qualifiés. Malgré toutes les meilleures volontés du monde, il était malaisé de rester émotionnellement serein. Enfin mes horaires étaient décalés. Collobrières se situant à 50 kilomètres de notre lieu d’habitation il me fallait un moyen de locomotion fiable Ne possédant pas de voiture je devais m’organiser. Un de nos amis me prêta sa mobylette, une Motobécane. Parfois, je commençais le matin à 6 h, d’autres fois, je faisais les nuits de 23 h à l’aube ou bien de 13 h à 23 h. Avec ma pétrolette, je faisais les aller-retours. Pour être à l’heure à 6 heures le matin, je partais à 4 h 30, je méditais toujours mes 20 minutes avant d'emprunter la route. Ceci fut ma routine pendant tout l’été 1978.  La Nature me fit expérimenter cette situation pour peut-être mieux comprendre la souffrance d’autrui. Ma conscience pressentait que notre fils, lui aussi, avait été béni. Sa vie démarrait dans une période des plus auspicieuses. Il avait quelque part échappé à une épreuve de vie. La nature le soutiendrait tout au long de son chemin. Intuitivement, je le savais, cela ne s’explique pas, c’est juste la nature des choses. En dehors de la motocyclette, j’utilisais aussi l’auto-stop. Je vécu des expériences plutôt rigolotes voir même hors du commun. Faire de l’auto-stop dans les années 70 et début 80 représentait quelque chose de tout à fait courant. Ainsi, partant de Paris, il suffisait d’aller à la Porte d’Orléans, des dizaines d’auto-stoppeurs se trouvaient là. L’été, ceux-ci venant de l’Europe entière s’alignaient encore plus nombreux aux entrées des péages. C’était commode pour ceux ne possédant pas le permis ou un autre moyen de locomotion ou tout simplement pas suffisamment d’argent pour utiliser un transport collectif. Durant ces trajets plus ou moins longs des rencontres de grande convivialité se produisaient. Par ailleurs, utiliser ce système de locomotion ne présentait pas de danger à cette époque.  Entre deux trajets, parfois des rencontres coquasse, incongrues se déroulaient. A l’occasion d’un cours trajet en auto-stop entre Toulon et Collobrières une voiture s’arrêta relativement rapidement. J’annonçais l’endroit où je souhaitais me rendre. Le conducteur, avec un sourire engageant se proposait de m’avancer quelques kilomètres. Nous ne parlions pas beaucoup. Je regardais distrait le paysage. Lorsque soudainement, mon chauffeur apposa lestement sa main sur mes parties intimes puis me proposait d’un air très gourmand une caresse orale. Quelque peu stupéfait, je déclinais promptement son offre en lui suggérant de me déposer dès que possible. Pas rancunier, le bougre, me proposa de m’emmener le plus loin possible avec un grand sourire plein de regrets mais néanmoins plein de gentillesse. Une autre rencontre un peu originale survint un soir. Je me trouvais coincé au péage d’Orange. Minuit venait de sonner. Peu de voitures passaient à cette heure-là. Je m’imaginais résigné devoir passer la nuit à cet endroit jusqu’à l’aube. En définitive, une voiture s’arrêta. Je me rendais à Paris, il pouvait me déposer à Lyon. J’étais ravi. Dans la voiture, se trouvaient deux personnes. Le chauffeur, un homme d’une trentaine d’années, assis à côté de lui, un homme d’environ 45 ans. Ce passager souffrait de nanisme. Nous commencions à discuter. Ils me demandaient ce que je faisais, ou j’habitais, enfin les questions d’usage lorsque l’on rencontre une nouvelle personne. Puis la conversation pris un tour plus intime. Ils m’expliquaient avec force de détails qu’en fait, ils étaient amants. Le plus jeune des deux qui était marié allait chercher sa femme à la gare de Lyon Perrache. En réalité, ils vivaient un à ménage à trois. Tout de suite, j'eus le droit à un inventaire détaillé de leurs recherches érotiques. Pour finir par la proposition à laquelle je m’attendais, celle de venir pimenter ce ménage à 3 par un ménage à 4. Un hôtel se situait dans le quartier de la gare. On m’invitait chaleureusement à me joindre à cette petite sauterie. Surtout qu’à 20 ans en pleine force de l’âge, j’allais pouvoir tenir la dragée haute à tout ce petit monde. Néanmoins je déclinais l’offre. Pour être parfaitement honnête, une expérience à plusieurs paraissait bien tentante, cependant quelque chose d’extrêmement malsain émanait de cette conversation. Je préférais poursuivre ma route vers Paris. Enfin une autre rencontre parmi tant d’autres dont je garde un merveilleux souvenir. J'effectuais une fois de plus le trajet Toulon –Paris. À un péage pas très loin de mon point de départ, une famille de Parisien rentrant de vacances me prit dans leur Renault familiale. Un couple et leurs deux enfants. Je devais m’arrêter à Auxerre. Nous allions ainsi faire un petit bout de chemin ensemble. Ils m’invitèrent à déjeuner sur un resto route. Ils étaient d’une grande gentillesse. Durant l’un de nos arrêts, j’en profitais pour leur acheter un cadeau modeste, une boite de bonbons que je leur donnais au moment où ils me déposèrent à ma destination. Nous échangions nos adresses avec promesse de part et d’autre de rester en contact. Un an plus tard, je recevais un faire-part de naissance. Ils venaient d’avoir leur troisième enfant. Ils se rappelaient toujours ce voyage express que nous avions partagé. Comme moi, ils en avaient gardé un bon souvenir. Cela fait 40 ans environ. Il m’arrive parfois de penser à eux car assurément cette famille respirait la gentillesse. En dehors de ces 3 situations, il y en eu bien d’autres plus ou moins amusantes. L’auto–stop permettait ce genre de rencontres. Cette façon de voyager a malheureusement disparu. Après cet emploi à Collobrières, je trouvais pendant quelques mois de quoi gagner un peu d’argent au sein de l’organisation « Tourisme et Travail » comme plongeur. Je ne plongeais pas dans la mer à la recherche de trésor perdu. J’essuyais et lavais la vaisselle. Cette association appartenait au Parti communiste français. Elle permettait à des familles disposant de peu de revenus d’aller en vacances. Clairement toutes les personnes utilisant les services de « Tourisme et Travail » appartenaient majoritairement au Parti communiste. Il existait dans ce camp de vacances une excellente ambiance pimentée de discussions politiques passionnées durant les repas. Tous ces vacanciers partageant les mêmes passions rendaient l’ambiance conviviale. Je n’avais jamais expérimenté ce genre de village de vacances. Je découvrais pour la première fois un milieu social dont j’ignorais la réalité. À l’époque, les communistes ne possédaient pas une bonne image de marque. On les présentait souvent extrémistes, assez rigides, particulièrement intolérant vis-à-vis de leurs opposants.  En 1980, l’idéologie communiste commençait à être battue en brèche. D’après cette courte expérience, je constatais qu’une véritable nomenklatura existait à tous les niveaux de l’organisation de cette association. Le centralisme démocratique s’appliquait strictement même dans un village de vacances. Enfin mon père m’avait inculqué le lexique parfait de l’anticommunisme primaire. Dans mon esprit la méfiance devait être de rigueur aux milieux de ces représentants d’une idéologie qualifié dans mon éducation de malfaisante. Autrement, les soirées se déroulaient dans une franche camaraderie. Les mœurs très libérales, pour dire le moins incitait aux rencontres d’un soir. Faisant la plonge, je faisais la connaissance d’une jeune stéphanoise, Michelle. Celle-ci supervisait le service de restauration. Je fis très rapidement parti du menu. Je participais activement à remettre le couvert plusieurs fois. À la suite de ce cours intermède, j'obtenais un stage de formation subventionné par l’état. Ainsi j’espérai obtenir un revenu plus stable avec un métier me permettant d'entrevoir un avenir plus ambitieux. J’avais une foi inébranlable en ma bonne étoile. Pour moi chaque expérience semblait bonne à prendre pour pouvoir évoluer dans le monde de la matière, mais aussi dans le domaine spirituel qui à mon sens représentait le fondement de toute réussite. Le succès matériel ne représentait pas à mes yeux la panacée de la réussite. Simplement cela contribuait à développer l’adaptabilité de ma conscience en acceptant le monde tel qu’il se présentait pour le meilleur ou pour le pire. Mes choix reflétaient mon désir d’évoluer spirituellement, car le bonheur intense ne pouvait se réaliser qu’en expérimentant le soi libéré. Je pratiquais la méditation transcendantale depuis environ 3 ans. Chaque jour, je pouvais en apprécier les effets positifs. À cette époque, un livre exerça une très grande influence sur ma compréhension de la méditation et de sa valeur pour mon développement intérieur. Un ami me conseilla de lire « Autobiographie d’un Yogi » de Yogananda. Ce fut une véritable révélation. Chaque page lue amenait ma conscience à vivre des moments de paix intérieure indescriptible. Pénétrer la vie de ce grand Maitre, ses rencontres avec les grands sages des Himalaya, faisait vibrer ma conscience. Tout mon être communiait avec tout ce qui était écrit dans ce livre. Je me sentais en totale harmonie avec la lignée des maîtres de la tradition de Yogananda, celle du Krya yoga. Cela me renforçait dans mon assiduité à pratiquer la méditation. La méditation transcendantale me permettait d’expérimenter rapidement ces états décrits dans ce livre. Mes choix spirituels se confirmaient à travers la lecture du récit de ce célèbre Yogi. Il me fallait uniquement persévérer. Par l'Agence nationale pour l'emploi, je m’inscrivais dans un stage de 4 mois pour devenir ouvrier spécialisé. Il s’agissait d’apprendre le métier de sableur-pistoleteur-métalliseur, dénomination savante pour caréneur. Les ouvriers formés finissaient souvent embauchés sur les chantiers navals pour le carénage des navires qu’ils soient pétroliers, méthaniers, navires marchands ou yachts privés. Ayant été toute ma vie très réfractaire au travail manuel ou au bricolage, j’entamais malgré tout cet apprentissage avec détermination.  Cette période dura environ dix-huit mois. Nous étions peut-être une douzaine de jeunes chômeurs sélectionnés pour ce stage. Notre formateur se prénommait Edgar, la trentaine, d’origine guadeloupéenne, costaud ayant travaillé sur de nombreux chantiers à travers la France et le monde. Très sympathique, intelligent en diable, il fixa les règles du stage rapidement. Après avoir défini les règles de conduite, une relation de confiance s’établit avec lui assez naturellement. Dans l’équipe de stagiaires, des affinités virent le jour. Véritablement deux groupes distincts se formèrent. Sans antagonismes, simplement par la nature des choses. Nous venions sur le chantier pour nous former à ce nouveau métier. Nous déjeunions dans un petit bistrot proche du chantier. Nous étions rémunérés au SMIC. Après quelques jours une franche camaraderie régnait sur le chantier.  Parfois nos déjeuners s’éternisaient un peu trop autour de bouteilles de rosé ou de rouge, si bien qu’il nous arrivait assez régulièrement de retourner sur le chantier quelque peu éméché. Edgar, notre chef d’équipe ne montrait pas l’exemple. Il appréciait avec une grande délectation un coup de d’étrier avant de s’en retourner sur notre lieu de formation. À maintes reprises, nous échangions des blagues très masculines d’un goût douteux. Celles-ci nous faisaient quand même rire à gorges déployées. Clairement, de nos jours, ces mêmes plaisanteries ne seraient assurément pas du tout politiquement correctes. Néanmoins, nous apprenions avec sérieux le maniement des différents outils nécessaires à notre formation. Notre stage accédait à sa phase finale. Nous allions découvrir qui de l’équipe serait finalement embaucher à temps pleins. Quatre d’entre nous furent sélectionnés. Edgar fit son choix. Il indiqua à l’entreprise qui avait organisé et financer ce stage, la Sonocar, quelle devait être les heureux élus. Sur les 4 désignés ,3 faisaient partis de mon groupe. Il s’agissait de Jean-François, Christian et moi-même, le dernier étant Michel. Edgar demeurerait notre chef d’équipe pour la période à venir. Durant notre entretien d’embauche définitive, le directeur des RH de la Sonocar nous annonça que nous partions tous en déplacement pour plusieurs mois à Saint -Nazaire pour travailler au carénage de méthaniers. Mon but paraissait atteint ayant un métier et un revenu pour le court terme. Certes, Caroline et Raphael allaient rester seuls à Toulon pendant quelque temps, cependant j’aurai la possibilité de rentrer un weekend par mois. Je bénéficierai d’un salaire et d’un revenu fixe. Un nouveau départ se profilait à l’horizon. Parallèlement, Caroline se trouva un job de vendeuse proche d’une halte-garderie au siège du Medef à Toulon ou Raphaël pouvait être pris en charge pour un coût raisonnable. Entre mai et septembre 1979, je partais à Saint-Nazaire avec mes camarades de chantier pour une expérience que je n’oublierai jamais. Ce fut une période euphorique de ma vie. Beaucoup de rencontres, de partages et d’amitiés virent le jour. Au départ de Toulon, seuls Jean-François, Christian et moi prîmes le train. Michel hésitait encore à venir, car il venait juste de se marier. Edgar lui allait nous rejoindre quelques jours plus tard. Nous partions là-bas en train couchette. À l’époque, nous fumions tous. Nous avions pour le voyage un stock de cigarettes, quelques morceaux de saucissons, quelques bières, nous étions parés à toute éventualité. Arrivant à Saint-Nazaire dans l’après-midi, un mini bus nous attendait. Nous allions être logés dans un hôtel modeste près de la zone du chantier à Penhoët. Cet hôtel s’appelait le « Le café maritime » et appartenait à Roland, Breton vigoureux de 30 ans dirigeant  son affaire avec sa femme Annette. Comment décrire Roland ? Un gaillard d’1 m 90, il présentait une ressemblance indiscutable avec Jean Yanne. Force de la nature, toujours prêt à réaliser les 400 coups, bon buveur, guindailleur illustre devant Dieu et ses représentants, un cœur d’or. Nous avons sympathisé avec lui dès le premier soir. Il nous fit visiter les troquets du coin. Nous rencontrâmes ses amis de virées. En 48 heures nous connaissions tout Penhoët. Il faut dire que ce quartier de Saint-Nazaire ne jouissait pas d’une bonne réputation. La population locale surnommait ce quartier « Chicago » en référence à Al Capone. Après plusieurs jours, je trouvais ce qualificatif assez exagéré.  L’ambiance était certes différente d’un centre-ville. En revanche ce quartier ne paraissait ni plus ni moins dangereux qu’ailleurs. Nos chambres étaient sobres et douillettes. En revanche les cloisons pas très épaisses permettaient d’entendre  tout ce qui se passait dans les chambres voisines. Cela a pu générer quelques bonnes crises de rigolade, certains d’entre nous ayant leur petite amie ou épouse venant les visiter. Nous avions droit à tout le kamasoutra en audio. Annette, la femme de Roland, s’occupait de gérer la cuisine et du bon fonctionnement de son établissement. Roland, disons qu’il s’occupait de maintenir la bonne humeur et le moral de ses clients. Il y parvenait avec un succès incontestable. Notre travail sur le chantier commençait à cinq heures du matin pour finir vers 13 h. Durant l’été, le soleil chauffant les parois en métal transformait les cales du bateau en fournaise rendant notre travail particulièrement épuisant. Notre mission consistait à peindre ces cales avec une peinture très toxique. Nous portions deux combinaisons l’une sur l’autre, car la peinture transperçait le tissu. Nous colmations hermétiquement avec du chatterton les manches, car cette peinture brûlait la peau à son contact. On nous procurait des gants de protection très solides. Enfin un masque à oxygène relié à une pompe et un pistolet à peinture puissant reliés aux pots de peinture complétaient la panoplie du caréneur. Équipés de cette façon, nous descendions dans les cales pour peindre les parois. Un assistant nous suivait pour s’assurer du bon déroulé de nos tuyaux ou pour essuyer la visière de notre masque se recouvrant de peinture en quelques minutes. Ces assistants venaient principalement du Sénégal, des immigrants de la première génération au regard de leur âge. Pour les appeler et les reconnaître, un système avait été mis en place. La plupart d’entre eux portait le même prénom. Celui dont je me rappelle particulièrement était « Bissenti ». Pour être sûr de s’adresser au bon « Bissenti » nous collions derrière leur prénom leur date de naissance. Nous avions ainsi Bissenti 58, Bissenti 59 et ainsi de suite. Mais ils restaient tous des « Bissentis » très joviaux. Pour peindre, il nous fallait généralement ramper dans les soutes du bateau, car celles-ci étaient divisées par un maillage, comme une ruche. Nous devions glisser d’une maille à l’autre. L’idéal était de peindre entre 1000 et 1200 m2 dans la journée. L’aide de nos « Bissentis » demeurait primordiale dans le déroulement des opérations. À vrai dire je ne me souviens pas si nous avons accompli cette performance en une seule journée. Cependant en rentrant à notre hôtel les 3 ou 4 premiers jours, nous sommes tous allés faire la sieste. Nous étions exténués. L’ambiance du chantier me plaisait bien. Tout le monde s’entraidait. Il y régnait une véritable solidarité entre les ouvriers. Nos chefs d’équipe faisaient en sorte que le métier rentre vite. Enfin Edgar arriva pour encadrer notre groupe. Michel nous rejoignit aussi, en compagnie de son épouse. Ils s’installèrent dans la chambre à côté de la mienne. Les nuits étaient plus que mouvementées. Au petit matin nous avions tous des commentaires plus qu’imagés sur ce que nous avions entendus la nuit précédente. Michel et sa femme affichaient des mines si heureuses et épanouies en nous rejoignant au petit-déjeuner que nous évitions des commentaires trop salaces. Notre espoir résidait de voir la fatigue les gagner le plus rapidement possible. Après quelques jours sur le chantier, j’eus un accident mineur. Je me cassais bêtement le poignet en faisant une virée avec Roland et mes camarades de chantier. Une mauvaise chute. Je devais rentrer à Toulon pour 3 ou 4 semaines. Cependant, avant de partir, Roland se sentant un peu coupable, car il avait été l’instigateur de cette sortie nocturne, considérait un devoir de me faire visiter Penhoët, ses bars, ses amis, ses amies. Ce parcours du combattant dura 2 ou 3 jours avant la date de mon départ. Je consacrais ces journées à boire, à manger et à m’amuser. Roland ne savait pas quoi faire pour me faire plaisir. Ce furent des moments inoubliables. Un des plaisirs particuliers de Roland était la conduite rapide. Particulièrement passer le péage du pont de Saint- Brévin à très grandes vitesses. Il se refusait à régler le coût de la traversée sur ce pont. Tous les riverains faisaient de même. Ils considéraient ce péage comme un abus de pouvoir de l’administration. Donc, régulièrement, en compagnie de mon nouvel ami, nous passions ce péage à de très grandes vitesses. Heureusement que la plupart du temps, me trouvant dans un état d’ébriété consciente et heureuse, je ne me rendais pas compte du danger. Ainsi mes éventuels cris de terreur n’iraient pas troubler la conduite et la concentration de Roland. Après ces jours d’agapes, je rentrais dans le sud de la France. Je récupérais tranquillement pour quelques semaines. Caroline et Raphaël se portaient bien. Je ne me vantais pas de mes sorties nocturnes auprès de mon épouse. Dans mon esprit, ce que je vivais à Saint-Nazaire m’appartenait et de toute façon ne pouvait être qu’incompréhensible pour une femme. Ça sonne terriblement machiste pourtant une réalité. Il existe des ambiances typiquement masculines, pas toujours exemplaires, difficiles à décrire ou expliquer à son partenaire. A Toulon, nous disposions de revenus suffisants. Ma rémunération s’étoffait en partie grâce aux heures supplémentaires travaillées sur le chantier. Nous pouvions vivre relativement confortablement. J’ai retrouvé quelques années plus tard une de mes bulletins de salaire. Ceux-ci indiquaient certains mois une paie de 7 500 francs. Caroline et moi étant très dépensiers, cette somme ne suffisait jamais à satisfaire nos désirs. Nous n’aimions pas nous priver. Ainsi, quitte à se serrer la ceinture en fin de mois, nous n’hésitions pas à nous offrir des produits de luxe ou occasionnellement des restaurants hauts de gamme. Ce goût pour les belles choses venait de notre éducation. Il ne servirait à rien de le nier, nous aimions ça. Nous avions aussi cette insouciance de la jeunesse. Certainement un stéréotype simpliste pourtant une réalité que nous vivions. Rien ne nous faisait peur. Nous savions que nous ne serions jamais dans le besoin. Plusieurs fois EDF nous coupait l’électricité, ou le gaz, pourtant jamais nous ne paniquions. Pour nous, cela faisait partie des aléas de la vie. Nous pratiquions la méditation méthodiquement renforçant incontestablement notre force intérieure. Notre appréciation de la vie s’enrichissait par cette pratique. Rien ne pouvait nous résister, la vie était perçue jour après jour de façon plus sereine. Notre réalité intérieure se mettait au diapason de notre vie matérielle. Il n’existait pas de séparation entre les deux. Pour élever notre fils, nous manquions parfois, à vrai dire même souvent, de maturité. Il n’était pas toujours commode de prendre une décision pertinente. D’autre part, le châtiment corporel, plus communément appeler la fessée ne faisait pas partie de notre conception de la façon d'éduquer nos enfants. Peut-être parce que j’avais vu et vécu trop de violence dans ma famille, j'adoptais consciemment à mon compte une méthode douce d’éducation, Caroline partageait aussi cet esprit. D’ailleurs en méditant nous étions devenus très patients, plus détendus. Comme tous parents nous avions nos moments d’agacement quand Raphaël faisait un caprice d’enfant, pourtant nous arrivions cependant à dominer la situation sans avoir recours à la fessée. Dans l’éducation donnée par les générations précédentes, on ne s’encombrait pas de ce genre de préjugés. La baffe éducative faisait partie de la panoplie normale ou nécessaire pour l’éducation des enfants. Je me rappelle cette phrase d’un Maitre spirituel qui disait « Lever la main sur un enfant, c’est insulter la Mère Divine ». Cette maxime correspondait tout à fait à ce que je ressentais. J’ai dû sévir une ou deux fois avec mes quatre fils. Je me souviens très clairement qu’après coup, je me suis senti particulièrement morveux et honteux. J’éprouvais effectivement un sentiment d’avoir insulté la Nature, de ne pas avoir su être suffisamment présent à moi-même pour me laisser aller à une solution de facilité, car oui, utiliser la force physique est un véritable aveu d'impuissance. Même si mes enfants ne s'en rappellent pas, ce sera pour moi, dans ma conscience un réel sentiment de culpabilité. Un échec relatif, une petite faiblesse. Après ce repos plus ou moins forcé à Toulon, je retournais à Saint-Nazaire pour retrouver mes camarades de chantier. Tout le monde s’était installé dans la routine. Je fus accueilli à bras ouverts par mes collègues de travail devenus amis. Je commençais sous peu à descendre dans les soutes du bateau pour aider au carénage de celui-ci. Nous entretenions de bonnes relations professionnelles durant les heures de chantier. En rentrant à l’hôtel nous laissions notre esprit festif s’exprimer. Avant toute chose, nous prenions une douche. Ensuite nous allions déjeuner, nous avions immanquablement des appétits d'ogre car nous avions un emploi très physique. Après notre déjeuner nous allions nous promener dans Penhoët. Nous tachions de sympathiser avec les autres ouvriers habitant dans le quartier. Jean-François s’était mis en ménage avec la barmaid de notre bar favori. Notre jovialité séduisait les habitants du quartier. Ceux-ci nous adoptaient comme étant des leurs. Nous dépensions la majeure partie de nos salaires en offrant des tournées multiples. Cette générosité créait inévitablement des liens d’amitié. La clientèle de ce bar se composait d’une faune sociologique un peu surréaliste. Des anciens repris de justice, des homos de passage, quelques prostituées, les ouvriers du chantier, beaucoup de nationalités étaient représentées. Parfois quelques petites bagarres sans gravité. Jean-François s’intronisant un peu mon chaperon et garde du corps se proposait de m’apprendre à me servir de mes poings. Il me soumettait à cet entraînement dans le bar de Mustapha. Ce fut absolument épique. Un vrai combat de bande dessinée avec les chaises et les tables volantes dans tous les sens. Nous eûmes justes quelques bleus accompagnés d’une sacrée rigolade. Je n’ai pas appris grand-chose durant cet échauffement sinon qu’il valait mieux que je m’abstienne d’en venir aux mains avec qui que ce soit. D’ailleurs heureusement cet entrainement ne se passa qu’une seule fois. Sur les trois mois passés en Bretagne je ne retournais que deux fois à Toulon. Durant le week-end pour nous occuper nous visitions la région. Jean-François avait acquis une voiture, n’ayant pas le permis, j’utilisais ses services de chauffeur. Nous allions régulièrement à La Baule. Lors d’une de nos virées, Jean- François et moi une fois de plus expérimentions un état d'ébriété avancé. Ce soir-là, il y eut un Dieu pour les ivrognes. Sur la route à quatre voies reliant La Baule à Saint Nazaire, Jean-François perdit le contrôle de son véhicule tout en dépassant les 130 km/h. La voiture se retourna sur le capot, arracha la haie centrale de buissons pour glisser sur environ 150 mètres, peut-être plus je n'en suis pas formel, pour atterrir de l’autre côté, sur la route venant dans l’autre sens. Il était 2 ou 3 heures du matin. Je me rappelle d’avoir fermé les yeux en attendant un choc, une blessure, quelque chose de violent. J’ai senti la voiture se retourner et glisser dans un bruit de ferraille rouillée. Puis tout s’arrêta. Nous émergions dans le silence vérifiant fébrilement si nous étions en un seul morceau. Ça sentait un peu l’essence. A cet instant, Jean-François sortit un briquet, s’exclamant "merde on ne voit rien » voulant absolument l’utiliser. Dans un moment de lucidité ultime, je l’invitais à trouver une autre solution vue l’odeur de combustibles aux alentours. Tout bien considérés, nous sortions par le parebrise brisé. Déjà d’autres automobilistes s’étaient garés pour éventuellement nous porter secours. Observant l’état du véhicule, la plupart des badauds craignaient le pire. Les occupants devaient être en miettes. À dire vrai, nous étions debout parmi eux à faire des commentaires. Presque lucide, Jean-François demandait des chewing-gums aux témoins de la scène, car il ne voulait pas trop sentir l’alcool lorsque les gendarmes se présenteraient sur le lieu de l’accident. La voiture ressemblait à un petit tas de tôles froissées et déchiquetées. Par je ne sais quel miracle nous étions en vie et intacts. Je rentrais à l’hôtel grâce à des automobilistes qui me conduisirent gracieusement. En arrivant, je m’effondrais sur mon lit.  La nature avait décidé que ce n’était pas mon heure, qu’il me fallait apprendre encore beaucoup de choses dans cette vie. Le lendemain, matin, je méditais tranquillement et réalisais à quel point nous avions une sacrée chance d’être encore de ce monde. Ce fut une leçon que je ne fus pas près d’oublier. En dehors de cet accident, notre vie soutenait un rythme assez routinier dans la bringue. Tous au chantier à partir de 5 heures du matin, retour à 13 h, déjeuner, repos, puis virée. Je ne ratais jamais une méditation durant cette période. Mes camarades respectaient parfaitement mes quelques minutes de solitude du matin et du soir. Ils me laissaient tranquille. Je les retrouvais à notre quartier général, chez Mustapha, lorsque j’avais fini. Je peux dire que grâce à la MT, je tenais plutôt bien le coup. Heureusement que je pratiquais la méditation. Elle m’aidait pour me tempérer dans mes excès et turpitudes, même si en lisant ces quelques lignes cela ne parait pas évident. Durant cette période, je me posais de sérieuses questions. Je sentais un décalage évident entre ma quête intérieure et mon comportement quotidien. Je méditais régulièrement et souhaitais ardemment évoluer vers une vie plus harmonieuse, plus spirituelle, moins dépendante de mes désirs. D’un côté, je m’éclatais à picoler, à sortir, fumer, draguer et parallèlement, je creusais en méditant à l’intérieur de ma conscience pour me défaire de cette aliénation qu’était ce besoin de me tourner vers l’extérieur. Comme si cette activité débridée  pouvait représenter la réponse à mes questions, comme si tout cette vie d’excès me permettait d’exister. Durant toute cette période, j’essayais de maintenir une vigilance pour maîtriser tout débordement qui aurait pu devenir incontrôlable. En fait, il n’était pas question dans mon esprit de faire semblant de quoi que ce soit. Si j’aimais boire, fumer, faire la bringue des nuits entières, tout en reconnaissant l’inconscience de ce comportement, je me refusais à limiter mes excès. Faire semblant d’être éveillé ne me ressemblait pas. Il fallait que ma conscience intègre de façon naturelle la nuisance de ce rythme de vie. Karmiquement, je sentais que je traînais de sérieuses valises. Ce goût immodéré pour les libations venait de loin. Il me faudrait plusieurs années pour me débarrasser de ces fâcheuses habitudes. Cependant, cela arriva de façon définitive et paradoxalement facilement. Il fallait m’accrocher, faire preuve de patience. Cette prise de conscience se manifesta en relation avec mon devoir paternel. Raphaël était super craquant et grandissait vite. En revanche Caroline commençait à devenir très difficile à vivre. La méditation ainsi que notre recherche spirituelle représentaient le ciment de notre couple. Cela créait une illusion d’harmonie dans notre relation. Caroline n’aimait pas s’occuper du quotidien. L’appartement restait constamment désordonné.  Même si elle était une mère attentive, sa conception de femme au foyer se limitait à m’attendre pour m’occuper des choses courantes. Mes journées au chantier étaient assez interminables et fastidieuses, souvent quand je rentrais, une deuxième journée m’attendait. Dans notre couple, contrairement à l’idée communément reçue, les rôles s’inversaient. M’occuper des courses, de notre fils, faire un semblant de rangement, un peu de ménage. Caroline à cette époque montrait sa totale immaturité pour gérer notre foyer, au même titre que mon immaturité s’était révélée dans ma vie à Saint-Nazaire. Par notre manque d’expérience, nous ne percevions pas l’importance d’intégrer dans la vie matérielle nos valeurs spirituelles. La méditation nous permettait subtilement de changer et d’avancer intérieurement. En revanche cela ne gommait pas nos différences, nos réalités propres. Au contraire. La méditation faisait ressortir tout ce qui restait caché au tréfonds de notre conscience pour se révéler au grand jour. Je percevais une séparation dans un avenir pas si lointain. Notre couple ne survivrait pas nos profondes différences. À cette époque sans la méditation, nous ne serions pas restés ensemble. Simplement, nous avions un bout de chemin à faire en commun dans cette vie. Il fallait en tirer le plus d’enseignements avec les joies et les souffrances allant de pair avec notre évolution. Un jour, l’occasion ferait le larron et la vie changerait de direction. Nous vécûmes à La Seyne pendant presque trois années. Après quelque temps sur les chantiers, j'obtenais un stage de formation dans un domaine radicalement différent. Il s’agissait d’intégrer une formation de technicien en organisation de gestion d’entreprise à Paris. Caroline restait dans le midi tandis que je logeais chez mes parents qui possédaient un petit appartement à Paris dans le 12e arrondissement. Durant ce stage, je sympathisais avec un autre stagiaire, un peu bringueur sur les bords. Nous avons vite trouvé un terrain d’entente, le stage consistant pour nous deux à sortir quasiment tous les soirs en récupérant pendant les heures de cours. Cette période dura 3 mois, je descendais à Toulon le week-end. Puis mes beaux-parents sentirent à l’époque que notre couple partait en vrille. Je sortais beaucoup en donnant de moins de moins de nouvelles. Je manifestais de façon à peine voilée des velléités d’indépendance parfois aussi de façon inconsciente. Mon beau-père au cours d’une promenade dans le quartier de l’Opéra à Paris aperçut un de ses anciens collègues qui était devenu directeur dans une maison de courtage de banque. Au cours de leur conversation, il lui indiquait qu’il cherchait de jeunes talents pour devenir courtiers, pas de diplômes requis, simplement être rapide, avoir les nerfs solides et surtout ne pas être timide. Je fus tout de suite recommandé. Mon premier entretien d’embauche, qui allait définir le reste de ma carrière professionnelle, fut organisé promptement. Ce premier contact avec mes futurs collègues de travail fut surréaliste.

J’arrivais le matin vers 8 h 30 pour rencontrer le directeur du service que j’allais peut-être rejoindre. Il se prénommait Serge. Presque la quarantaine, très souriant, une cigarette de papier maïs, une boyard, pendant à ses lèvres, ce dernier m’expliquait en quelques phrases le fonctionnement de son service. Il s’agissait du marché spot. Une équipe de 5 courtiers reliés à une centaine de banques à Paris par un système de téléphonie sophistiqué pour l’époque permettant un accès rapide aux cambistes donnant des ordres d’exécution de transactions en dollars contre francs français à leurs courtiers. Il fallait marier le plus rapidement possible des ordres d’achat et de vente entre chaque client pour obtenir une commission. Plus l’ordre était important, plus la commission pour le courtier était importante. En l’occurrence ici notre équipe.
Le marché démarrait tranquillement Serge m’expliquant entre deux transactions le pourquoi et le comment de ces opérations. Puis vint l’heure du déjeuner. Ce fut totalement inattendu pour le moins. Serge et deux membres de son équipe m’invitaient dans un café avoisinant. Un peu leur quartier général à l’heure de la pause de la mi-journée. Serge commandait une bouteille de champagne. J’étais un peu surpris. Puis durant la suite de notre repas, du vin rouge en quantité raisonnable atterrissait sur notre table. Nous discutions très décontractés. Je lui posais toutes les questions que je jugeais importante. Après 1 h 30 de libations, nous remontions dans les locaux de mes hôtes. L’après-midi allait être surréaliste. Le marché redémarrait après la trêve sacro-sainte du déjeuner. Wall-Street se réveillait augmentant de façon substantielle le volume de transaction. Beaucoup de cris, de hurlements, un nuage de fumée de cigarette créait une ambiance de tripot. Surtout, vers 15 h, l’un des courtiers autour de la table ouvrit le tiroir de son bureau pour en sortir une bouteille d’armagnac. Un autre pour ne pas être en reste se faufilait dans ce qui servait de débarras pour en fait ouvrir un gigantesque frigidaire rempli de bières. Il en saisit quelques-unes pour nous en offrir. Pendant les heures suivantes, tout ce petit monde tout en s’égosillant pour clore de nombreuses transactions buvaient de grandes lampées d’armagnac accompagnées de jus de houblon bien frais. Pour ne pas paraitre en retrait, je me joignais à la fête. Innocemment, je pensais assister à une situation exceptionnelle. Peut-être un des membres de l’équipe célébrait son anniversaire. Non. Ceci allait définir le rythme de mes journées pour les trois prochaines années à venir. À la fin de cette interview peu ordinaire, un peu imbibé de bière, Serge m’invitait à rencontrer le PDG de cette société. Mr Jacques Roussin très affable me demandait comment s’était passé cette journée initiatique. Je lui exposais mon intérêt pour venir joindre son entreprise. Il en prenait bonne note. Là-dessus, Serge me raccompagnait à la porte de son bureau tout en promettant une réponse à ma candidature dans la semaine suivante. Il tint sa promesse. J’étais engagé au début du mois de février 1981. Mon premier salaire s’élevait 5 500 francs par mois. Pour l’époque, c’était plutôt impressionnant. Je me joignais à l’équipe du marché spot. Serge, Daniel, Gérard, René, Claude et moi-même la composions. Pendant les deux premières semaines, je m’attelais à enregistrer les opérations pour en comprendre le mécanisme. Après cette courte formation, Serge m’attribuait quelques clients peu actifs ayant l’habitude de jouer le rôle de professeurs pour les courtiers débutants. Les premières semaines furent un peu stressantes. Il fallait apprendre vite les automatismes. Je devais affirmer ma personnalité. Dans ce milieu de broker la loi du plus fort primait. Pour imposer mes clients pour mener à mes biens mes transactions, il était vital d’afficher mon agressivité. Mes collègues me jugeraient sur ma capacité à m’imposer dans cette atmosphère survoltée. Mon rôle serait de défendre mon volume d’affaire tout en respectant les règles de l’offre et de la demande de notre équipe. Ayant 22 ans face à des professionnels chevronnés dépassant la trentaine ma personnalité allait prendre un coup de fouet. Après quelques semaines, je parvenais à me lier avec quelques clients qui devenaient de plus en plus actif. Coup de chance, l’un d’entre eux venait d’être promu comme cambiste à la Banque commercial pour l’Europe du Nord. Cette banque était le relais commercial en Europe de l’Ouest de la banque du commerce de l’URSS représentant un potentiel important de commissions pour notre équipe. Cet opérateur vraiment sympathique devenait un peu un mentor pour moi. Docteur en sciences économiques, il voulait expérimenter les marchés de devises. Étant un broker débutant sans grandes connaissances approfondies du fonctionnement de l’économie, il prenait le temps de m’expliquer certains évènements financiers quand je ne les comprenais pas. Au cours des mois qui suivirent, il devint un des principaux clients de notre service. Ce succès se reflétait sur ma relation avec mes collègues. J’avais gagné leur respect. À la fin de l’année 1981, comme à toutes les périodes de fin d’année, le PDG de notre société distribuait les primes de fin d’année. Il convoquait un peu de temps avant Noël chacun des collaborateurs pour annoncer leur récompense. Je n’avais aucune idée du montant à espérer. J’avais bien sûr tenté de jauger Serge. Lui-même ne savait pas trop. Notre PDG avait cette réputation de répartir les bonus de fin d’année au mérite et surtout à la tête du client. Celui-ci me convoquait. Il me félicitait pour un travail bien fait. Puis m’expliquait le système de rémunération de l’entreprise. Gagnant pour le moment 5 500 francs par mois, il m’octroyait une prime de 30 000 francs. Cette prime pour l’année suivante, divisée par 12 mois serait ajoutée à mon salaire de base existant. Mon salaire pour 1982 allait augmenter de 5 500 francs par mois à 8 000 francs par mois. Il m’expliquait que d’année en année, ce serait le processus suivi. Fin 1982 ma prime était de 72 000 francs divisés par 12 et ainsi de suite.
Après cette annonce difficile à intégrer dans la minute, je retournais à mon bureau. Serge, connaissant mon montant attribué, m’observait un peu amuser. Je semblais être dans une autre galaxie. Je sollicitais cinq minutes d’entretien avec lui pour être tout à fait sûr de ma bonne compréhension de ce protocole de rémunération. Rapidement rassuré, satisfait je remerciais en mon for intérieur la nature qui avait été si généreuse. Sans diplômes, sans études supérieures, je me trouvais au cœur des marchés financiers au tout début d’une période qui sera qualifiée d’Age d’or par les traders et brokers du monde entier. L’ambiance dans notre équipe franchement truculente faisait fuir de nombreux collaborateurs d’autres services venant innocemment nous rendre visite. Rapidement rassuré, satisfait je remerciais en mon for intérieur la nature de son infinie générosité. Nous avions chacun deux ou trois téléphones hurlant d’un bout de la salle à l’autre, jurant, insultant, riant. Une véritable petite cour des miracles en pleine effervescence. Les années qui vont suivre au sein de cette maison courtage du nom du fondateur, la Maison Roussin, furent pleines d’excès. Nous devions régulièrement maintenir une relation commerciale active avec tous nos clients. Nous les emmenions déjeuner ou diner dans des restaurants réputés. Souvent, nous sortions dans des night-clubs à la mode. À la période de Noel, la Maison Roussin envoyait des milliers de bouteilles à ses clients. Des centaines de colis contenant vins, champagne ou spiritueux étaient livrées chaque année. C’était un rituel inévitable à respecter. D’ailleurs, tous les traders travaillant avec notre société attendaient ces cadeaux avec impatience. Toutes les maisons de courtage à Paris respectaient cette tradition. Les cambistes recevaient d’année en année des dizaines de cadeaux de plus ou moins grande valeur. Le nombre de bouteilles offertes à chaque cambiste correspondait à son activité avec nos services divers. Début décembre, Jacques Roussin réunissait tout le personnel pour déterminer les plus ou moins méritants à récompenser. C’était un peu comme une bourse du vin. Plus de 30 000 bouteilles étaient distribuées ainsi. Le directeur général adjoint supervisait un autre service. Celui des transactions de dépôts. On se croisait finalement très peu. Durant mes années dans cette société nous avions tous les deux des contacts amicaux sans plus. Nous sommes devenus amis plus tard. Lui-même allait connaitre quelque turbulence au sein de cette entreprise. Plus tard, il s’installait dans le sud-ouest de la France. Nous sommes devenus amis comme ça tranquillement, presque naturellement Pourtant nous nous sommes rencontrés très rarement durant ces 20 dernières années. Simplement une sorte de connivence amicale s’est établie. Un sens de l’humour assez similaire en certaine occasion. Le goût des belles choses aussi. Mon seul regret depuis toutes ces années passées à échanger sur les réseaux sociaux avec lui est de ne pas avoir réussi à le convaincre de pratiquer la Méditation Transcendantale. Intuitivement je sentais qu’en se lançant dans cette pratique sa vie aurait été plus facile, les problèmes moins stressants. Véritablement Daniel est un homme de grande sensibilité. Un de ces gros durs au cœur tendre comme le défini la sagesse populaire. Je ne désespère pas de le convaincre un jour. Ce serait une grande joie de pouvoir méditer avec lui. À cette époque, les brokers et les cambistes du marché des devises ne connaissaient pas la retenue. Ils étaient capables de grandes extravagances. Quelques-unes, très célèbres firent la une des salles de trading durant de longues années. Comment ne pas raconter l’une des plus fameuses. Celle-ci se déroula un vendredi soir. Le marché européen venait de clore. À New-York, le marché continuait en solo sans les autres places financières parties en weekend. Pourtant, un des chefs cambistes les plus réputés de Paris travaillant dans une banque de renommée internationale allait mettre un peu d’ambiance en cette fin d’après-midi. Il avait pour habitude de faire la fête avec ses brokers préférés dans de multiples endroits. Il existait à cette époque un bar boulevard des capucines dénommé « le trou dans le mur ». Notre ami et ses compagnons s’abreuvaient à grandes lampées. Les bouteilles de champagne coulaient à flots. Vers 18 h 30, celui-ci décidait d’appeler un broker à New-York pour échanger quelques transactions sur le dollar contre francs français. Le broker américain un peu surpris de distinguer la voix de ce cambiste parisien à cette heure un peu tardive pour le marché français, tout en le reconnaissant commence à lui proposer d’acheter quelques millions de dollars. Ainsi dit ainsi fait. Après de multiples transactions d’achat, le dollar fini par monter considérablement sous l’impulsion de ces ordres d’achat important. La situation devint problématique, le gendarme des marchés s’inquiétant de voir ces transactions contactait fébrilement la Banque de France sollicitant des explications sur l’origine de ce mouvement erratique. L’horloge indiquait maintenant 21 h 30. On dérangeait le Gouverneur de la Banque de France à son domicile. On l’avertit. Attention un illuminé achetait des millions de dollars. Il s’appelle MB. Le gouverneur contactait à son tour le PDG de la banque du fautif en question. Où était MB ? On appelait un à un à leurs domiciles tous ses collaborateurs pour retrouver MB qui créait le chaos sur le marché new-yorkais. Connaissant les habitudes du bougre, l’un d’entre eux suggérait l'excellente idée de se rendre au Trou dans le mur. Il apercevait alors MB avec ses courtiers en très galantes compagnies tout occupé à vérifier les transactions effectuées avec le broker américain. Après avoir acheté de très gros volumes, il avait réussi à faire partir à la hausse le dollar significativement. Au moment opportun, jugeant le profit potentiel suffisant, il avait tout revendu. Le lundi matin, sa direction le convoqua naturellement. Il ne fut pas licencié. Juste réprimandé. En dehors du désordre occasionné, il avait réussi un petit tour de force. Il sera mis dans un placard doré tout en conservant un œil sur les marchés du dollar. Les brokers et cambistes avaient aussi l’habitude de s’encanailler dans des bars à hôtesses spécialisées dans le quartier de Pigalle. Dans les années 80, de nombreux établissements accueillaient à bras ouverts les gais lurons en vadrouille qui ne s’arrêtaient pas à la dépense. On se retrouvait à n’importe quelle heure de la journée dans un de ces endroits. L’un d’entre eux particulièrement fameux dans le marché parisien accueillaient ses clients 24 heures sur 24. Il se dénommait le petit Trianon. Régulièrement, les acteurs du marché se donnaient rendez-vous à l’heure de déjeuner, le soir, la nuit pour partager des collations beuveries et sexualité tarifée. Le petit Trianon représentait assurément le boudoir du marché des changes de Paris. Enfin, celui-ci avait son côté un peu corrompu. C’était un secret de polichinelle. Les courtiers pour attirer le plus grand nombre de transactions proposaient des rétributions en cash à leurs clients les plus actifs. En moyenne, il s’agissait de rétrocession de 15 % sur le total des commissions payées officiellement au broker. Pour 50000 francs de commissions versées par la banque, le cambiste obtenait chaque fin de mois une enveloppe avec 7 500 francs en cash, non déclaré. Sachant qu’un banquier pouvait effectuer des transactions avec 5 ou 6 maisons de courtage différentes, il est aisé d'effectuer un bref calcul. L’intérêt des cambistes à verser des commissions importantes à leur broker ne connaissait pas de limite. C’était un mal endémique. Pourtant, un de nos dirigeants, me racontait des années plus tard cette anecdote. Il déjeunait avec l’un des représentants de la Banque de France. Ce sujet un peu sulfureux des rétrocessions s’immisçait dans la conversation. Son interlocuteur de la banque nationale fit juste ce commentaire laconique. Tout le savait que ça existait. Ça faisait partie du charme de la place financière de Paris. Mon ami directeur en resta coi. Cela se passait il y a 30 ans. Les comportements ont heureusement changé. Autre temps, autre mœurs. Ma profession m’amenait à voyager. Notre service travaillait en association avec des brokers dans la City de Londres. Cela nous permettrait d’avoir accès à ce marché. Londres était et est toujours la première place financière d’Europe de très loin. Deux ou trois par an je me rendais là-bas. Mes correspondants anglais me recevaient avec les honneurs. Nous étions devenus amis. Cependant nos amis britanniques dans notre milieu présentait un défaut majeur. Pour eux s’amuser voulait dire être ivre mort à rouler sous la table. Par conséquent à chacune de mes visites qui duraient entre deux et trois journées je me transformais en distillerie ambulante. Nous commencions à consommer de la bière vers 11h30 jusqu’à 13h. Très peu de nourriture solide était servie. Puis nous retournions dans leurs locaux pour éventuellement travailler un peu. Vers 18h nous repartions au pub. Vers 20h nous allions diner. Si notre état le permettait nous finissions la nuit dans un club privé pour ingurgiter quelques bouteilles de champagne. On suivait ce rituel systématiquement. De cette manière un lien indélébile de fraternité entre ivrognes s’instaurait. Pour les brokers anglais cela avait valeur de test. Être capable de tenir ce parcours éprouvant établissait une relation de respect mutuel. Un peu comme des hommes des cavernes se retrouvant au pub après la chasse aux dollars pour décompresser dans une beuverie joviale. Bien sûr toutes les conversations tournaient autour des opérations réalisées au cours des jours ou semaines précédentes. Nous ne discutions que de transactions, de salaires, de primes. Nos vies évoluaient autour du Dieu argent. Ma vie familiale consistait principalement à m’occuper de mes deux fils. Ma relation de couple s’effilochait lentement. Mes sorties et mes frasques n’arrangeaient pas la situation. Le reste de mon temps consistait m’amuser et méditer. Régulièrement nous allions les weekends participer à des séminaires de méditation transcendantale. Ainsi je récupérais plus vite. De plus je parvenais petit à petit à établir une forme de distance entre mon activité professionnelle et privée. Ayant aussi fait mes preuves, je m’autorisais à ne plus céder à tous les caprices de mes clients. Je sortais quand je le souhaitais. De préférence j’évitais les sorties nocturnes. Mon ambition grandissait. La loi anglaise était plus intelligente. Elle permettait aux maisons de courtage en toute légalité de distribuer des cadeaux parfois somptueux à leurs clients. Ces cadeaux déclarés pouvaient être en partie déductibles des impôts sur les sociétés. Par conséquent, un trader d’une banque très active versant des commissions élevées pouvait être invité à accepter deux semaines aux sports d’hiver avec sa famille tous frais payés. Ceci dans des hôtels de prestige ou stations de sports d’hiver très huppées. Parfois un voyage en Concorde pour passer un week-end à New-York. Rien ne paraissait trop beau. En France, ce n’était pas légal. La culture financière de Paris demeurait quasiment inexistante. La relation avec l’argent dans notre pays a toujours été très compliquée. Les cambistes parisiens probablement un peu jaloux des avantages obtenus par leurs confrères outre-manche se récompensaient eux-mêmes en récupérant ces quelques rétrocessions auprès de leurs courtiers français. Une maigre consolation, les salaires et primes octroyées à Londres dépassant souvent de 5 à 6 fois ce qu’offraient les banques françaises à leurs traders.

 

 

 

 

 

Le Présent n’existe pas

 

Il n’existe pas, car accepter cette notion de temps, c’est vouloir imposer une limite à l’expansion de la conscience. Dire vivre l’instant présent n’a pas de fondement réel en termes de science de la conscience, c’est-à-dire dans la réalisation de la conscience qui est éternelle, omnisciente, omnipotente.
Vivre dans l’instant présent sous en entend que l’on est totalement identifié en étant conscient de cette situation éphémère. On essaie d’être plus attentif, plus conscient en quelque sorte. Pourtant, ce n’est pas de conscience dont on parle ici, mais du mental qui souhaite être un peu moins identifié au jeu du relatif dans l’espoir de s’en libérer. Pour certains un moment de grâce est possible, pour d’autres, c’est la poursuite permanente d’un présent qui n’existe pas.
Être dans l’instant présent, slogan de notre époque, ne prend pas en considération que ce fameux présent est un jeu de théâtre anarchique qui a renoncé à la valeur de son sous-jacent qui représente le domaine de la conscience illimitée. Il est fondamental d'intégrer le jeu qui existe entre l’absolu et le relatif. L’un ne peut aller sans l’autre. Cette relation infiniment délicate et subtile régit toute la découverte de la structure parfaite et ordonnée de la création. Parce que le présent n’existe pas vouloir l’attraper dans l’instant, c’est chercher à attraper un moment, une situation qui ne présente pas de réalité. Sauf si l’on entend que le « présent », c’est la transcendance, car l’espace de transcendance éternel, lui, est permanent, naturellement permanent. Pratiquement « vouloir » demeurer dans l’instant présent est impossible, car déjà la présence du verbe vouloir dénature la valeur profonde de ce qui existe déjà, à savoir l’éternité du moment qui n’est ni présent ni passé ni futur. Appelons cela l'Innocence. L’harmonie parfaite de la structure de la conscience ne peut être enfermée dans un instant de relatif. Être dans le présent signifie être illimité et par conséquent sans présent. Le jeu du relatif est une impression que tout ce que nous vivons demeure une réalité parce que notre conscience est déconnectée de sa valeur d’éternité. Nous ne pouvons appréhender l’éternité de l’instant par le désir de l’égo.
Le relatif est le terrain d’expérience du connaissant, de celui qui souhaite être dans la connaissance parce que « la connaissance est structurée dans la conscience ». Nous expérimentons jour après jour des identifications pour mieux comprendre la relation entre la conscience et la matière. Cependant, le jeu de relatif n’a pour but que de nous permettre d’être de façon permanente dans l’illimité. Justement de nous libérer de nos identifications au jeu de Maya. Chaque parcelle de vie est intrinsèquement éternelle, cela ne peut être éprouvé par la volonté, le désir. Croire ou faire croire que tout est là ici et maintenant dans « l’instant présent » sans avoir établi les fondements de l’illimité c’est un peu mettre la charrue avant les bœufs. C’est se méprendre sur la réalité véritable de ce que devrait être le présent qui en réalité n’existe pas dans son essence. Si cette perception de l’illimité était intégrée, la question de vivre dans le présent ne se poserait pas. Et elle ne se pose pas quand le transcendant est immédiatement établi dans la conscience.
L’idée que le divin existe ici et maintenant pouvant être vécue là tout de suite n’est pas fausse. Naturellement, elle ne peut être vécue en conscience sans être consciente du transcendant. Faire croire que tout est là représente un concept parmi d’autres concepts soutenus par un mental en mal d’expérience transcendantale, souhaitant éventuellement bruler des étapes pour éviter de lâcher véritablement les identifications de l’égo au jeu du relatif, du jeu des expériences qui n’est pas toujours désagréable pour l’égo.
Le présent n’existant pas la vie peut être vécu dans sa valeur illimitée car la vie alors s’étend de l’infini à l’infini appréciant chaque moment de maya à sa véritable valeur c’est-à-dire un modeste champ d’expérience permettant à l’illimité de s’exprimer sans restriction. Grace aux progrès scientifiques de notre époque, la transcendance et la non-transcendance sont vérifiables aisément. Il suffit désormais d’effectuer un électro-encéphalogramme pour observer concrètement la transcendance démontrant sa valeur d’absolue structurée dans la physiologie. Il est facile de constater sur un graphe combien le concept « vivre l’instant présent » est très loin de la réalité d’une conscience transcendantale. Cela pourrait presque clore le débat s'il n’y avait pas ce désir de l’égo de vouloir subsister par tous les moyens en alimentant le débat intellectuel qui fait partie justement du limité de l’instant présent, car il n’a pas perçu l’essence même de l’illimité de la conscience qui régit son existence. Pour conclure ceux qui souhaitent vivre dans le moment présent ont tout à fait raison. L’erreur serait de faire croire que cela est facile et possible juste en l’annonçant dans un hautparleur ou en parlant fréquemment de pleine conscience. Sans transcendance, la pleine conscience n'existe pas.



 

 

 

 

 

 

Chapitre 5

 

"On ne sait pas la jouissance que l'on a à multiplier les entreprises, à s'imaginer débordé de travail."

Bernard Frank

 

Fin 1984, un broker anglais m’approchait pour développer un marché de dollar contre franc français. Il me proposait un contrat impossible à ne pas considérer. Avant toute chose, je fus invité à Londres par un des directeurs de la société. J’énumérais mes demandes. Principalement, je souhaitais un logement de fonction, de préférence une maison. Il accepta me proposant d'aller immédiatement avec son chauffeur et sa secrétaire visiter des maisons pour mon installation future. Il ne me donnait pas de budget. Je savais qu'il fallait être raisonnable. Nous explorions plusieurs endroits. Je jetais mon dévolu rapidement sur une résidence de 220 m2 avec jardin. Elle se situait à Putney près de Richmond Park. C'était une location d'un an renouvelable. En plus d'une augmentation de mon salaire de 20 %, le déménagement payé partiellement, une voiture de société de mon choix serait mise à ma disposition, l’école des enfants payée et enfin un poste de management correspondant à mes aptitudes. Je demandais une clause de sécurité de retour au pays au cas où mes performances deviendraient décevantes. Je concrétisais un rêve. Caroline partageait mon désir de nous expatrier. Je signais très rapidement. Maintenant, il fallait démissionner, car tous mes collègues à Paris demeuraient aussi mes amis. Le PDG très paternaliste s'était toujours montré affable et correct avec moi. Il y avait deux solutions. Ou bien, je démissionnais avant la distribution des primes avec le risque d'être privé de ce revenu substantiel ou après la date de distribution pour rafler la mise. Mon intuition me recommandait de partir la tête haute. J'adressais ma démission avant la distribution des bonus. Jacques Roussin me regarda un peu agacer, me disant, vous comprendrez bien que je ne vous donnerai pas de bonus cette année. Je lui répondis sèchement. Voyez-vous, j'aurai pu partir dans 2 semaines avec le magot, j'ai décidé d'être honnête avec vous, j'attends la même chose de votre part. Il resta silencieux, ouvrit son tiroir, réfléchit un instant et me dit « ok, je vous donnerai ce montant ». Cette anecdote fut importante, car j'ai maintenu par la suite d'excellentes relations avec cette société. On m’accueillait toujours chaleureusement. Cela me servit grandement à certains moments de ma carrière. J'aurai pu prendre tout mon bonus, perdant un contact important, des amis aussi. En jouant la transparence, on obtient beaucoup plus des opportunités se présentant dans une vie. Mon honnêteté s’avérait payante. L'efficacité et le professionnalisme des brokers anglais se firent ressentir immédiatement. Ma démission entérinée, je téléphonais à Londres. Les choses furent prises en main avec une rapidité rassurante pour mon avenir au sein de cette entreprise innovante. La maison louée, mon contrat envoyé par courrier spécial, ma voiture de fonction dans le garage de ma nouvelle maison. J'utilisais 2 semaines de vacances pour organiser notre départ. Une nouvelle aventure allait commencer. Je venais d'avoir 26 ans. Notre déménagement fut encombré de mésaventures. Pensant avoir choisi un déménageur compétent nous déchantions très vite. Avant toute chose, une somme significative en liquide nous fut dérobée par l’un des employés. Mon épouse avait mis un montant de liquide dans son sac à main, le temps de s’absenter quelques minutes, le forfait était commis. Elle s'en aperçu trop tard pour que nous puissions réagir efficacement. Ils étaient partis avec nos meubles pour l’Angleterre. Nous contactions le directeur qui bien sûr ne voulut ou ne put rien faire. Notre confiance excessive nous jouait un mauvais tour. Nous partions à Londres pour réceptionner nos meubles 2 jours plus tard. Un dimanche matin, coup de téléphone de la douane à Douvres. Notre déménageur se trouvait bloqué. Il ne possédait pas les documents de douane nécessaires. Je devais me déplacer pour rejoindre notre déménageur. Autrement il se trouverait dans l’obligation rentrer en France. J’arrivais sur place après quelques heures de trajets. Je fus surpris de constater que nos déménageurs étaient deux gamins de 20 ans. Ne parlant pas anglais, un peu perdus. Je montais avec eux dans le camion. Après quelques heures de route nous arrivions à Putney ou mon épouse et les enfants attendaient patiemment. Le travail de déménagement commençait. Nous ne possédions pas beaucoup de meubles. Ils finirent quand même très tard dans la soirée. Ils n'avaient pas suffisamment d'argent pour subvenir à leurs besoins pour entreprendre leur voyage de retour. Nous décidions de les loger pour la nuit. Le lendemain nous leur donnions un peu de liquide pour leur retour. Ce déménageur s’excusa de tous nos désagréments, sans pour autant nous proposer un minimum de compensation. Étant philosophe, nous pensions voilà une petite purification karmique pour bien démarrer. Les enfants montraient une joie réelle de vivre cette nouvelle vie à l’étranger. Ils bénéficiaient chacun d’une chambre, d’un jardin assez spacieux pour pouvoir jouer. Tout semblait parfait. Ces petits désagréments font partis de la vie. Pas la peine de s’énerver. Détail amusant, j’avais négocié une voiture de fonction par réflexe. Mais ni moi ni mon épouse ne possédions le permis de conduire. La voiture allait rester dans le garage pendant quelques mois en attendant de l’obtenir. Les jours suivants, nous sillonnions le quartier, les écoles. Nous utilisions les transports en commun. Végétariens à l’époque, très fanatiques sur la qualité des produits alimentaires nous voulions trouver rapidement un magasin de produits biologiques pour nous approvisionner. Il en existait dans le quartier. Très confiants en notre bonne étoile nous partions visiter ce commerçant, Celui-ci voyant ce jeune couple de Français débarqué dans son magasin fut ravi. Nous ne regardions pas à la dépense. Très vite, il nous proposa de nous livrer à domicile en attendant que nous soyons capables de manœuvrer notre véhicule. Je me préparais pour mon premier jour chez mon nouvel employeur. Il me fallait 50 minutes de transport en commun pour aller au bureau situé à la Station Mansion House au cœur de la City. Cependant, en Angleterre, sur les marchés financiers on commençait à 7 heures du matin, pas à 9 heures comme en France. Pour pratiquer la MT et d’autres techniques avancées pour compléter ma routine quotidienne il me fallait une quarantaine de minutes supplémentaires pour tout achever en plus de ma douche. Je me levais le matin à 4 h 30. J’arrivais au bureau vers 7h. Premier jour de baptême du feu à l’anglaise. Je complétais tous les documents nécessaires, on me présentait un peu à tout le monde. Puis à 11 h 30, on m’attendait au pub avec des managers et futurs collègues. Pour moi 11 h 30, c’est davantage l’heure d'avaler un café. Dans la City, au pub plutôt l’heure de la première bière sans aucune possibilité de déroger à la règle. Je prenais donc une pinte de jus de houblon espérant un petit quelque chose à déjeuner. Malheureusement pour moi ce déjeuner en guise de baptême s’appelait un déjeuner liquide. Les tournées se succédaient. Je leur expliquais que ça faisait peu beaucoup. Je souhaitais un peu de nourriture solide. A la place, on me servait le fameux screwdriver, tournevis étant la traduction en français. En réalité une vodka avec du jus d’orange. Plutôt une large dose de vodka et peu de jus d’oranges.  Aux alentours de 14 h, nous devions rentrer. Je me trouvais être dans un état second. Malgré tout, je réussissais à limiter les dégâts. Je passais mon baptême du feu. J’intégrais une précieuse une leçon pour apprendre à maîtriser ma consommation d’alcool lors de ce type de rencontre. J’apprenais à savoir refuser. Mon anglais restait encore très scolaire. Néanmoins devant le pratiquer toute la journée j'accomplissais des progrès rapidement. Après quelques semaines, la direction souhaitait développer ses relations avec les banques françaises sur le marché phare du comptant à savoir le dollar contre Deutsch mark allemand. Ayant fait mes preuves, je contactai des grandes banques françaises réputées pour être actives sur ce marché. Ne touchant pas au marché du dollar contre franc qui était verrouillé par les courtiers français, les cambistes français se révèlaient plutôt réceptifs sur d’autres marchés. Je me rendais en France faire ma tournée des salles de marché parisiennes. Je disposais d’un budget très conséquent pour amadouer des clients futurs. Je les invitais chez Laserre, Le Grand Véfour, Ledoyen, Le Chiberta, en résumer toutes les grandes tables de Paris à l’époque. Je savais que mes compatriotes sont extrêmement sensibles à ce genre d’attention. Je réalisais un grand chelem. Je rentrais à Londres et ouvrais des lignes directes sur le marché du dollar mark avec les principales banques de la place financière Parisienne. Pour la première fois un courtier anglais arrivait à s’imposer sans recourir à des rétrocessions douteuses. Je démarrais mes activités par un succès. Mon intégration à groupe se parachevait en gagnant le respect de mes pairs. Notre équipe se composait de seize brokers parlant simultanément à 12 banques en ligne ouverte. Nous générions un chiffre d’affaires moyen de 100 000 livres par jour. Je venais d’intégrer l’équipe phare de la société. Nous travaillions avec Moscou, New-York, Hongkong. Nous effectuions des transactions non-stop de 7 heures du matin à 18 h le soir. À Londres, la consommation d’alcool était interdite dans les bureaux sous peine de licenciement. En revanche, une tolérance existait pour ceux rentrant éméché d’un déjeuner liquide avec un client. Ça faisait partie du métier. Nous devions simplement surveiller l’activité du fautif avec attention pour éviter l’enregistrement de transactions erronées. Je bénéficiais d’une certaine liberté de mouvement car travaillant exclusivement avec des clients basés à Paris la nécessité de devoir le soir se limitaient à de rares occasions. Mes collègues m’invitaient à partager une pinte au pub local de temps en temps pour me présenter à des cambistes de la City. Les opérations avec Paris amenèrent un surplus conséquent de volumes traités sur notre desk. Je m’entendais bien avec tout le monde. Après quelques mois, Caroline, mon épouse, s’ennuyait à la maison. Elle voulait apprendre le métier de broker. Dans un premier temps, la direction refusa. Avoir un couple travaillant côte à côte ne représentait pas pour eux une idée transcendantale. Après quelques semaines, grâce à mon succès, ils acceptèrent appliquant des conditions très strictes. Sans une adaptation rapide elle devrait dégager rapidement, les larmes, les jérémiades consisteraient à un renvoi immédiat, tolérance zéro, pas de sursis. Ils ne connaissaient pas le phénomène Elle commençait. Très vite elle excellait. Sur le marché du comptant, il fallait posséder une agressivité exceptionnelle. Sans aucun doute elle en disposait d’un bon réservoir. Pendant quelques mois, nous allions travailler côte à côte. Nous étions le « french couple » un peu comme deux mascottes. Pour mieux comprendre l’agressivité, le stress régnant dans notre salle de marché une explication technique reste nécessaire. Sur le marché au comptant ou « spot », la rapidité et un caractère affirmé demeurent l’essence pour un broker habile. Tout d’abord imaginez une salle avec un bureau en forme de cercle avec une vingtaine de brokers assis autour. Ce bureau est divisé en 20 positions, chacune équipée d’un micro. Chacune de ces positions disposent de 12 lignes directes avec des cambistes travaillant dans des banques différentes. Ces lignes directes restent branchées constamment sur un haut-parleur permettant au broker de mieux distinguer les ordres passés par ses clients et aux clients d'entendre tout ce qui se passe dans la salle de marché du broker. Ceci au nom de la transparence. Chaque bureau dispose de deux lumières placées à la gauche et à la droite de chaque broker, une rouge pour les ordres de vente, une verte pour les ordres d’achat de cette façon un collègue à l’autre bout de la salle sait où il peut acheter ou vendre pour satisfaire les besoins de ses propres clients. Ainsi, si mon client « X » me donnait un ordre d’achat, j’allumais ma lumière verte, pour la vente la lumière rouge. Si un ordre d’achat survient meilleur que le mien de la part d’un de mes collègues, je devais éteindre ma lumière sur le champ. Comment s’effectuaient les transactions ? Prenons ainsi comme c’était le cas à l’époque une devise traitée comme le dollar contre deutsche mark, la devise reine des marchés spot, de loin la plus traitée au monde. Imaginons que le cours se situait à 1,50, cela signifie le nombre de marks nécessaires pour acheter un dollar. Sur un marché le montant minimum pour une transaction s’élevait à 3 millions de dollars. Pour un montant inférieur le cambiste devait l’annoncer à son broker. Le prix d’achat pouvait être 1,5010, le prix de vente 1,5020. Effectivement entre 1,5000 et 1,5100 le marché est divisé en centimes. Le banquier annonce à son broker dollar/mark, je traite 1,5010 - 20, ça voulait dire qu’il proposait un prix d’achat et un prix de vente simultanément, car il avait éventuellement des ordres de sa clientèle ou tout simplement qu’il testait le marché pour spéculer. Imaginons que je représentais le broker en question recevant la cotation du cambiste. J’allumais mes deux lumières. J’hurlais dans la salle $/DM, dollar mark, 10-20. Tous mes collègues hurlaient dans leurs micros 10-20 tous ensemble. Un de leur client hurlait à son tour dans un des hauts parleurs « je prends » 5 millions de $ ou en anglais « mine ». Cela voulait dire, j’achète au cours vendeur proposé de 1,5020. Ou alors un ordre de vente, « je donne », « yours » en anglais cela voulait dire qu’il vendait au prix de 1,5010. Sans vouloir aller trop loin dans cette explication, vous comprenez que chaque prix est donné instantanément à toutes les banques soit entre 160 et 200 participantes, sans compter les filiales à l’étranger accédant à à nos ordres. Une cotation était présentée à des centaines d’institutions à travers le monde. La première banque à réagir gagnait la transaction, payant une commission à son courtier. Sur les 10 à 12 banques gérées par un broker, toutes n’étaient pas forcément très actives. Deux catégories bien distinctes participaient à l’activité de trading. Celle qu’on appelait les « markets -makers » dont la vocation consistait à spéculer en proposant des cotations non-stop sur toutes devises. L’autre catégorie regroupait les intervenants plus conservateurs, couvrant les ordres de leur clientèle d’une manière plus traditionnelle. Un market -maker pouvait traiter à l’achat-vente plusieurs centaines de millions de dollars par jour. Les banques américaines comme Chemical Bank, banque qui n’existe plus, avaient vocation à alimenter le marché pour tout montant et toutes devises. Cela représentait leur business principal. Grâce au professionnalisme exceptionnel de leurs opérateurs ces banques réalisaient des profits considérables. Ce processus d’achat et de vente commençait à 7 heures du matin finissant à 18 heures le soir sur la place de Londres sans interruption souvent en déjeunant sur notre bureau en effectuant les transactions. Au sein d’un groupe hautement compétitif comme celui-ci une agressivité affichée par chaque broker créait une atmosphère sous haute tension. Par la rapidité des transactions effectuées, la qualité des cotations de ses clients, le volume traité par des clients communs, tous ces éléments contribuaient à la valeur commerciale d’un broker. Dans de nombreux cas, un lien d’amitié ou de connivence s’installait entre le courtier et son client. Si un broker possédait une clientèle de market- maker particulièrement actifs, cela se savait rapidement dans le marché. Fréquemment, une maison concurrente le contactait lui offrant plus d’argent, une voiture plus luxueuse ou un poste de responsabilité. Souvent ces courtiers à haute valeur ajoutée grâce à leur clientèle devenait responsable d’un service. Leur autorité naturelle en faisait des chefs d’orchestre capable de gérer les volumes, de surveiller les transactions en cas d’erreur, de calmer les egos souvent surdimensionnés. C’était un stress considérable. En échange, ce stress se monnayait à un niveau élevé. J’adorais cette ambiance. Lorsque les premières cotations fusaient le matin, je sentais l’adrénaline monté. Nous étions tous accrochés à nos téléphones prêts pour l'action. Chaque journée se déroulait à une vitesse inimaginable avec son lot de stress particulier. Les ordres, les hurlements, les transactions réussies, échouées, toute l’ambiance transpirait le stress. Malgré nos egos, il régnait une véritable camaraderie. Nous vivions dans un vase clôt totalement misogyne. Mon épouse en réussissant à s’imposer avait réalisé un véritable tour de force. Les femmes étaient considérées comme trop faibles émotionnellement pour tenir le choc. J’ai pu constater qu’effectivement beaucoup de femmes dans la tourmente d’un marché très actif perdaient un peu leurs moyens finissant par des larmes. Quand les larmes commençaient à couler les brokers se ruaient à la curée pour parachever le tout. Les commentaires et jugements fusaient de tous les côtés. La personne coupable de faiblesse se trouvait transférée ailleurs. C’était spécifique au marché spot. Les opérateurs sur ces marchés entretenaient la réputation d’être de doux dingues quelque peu dégénérés. Au début on me surnommait le « frog », la grenouille, surnom fréquemment donné aux Français par les anglais car nous sommes des mangeurs de cuisses de grenouilles. Après quelques mois, on m’appelait « frog » avec respect. Je les traitais de « roast-beef » l’équivalent à leur égard du « frog », en les traitant copieusement de tous les mots d'argot de mon anglais limité avec mon accent français qui les faisait beaucoup rire. Le mot « fuck You » employé peut être 50 fois par minute, était devenu tellement commun dans notre jargon qu’il fallait se surveiller quand nous sortions chez les gens ordinaires. À Londres, chaque devise majeure traitée au sein des maisons de courtage anglaises était couverte par des équipes de 20 à 50 brokers. Chacune d’entre elle présentait une spécialité, un marché phare. Là où je travaillais, nous représentions les rois du dollar contre le yen japonais. Nous étions les numéros 2 sur le dollar contre Deutsch mark. Le franc Français n’était pas considéré comme une devise majeure. De plus, les banques de la place de Paris transféraient leurs salles de marché à la City, exportant du coup les talents. De toutes façons, les cambistes talentueux ne restaient pas à Paris. Les salaires proposés ne pouvaient rivaliser avec ceux proposés à la City. Plus tard plusieurs banques à Paris créaient des filiales dédiées à gérer des primes exceptionnelles pour garder leurs meilleurs éléments en leur payant des bonus à l’Anglo-saxonne tout en échappant à la surveillance des syndicats. Malgré cela, la City ou New-York restaient des places plus attractives financièrement. Enfin on pouvait obtenir plus vite des responsabilités de manager en quittant Paris. Les performances d’un trader, d’un broker étaient mieux appréciées qu’à Paris. Le marché de trading ne représentait pas et n’est toujours pas entièrement intégré dans notre culture comme une valeur ajoutée à l’économie. D’autre part cette période des années 80s était fascinante. La finance connaissait une dynamique alimentée par la libéralisation des marchés. Peu de temps après l’élection de François Mitterrand en 1981, le franc avait dévalué plusieurs fois. Sous le mandat présidentiel de Ronald Reagan la parité du dollar avec les autres devises avait explosé. Par exemple, pour acheter un dollar pendant quelques mois, il fallait 10 francs. Les banques centrales intervenaient régulièrement suscitant des mouvements erratiques sur les marchés. De plus en Angleterre, la Banque centrale intervenait immédiatement chez les brokers pour créer un impact plus fort. Il y eu ce jour en 1985. Nous étions en train d’acheter et de vendre tranquillement pour nos clients, le dollar ne cessant pas de monter. Tout d’un coup, le broker chargé de couvrir la banque centrale se levait, les bras au ciel hurlant « je vends pour la banque d’Angleterre ». Tous les ingrédients pour une panique authentique se trouvaient réunis. Le monde voulait vendre, et pas d’acheteur en vue. C’était le but recherché par la banque centrale, parallèlement la Bundesbank vendait aussi, la Banque de France aussi et ainsi de suite pour ralentir la montée du dollar. Les traders avaient cette habitude de dire qu'en définitif à la fin de la journée les marchés ont toujours raison. Ce fut le cas après les premières minutes de paniques, de hurlement, le dollar repartait à la hausse. J’ai vécu dans ma carrière plus d’une fois ce genre d’évènements. Nous partagions des moments de tension extrême. Le taux d’adrénaline inondait le cerveau comme si nous subissions des électrochocs à répétition, une ambiance de fin du monde. Les cambistes pris dans un courant vendeur ne pouvant prendre le contre-pied d'une position perdante hurlaient à se faire éclater les poumons. Une ambiance de stress surréaliste se répandait dans toutes les salles de marché de la City. Cette école d’apprentissage à l’anglaise apportait réellement un plus dans mon CV. Travaillant dans une des sociétés les plus prestigieuses de Londres, je pouvais démarcher de nombreuses banques à Paris développant mon réseau. Pendant que nous étions pris par nos occupations professionnelles nos enfants allaient à l’école anglaise. Nous utilisions les services d’une fille au pair pour s’occuper d’eux. A dire vrai deux jeunes filles très différentes s’occupèrent de nos enfants au cours de notre séjour londonien. Les enfants s’entendaient bien avec elles. La première s’appelait Karen. Une Anglaise, pur sucre. Nous l’aimions bien, très jovial, faisant bien son travail. La deuxième était israélienne, jeune étudiante, un peu tête en l’air parfois du genre oublié d’aller chercher les enfants à l’école, ou très en retard. Comme en-dehors du bureau, nous nous comportions comme des personnes normales et sympathiques, nous la réprimandions calmement lui demandant de simplement faire un effort. Notre confiance fut récompensée. Du reste, plus tard les enfants nous confiaient qu’ils ressentaient une réelle affection pour elle. En Angleterre à cette époque, l’association de la MT avait bénéficié du soutien de personnes très riches. Celles-ci avaient offertes des résidences de toute beauté située à différents endroits en Angleterre. Nous passions régulièrement nos weekends dans ces lieux. Les enfants étaient ravis, car tous jeunes, plutôt extravertis, ils devenaient la coqueluche des personnes vivant dans ces centres ou participant aux séminaires. Parlant anglais avec un petit zeste d’accent français, ils faisaient craquer tout le monde. Particulièrement, quand ils parcouraient les cuisines pour déguster les différentes pâtisseries proposées.
Ces week-ends, nous permettaient de déconnecter profondément. Nous nous reposions avec efficacité. Souvent nos collègues quand nous rentrions le lundi matin nous demandaient d’où nous venions, car nous semblions avoir rajeuni de plusieurs années. Comme nous estimions n’avoir rien à cacher nous expliquions notre pratique de la MT. Les bienfaits étant visibles sur nos mines épanouies, tout le monde paraissait assez convaincu. Nous sommes allés aussi dans le nord de l’Angleterre dans un village habitée par une importante communauté de méditant. Fréquemment, des week-ends y étaient organisés pour se reposer ou se ressourcer. Ma femme ayant passé son permis de conduite avant de travailler à mes côtés, nous allions là-bas en voiture. Moi-même, j’avais pris des leçons de conduite. En revanche je fus recalé à mon examen de conduite.  Dès ma première manœuvre je percutais la voiture stationnée derrière. À l'évidence, ce démarrage ne présageait rien de bon. Néanmoins, sans me départir de mon assurance légendaire, après cette petite déconvenue, je conduisais allègrement ma voiture sans avoir le permis pendant plusieurs mois. Les contrôles n’étaient pas très fréquents à l’époque. Ceci constituait une de mes petites inconsciences du moment. Nos revenus nous permettaient d’aller aux sports d’hiver, de nous balader un peu partout. La Méditation Transcendantale nous aidait à gérer notre profession en faisant mieux la part des choses. Nous bénéficiions de vacances matérielles et spirituelles en méditant deux fois vingt minutes quotidiennement. La deuxième année, nous avons dû déménager, les propriétaires voulant récupérer leur maison. Nous trouvions un superbe appartement proche de la première maison encore plus près de Richmond Park. Nous traversions une période euphorique. Notre ajustement à la vie a anglaise contribuait aussi à notre bien-être. Pourtant, nous n’aimions pas Londres. Cette ville ne nous plaisait pas vraiment. Simplement notre adaptabilité nous permettait de profiter des instants de quiétude offerts par la vie. Durant notre deuxième année nous commencions à avoir le mal du pays. Nous songions à rentrer en France. Pour cela, nous devions préalablement nous assurer d’un emploi et d’un logement correspondant à nos gouts.

 

Verset Bhagavad Gita

 

"Toutes choses créées sont, à l'origine, non manifestées elles se manifestent dans leur état transitoire, et une fois dissoutes, se retrouvent non manifestées. A quoi bon s'en attrister"

Commentaire.

Le domaine du non manifesté ne représente pas une expérience abstraite qui ne devrait être vécu qu'au moment de la dissolution de l'aspect relatif de la vie. Dans le domaine du manifesté tout est changeant, tout est périssable. Lorsque le monde du manifesté se dissout, il revient à son état originel, c'est-à-dire celui du non manifesté. Le sous-jacent du monde manifesté est le monde non-manifesté, transcendantale. Celui-ci est immuable et non changeant, éternel. Parce que nous avons perdu la connaissance de cet état transcendantale en toutes choses, nous percevons le monde du changeant, de la matière, comme étant une fin en Soi. Nous nous attristons de l'aspect périssable du monde objectif, car nous n'avons pas établi dans notre conscience la réalité véritable de notre nature intime qui représente la conscience transcendantale immuable, non-changeante, éternelle source de toute création objective. Il est praticable de vivre simultanément l'aspect objectif et transcendantal de la vie. La pratique de la Méditation Transcendantale imprègne petit à petit dans notre conscience la connaissance de la source fondamentale de l'éphémère du monde objectif. Cet aspect transitoire n'est plus vu comme une source de souffrance mais est simplement perçue comme une pièce de théâtre, ou la conscience éveillée à la vérité de la conscience pure témoigne du non-changeant du caractère aléatoire du changeant qui est de toute façon appelé à se dissoudre dans l'espace transcendantal de la Vie. Dans cet espace de conscience, la cognition de la réalité de l'éternité indestructible de ce champ de liberté intérieure s'intègre entièrement dans l'action objective de nos actions aux quotidiens. Cela nous libère de toute aliénation ou identification aux fluctuations du monde relatif. Alors voilà "pourquoi s'attrister" de l'aspect "transitoire" du monde manifesté puisque la connaissance de celui-ci est de toute façon éveillée par le développement de la conscience et la pratique du Yoga

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6

 

"N'estimez l'argent ni plus ni moins qu'il ne vaut: c'est un bon serviteur et un mauvais maître."

Alexandre Dumas

Pour pouvoir rentrer en France, j’avais contacté un de mes anciens clients devenu un ami qui cherchait à étoffer son équipe. Il travaillait dans une banque à capitaux arabes située Place Vendôme. Cette fois-ci, je devais passer de l’autre côté de la barrière en devenant cambiste. Cependant, il me prévenait que mon salaire ne serait pas équivalent à ma rémunération de courtier de banque. Mon salaire diminuerait drastiquement, environ trois fois moins qu’en travaillant à Londres. Cependant, notre désir de rentrer en France se montrait le plus fort. Nous aurions probablement la possibilité d'accepter dans le futur un emploi plus rémunérateur si nécessaire.  Pour apprécier le marché du travail sur la place financière parisienne notre retour devenait une nécessité.
Nous annoncions notre démission à notre employeur anglais. Il ne s’y attendait pas. Il essayait de nous retenir en nous proposant différentes compensations supplémentaires. Je le remerciais vivement. Simplement, le cœur n’y était plus. Je souhaitais rentrer en France. Afin de faciliter le passage de témoin à ceux qui prendraient notre place avec nos clients français je proposais d’organiser des rendez-vous à Paris pour rencontrer les cambistes français. Ce dernier voyage d’affaire à Paris se déroula dans des conditions optimales de confort. Notre directeur et deux de nos collègues nous accompagnaient. Nous partions ainsi tous ensemble à Paris. À ma grande surprise, la direction réservait des chambres au Crillon, place de la Concorde. Nous-mêmes disposions d’une suite. Pensant à une erreur de la réception je m’assurais auprès de notre directeur du bon ordre des choses. Il me confirmait cette réservation en notre nom. Pour nous remercier du travail accompli pendant deux années on nous offrait une semaine dans cette suite au Crillon. Durant ces quelques jours à Paris, nous allions mettre à l’épreuve notre résistance physique. Nous devions présenter nos amis anglais tout d'abord à nos clients. Comme à l’accoutumée rien ne manquerait à cette volonté affichée de vouloir impressionner tous ces cambistes français. On réservait des tables dans les plus grands restaurants de Paris. Les Ambassadeurs au Crillon, Lucas Carton, Laurent, le Grand Véfour, Lasserre. Midi et soir, nous dégustions mets et vins de prestige. Nos invitations comprenaient généralement une bonne dizaine de participants. Après le diner nous achevions la nuit dans une boite à la mode, l’Elysée Matignon. Nous rentrions à l’hôtel à l’aube pour nous lever 3 heures plus tard. Un parcours du combattant éprouvant pour le corps cependant un total plaisir pour l’esprit. Nous-même avions cette chance incroyable de pouvoir partager des moments de plaisir gastronomiques hors normes.  Chacun d’entre nous profitait à plein de ces instants dignes de jeunes millionnaires en vadrouille dans la plus belle ville du monde sans débourser un centime de notre poche. Je retournais quelques jours à Londres pour entériner mon départ. Durant ce dernier entretien le directeur général adjoint me fit cette confidence. Si un jour je souhaitais joindre de nouveau leur société je n’aurai qu’à le contacter. Ou que ce soit à travers le monde il y aurait toujours un emploi à me proposer. Je le remerciais très chaleureusement de cette offre. Je ne pensais que cette proposition s’avèrerai fort à propos dans un futur pas si lointain. Nous quittions Londres début 1987. Nous avions trouvé un appartement dans le 17e arrondissement pas très loin de la Place Vendôme où mon lieu de travail se situait. Je signais mon contrat comme prévu avec la banque arabe d’investissement international que j’avais sollicité depuis quelque temps par l’intermédiaire de mon ami chef cambiste. Je devenais à présent le client utilisant le service des brokers anglais et allemands. Je profiterai également des services d'un broker français qui avait réussi à se constituer un petit marché de niche sur le dollar Deutsch Mark sur la place de Paris. Un groupe hétéroclite de broker un peu farfelu avec lequel je travaillerai avec plaisir. Dans notre équipe de cambistes, nous étions quatre dont une femme qui avait été dans le métier depuis une bonne quinzaine d’années. Elle s’occuperait de notre clientèle et des opérations sur des devises un peu exotiques, celles générant peu de liquidité sur le marché cependant à haute valeur ajoutée. Elle superviserait aussi des transactions un peu plus techniques comme des swaps. Arthur traiterait le dollar contre franc, moi-même le dollar contre Deutsch mark. Notre rôle à Arthur et moi seraient de maintenir une présence continue sur le marché. Nous devions respecter des limites de risque déterminées par le trésorier de la salle des marchés. Nous ne pouvions pas traiter plus des transactions de plus de cinq millions de dollars sauf ordre spécifique. En cas de non-respect de cette règle, c’était une faute professionnelle passible de licenciement immédiat. Notre responsable lui prendrait en charge les positions de fond. Une position de fond veut dire qu’il achèterait ou vendrait de temps en temps des montants conséquents en fonction des nouvelles économiques du marché. Son intuition ou les décisions des actionnaires entraient aussi en ligne de compte. Ces positions seraient surveillées dans le temps jusqu’à un niveau d’achat ou de vente considérée comme suffisant pour réaliser un profit substantiel. Le risque étant parallèlement d’éviter d'occasionner une perte importante. L’art d'être un trader compétent, c’est de ne pas être têtu. Savoir prendre une perte ou un gain représente la condition incontournable pour réaliser un profit important ou limiter une perte importante. C’était un peu le monde à l’envers pour moi. Un cambiste opère différemment en comparaison d’un broker. Quand on est trader, on impose les ordres pour qu’ils soient exécutés avec pour unique responsabilité de générer le plus de profit possible. Le broker exécute, le trader décide. Je découvrais rapidement qu’être trader était infiniment plus fatiguant. Le broker est fatigué physiquement à la fin de sa journée. Le trader lui est fatigué mentalement. Ce job demandait une concentration quasiment 24 h sur 24 h. Fréquemment, un trader prend des positions la nuit qu’il confie à des correspondants en fonction des décalages horaires sur différentes places financières du monde. On confie ces ordres à la clôture du marché parisien sur d’autres places financières. S’ils sont exécutés, le correspondant appelle le cambiste la nuit lui signifiant la réalisation de sa transaction. Me voici attaquant le marché plein pot. Les brokers aussi m’attendaient. Ils se montraient curieux. Qui était cet ex-broker qui venait travailler dans une banque ? Allait-il répartir ses volumes de transaction équitablement avec les intermédiaires ou bien privilégié ses amis de longue date ou anciens collègues à Londres ? Surtout, question primordiale pour un broker, ce nouveau client allait-il ajouter de la liquidité au marché payant ainsi d’importantes commissions ? Ma première journée se caractérisait par une bonne tôle, ce qui veut dire dans le jargon de notre métier une perte conséquente. Ça me refroidissait un peu. Les jours suivants, je m’adaptais au marché. Je devenais plus prudent. Je sympathisais avec un courtier anglais. Il s’appelait Robin. Un vieux briscard.  On se comprenait bien. Je travaillais aussi avec le courtier français, afin de mettre un peu de liquidité sur le marché parisien qui était tout de même bien moribond. Ce serait une petite goutte d’eau dans un océan de transactions cependant question de principe, je souhaitais aider la place parisienne. Notre équipe au sein de la banque tournait bien. Nous nous amusions énormément entre les transactions. Le soir, nous sortions souvent tous ensemble. Des courtiers venaient nous rencontrer pour mieux nous connaître. Je n’invitais plus, on m’invitait pour obtenir mon volume d’affaire. Une situation tout à fait agréable me changeant de mes années de courtiers. Il m’arrivait plusieurs fois comme par un réflexe de Pavlov de sortir ma carte de crédit pour régler l’addition à la place de mes hôtes. Mes interlocuteurs trouvaient cette situation plutôt amusante.  Nous avions une filiale à New-York à laquelle nous transmettions nos ordres le soir à la fermeture de notre marché. Au téléphone, notre correspondante, Leila, était désopilante. D’origine libanaise, ayant suivie ses études au lycée français de Beyrouth, elle parlait le français mieux que nous. Sa voix était enjouée. Elle possédait un humour à toute épreuve surtout avec des hommes de marché comme nous un peu vulgaires et certainement très truculents. Nous ne l’avions pas encore rencontrée physiquement. Cependant, Arthur et moi-même menions notre enquête auprès du personnel de la banque. Était-elle attrayante, telle demeurait la question. Leila, elle aussi, pas timide pour un sou demandait un jour à Arthur notre profil physique. Il lui disait sans rire, moi, je suis plutôt Al Pacino, Philippe plutôt Robert Redford. La glace était brisée. Elle éclatait de rire. Nous devions nécessairement nous rencontrer. Dans le même souffle, nous allions accueillir une jeune stagiaire plutôt assez mignonne qui travaillerait dans notre équipe. Il faut comprendre que notre chef était ce qu’on appelle un homme à femmes. Il avait pourtant une très jolie femme. Arthur correspondait aussi à ce profil de coureurs de jupons. Moi pas vraiment cependant mon couple vacillant depuis quelque temps je me montrais sensible à la tentation du moment. L’occasion faisait le larron. Notre chef cambiste souffrait d’une véritable addiction pour toutes les femmes. Il aurait très vite deux maîtresses dans la banque. Nous serions ses complices pour cacher ses turpitudes. Nous devenions ses alibis pour couvrir ses frasques en cas de nécessité. La petite stagiaire ne cachait pas qu’elle s’intéressait à notre fine équipe. Nous décidions d'un pari entre nous. Le premier qui réussirait à la mettre dans son lit obtiendrait un gueuleton du perdant. Pour avouer l’entière vérité sur ce pari, nous étions persuadés qu’elle n’avait jamais fréquenté d’hommes charnellement. Il s’agissait de prouver la validité de notre intuition. Nous convenions d’un délai de six mois pour conclure. L’âge respectif des concurrents était le suivant, 39 ans pour l’un, j’en avais 29, Arthur aussi. Notre supposée conquête à venir 21 ans. Elle se rendait vite compte du petit manège. Celle-ci en s’en montrait très flattée minaudant avec chacun d’entre nous. Tous les coups étaient permis pour remporter le prix. Invitations au restaurant, cadeaux, fleurs tout y passait. Elle allait en profiter avec beaucoup d’intelligence et d’humour. Elle fit durer le plaisir, car en réalité elle s’amusait de notre petit jeu. De plus, notre stagiaire avait déjà décidé avec lequel elle souhaiterait conclure. Comme nous allons le voir, la nature exaucerait son désir. Arthur, lui, déclarait forfait, car il avait rencontré une jeune et jolie jeune femme qui deviendra sa future compagne. De mon côté, je demeurais une partie prenante du défi. J'étais toujours marié. Mon mariage traversait une période très houleuse avec des tempêtes de force 10. Je ne me sentais plus obligé vis-à-vis de mon épouse cependant n’étant pas à priori un cavaleur j’aimais bien flirter pour m’amuser. J’incarnais la position du parfait allumeur en quelque sorte. Quelques mois plus tard, la direction nous annonçait que Leila allait venir en stage six mois à Paris. Le jour décisif approcha. Elle était tout simplement ravissante. Nous craquions pour la nouvelle venue, car de surcroît, elle avait un esprit vif ainsi. Son humour séduisait tout notre groupe. Personnellement, je me montrais un peu plus distant. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être une intuition d’avoir peur d’être séduit par cette séduisante libanaise. Leila logeait à l’hôtel pas très loin de la banque. Comme elle séjournait seule à Paris, elle désirait profiter de la vie parisienne. Elle organisait son emploi du temps méthodiquement. Sortir et rencontrer du monde, visiter les meilleurs lieux d’amusements de la ville des lumières remplissait ses soirées et weekends. Elle ne se privait de rien. Comme nous sortions souvent avec des brokers nous visitant à intervalle régulier, elle se joignait à nous. Un soir, Robin, mon broker préféré de Londres, venait à Paris. Il m’invitait à dîner. Je proposais à Leila de nous accompagner. Elle acceptait avec joie. Nous partions bras dessus bras dessous en baguenaude. Restaurant puis boite de nuit, nous passions une excellente soirée. Robin draguant quelque françaises sur la piste de danse, Leila et moi-même en profitions entre deux verres de champagne pour faire plus ample connaissance. Elle m’expliquait que sa famille chrétienne libanaise avait émigré aux Etats-Unis en 1978 pendant la guerre du Liban. Elle avait poursuivi ses études à New-York. À l’origine, elle voulait être journaliste puis un jour répondant à une petite annonce elle s’était retrouvée cambiste dans une banque quasiment par hasard. C’est un peu un raccourci, mais c’est l’idée générale. Presque, à l’aube, je la raccompagnais à son hôtel. Nous ne le savions pas encore, mais un petit déclic s’était déclenché. Nous continuions à travailler sereinement dans une ambiance assez décontractée. Nous ne faisions pas de réel profit pour la banque. L'essentiel pour l'instant consistait à ne pas trop en perdre. Quelques jours plus tard après notre soirée avec Robin, Leila rentrait à son hôtel plus tôt que d’ordinaire. Comme je n’avais pas envie de rentrer immédiatement chez moi, je l’appelais lui proposant de dîner ensemble. Elle m’avait révélé lors de notre soirée avec notre ami anglais qu’elle adorait les roses jaunes. Je me rendais chez un fleuriste près de la banque. J'achetais 11 roses jaunes, jamais de chiffre pair. Je me dirigeais vers son hôtel sans réellement savoir ce qui allait se passer cependant avec tout de même une idée derrière la tête. Je montais dans sa chambre. Je lui offrais les roses. Elle souriait avec ravissement. On s’est regardé quelques secondes pas plus. Nous n’irions pas dîner ce soir-là. Je resterai dans sa chambre jusqu’à l’aube. Notre histoire venait de commencer. Un nouveau chapitre de ma vie se présentait à l’horizon avec encore bien des aventures et des voyages. Notre relation devenait de plus en plus évidente auprès de nos collègues. Comme tout le monde ou presque vivait des situations romantiques plus ou moins sérieuses, il régnait une excellente ambiance dans la salle des marchés personne ne s’occupant des affaires des autres. Le bon sens invitait à respecter un minimum discrétion. Durant cette période à la banque je fus contacté par un trader d’une banque suisse. Avec beaucoup de circonvolutions plus ou moins louches, il m’expliquait les rouages d’un mécanisme de transaction pour gagner des montants considérables. Ce système ne semblait pas très catholique. Il m’approchait car l’équipe de traders nous ayant précédées utilisait ses services. Ils avaient effectivement récolté plusieurs millions de dollars avec ce stratagème simple mais efficace. Leur trésorier, le responsable de la salle de tous les marchés existants dans la banque, avait lui aussi participer à ce montage lucratif. Par conséquent, ils avaient organisé leur ponction sur les profits de la banque sans aucune chance ou presque d’être pris la main dans le sac. Cette équipe avait aussitôt démissionné de la banque après la réalisation de ce coup spectaculaire. Ainsi nos lascars pouvaient envisager une retraite anticipée dorée. Le trader suisse pensait bien sûr que nous allions maintenir cette activité illicite. Je refusais catégoriquement. Connaissant les lois du karma, je savais que bien mal acquis ne profite jamais. Du reste, ultérieurement, j’apprendrai que la plupart des membres de l’équipe partie les poches pleines avaient vécu par la suite bien des déboires. En revanche par ce biais, je découvrais une facette de la banque. J’ignorais les arcanes du fonctionnement des opérations d’après trading. Durant cette époque, la facilité pour un trader de voler la banque avec quasiment aucune chance de se faire prendre invitait même les plus honnêtes à la tentation. De nombreuses fortunes se sont bâtis de cette façon dans ce milieu. J’en ai connu quelques-unes. C’était une des facettes négatives de ce métier. Le marché ne bénéficiait pas à cette époque d’outils de contrôle suffisamment sophistiqués pour éviter les détournements à des fins personnelles. Ce système de détournement de fonds s’avérait peu risqué et très rémunérateur. Il suffisait d’avoir accès à un réseau. Je savais que dans les équipes de la banque, sur d’autres marchés, cette activité persistait. Quelques années plus tard, j’appris que le trader suisse fut arrêté par la police. Je ne pense pas qu’il se soit par la suite retrouvé dans la misère ayant accumulé durant des années des montants conséquents. Notre chef cambiste, André, lui, s’activait avec ses compagnes. Tous ensemble nous avons partagé quelques moments mémorables de joyeuseté. Un soir décidant de fêter mon anniversaire avec Leila et André celui-ci invitait ses deux maîtresses à se joindre à nous. Concrètement, l’une occupait le poste de maîtresse officielle, la seconde serait appelée à prendre la place de la favorite. André ne renonçait à aucun stratagème pour séduire une femme. Voulant conclure le soir même, il considérait que la plaisanterie avait assez duré. Il fallait en finir ce soir-là. L’une et l’autre de ces demoiselles ne se doutaient aucunement de la situation réelle. Leila et moi nous savions. Durant cette soirée nous observions un petit manège vaudevillesque. André avait préparé le terrain. Il leur expliquait qu’elles devaient rester d’une discrétion absolue. Par conséquent, aucune des deux ne s’affichait ouvertement. À dire vrai, dès que l’une s’absentait, notre Don Juan roucoulait auprès de la seconde. Après le dîner, la maîtresse officielle souhaitait rentrer chez elle. André, bon prince, lui proposait de la raccompagner. Il nous confiait la deuxième élue nous donnant rendez-vous au night-club pour clôturer la soirée en notre compagnie. Chose promise, chose due. Ce dernier nous rejoignait. Là-dessus, comme il était insatiable, il me glissait à l’oreille son intention d’en finir avec la petite stagiaire. Empruntant les clefs de mon appartement les deux futurs amants nous quittaient promptement. Avec Leila, nous leur accordions deux heures. Nous décidions de rentrer vers 4 h du matin. Nos clefs étant en leur possession, nous sonnions espérant une réaction rapide. Pas de réponse. Nous escomptions un peu délai. Visiblement, leur affaire battait son plein. Nous effectuions le tour du pâté de maisons. Une fois, deux, trois fois. La quatrième fois nous sonnions de nouveau. Une voix essoufflée nous répondait. Tout compte fait, ils se décidaient à nous ouvrir. André trônait comme un jeune coq. Notre amie stagiaire aux anges semblait épanouie, visiblement tout s’était bien passé. En réalité elle connaissait l’existence de notre pari grâce à quelques indiscrétions.  Jouant le jeu pendant plusieurs mois notre stagiaire avait finalement décidé elle-même du jour et de l'heure de sa première nuit d'amour L'ego d'André en prenait un coup. Celui-ci entretiendra ses deux maîtresses pendant des mois entiers. Nous pourrons tous observer un peu amusés son petit manège pour maintenir le secret. Professionnellement, je m’ennuyais un peu. Derrière l’aspect trading, une vaste bureaucratie dans le système bancaire rendait le côté opérationnel moins attrayant. Parallèlement il fallait bien gérer toutes ces opérations même les opérations fantômes. Cependant écrire des rapports en permanence ne m’amusait pas. Le courtier français spécialisé dans le dollar mark envisageait de composer une équipe expérimentée pour couvrir un nouveau marché en plein effervescence, le Deutsch Mark contre franc français. Déjà quelques banques et maisons de courtage étaient devenues très actives. Les montants traités devenaient considérables. De nouvelles perspectives s’offraient au plus grand nombre pour réaliser des profits juteux. Le directeur me contactait. Il souhaitait m’engager dans cette équipe. L’occasion faisait le larron. Je n’hésitais pas très longuement. J’exprimais à André mon désir de quitter la banque. Cela l’arrangeait. Je n’étais pas très habile comme trader. Je ne perdais pas d’argent, mais n’en gagnais pas non plus. En fait comme au casino, dès que j'accumulais un peu de profit, je ne pouvais pas m’empêcher de retourner traiter sur le marché pour reperdre mes gains. Comme nous étions réellement de bons copains, il ne pouvait pas non plus me demander de quitter son équipe. De plus licencier quelqu’un dans une banque coûtait beaucoup d’argent en indemnités multiples et variées. Lui annonçant que je partais de moi-même convenait à tout le monde. Je serai demeuré une année dans cette banque. Me voici retourné à mes premiers amours. Je me sentais plus à l’aise comme courtier. L'équipe rassemblée se déployait. Très rapidement, nous faisions un carton. Je retrouvais mes marques. Je m’amusais de nouveau. Leila se procurait un nouvel emploi dans une banque. Elle devenait ma cliente. Méthodiquement, elle me confiait tous ses ordres. Nos volumes explosaient. C’était un succès éclatant. Parallèlement, Leila se posait beaucoup de questions. Nous nous entendions bien. Nous vivions dans un appartement dans le 17e arrondissement. Je m’étais séparé de mon épouse deux mois après notre première rencontre. La procédure de divorce commençait seulement. Cela exigerait 3 années. Un divorce à l’amiable s’avérait être impossible. De ce mariage deux enfants étaient venus au monde. Leila les rencontrait. Le courant passait très bien avec le cadet, mon fils ainé plus proche de sa mère sans surprise se montrait plus distant. Après quelques semaines, Leila souhaitait rentrer aux Etats-Unis pour faire le point.
Elle aimait beaucoup la France pourtant trouvait les Français très racistes. Libanaise, très belle, elle supportait de moins en moins les commentaires déplacés lancés sur son passage lors de ses promenades dans les rues de Paris. Cela finissait par l'énerver sérieusement. Elle m'expliquait que jamais elle n’avait rencontré ce type de comportement en vivant à New-York. Après des discussions interminables, ma nouvelle compagne décidait de faire une pause dans notre relation. Je déprimais un peu, néanmoins je comprenais son envie de prendre un peu de recul. J’irai lui rendre visite plusieurs fois les prochains mois durant de longs week-ends. Nous recueillerons aussi des notes de téléphone exorbitantes. Après six mois, elle décida de revenir. Nous nous retrouvions très amoureux. Quelques semaines passaient. Elle travaillait de nouveau dans une banque. Moi chez mon courtier. Un soir, elle me demanda si je ne souhaiterais pas m’expatrier aux Etats-Unis. Travailler à Wall-Street ? Voilà une idée alléchante qui m’interpellait. Parallèlement je devais résoudre ma situation personnelle. La procédure du divorce traînait. Je devais apaiser les enfants. Ce n’était pas facile. Je devais trouver les mots justes pour qu’ils comprennent que je ne les laissais pas tomber ni maintenant ni jamais. Leur réaction me surprendra. Les enfants sont souvent beaucoup plus matures qu’on ne le pense. Je contactais mon contact à Londres lui expliquant mon désir travailler à New York Je lui rappelais sa promesse faites 2 années auparavant. De plus, Leila connaissait l’un des directeurs de leur filiale à New-York. 48 heures passaient, j'obtenais mon contrat via DHL. J’étais engagé au salaire de $95000 par an sans compter les bonus. Nous préparions nos valises. En définitive, mon retour à Paris s’avéra être une brève parenthèse. Nous arrivions en février 2009 à New-York. Mon contrat comprenait l’obtention d’un appartement de fonction pour une durée de six mois en attendant que nous puissions louer un logement sur place. Nous nous installions dans un immeuble proche de l’emplacement du World Trade Center toujours debout à cette époque. Ce quartier se nommait Battery Park. Nous logions au 23e étage avec une superbe vue sur l’Hudson.
Nous bénéficions de très peu d’argent pour commencer notre vie à New-York, mais en Amérique, on vit à crédit. J’allais apprendre rapidement grâce à Leila comment utiliser le système américain. Ma première semaine à New-York fut un peu singulière. Après 48 heures de présence sur le sol américain être on m’admettait en urgence à l’hôpital. Petite anecdote cocasse. Leila et moi-même étions au milieu d’une sieste améliorée. Tout d’un coup au moment crucial de nos ébats, me voici saisi d’une douleur intense au poumon gauche. Ma respiration devenait douloureuse. La sieste fut écourtée. Je me rendais chez un médecin qui diagnostiquait un pneumothorax. Me voici entrant à l’hôpital du Mont Sinaï à New-York. Avant même d’avoir commencé d’honorer mes obligations contractuelles je me retrouvais hors de combat pour deux semaines. Petit contretemps. Après une récupération au pas de charge, j’arrivais dans mes nouveaux bureaux. Je prenais mes marques au sein du temple de la finance internationale. Nos salles de marché se composaient de plusieurs centaines de brokers sur le même floor. Nous disposions de 4 étages dans cet immeuble tous occupés par des centaines de courtiers. N’ayant pas la nationalité américaine ni de carte verte, mon employeur tachait de m’obtenir d’un visa de travail. Lors de mon premier rendez-vous sur place je rencontrais un avocat spécialiste de l’immigration pour compléter les documents nécessaires. Cependant, je pouvais travailler légalement en attendant de finir la procédure. Ma fonction principale consistait à créer une équipe de broker capables de développer un marché de Deutsch mark contre franc français sur le marché New-Yorkais. Les traders américains sur le marché des devises ne connaissaient que le dollar. Pour eux le reste, les autres devises n’existaient pas, en dehors du dollar point de salut. De plus, j'observais le manque de technicité des cambistes américains. Leurs homologues européens paraissaient plus débrouillards dans leur approche. À New-York, les banques françaises disposaient d’une bonne implantation. En conséquence de nombreux traders français expatriés travaillaient sur place. Bien entendu, je souhaitais faire leur connaissance le plus rapidement possible. L’un d’entre eux deviendrait un indéfectible soutien de mon équipe. Un homme au cœur d’or, à l’énergie débordante sans oublier son professionnalisme irréprochable. Responsable du marché spot dans une grande banque française, Guy me garantissait ma place au soleil sur le marché. De son côté, Leila décrochait un emploi en rejoignant une autre banque française. Il s’agissait pour elle de développer leur réseau de clientèle au sein des grandes entreprises du CAC 40. De mon côté Au début, je mettais en place tout seul la petite structure qui devrait me permettre de développer mon nouveau marché. Je supervisais une douzaine de banques, des correspondants parisiens dont mon ancien employeur. Le premier jour où je me lançais officiellement à la conquête du marché new-yorkais Guy m’appelait. Je ne le connaissais pas. Il m’expliquait brièvement la situation. Voilà je m’appelle Guy, je suis le chef cambiste de cette banque, comme tu es le nouveau Français à New-York, je vais te donner un coup de main. Ce fut un festival. Lui-même m’alimentait en cotations pour tous volumes en Deutsch mark contre francs. Nous tournions ensemble en quelques minutes environ 400 millions de deutsche mark. Il s’arrêta. Il me demanda, ça va, tu es satisfait ? Je le remerciais avec effusion. Il me donna rendez-vous pour continuer ce festival dès le jour suivant. On recommencera ce manège durant plusieurs semaines. Grâce à lui, je resterai le premier broker à New-York sur ce marché durant plusieurs années face à de nombreux concurrents essayant à leur tour de développer ce créneau. Après quelques mois dans cette société new-yorkaise, mon business florissait. Tout seul avec mes clients français devenant tous des amis, ce marché générait entre $50000 et $60000 par mois de commission. Mon salaire et différents coûts ajoutés ne représentaient que $15000 pour mon employeur. Je m’attendais donc à un bonus en conséquence. Ceux-ci étaient versés tous les six mois. Celui-ci s’éleva à $5000. Ce montant ne correspondait pas à mes attentes. Je m’attendais à au moins $25000. Comme la Nature a dû percevoir dans l’atmosphère ma vive irritation, comme par une heureuse coïncidence un concurrent spécialisé dans les devises européennes à New York me contacta. Ce groupe possédait à Londres une équipe très performante sur ce marché spécifique du Deutsch mark contre francs. Ils leur manquaient une équipe outre atlantique pour assurer la continuité du marché européen. N'ayant pas d'accès l’après-midi au marché américain les équipes en Europe perdaient de grandes opportunités. Étant très chafouin contre mon employeur, j’acceptais une entrevue avec leur directeur des marchés. On ne traîna pas. J'annonçais la couleur. Je souhaitais $130000 par an avec bien sûr un bonus conséquent. Ils voulaient me faire signer un contrat de 3 ans. Ce n’était pas le même prix. Nous trouvions un terrain d’entente. Un salaire de base pour démarrer de $115000 la première année. Une augmentation de $15000 chaque année suivante. Bonus trimestriel assuré en fonction des revenus du desk. Nous allions nous partager 40 % des revenus au-dessus de notre point mort. J’allais disposer d'une équipe de quatre brokers. Je demeurais le responsable de la distribution des bonus. La cause était entendue. Je démissionnais. Le directeur de la compagnie que je quittais montrait son agacement. Je lui expliquais le pourquoi de mon départ. En définitive, il savait pertinemment l’importance de l’argent sonnant et trébuchant dans notre métier. Je partais en bons termes. Notre vie new-yorkaise avec Leila démarrait bien. De son côté, tout se passait harmonieusement. Elle se trouvait systématiquement comme un poisson dans l’eau partout où elle allait. Totalement extravertie, elle s’adaptait à toutes les situations. Quand nous avons décidé de vivre ensemble, je lui avais expliqué ma pratique de la Méditation Transcendantale, souhaitant qu'elle apprenne aussi. Evoluer ensemble vers le même but semblait logique. Elle avait accepté. Sa motivation restait modérée. Elle apprenait plutôt pour me faire plaisir. Elle pratiqua pendant deux années puis graduellement s’arrêta. Dans son esprit ma pratique suffisait à faire méditer toute la famille. Par vase communicant tout le monde en profitait. Je ressentais une réelle déception. Je pressentais qu’à terme un fossé pourrait se creuser entre nous. Nous vivions à Manhattan, sortions beaucoup, vivions à cent à l’heure. Entretemps, mon divorce en France avançait pas à pas. Il le fallait, car les services de l’immigration traînaient des pieds. Pour justifier mon contrat d’embauche dans une compagnie américaine, il fallait démontrer que mes diplômes ou le cas échéant mon expérience apportait un plus l’économie américaine. Ne possédant aucun diplôme ça ne se présentait pas très bien. Leila travaillait pour une banque française très active sur le marché des devises Elle développait son réseau de clients. Les grands groupes comme Aérospatial, Peugeot, Renault Finance grâce à son intuition commerciale transféraient leurs opérations en devise vers sa banque. Sa réputation croissait. Elle devenait la cambiste clientèle sur New -York la plus réputée auprès des entreprises françaises. Sa banque et employeur, la banque Paribas, avait été surnommée à l’époque le « Goldman Sachs » français. Parallèlement, nous organisions notre mariage en espérant que mon divorce serait prononcé divorce prochainement. Nous avions contacté un restaurant assez réputé au World Trade Center dans un des bâtiments adjacents. La salle de réception avait une vue sur l’Hudson. C’était un endroit féerique. Nous voulions un mariage simple, pas trop d’invités. De mon côté, ma famille ne pouvait pas se déplacer. Mes amis vivaient principalement à l’étranger, je venais d’arriver à New-York. Je n’avais pas davantage établi de liens très proches avec les gens rencontrés aux Etats-Unis jusqu’à présent. Leila souhaitait une cérémonie religieuse.  L’Église catholique ne l’autorisant pas à cause de mon statut de divorcé nous trouvions néanmoins un prêtre de l’église unitarienne. Il accepta de bénir notre union. Je demandais à mon nouvel ami Guy d’être mon témoin. Tout commençait à se mettre en place. L’organisation d’un mariage aux Etats-Unis représentait déjà dans ces années-là une véritable industrie. Rien ne paraissait trop beau ni trop cher. Petit à petit nous avions quand même atteint le nombre de 70 invités principalement des amis du marché anglais et américains. Certains allaient se déplacer venant de Londres et de Paris. Mon divorce en France fut prononcé le 20 septembre 1990. C'était fort approprié, car nous avions adressé toutes les invitations pour le 6 octobre. Nous l'avions échappé belle. Une semaine de délai supplémentaire aurait fait de moi un bigame. Nous sommes partis en voyage de noces pendant une dizaine de jours. Pour notre voyage de noce nous avions prévu de partir dans les caraïbes. Pas de chance, cette semaine-là un cyclone sévissait dans la région. Le lendemain je me rendais rapidement à l’agence de voyage. Intelligemment ils avaient pressenti le problème. Il nous proposait de partir en Arizona dans un hôtel magnifique au milieu de désert. C’était un changement opportun que nous acceptions avec joie. Ce voyage restera un merveilleux souvenir. Ces 10 jours passèrent trop vite. Nos obligations professionnelles ne nous permettaient pas de s’absenter plus longtemps.  La mise en place de mon équipe s’annonçait très prometteuse. Il fallait enfoncer le clou. Le défi consistait à démarrer de zéro avec des jeunes brokers ne possédant quasiment aucune expérience sur ce type de produits. Cette mon équipe se composait de personnalités assez pittoresques. Particulièrement une. Il se prénommait Léonard. Dépassant la cinquantaine d’années un âge plutôt avancé pour notre métier, Italo-Américain vivant à Brooklyn, Leny personnifiait le vrai « Wise Guy ». Cela signifiait un peu mafiosi sur les bords. Il avait travaillé de très longues années pour une maison de courtage à New-York. Celle-ci était réputée pour être une machine à blanchir l’argent douteux pour la mafia italienne. Celui-ci nous racontait inlassablement des anecdotes sur l’ambiance qui régnait dans cette entreprise. Souvent très instructif, parfois très drôle. Il nous donnait une description très imagée du fonctionnement d’une entreprise gérée véritablement par un authentique parrain mafieux. Il avait travaillé plus de 20 dans cette compagnie. Tous les employés ou presque venaient des quartiers italo-américains de New-York. Tous ou presque des fils ou filles de personnes habitant dans le voisinage du patron-parrain. La plupart n’ayant jamais fait d’études espéraient un emploi dans cette firme. Tony, le patron, embauchait toujours à un salaire 3 à 4 fois inférieurs au salaire médian du marché. En échange, on disposait d’un emploi garanti à vie dans les deux sens ceci signifiant avec l’obligation à vie de ne pas quitter Tony. Travailler pour lui voulait dire pour toujours. Si l’un des jeunes employés s’avérait être un excellent broker, Tony rapidement lui achetait une voiture. Toujours une Cadillac. Si cet employé se mariait, Tony acquittait les frais du mariage. Il souhaitait acquérir une maison, Tony achetait la maison pour lui. Ou bien lui prêtait l’argent à taux zéro. Jamais d’emprunt à une banque. Une petite prime par-ci par-là pour la naissance d’un enfant pour aider les jeunes couples. Les lundis, les bookmakers passaient relever les compteurs. Tous les paris pris pour une raison ou pour une autre devaient être réglé rubis sur l’ongle. Un retard ? La menace était claire. Lundi prochain, autrement, on te casse un bras ou une jambe. Certes annoncé sous forme de plaisanterie. Il valait mieux ne pas tenter le diable. Leonard nous raconta cette anecdote. Tony aimait le dimanche se promener pour observer les enfants du quartier de Brooklyn joué au base-ball avec le club de la paroisse. Il discutait régulièrement avec le prêtre. Ce n’était pas réellement un terrain de jeu. Plutôt un espace assez vaste pour frapper dans la balle. Le prêtre discutait avec Tony lui expliquait combien sa paroisse manquait de ne pas disposer d'un vrai terrain de sport se prêtant à la pratique de ce passe-temps national. Tony ne répondit pas. La semaine suivante, les bulldozers arrivaient sur le terrain en question. Il avait acquis le terrain le faisant transformer en terrain de jeu pour les enfants de la paroisse. Leonard détenait la fonction de Senior Vice-président chez ce courtier. Il gagnait $27000 par an. Par comparaison, là où il travaillait dans ma compagnie un SVP émargeait à un minimum de $120000 annuellement. Je lui posais la question évidente, n’avait-il jamais essayé d’aller exercer ses talents ailleurs pour profiter d’offres plus alléchantes. Léonard me regarda comme si je perdais la raison. Pour rien au monde, il n’aurait quitté Tony. On lui offrait sa Cadillac neuve tous les deux ans. Si une fin de mois difficile nécessitait un peu d’extra Tony lui donnait sans hésitation. Tony l’avait aidé dans l’achat de sa maison en se portant garant. On ne trahissait pas Tony. Il me raconta cette autre histoire digne d’un roman de série B. Un nouveau directeur d’une maison concurrente arriva à New-York dans les années 1980s. Il venait du Royaume-Uni un Anglais pur sucre. Il ne connaissait pas les us et coutumes du marché new-yorkais. Il voulait débaucher une équipe de broker travaillant chez ce fameux courtier italo-américain. Quelques opérateurs bénéficiant d'excellentes réputations pouvant étoffer l’activité de sa compagnie sur différents marchés. Logiquement, ce nouveau venu contactait certains d’entre eux. Quelques jours plus tard, Tony lui-même interpella cet Anglais qui se permettait de contacter ses employés. Il lui expliqua que ça ne se faisait pas à New-York. Ce n’était pas une pratique acceptée. Il valait mieux que ça s’arrête rapidement. Tout ça dit avec le sourire et une politesse exemplaire. Notre Anglais le prit un peu de haut. Comprenez, cher Tony, je respecte le marché de l’offre et de la demande. Je peux faire ce que je veux. Tony raccrocha. Quelques jours plus tard, ce directeur anglais recevait dans sa boite aux lettres des photos de ses enfants allant à l’école. Courrier anonyme. Accompagné dans sa boite aux lettres d’un poisson mort, symbole de menace dans la mafia. Il renonça à contacter d’autres brokers, présentant même ses excuses. Cette histoire me fut confirmée par l’intéressé en personne lorsque j’habitais à New-York. Peu de temps après, Tony décéda. Son fils, Tony Junior reprit les rênes. Il fut arrêté par les autorités américaines. Finalement, Tony Junior condamné à une peine d’emprisonnement assez longue ne poursuivrait pas les entreprises illicites de son père. La compagnie fut rachetée par un concurrent de bonne réputation. Ainsi Léonard avait atterri dans mon équipe à son grand désarroi Tony incarnant à ses yeux le Dieu tout puissant. Une jeune employée opérant dans autre service, Kimberley, avait souhaité se joindre à notre petit groupe de broker. Elle travaillait dans une section chargée du suivi des transactions et du bon déroulement des confirmations des opérations envoyées aux contreparties en mentionnant les montants des commissions. En cas de litige, son job consistait à nous contacter pour obtenir les informations nécessaires. Après quelques années dans ce service, elle voulait apprendre le métier de broker. Elle savait que je cherchais quelqu’un pour étoffer mon équipe, d’autre part, je possédais la réputation d’être très assez relax dans la gestion de ma petite troupe. Accepter une femme comme collègue dans un métier ultra macho et particulièrement agressif dans le langage parlé représentait un grand risque pour la cohésion du groupe. Nous n’avions pas le temps de faire du baby-sitting avec une nouvel arrivante. Cette jeune postulante venait me voir pour proposer sa candidature. Je lui expliquais les risques sous toutes les coutures. Nous n’étions pas des enfants de cœur. Nous étions extrêmement agressifs dans nos échanges verbaux, jamais méchants cependant très directs. Elle devrait s’imposer car il existait une réalité indéniable, elle allait se trouver au milieu d’une meute de braillards vulgaires totalement misogynes, intolérants et sans aucune compassion. Notre équipe très performante ne laissait pas beaucoup de place à l’erreur. Cette description apocalyptique de l’ambiance à laquelle elle devrait s’adapter aurait dû un peu la découragée. Pas du tout. Courageusement, cette jeune femme relevait le gant. Kimberley arriva toute pimpante le premier jour. Nous lui assignions les tâches à accomplir comme à tout débutant. Cette période allait durer deux semaines. Puis on lui donnait des clients faciles, pas trop actifs pour se faire la main. Je lui énonçais une directive expresse de ma part, incontournable sous peine de licenciement immédiat, ne jamais mentir et reconnaitre une erreur avant que celle-ci ne tourne en catastrophe ingérable. Je voyais dès les premiers jours à son regard qu’elle se demandait si elle allait faire face à cette pression. Une personne ne connaissant pas les us et coutumes d’un marché des changes pouvait aisément penser avoir à faire une bande de fous. En fait pas du tout. Cette ambiance nous correspondait. Très solidaires notre groupe fonctionnait à la perfection comme une petite meute. Ceci compliquait l’intégration de notre nouvelle arrivante. Après les deux semaines d’échauffement, je lui donnais une ou deux banques à couvrir. Elle essayait de suivre tant bien que mal. Nous étions compréhensifs à ce stade comprenant bien la nécessité d'accorder un peu de temps pour intégrer notre petite machine de guerre. Elle réalisa quelques opérations malheureuses. Rien de dramatique. En revanche, elle tentait de justifier ses erreurs en dissimulant le déroulant des opérations. Elle mentait avec un aplomb considérable me soutenant le contraire. Après ces incidents, la confiance n’existait plus. Son avenir de broker paraissait très compromis. Mes collègues la mettaient en quarantaine ne lui passant rien. Elle pleurait à chaudes larmes tous les jours ce qui rendait la situation pénible, car au lieu d’être plus tolérants nous étions encore plus durs. Je l’emmenais plusieurs fois en réunion pour essayer de rectifier le tir. Elle voulait s’accrocher. Voyant qu’elle ne tiendrait pas le coup, je demandais à mes collaborateurs de la laisser tranquille, juste de la surveiller pour éviter tout dérapage. Après 3 mois et des bassines de larmes, je lui demandais de terminer son engagement avec notre équipe. Je lui proposais une porte de sortie honorable. D'une manière générale, les personnes partantes ne bénéficiaient d'aucune compensation dans notre métier. Ayant un salaire assez bas, je lui proposais 4 mois de salaire et ses dépenses de santé couvertes pendant 6 mois. Elle partait soulagée. Elle avait clairement vécu un petit enfer. Notre dureté correspondait à la nature de notre métier. Femme ou homme notre comportement ne changeait pas. Notre agressivité faisait partie du jeu. Ou bien, on encaissait en serrant les dents ou bien, on craquait. C’était aussi élémentaire que ça. Cependant, cette histoire ne s’arrêtait pas là. Après quelques semaines, notre directeur général m’invita dans son bureau. Il m’expliquait que Kimberley m’attaquait en justice pour cruauté verbale, harcèlement psychologique et je ne sais plus quoi d’autres. J’en étais sur le derrière. Mon Directeur m’expliqua qu’un accord avait été trouvé, la société lui versant une compensation de $25000, fin de l’histoire. Ça l’amusait beaucoup, il avait l’habitude de ce genre de situation moi pas du tout. J’étais furieux. Comme le monde est petit presque une année plus tard, un de mes collègues voyageant en direction de la Floride pour ses vacances se retrouvait assis dans l’avion juste à côté de cette jeune femme. La reconnaissant il engageait la conversation. Celle-ci lui expliquait très candidement que grâce aux $25000 gagnés par son avocat contre notre compagnie, elle avait pu reprendre ses études. Elle pensait obtenir son diplôme prochainement. Celle-ci ajoutait, un rien innocente qu’elle n’avait rien contre moi ou notre direction. À l'inverse même puisque nous lui avions donné une compensation très correcte. Naturellement, quand elle avait décrit à son avocat sa situation, celui-ci lui avait expliqué habilement qu’elle pourrait obtenir un dédommagement plus important. Comme elle voulait retourner à l’université ça tombait bien. On se sent toujours un peu coupable en licenciant un employé, cette fois-ci sachant prendre parti d’une situation difficile cette jeune femme s’en sortait avec habileté. Tant mieux pour elle. Cette situation nouvelle au sein des entreprises aux Etats-Unis face au harcèlement sur le lieu de travail résultait d’un évènement survenu au début des années 90. Le juge Clarence Thomas fut nominé par le Président Bush à la cour suprême des Etats-Unis. On attribue ce poste prestigieux à vie. Cette personnalité éminente du répondre à des allégations d’une ancienne collègue, Madame Anita Hill. Celle-ci affirmait avoir subi de la part de Mr Thomas une forme de harcèlement sexuel Après une enquête approfondie, il s’avéra que le témoignage de cette personne ne correspondait pas totalement à la réalité des faits. Néanmoins, cet épisode créa une prise de conscience dans le pays. Par la suite dans le monde entier ce problème fut pris très au sérieux. Une multitude d’affaires plus ou moins réelles virent le jour. Nombre de compagnies pour éviter des scandales préféraient acheter pour des sommes relativement modestes le silence des plaignantes sans même chercher à savoir la vérité. Kimberley avait profité de cette tendance. Quelques mois plus tard, tous les courtiers de la société étaient invités à suivre des cours obligatoires pour comprendre concrètement et légalement comment se concrétisait dans les faits un harcèlement sexuel. L’avocat professeur eut bien du mal avec nous. Notre truculence légendaire, à laquelle lui-même ne s’attendait absolument pas, le laissa sans voix à plusieurs reprises. Visiblement, notre visiteur se demandait dans quelle galère il s’était fourré. Nos débordements dépassant les limites de la bienséance notre direction nous convoqua tous pour nous remonter les bretelles. Nous allions écouter de gré ou de force. Notre directeur général ordonna à notre groupe sous peine de mise à pied immédiate d’éviter de ridiculiser l’homme de loi payé à prix d’or venu nous enseigner les rudiments d’un comportement décent vis-à-vis de la gente féminine. Le fait que les employées féminines soient minoritaires ne nous autorisaient à nous comporter comme des sauvages. La mise en garde fut entendue. Ou presque. Nous savions que notre jeune PDG était un véritable prédateur. Toutes ses secrétaires ou collaboratrices étaient passées dans son lit. Nous pensions tous presque à voix haute lui recommander de suivre un cours renforcé avant de nous donner des leçons. Quelques mois plus tard, les actionnaires lui offriront une thérapie pour se guérir de son addiction sexuelle, ceux-ci ayant atteint le point maximum de leur tolérance. Ses frasques coutaient très chers à la trésorerie du groupe après plusieurs transactions négociés avec des plaintives victimes de ses débordements. La première étape primordiale pour ma nouvelle équipe était d’avoir un correspondant à Paris. Nous étions aussi sensés développés le marché du dollar contre franc en même temps que le Deutsch mark contre francs. Je ne croyais pas beaucoup à ce marché du dollar. Trop de concurrents, pas de liquidité. Nos efforts seraient dirigés sur le marché le plus fluide. Mon directeur et moi partions trois jours à Paris pour obtenir des lignes directes avec des maisons de courtage parisiennes. Traversée transatlantique en 1re classe, on ne lésinait pas sur le confort. Mon ancien employeur le plus récent nous reçut comme des princes. Je présentais mon directeur qui s’appelle Ray. Nous étions conviés au restaurant de l’intercontinentale rue de Castiglione. Nous allions droit au but dès les premières minutes. Nous nous mettions d’accord. Nous nous appellerons et travaillerons conjointement dès le lundi suivant. Le broker de leur équipe qui superviserait notre relation se prénommait René. Nous nous connaissions déjà bien. Notre collaboration s’annonçait dès plus fructueuse. Nous étions une tablée de sept. Nous déjeunions sur la terrasse du restaurant. Ray était très impressionné par l’accueil reçu. Il ne s’attendait pas à une telle réception. Il ne se doutait pas qu’une longue journée de ripaille nous attendait. Après avoir dégusté en fin de repas un peu de champagne notre hôte nous proposait d’aller dîner tous ensemble à Deauville à la Ferme Saint-Siméon grande maison réputée du Guide Michelin. Il passait un rapide coup de téléphone. Une stretch limousine avec son chauffeur venait nous embarquer depuis la Rue Castiglione pour aller en Normandie. Nous avions rempli le mini frigidaire de la limousine de champagne, bière, et un peu d’eau. Nous voici en route. Sur les quais, nous étions bloqués dans un embouteillage. Ray, qui admirait la Seine par la fenêtre, vit une deux chevaux, Citroën mythique, nous dépassé. Il me demandait très intéressé s’il pouvait se procurer une voiture comme celle-ci. Je lui expliquais que je n’en savais rien. Vigoureusement, il me demandait de proposer au conducteur de cette deux chevaux une offre d'achat. Nous ouvrions le toit de la limousine. J'adressais des signes au propriétaire. Je lui expliquais que nous avions un bord de notre voiture un richissime Américain qui voulait acquérir sa voiture. Tout d’abord croyant à une plaisanterie, il souriait me répondant que son véhicule n’était pas à vendre. Ray ne se démontait pas. Il me demandait de lui proposer $2000 cash. L’interlocuteur était interloqué. Moi aussi à vrai dire. Réponse négative. $2500 ? Réponse négative. Dernière offre $4000 ? La transaction ne se faisait pas. Entretemps, mes camarades de vadrouille étaient sortis de la voiture offrant du champagne aux automobilistes avoisinants plaisantant et rigolant, générant une ambiance très conviviale dans cet embouteillage. Je me suis longtemps demandé pourquoi le conducteur de cette voiture avait refusé de vendre son véhicule. De mémoire, l’offre représentait le double de sa valeur. Il ne paraissait pas particulièrement amoureux de son véhicule. Il ne nous avait probablement pas pris au sérieux. Après ce petit interlude, notre limousine se mettait en route. Nous arrivions à Deauville vers 22h. Etant trop tard pour dîner au restaurant sélectionné nous partions chercher un endroit ouvert dans le centre-ville. Nous nous installions dans une brasserie, commencions à commander tout et n’importe quoi. Nous nous sommes énormément amusés. Après quelques heures passées à festoyer, nous devions repartir à Paris pour assister à l’ouverture des marchés. Cependant nous faisions face à un problème technique majeur. Notre chauffeur invité à partager nos agapes titubait sérieusement. Il ne pouvait pas conduire. Aucun d’entre nous ne pouvait prendre le volant sauf Ray mon directeur. Nous installions le chauffeur devant à la place du mort, Ray se transformant en notre chauffeur jusqu’à Paris. Lui-même adora l’expérience de manœuvrer une stretch limousine. Voilà un souvenir de Paris qu’il devait garder très longtemps. Rentrant à New-York, nous passions aux choses sérieuses. Nous commencions à démarcher de nouveaux clients. Chaque membre de mon équipe disposait de ses lignes attitrées avec des opérateurs américains. Moi-même je supervisais tous les Français et opérateurs francophones. Comme dans tout lancement de nouveau produit sur un marché, les débuts étaient un peu balbutiants. Une fois de plus, le soutien de Guy permettait à notre activité de se développer rapidement. Son apport en cotations et liquidités appâtait les clients chez nous comme du miel attirent les abeilles. Après quelques mois, nous-même pouvions sentir un frémissement. L’augmentation de nos revenus devenait significative. Nous étions devenus les courtiers majeurs à New-York du Deutsch mark contre franc avec une estimation de 70 % des parts de marché. Nous bénéficions aussi des circonstances politiques de l’époque qui par ricochet généraient des mouvements de panique sur les marchés. La conséquence directe représentait une augmentation considérable de la liquidité. Les marchés se nourrissaient des incertitudes. Durant cette période en Europe nos hommes politiques donnaient naissance à l’ancêtre de l’Euro. Ses géniteurs le baptisaient « Ecu ». Un système monétaire européen se créait pour préparer la naissance quelques années plus tard de l’Euro. Durant cette période, le Traité de Maastricht, traité important dans la construction européenne devait être ratifier. La France organisait un référendum pour entériner cet accord européen. Cependant contre toute attente, les premiers sondages montraient une vraie défiance vis-à-vis de ce traité. Ceci engendrait rapidement des tensions sur les monnaies. Particulièrement sur le franc et la lire italienne. Dans le SME une règle était établie. Chaque devise disposait d'une marge de fluctuation accordée à l’intérieur du système. Il existait un cours planché et un cours plafond. Si la valeur de la devise crevait le plafond, celle-ci de facto sortait du système et de facto considérée comme dévaluée. Ou bien, la devise concernée était défendue bec et ongles par les banques centrales pour maintenir le cours dans le SME pour garantir la stabilité du marché. Devant ce système, de nombreux spéculateurs se préparaient à en découdre pour faire exploser le système, faire dévaluer des monnaies et faire de gigantesques profits sur les dévaluations engendrées par leurs postions spéculatives. Notre équipe fut un acteur direct d’une de ces crises monétaires. A la suite d’une attaque en règle de Goldman Sachs sur la lire italienne celle-ci fut contrainte à la dévaluation.  Ultérieurement Goldam Sachs s’attaquait à la parité du franc. Ceci engendra une bagarre titanesque entre la banque d’investissement américaine suivie par d’autres spéculateurs face à la Banque de France, la Bundesbank, banque centrale allemande et finalement le gouvernement français. À New-York, j’organisais ma vie dans une routine la plus saine possible. Il existait un centre de Méditation Transcendantale sur la 21 rue entre la 5e et 6e avenue. Je m’arrangeais pour y aller le plus fréquemment possible pour méditer avec d’autres personnes. Les méditations de groupe étant beaucoup puissantes, j’en ressentais des bienfaits de récupération immense. Je m’y rendais une fois par semaine. Je constatais très étrangement une explosion de notre chiffre d’affaire la journée suivante. Facilement. Sans forcer aucunement. Les transactions s’alignaient les unes après les autres. La première fois, je pensais à une coïncidence. Puis vint la deuxième fois, la troisième fois et ainsi de suite. Je ne me posais plus de questions. C’était devenu une habitude. Une relation de cause à effet existait entre ma méditation et les retombées matérielles. Une fois par an, je parais effectuer une retraite d’une semaine dans le centre des Etats-Unis dans l’Iowa. Programme intensif de méditation, cure de Panchakarma, un processus de nettoyage de l’organisme basé sur les principes de la médecine ayurvédique. Après une semaine, je revenais dans l’activité totalement revigoré. Comme je devais être au bureau à 7 heures le matin, je me levais entre 4 h 30 et 5 h pour pratiquer mon programme de MT. Ça dépendait des jours. Mon épouse ne méditait pas avec moi puisque j’étais le méditant désigner pour la famille dans son esprit. Ce n’était pas faux considérant la vitesse à laquelle la Nature semblait soutenir notre activité professionnelle. Sans la MT, il aurait été très ardu de maintenir mon rythme d’activité. À vrai dire, je ne me rendais pas compte si mon énergie ou mon comportement différaient de ceux de mes collègues. Eux-mêmes me le firent remarquer. Je discutais rarement de la MT. Je n’en éprouvais pas le besoin. Je souhaitais rester discret. Aux Etats-Unis, les bienfaits de la MT ne faisaient aucun doute dans l’esprit des médias. Contrairement à la France ou des jugements hâtifs, erronés plutôt dus à l’ignorance circulaient dans l’esprit des autorités ou des médias. J’étais assez sidéré de lire les âneries, contrevérités ou commentaires faites sur la MT en France. Pendant cette période d’intense activité, je ne me contentais pas de méditer matin et soir pour gérer le stress ambiant. Une fois par an, je partais une semaine dans une retraite méditative et de remise en forme dans une grande assemblée de printemps ou plusieurs milliers de méditant se retrouvaient ensemble pour effectuer des programmes de pratique de la Méditation Transcendantale plus intense afin de nettoyer le stress les plus profonds dans la physiologie et la conscience. Nous méditions parfois dans un grand dôme. 4 000 à 5 000 méditant se retrouvaient ensemble. Nous partagions une expérience extraordinaire d’intensité et de douceur. Ce lieu se situait en Iowa au centre des Etats-Unis ou l’université MUM, Maharishi University of Management possédait son campus. En même temps, je suivais une cure ayurvédique dans un spa somptueux qui avait ouvert ses portes vers 1993. À l’époque l’Ayurvéda n’était pas encore à la mode, peu de gens en connaissait les bienfaits. Pendant une semaine, je me coupais du monde méditant intensément, jouissant de mes traitements journaliers au SPA, mangeant sainement, nettoyant en profondeur le corps et l’esprit. Après une semaine à ce régime, je rentrais à New-York rajeuni de 10 ans prêt à replonger dans la furie des marchés. D’ailleurs en rentrant d’une de ces semaines, voyant ma mine radieuse rajeunie et ma bonne humeur décuplée beaucoup demandait ce que j’avais pu faire pour avoir l’air si reposé. Je leur parlais de la Méditation Transcendantale. Ils restaient généralement un peu songeurs, interloqués ou carrément moqueurs. Jusqu’au jour ou à leur tour, ils décidaient d’apprendre. Cette façon de me régénérer approfondissait une meilleure coordination du corps et de l’esprit, alliant une activité intense dans le relatif et une intégration intérieure dans ma conscience, ma vie était réalisée à 200 %. L’absolu et le relatif ne connaissaient plus la dualité, ils vivaient harmonieusement ensemble. Tout cela grâce à cette magnifique connaissance acquise une quinzaine d’années auparavant. Ma résistance au stress, ma gestion de la vie matérielle s’alignaient avec ma recherche spirituelle, ma quête d’Absolu. Un matin discutant avec mes camarades de desk, un Starbucks dans la main avant le commencement du marché, ils me demandaient comment je faisais pour être aussi calme dans ces marchés aussi fluctuants. J’étais très surpris pensant sincèrement être aussi disjonctés qu’eux. Ce n’était pas leur perception. Mes collaborateurs avaient déjà particulièrement remarqué les lendemains de mes méditations au centre une différence dans mon comportement. L’un d’eux me dit un jour qu’il adorait ces jours-là, car nous réalisions un nombre de transactions important dans une ambiance décontractée. Je gérais mon équipe à la Française. Tranquille. Pas de surmenage et d’excitation excessive. Le vendredi après-midi, le volume de transaction ralentissait. L’Europe étant parti en week-end à midi heure américaine, c’était un peu la décontraction pour tout le monde. Je décidais d’établir un petit rituel pour ce dernier jour de la semaine. Je faisais commander dans un steak house très réputé à déjeuner pour mon équipe. Nous envoyions un stagiaire en limousine chercher les repas. Sur le floor il y avait 150 autres brokers travaillant sur d’autres marchés. Eux disposaient du droit à la pizza. Ils voyaient les plats arrivés chez nous, l’odeur appétissante se répandant partout. Pour notre équipe, ce déjeuner offrait une opportunité pour discuter un peu, pour mieux se connaître aussi. Durant cette période, notre couple décida de quitter New-York pour s’installer à 40 km dans une ville modeste du New-Jersey ou demeuraient les parents de mon épouse. Ma femme était enceinte nous ne voulions pas rester à Manhattan. Nous acquérions une maison de 300 m2 avec piscine. Elle nous coûta $315000, nous empruntions un crédit important, car aux Etats-Unis, les intérêts payés sur les crédits immobiliers sont déductibles à 100 % des impôts sur le revenu. Si bien que tout le monde achète à crédit, le maximum possible. La première année, je fus très étonné. En dépit de nos salaires élevés je bénéficiais d’un chèque de l’état, Les intérêts sur un crédit immobilier aux USA étant déductible à 100% sur votre déclaration annuelle, l’impôt payé à l’état diminuait considérablement. Je découvrais réellement un pays étonnant. D’autre part ma belle-mère et belle-sœur se proposaient de s’occuper de notre fils pour éviter d’engager un baby-sitter. Cette autre bonne raison précipitait notre volonté de déménager. Dans une famille libanaise, il n'est pas question de confier à une étrangère la garde d’un enfant quand cela peut être évité. Après l’achat de cette maison, nous voulions changer toute la décoration intérieure. Ainsi dit, ainsi fait. Nous étions définitivement installés dans nos meubles. À New-York parmi les cambistes, je rencontrais un jeune Français, Jean, expatrié avec ses parents depuis presque toujours à New-York. En revanche il avait conservé un petit accent du sud-ouest des plus sympathique. Il travaillait comme junior trader dans une banque canadienne. Sa fonction consistait à traiter les devises européennes. Il ne débordait pas d’activité, ce n’était pas préoccupant. Je m’occupais de mes clients junior ou senior de la même façon. Tous bénéficiaient des traitements de faveur identiques. Je l’invitais dans un restaurant haut de gamme pour créer un début de relation amicale. Puis il disparut de la circulation. Un an plus tard, l’ayant un peu oublié pour être totalement honnête, la ligne reliée à la City Bank clignotait sur ma platine. Je décrochais. Cette banque ne travaillait pas intensivement les devises comme le Deutsch mark contre les autres devises. A mon grand étonnement la voix de Jean résonnait à l’autre bout de la ligne. Il m’annonçait dans la foulée qu’à compter de ce jour le trader supervisant les intérêts de la banque sur le marché du Deutsch mark contre francs serait lui. Entre nous deux ça allait être rock and roll sur le marché, car Jean me donnait l’exclusivité totale de son business. Nos concurrents ne verront pas 5% de son volume d’affaire.

 

 

La conscience éveillée est la jeunesse éternelle

 

Beaucoup d’entre nous ont souvent peur de mourir. Ce saut vers l’inconnu à la suite d’une vie plus ou moins ennuyeuse terrorise l’égo qui souhaite tellement rester, voir s’éterniser en ce bas monde. Nous sommes tellement attachés à notre corps, que nous ne voulons pas nous en séparer, même si parfois, il semble exténué et décider de vouloir visiter d’autres cieux. Il y a quelque chose d’étrange et d’irréel de voir cette obsession et cette volonté parfois violentes de vouloir prouver qu’il n’existe qu’une vie, quelques dizaines d’années peut-être plus, parfois moins et qu’ensuite plus rien n’existe à part un petit monticule de poussière. Nous possédons cette habileté à vouloir limiter l’éternité de ce que nous sommes. Et pourtant… Pourquoi cette peur ? Elle ne devrait pas exister. Elle se manifeste parce que quelque part notre mental s’est fermé à la réalité de l’existence de notre conscience. Le mental est éphémère, il nous fait croire que, parce que tout change tout le temps, tout meure tout le temps de façon définitive et irrémédiable, alors le mental, sans cesse nous fait chercher plus et plus vers l’extérieur, dans l’activité fébrile du monde manifesté. Le mental cherche à se nourrir d’excitation qui suscite une envie d’exister, d’être reconnu. Puis nous renonçons à ces choses que nous pensions posséder, comme des petites morts à répétition. Pour finalement perdre cette dernière chose que nous pensions posséder, notre corps. L’égo nous maintient dans cette illusion, nous berce de cette musique suave, flattant nos sens, nos pensées. La mort du corps survient, nous avons peur de perdre cette dernière possession. Pour comprendre et intégrer que la mort physique n’est pas une fin en Soi, il faut en quelque sorte transcender la foi. La foi sous-entend un doute, elle est un stimulant pour inciter à accéder à la réalité. Bien sûr, la foi est nécessaire pour tenter de percevoir, de peut-être comprendre intellectuellement au moins tout au début pourquoi la mort est un leurre, une vue de l’esprit. La mort nous fait peur, car notre conscience est enfouie, cachée par notre mental, nos pensées. La conscience qui se trouve au-delà des pensées doit être réactivée pour que nous puissions vivre cette vérité d’éternité qui existe en chacun de nous. Nous pensons à tort avec une arrogance absolue, que la mort physique est le coup d’arrêt à toute évolution. Nous avons oublié la connaissance du Soi. En méditant « transcendentalement », en distinguant cette zone se situant au-delà des pensées, nous abordons un domaine nouveau. Celui de la cognition. La conscience s’élargit pour témoigner de l’aberration de la croyance qu’il existe des limites à ce que nous sommes. Nous nous éveillons à ce champ de conscience illimitée, qui dépasse tout ce que nous pensions connaitre. Ce qui était auparavant la foi, devient réalité concrète juste en éveillant la Conscience. Comprenez bien, ce n’est pas juste une expérience d’un moment éphémère, c’est la réalité de la vie, de ce que nous possédons. C’est un droit inaliénable de l’être humain de vivre et connaitre l’éternité de sa conscience. Ce n’est pas quelque chose d’ésotérique. N’importe qui à ce droit de toucher, de vivre cet espace ou aucune limitation n’existe. La mort en Soi n’existe pas, et la plus grande irrationalité de la pensée « cartésienne » moderne est de croire que tout s’arrête du jour au lendemain. En conséquence, on est libéré de cette pensée de mortalité, la vie prend le dessus dans toute la force de son éternité. La vie est perçue dans sa réalité, qui demeure un fil continu sans départ et sans fin. Dans l’éternité, il n’existe ni début, ni fin. C’est un continuum, une vibration d’énergie faite de petits soubresauts ou se greffent des pensées, des égos, des actions. La véritable vie est au-delà de toute activité comprise de façon limitée par le mental. Transcender, c’est posséder la clef pour s’ouvrir la porte de l’infini.
Transcender s’est découvrir son droit, peut-être même l’obligation, d’aller toucher du doigt cette connaissance de la réalité de sa propre éternité. C’est pouvoir s’asseoir délicatement dans sa conscience et observer le déroulement de la vie, comme un témoin ou un spectateur observant une pièce de théâtre. C’est être installé dans un monde de douceur. C’est concevoir cet espace, là, ici dans le cœur, que tout est possible, que l’illimité n’est plus un rêve, une chimère… Le Soi se révèle dans son humble grandeur, sa compassion sans limite.  Il englobe tout, absolument tout, sans aucune restriction. Dans le Soi nous nous regardons avec humour et même incrédulité, nous posant cette incroyable et légitime question, pourquoi n’y suis-je pas aller plus tôt ? D’autre part, et ceci, est important de le comprendre, élargir la Conscience, la rendre Consciente d’elle-même veut dire aussi avoir accès à la jeunesse éternelle… La Conscience reste jeune, elle est sans rides. Parce qu’elle sait qu’elle est infinie, sans limites, elle apprécie la vie avec le regard innocent de la jeunesse. La Conscience est la fluidité de l’éternité coulant dans toutes nos cellules. Elle comprend que seules les pensées parasites vieillissent l’esprit et le corps. Certaines pensées permettent à l’égo d’exister. L’égo souhaite nous voir craindre la fin de vie. Mais ce n'est que des pensées, et la Conscience devenue consciente le sait et s’amuse, observe ce jeu du chat et de la souris perpétuée depuis des millénaires entre l’égo, le corps et nos peurs. N’oubliez pas, la Conscience est éternellement jeune. C’est cela l’élixir de la jeunesse éternelle, c’est la Conscience devenue consciente d’elle-même, existante, vibrante à chaque instant de vie. Il n’est pas nécessaire d’aller chercher ailleurs, puisque nous la possédons depuis l'éternité des temps
C’est une des choses parmi tant d’autres qu’apporte la pratique de la Méditation Transcendantale.






 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       

 

 

 

 

 

 

Chapitre 7

"L'ego est un « je » d’enfant."

Denys Lessard

 

 

Le 20 septembre 1992, le référendum du Traité de Maastricht devait être voté en France. Auparavant, les banques d’investissement américaines avaient donc agressivement attaqué la lire italienne pour la faire dévaluer. Chaque jour, sans états d’âme les cambistes s’empressaient de vendre la lire pour la faire chuter. La banque centrale italienne intervenait comme elle le pouvait. Elle ne bénéficiait pas du soutien de la Bundesbank, la banque centrale allemande gendarme et défenseur du dogme économique de la gestion avisée des budgets européens. La banque centrale italienne assez rapidement ne pouvait plus intervenir. Les réserves s'épuisaient vite. Elle baissait les bras et acceptait la dévaluation. La rumeur disait qu’une des banques d’investissement impliquée Goldman Sachs en l’occurrence avait gagné 45 millions de dollars sur cette attaque en règle. Il faut expliquer un peu ce que représentait Goldman Sachs dans les marchés financiers. Une banque d’investissement n’est pas une banque de dépôts. Son rôle consiste à investir sur des produits financiers, parfois très sophistiqués, pour elle-même à des fins spéculatives ou pour ses clients, des grandes multinationales. Elle assure aussi un rôle de conseillère dans des activités de fusion-acquisition. Le travail de ses traders étant de réaliser un maximum de profits sur les transactions effectuées. Comment était sélectionner les candidats à l’embauche chez Goldman Sachs ? Avant tout, on les sélectionnait au sein des universités américaines les plus prestigieuses. Souvent, par groupes d’une vingtaine, les heureux élus arrivaient à la banque pour une période d’essai de plusieurs mois. On les soumettait alors littéralement à une forme d’esclavagisme consenti. Les cambistes chevronnés les testaient en leur imposant toutes les contraintes possibles et imaginables. Les RH observait constamment leur résilience face à toutes situations imprévues. On passait au crible leur capacité de réaction à un marché tumultueux Ils travaillaient 18 h par jour, dormaient souvent au bureau. Ils étaient prévenus d’amener un sac de couchage au cas où. Pour faire partie de l’élite la direction exigeait des sacrifices. La vie privée de ces traders juniors disparaissait pour les mois et années à venir.
Leur look ressemblait un peu à une sorte d’uniformité caricaturale. Les cheveux plaqués en arrière, lunettes rondes, bretelles à la Wall-Street, appelées « suspenders », un petit air condescendant même chez les plus jeunes., surtout chez les plus jeunes, qui affichaient de véritables têtes à claques à certaines occasions. D’autres plus âgés se montraient plus modestes, moins clinquant. Quand on connaissait le moule Goldman Sachs, en l’acceptant comme un état de fait , on entretenait des conversations presque ordinaires avec leurs traders.  En revanche leur air condescendant ne disparaissait jamais. En contrepartie, ces opérateurs de marché, réellement brillants par leur intelligence dans la plupart des cas, bénéficiaient des salaires mirobolants. Les avantages sociaux offerts par la banque étaient sans pareil dans l’industrie bancaire. La couverture de santé pour la famille à 100 %. Rappelons que le système de santé est privé aux Etats-Unis. Les primes de fin d’année se chiffrait en millions de dollars. Chez Goldman Sachs, on travaillait pour gagner de l’argent, sans états d’âme. L’un des directeurs de Goldman Sachs avec lequel nous travaillions vivait dans la même commune que notre famille. Il avait acquis une maison un peu en hauteur sur une colline. C’était un passionné de basket Ball, jouant régulièrement avec ses amis ou collègues. Ce dernier voulait pouvoir jouer chez lui. Il fit creuser dans la colline en dessous de sa maison pour installer un court de basket Ball et des tribunes pour les amis et visiteurs. Ainsi, il pouvait s’entraîner comme il le souhaitait. C’était plus pratique que d’aller jouer dehors. Le décor était planté pour ses week-ends.

L’attaque contre le franc français se préparait. Déjà le marché pressentait une confrontation imminente entre la Banque de France et la planète fiance en quelque sorte. Nos volumes augmentaient considérablement. Le mark contre franc montait dangereusement sous les coups de boutoir du marché américain. Plusieurs fois le niveau plafond de la parité entre les deux devises avait été testé, risquant ainsi une dévaluation du franc. Il n’y avait rien d’économique. On assistait à une attaque spéculative massive. Notre équipe se trouvait être l’intermédiaire préféré des protagonistes de cet épisode. Goldman Sachs était un de nos plus gros clients. Nous possédions des lignes directes avec toutes les banques françaises présentes à New-York. Celles-ci allaient relayer avec la Banque de France l’intervention sur le marché. La BDF mènerait la charge pour soutenir le franc. Quelques jours avant le vote, je ne suis plus très sûr du moment choisi par Goldman Sachs, celle-ci commença par acheter massivement par notre intermédiaire maintenant le marché au cours plafond du franc dans le SME. Par lots de transactions de 100,200,300 millions de Marks, elle achetait. En contrepartie, Paribas, BNP, Crédit Lyonnais vendaient massivement exécutant les ordres de la Banque de France. Autour de notre desk, chacun d’entre nous semblait être possédé par l’intensité du moment. Car venant de tous les autres positions du floor des ordres d’achat et de vente s’alignaient les uns derrière les autres. Hurlements, cris, jurons, traversaient la salle des marchés. Notre équipe s’immergeait avec une forme de jouissance dans un flot d’adrénaline. Un nombre incalculable de transactions s’alignaient. Etant débordés nous devions faire appel à des collaborateurs du back office pour venir les enregistrer. Je décidais de fermer les opérations pendant 10 minutes pour tout mettre au clair. Bien mal m’en pris. Nos clients en transe appelaient par les lignes extérieures. On refermait une porte, ils entraient par la fenêtre. Nos correspondants parisiens entraient dans la danse. Plusieurs milliards de marks contre francs s’échangeaient dans un vent de folie pure. C’était grandiose. Le franc tenait bon ce premier jour. Nous allions remettre ça le lendemain. Pour faire face à cette situation d’urgence, notre présence au bureau le lendemain s’avérait nécessaire dès 1 heure du matin pour l’ouverture du marché européen. Tous nos clients faisaient de même. La responsable de la City Bank, Rita, une cambiste d’origine italienne, qui aidait Jean dans cette folie se mit à discuter avec moi avant le lancement des opérations. Elle me confia un peu amusée et désabusée, tu sais Philippe me voir ici à 1 heure du matin pour travailler dans ce marché de fou, et bien, je me dis qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ma vie. Elle n’avait pas tort. Pourtant c’était notre métier. Vers 8 heures du matin, heure de paris, 2 heures à New-York, les hostilités se déclenchaient. Même scénario. Les acheteurs repartaient à l’assaut du SME. Cependant, une donnée supplémentaire imprévue s’invitait pour ajouter un brin de folie. Visiblement les acheteurs n’avaient pas prévu cette situation La Bundesbank qui avait laissé l’Italie se débrouiller dans une grande solitude allait participer à l’intervention pour soutenir le franc et la BDF. Les volumes explosaient, personne ne semblait vouloir lâcher du lest. L’un des cambistes acheteur hurlait dans un de nos hauts parleurs, « Qu'attends donc cette putain de banque de France, j’ai besoin d’acheter moi ! » Il ne fut pas déçu. À l’aube, nos collègues, arrivant au bureau pour travailler sur les autres marchés, nous observaient assez admiratifs, un peu envieux, en train de vociférer, de clore des transactions. Je me tenais debout un téléphone dans chaque main gesticulant, hurlant, pour indiquer à mes collègues dans quel sens mes clients effectuaient leurs transactions. Ventes ou achats, nous acquérions un langage des mains communiquant les indications correctes aux brokers travaillant sur le desk pour faciliter l’exécution des ordres. Le floor entier observait les tas de tickets avec les confirmations de transactions s’amonceler dans les corbeilles prévues à cet effet. Nos collègues imaginaient probablement les commissions et les primes qui en découleraient pour notre équipe après cette journée de folie, sans compter celles qui allaient venir. Notre PDG et sa garde rapprochée arrivaient à leur tour vers 7 h 30 avec des litres de café, des pizzas, hamburgers et donuts. C’était un travail d’équipe, l’intendance nous suivait de très près. Car cela allait continuer jusqu’à la clôture de New-York, 17 heures. Dire que nous étions fatigués serait un euphémisme. Nous étions épuisés cependant totalement transcendés par cette nuit vécue. Être les témoins et acteurs d’une telle bataille se présentait rarement dans la vie d’un broker. Cette crise sur le SME dura plusieurs jours. Les banques centrales avaient décidé de ne rien lâcher. Des milliards de Deutsch Mark s’échangeaient de banque à banque. On parlait de 35 milliards de Deutsch marks échangés en quelques jours. Finalement, après deux semaines, la vague spéculative s’arrêta. Des bruits circulaient concernant une intervention du gouvernement français auprès de Goldman Sachs les avertissant de sérieuses représailles en France et en Europe si ce comportement agressif contre notre monnaie continuait. Nous ne saurons jamais si cette rumeur était fondée. Toujours est-il que cet épisode homérique s’arrêta, le franc retrouvant une parité correspondante à sa valeur réelle. Plus tard un entrefilet dans des journaux économiques fit mention d’une opération majeure entre Goldman Sachs et la Banque de France sur une grosse position de change. Il y a fort à parier que la banque d’investissement revendant les marks achetés précédemment à des niveaux trop élevés prenait sa perte en clôturant sa position spéculative contre le franc. Elle avait perdu ce match. Durant ces jours de folie mon ami Jean à la City Bank décuplait son volume de transactions. Avec sa responsable Rita, ils étaient devenus des markets-makers pour notre marché. Ils cotaient tout prix pour tout montant, exclusivement ou presque avec notre équipe. Nous faisions exploser les compteurs. Nous commissions s’élevaient à $60000 par jour. Nous étions seulement cinq à couvrir ce marché. Ce mois record resterait dans les annales de l’histoire de notre équipe.
Un autre épisode peu courant se déroula avec un autre intervenant. Lors d’un vendredi en début d’après-midi les marchés tournant au ralenti, nous dégustions nos déjeuners avec un verre de vin rouge en prime. C’était totalement interdit. Mais une tolérance existait pour le desk du marché français. Tout le monde semblait comprendre qu’un Français devait boire son petit coup de rouge. À dire vrai, je n’en buvais jamais, j’en commandais pour mes collaborateurs. Nous ne consommions jamais plus d’une bouteille, pour le goût, pour agrémenter notre repas. Nous étions tous plus ou moins en train de discuter surveillant d’un œil distrait ce qui se passait dans le marché. Tout d’un coup un de nos clients, chef cambiste dans une banque norvégienne, une banque d’ordinaire très peu active, nous demanda de lui trouver une cotation pour un montant conséquent de Deutsch marks contre francs. Pas de problèmes. Nous lui proposions une cotation. Il vendait 100 millions de Marks. Nous voilà bien réveillés. Un vendredi après-midi, une banque assez discrète qui commençait à vendre des montants importants, ça flairait le coup fourré. Le cambiste requérait une nouvelle cotation. Le prix d’achat proposé à ce banquier norvégien baissait de plus en plus, de façon artificielle. Le marché comprenant qu’il souhaitait vendre créait les conditions bien évidemment pour acheter au plus bas. Sans se laisser impressionner notre norvégien continuait imperturbablement de vendre. Il provoqua un vent de panique sur le marché. Tous les opérateurs émergeaient de leur torpeur du vendredi pour essayer de comprendre ce qui se passait. Avec cette baisse soudaine, brutale, des ordres de vente de clients dans les banques se déclenchaient induisant un effet boule de neige sur la parité de la devise. Cette banque vendra un milliard cinq cents millions de Marks dans l’après-midi. Personne ne comprenait ou ne savait pourquoi. Il ne marchandait pas les prix, simplement, il vendait. Tout paraissait illogique. Nous clôturions ce vendredi plus actif que d’ordinaire satisfaits de cet accroissement d’activité inattendue. Le lundi matin en arrivant au bureau, le chef cambiste de la banque norvégienne m’appelait pour m’informer de ce qui s’était produit le vendredi précédent. Il exécutait des ordres de vente pour leur cambiste basé à Oslo. A priori rien d’anormal. Il était habilité à le faire. Cependant, les services de la banque découvrirent que le cambiste norvégien en question avait tout vendu d’une cabine téléphonique à Oslo. Celui-ci avait fait une dépression soudaine. Il avait craqué, décidant après quelques pintes de bière de crasher sa banque. Les opérations ne pouvaient pas être annulées, mais pour la réputation de la banque, il valait mieux jouer la transparence. Le chef cambiste à New-York espérait notre soutien pour tuer dans l’œuf toutes fausses rumeurs dont le marché aimait à se nourrir. Le cambiste à Oslo fut envoyé dans une maison de repos pendant quelque temps. Logiquement, il quitta définitivement la planète trading. Nous possédions comme clients des personnalités hors normes. L’un d’eux particulièrement. Un trader américain travaillant dans une banque française. Il était très habile. Générant entre 10 et 12 millions de dollars de profit par an pour sa banque, il pensait être le roi du marché du Mark contre francs. En même temps pour nous autres brokers, il était particulièrement pénible à gérer. Il possédait un caractère difficile. Un vrai caractériel. Mon premier contact téléphonique avec lui fut assez symptomatique, je lui demandais un petit service sur une transaction. Rien d’extraordinaire. Sa réponse fut prompte, sans appel, « You know what Philip ? Go to hell». Il m’invitait à partir en enfer. Cela révélait le personnage. Comme il générait pour nous des milliers de dollar en commission nous devions faire preuve de diplomatie. D’un autre côté, mon épouse travaillait dans la même banque lui permettant de gagner beaucoup d’argent sur les ordres de ses clients. Du coup, il se montrait un peu plus souple avec notre équipe. Mais très teigneux quand même. Mon ami Guy lui travaillait à l’ancienne. Beaucoup de commissions signifiaient beaucoup de déjeuners pantagruéliques et de sorties nocturnes. Simple et transparent. Plus il payait de commissions plus je l’invitais à une tournée des grands-ducs. Il y avait un restaurant à New-York tenu par un Monsieur français qui vivait aux Etats-Unis depuis des années. Ce lieu s’appelait le Manoir. Tous les cambistes français se retrouvaient régulièrement là-bas. Nous organisions de grands repas pour notre colonie d’expatriés. Un jour Guy me présenta à son trésorier de nationalité américaine. Un grand bringueur devant l’éternel. Nous discutions un peu, buvions une petite bière, puis du champagne. Après quelques minutes d'échanges anodins mon interlocuteur voulut me montrer une photo. Bien volontiers, pourquoi pas ? Ce dernier me montrait une photo un peu bizarre, on ne voyait pas grand-chose, elle était un peu opaque. Il remarquait mon air perplexe. Je lui demandais ce que cela représentait. Sans se départir de son sérieux, il me répondait, « c’est la photo de ma coloscopie ce matin ». Tout notre groupe éclata de rire. Ce n’était pas d'une grande finesse. Certainement efficace pour générer de l’ambiance. Mon ami Jean et sa collègue Rita méritaient une récompense particulièrement à la hauteur de leur soutien durant la crise du franc. Je réservais une table chez Pétrossian, fameux pour son caviar et ses spécialités gastronomiques russes. Ce serait une soirée champagne et caviar. Rita n’en avait jamais goûté. Elle savourait cette occasion de profiter de cette expérience. Ce fut une soirée magnifique presque mondaine. Nous partagions un excellent moment, racontant obligatoirement nos histoires de marché, toujours plus amusantes les unes que les autres en tous les cas pour nous pas forcément pour ceux étant extérieurs à notre monde bien particulier. Pétrossian était le restaurant où je conviais mes clients les plus méritants. Toujours des additions un peu salées cependant bien insignifiantes en comparaison du retour sur investissement. Cette période de trouble sur le marché des devises européennes s’estompa. Nous revenions à un volume de transactions plus normal. Nous sortions nos clients de temps en temps le soir pour maintenir une relation harmonieuse commerciale voire même amicale. À New-York, une mode venait d’éclore. Les « topless bars ». C’était comme des boites de nuit, assez vastes, parfois avec un groupe de musique « live ». Comme attraction supplémentaire des centaines de jeunes filles aux seins nus effectuaient quelques contorsions appelées exagérément danse. À l’entrée on devait échanger du cash sonnant et trébuchant contre ce qu’on appelait de la « funny money » traduction, « argent drôle ». Le principe consistait à récompenser chacun de ces déhanchements de deux ou trois minutes effectuées par ces jeunes beautés en glissant un faux billet de vingt dollars sur le côté de la très petite culotte de l’élue du moment. Deux établissements très réputés à New-York se partageaient la manne des traders et brokers venant dépenser leurs commissions. L’un s’appelait Flashdance et l’autre Scores. Le deuxième était le plus huppé. On pouvait y croiser régulièrement des stars du show-business, Madona par exemple aimait s’y rendre à certaines occasions. Le soir, très tard, on retrouvait toutes les vedettes du marché financier. Les brokers échangeaient des centaines de dollars pour leurs clients pour s’attirer les faveurs des jeunes danseuses. Tout ça arrosé de champagne à gogo. J’ai eu l’occasion de discuter avec quelques-unes d’entre elles, elles étaient majoritairement étudiantes. Un de mes collègues tomba amoureux de l’une d’entre elle. Après quelques mois, ils se marièrent, il était australien. Ils rentrèrent ensemble en Australie. Durant une de ces soirées topless, un de mes clients français me demanda de lui rendre un petit service. Il recevait un visiteur venant de Paris qui n’avait jamais mis les pieds à New-York, encore moins dans un bar topless. Il me demandait de lui faire son éducation. Je conviais mon ami Jean de la City Bank comme Co-éducateur. Je réservais une table au meilleur restaurant français de New-York, Le Cirque. Je commandais une de ces longues limousines prévues en général pour les VIP. Jean et moi étions fins prêts pour accueillir notre heureux élu. Nous commencions par notre dîner sans rien lui dévoiler sur la prochaine étape de notre soirée. En sortant du restaurant, nous marchions dans la rue, la longue limousine toute blanche roulant au pas juste à côté de nous. Puis après quelques minutes de marche nous décidions d’emmener notre invité chez Scores. Arrivant là-bas notre invité faillit faire une crise d’apoplexie quand la porte du club s’ouvrit. Il pouvait voir à perte de vue toutes ces jeunes filles se trémoussant, le champagne coulant à flots. Il restait sans voix. Je prenais cinq cents dollars en funny money, je lui expliquais la règle du jeu. Par-dessus tout, il était interdit d’être trop entreprenant avec ces jeunes danseuses sous peine d’expulsion immédiate. Jean et moi, nous fréquentions régulièrement cet endroit. Nous décidions de nous installer tranquillement avec une bouteille de champagne pour bavarder un peu. Vers quatre heures du matin pensant avoir accompli notre devoir d’éducateur, nous réalisions que notre invité manquait à l’appel. En définitive, nous le localisions sous une grappe de jeunes filles qui avaient flairé le bon coup. Il appréciait sans aucun doute ses compagnes éphémères. Les $500 s’étaient rapidement évaporées dans les strings de ces demoiselles. Nous l’arrachions des bras de ses admiratrices pour le ramener à son hôtel. Le lendemain à son bureau, il raconta sa nuit. Encore aujourd’hui, il s’en rappelle. Mon ami cambiste me remerciait vivement de mon engagement commercial auprès de son invité venu de Paris. De mon côté, je rentrais en limousine à cinq du matin chez moi, à 40 km de là. Arrivant à la maison, je montais dans notre chambre lorsque mon épouse, tout apprêtée pour aller au bureau, me demandait où je comptais aller. Je lui répondais béatement, dormir un peu. Elle se moqua de moi. Je n’avais pas remarqué l’heure, ni la lumière du jour pointant légèrement à travers les fenêtres. Je prenais une douche rapidement, changeais de chemise et partais au bureau. Mon épouse conduisait, je m’endormais dans la voiture. Elle me déposait au bureau à 7 heures précises. Je m’installais à mon bureau sérieusement fatigué. Soudainement qu’elle n’était pas ma surprise de distinguer la ligne de la City Bank clignoter. Jean ne pouvant pas dormir s'était rendu à son bureau en avance. Il commençait rapidement à réveiller le marché avec ses cotations. Mes collègues s’amusaient beaucoup de me voir semi-comateux être obligé de travailler. À midi, au bord de l’inanition après avoir obtenu quelques milliers de dollars de commission je quittais le bureau pour aller dormir. Heureusement ma participation à ce genre de débordement qualifié de commercial se faisait de plus en plus rare. Étant directeur, je bénéficiais d’un privilège fort à propos dans ces circonstances. Celle de ne plus être obligé d’emmener régulièrement nos clients en soirée. Je déléguais à mes jeunes collègues la tâche de se sacrifier. Sacrifice qu’ils acceptaient avec un volontarisme évident. La majorité était célibataire. Ces jeunes gens connaissaient mon laxisme bienveillant sur les budgets de représentation. Les sorties arrosées et tardives représentaient une des facettes importantes de notre métier. Après ces nuits d’excès, je me rendais le lendemain au centre de méditation pour récupérer. L’efficacité de la MT se vérifiait systématiquement en cas de fatigue prononcée. La date des primes approchait. Je convoquais un par un les brokers de mon équipe pour leur signifier leur bonus. Pour cette période de trois mois, ils obtinrent chacun en moyenne $40000. D’habitude dans un marché classique, c’était quand même entre 10 et 15000 dollars. Une autre activité favorite des cambistes et brokers consistait à parier sur tout et n’importe quoi. Aux Etats-Unis, ces paris plus ou moins loufoques se pratiquaient sur les terrains de golf. L’un de nos directeurs avaient ainsi doubler son bonus de 1,5 millions de dollars en pariant avec notre CEO sur le parcours d’un club de golf dont notre société était actionnaire. Celui-ci pariait qu’il allait mettre la balle dans le trou final en un seul coup. Le directeur tenait le pari. Notre CEO perdait son pari. Sans broncher. Le lendemain ils allaient remettre ça. Dans notre métier, une dette de jeu était réellement une dette d’honneur. Le prix du pari fut honoré. Heureusement, des paris plus modestes se tenaient. Par exemple. Par exemple, on pariait qu’il allait pleuvoir avant 15 h ou bien après 16h. Qu'il neigerait le lendemain 5 centimètres de neige pour $50 ou $100 par centimètres ou millimètres tombés. Ou sur le nombre de buts totaux inscrits durant la coupe du monde de football. Nous avions une très grande créativité pour gaspiller notre richesse. Ces comportements révélaient l’immaturité de personnes totalement déphasées. Nous vivions dans un autre monde. Quelque chose d’irréel. A brasser des millions tous les jours, nous avions perdu le sens de la valeur utilitaire de l’argent. Nous nagions dans une forme de jeu permanent comme un grand casino ou tout pouvait se jouer, se vendre ou s’acheter.  Je voyageais en Europe deux à trois fois par an visiter nos correspondants. Je m'installais à Paris deux semaines à l’Intercontinental près de la place de l’Opéra. J’en profitais pour rendre visite à mes enfants. Ils aimaient déjà la bonne chair. Nous profitions de ces moments pour faire une petite tournée gastronomique dans quelques fameux restaurants parisiens. Chez Laurent sur les Champs Elysée, les Ambassadeurs au Crillon. Nous aimions être ensemble dans ces endroits. Mes enfants appréciaient le luxe. Ils en profitaient pleinement. Mes fils affichaient déjà des goûts très prononcés en la matière. Ils venaient chaque année aux USA pendant deux semaines. On en profitait pour faire des emplettes. Tous les deux faisaient la connaissance de leur premier demi-frère puis du deuxième en 1995. Mon épouse souhaitait déménager. La maison où nous vivions me paraissait bien assez spacieuse. Cependant un rêve d’enfance minait son esprit. Posséder une de ces vastes demeures à l’américaine que l’on peut admirer dans certains magazines lui taraudait l’esprit. Finalement après bien des recherches, ma femme trouvait la maison devant être celle de ses rêves. Pas très loin de l’endroit où nous habitions auparavant, nous acquérions une maison de 700 mètres carré. Celle-ci était somptueuse. Nous transformions le sous-sol en salle de jeu, salle de musculation, écran TV immense. Nous faisions installer des haut-parleurs dans chaque chambre avec de la musique programmée et réglable pour chacun des occupants. La cuisine de 90 mètres carré invitait à se lancer dans des recettes multiples et variées. En réalité, nous utilisions une petite partie de notre nouvelle demeure. Nous nous cantonnions à vivre dans les espaces naturels de rencontre.  Tristement cette maison de rêve fut tout sauf une maison de rêves. Nous ne le savions pas encore. Professionnellement, les choses allaient changer dramatiquement. La technologie commençait à prendre le pas sur les brokers. Un groupe de banque avait créé un système alternatif de transactions automatiques. L’utilité des brokers s’avérait redondante. En conséquence cela signifiait une réduction massive des commissions versées aux intermédiaires. La plupart des courtiers constataient presque impuissants à l’effondrement de leur chiffre d’affaire. Notre desk aussi bien entendu. C’était traumatisant de voir à quelle vitesse nous tombions tous de haut. En quelques mois, notre statut de meilleur broker sur le marché français disparaissait. Le monde de l’intermédiation devait se réinventer. Beaucoup quittèrent le métier de courtier pour se reconvertir. Certains devinrent postiers, d’autres restaurateurs ou bien serveurs. Le monde basculait pour la plupart d’entre nous.

 

 

 

 

 

La vulnérabilité

 

On oublie à quel point, il est important de s’ouvrir aux autres en transmutant les barrières qu'à érigé notre égo. L’ouverture, la vulnérabilité, ne représentent pas un danger, c’est une richesse. La vulnérabilité provoque l'angoisse et peur quand on la considère comme une faiblesse. On ne se montre pas sous son vrai jour et empêche le flot de la vie d’exprimer son Amour infini. C’est la fermeture de l’Être. La liberté de l’Être nous fait peur et nous ne voulons pas particulièrement lâcher la bride, ni avoir le sentiment de perdre le contrôle sur notre destinée. La confusion règne en nous, car nous avons oublié l’existence et la richesse inestimable de la Source. Aucun d'entre nous n’est supérieur ni inférieur. La vulnérabilité veut dire que je m’accepte tel que je suis, que je suis capable de pardonner et d’exprimer mon ressenti sans gêne. On peut aimer dans la simplicité, sans défense, je dirai même avec pureté. Cette vulnérabilité, on la vit avec plus d’évidence quand on a nettoyé les empreintes du passé. Les émotions de tristesse, de souffrance ont édifié une barrière en nous. Nous avons pensé que nous avions besoin de nous protéger de l’extérieur. C’est une réaction classique. On souffre, on veut oublier et on enfouit la souffrance dans une oubliette. On accumule ces empreintes de souffrance, et oublie ainsi notre nature ouverte sur le monde. On peut franchir ces barrières pas à pas. Ce travail doit être accompli avec sincérité et ténacité. L’expérience du Silence joue un rôle considérable dans la transmutation des mémoires qui nous pèsent. Mais même après de nombreuses années de pratique méditative, des blocages psychologiques peuvent persister. À cause de ces barrières émotionnelles et mentales, le Silence ne parvient pas à s’exprimer et à se vivre pleinement dans la matière. Pour vivre dans un état d’indépendance et de liberté intérieure, un travail sur l’émotionnel est souvent indispensable. La vulnérabilité, c’est aussi laisser son guide intérieur s’épanouir en apprenant à communiquer avec lui, en le laissant s’exprimer. Nous nous laissons guider par cette voix qui est notre ange gardien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 8

 

"Il y a de grands voyages qu'on ne fait bien qu'en pantoufles."

Jean Sarment

 

 

En toute sincérité cette situation me convenait parfaitement. Je voulais changer un peu. Je n'entretenais plus le feu sacré depuis quelque temps. La Nature aidant, je fus nommé Directeur du marketing en 1996. En clair, j’allais voyager à travers le monde. Mes nouvelles fonctions consistaient réellement à saluer nos correspondants et à serrer des mains, un peu comme un politicien professionnel. On me rémunérait pour entretenir des relations chaleureuses avec nos associés ou filiales à travers l’Europe ou ailleurs. Si des opportunités de développement se présentaient je faisais une proposition à notre comité de direction. Ainsi L’ouverture d’une filiale à Beyrouth fut pressentie. Des anciens clients à moi, libanais, cherchaient à fonder une maison de courtage à Beyrouth. On confrontait un peu nos idées. Un rendez-vous fut pris. Je partais à Beyrouth en 1996 pour une semaine rencontrer le gratin de la finance du Moyen-Orient. Avant tout, mon voyage de

New-York à Beyrouth passait par une escale à Paris où j'empruntais un vol de la compagnie libanaise MEA. Étant le seul occidental dans l’avion, le personnel de bord exclusivement féminin se montrait au petit soin avec mon humble personne. Ne le nions pas, ces jeunes femmes rayonnaient de beauté. J’arrivais à Beyrouth. L'ancien aéroport toujours debout, couvert des stigmates de la guerre civile attendait sa reconstruction. La famille de mon épouse qui ne me connaissait pas avait été prévenue de mon arrivée. Je fus accueilli comme un prince des mille et une nuit. Tout le ban et l’arrière ban m’attendaient. Une escorte de plusieurs voitures se mit en route pour m’accompagner à mon hôtel, le Marriott qui venait juste d’ouvrir dans Beyrouth ouest. Sur la route, je pouvais voir déambuler dans la rue des jeunes hommes avec leurs armes de guerre. Ce n’était ni inquiétant, ni rassurant. Pendant cette semaine, un grand congrès de traders et brokers du Moyen-Orient était organisé à Beyrouth. Je représentais le monde occidental en compagnie d’un Hollandais analyste de la banque Amro. Venant étudier la possibilité d’ouvrir des filiales au Liban on nous accordait clairement un traitement de faveur. Mon ami banquier et ex-client m’emmenait à l’occasion dans un restaurant s’appelant le Rétro situé dans le centre de Beyrouth. Charles m’expliquait que cet endroit était réputé, car beaucoup de femmes libanaises venaient s’y retrouver pour partager les potins de la société huppée. La première visite fut assez amusante. Nous arrivions assez tôt. Le restaurant se préparait à recevoir ses premiers clients. Trente minutes plus tard, nous étions les deux seules personnes du sexe masculin sujet de tous les regards de ces élégantes femmes libanaises. Leurs commentaires fusaient. Mon ami riait de bon cœur comprenant les conversations de ces femmes assises autour de nous. Elles expliquaient à force de détail combien elles auraient souhaité avoir cet occidental blond aux yeux bleus dans leur lit pour une nuit d'été. Mon profil physique ne devait pas être monnaie courante à Beyrouth. Puis lorsque nous marchions dans la rue,  de petits attroupements nous suivaient visiblement amusés de voir un occidental se promener au centre de Beyrouth. J’étais une petite attraction. Durant mon séjour, une célébration grandiose était organisée dans le souk de Beyrouth. Celui-ci avait été entièrement reconstruit et rénové. Tout le long des trottoirs des mets tous plus délicieux les uns que les autres couvraient de gigantesques tables magnifiquement décorées. Je rencontrais par ci par là des amis banquiers libanais aux milieux de centaines d’invités pour partager un café libanais bien serré. L’ambiance était féerique. Lorsque je me libérais de mes engagements professionnels, la famille de mon épouse prenait le relais. Ils vivaient dans le quartier Chrétien. Le soir, nous partions dans la montagne libanaise dîner dans des petits restaurants. Rien n’était trop beau pour me faire plaisir. L’hospitalité libanaise à son pinacle. Lors de ce voyage, le PDG de notre société décidait de me rejoindre. Il voulait sentir par lui-même si le Liban représentait une place d’avenir pour investir. Ecossais il savait particulièrement bien gérer ses investissements. Nous l’emmenions visiter plusieurs banques. Lui-même avait un discours préventif bien rodé. À chaque meeting il insistait lourdement sur le fait que notre société ne payait pas de commission occulte. Mon ami libanais, assistant à ce discours, me dit au cours d’un de ces meetings dans son excellent Français, « Mais il fait quoi ton boss-là ? Il veut tuer le business ». Il formulait ce commentaire devant le gouverneur de la banque centrale du Liban qui pratiquait très bien le français. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire. Le gouverneur se contenta lui d'esquisser un froncement de sourcils. Mon PDG n’avait pas compris. Heureusement. Après un cocktail dînatoire au centre de Beyrouth, laissant mon PDG à notre hôtel vers deux ou trois heures du matin, nous décidions avec mon nouvel ami hollandais de nous promener un peu. Sur la route, notre taxi s’arrêta, il venait de crever. Nous voyions au loin arriver un camion militaire. Le Liban était encore occupé par l’armée syrienne à cette époque. Les soldats syriens descendaient de leur camion. Ils étaient assez nonchalants. Dire que j’étais très à l’aise serait mentir. Une tension était toujours un peu palpable dans Beyrouth. Les soldats commencèrent à discuter avec notre chauffeur. Probablement demandant ce qui se passait. Après une explication brève, l’évidence de notre pneu crevé prouvant la nécessité de notre arrêt impromptu, les soldats décidèrent de nous donner un petit coup de main aidant le chauffeur à changer la roue. La situation imprévue ne manquait pas d’un certain charme. Nos bons samaritains militaires soupiraient timidement quelques mots d’Anglais. On arrivait à communiquer. Nous les remercions. Mon compagnon hollandais leur offrit quelques paquets de cigarettes. Nous repartions après quelques minutes. Notre chauffeur de taxi nous avouait sa nervosité ne se sentant pas très rassuré quand il aperçut le camion militaire faisant une manœuvre pour se garer derrière notre véhicule. Après cet interlude nous mettions un terme à notre balade nocturne. Je restai à Beyrouth pour visiter des bureaux. Il nous fallait un immeuble moderne, assez central. Pas trop onéreux. Rien n’était décidé. Nous devions de nouveau rencontrer des acteurs économiques influents dans la région. Je dois dire que les Libanais sont des personnes hautement sympathiques. De plus observer la gente féminine de Beyrouth restait un vrai spectacle. Un soir, en parlant à mon épouse au téléphone, je lui confiais mon trouble à apprécier dans les rues de Beyrouth le nombre incalculable de belles femmes. Elle me répondit promptement comme un trader savait le faire, là-bas, tu te prends pour Brad Pitt, attends de revenir ici et tu réaliseras que tu n’as rien d’extraordinaire. Ça remettait en place mes ardeurs. Mon épouse savait manier l’humour caustique. Elle-même très jolie connaissait son fort pouvoir d’attraction sur les hommes. Une jalousie mal placée ne la concernait pas. Comme je voyageais toujours seul, je bénéficiais d'une grande liberté d’action et d’organisation. Je suivais une routine quasiment militaire. Je me levais tranquillement souvent très tôt, vers 5 ou 6 h du matin. Lorsqu’il y avait une salle de fitness dans l’hôtel, j’en profitais. Puis méditation. Dans celui de Beyrouth, une piscine était accessible. Petit-déjeuner, puis départ pour les premiers rendez-vous qui s’étalaient sur la journée. Vers 17h je retournais à mon hôtel pour ma méditation du soir avant de me préparer pour la soirée. C’était parfait. Je remplissais mon carnet d’adresses, établissais des nouveaux contacts. En rentrant du Liban, j'effectuais une tournée Européenne en commençant par Rome. J’adorais cette ville. Je m’arrangeais pour y consacrer le week-end pour la visiter. Ma première rencontre fut très assez originale. J’avais pris un rendez-vous avec une petite société de courtage italienne. Un peu spécialisée sur un marché de niche de produits financiers italiens, visiblement un créneau lucratif. J’arrivais tranquillement. On m'entrouvrait la porte. C’était un appartement modeste aménagé en salle de marché de poche. Au bout du bureau siégeait le directeur général. Il avait une soixantaine d’années et en pleine forme. Les brokers l'entourant étaient composés uniquement des jeunes et jolies italiennes, entre 23 et 30 ans. Un broker solitaire de sexe masculin tachait d’exister au milieu de ces jeunes et jolies personnes, visiblement très satisfait de sa condition d’unique mâle sans compter le directeur bien sûr. Le broker mâle m’emmenait déjeuner. J’étais un peu intrigué. Cette équipe exclusivement féminine au demeurant très joviales autour de ce PDG faisait un peu anachronique. Mon interlocuteur m’expliquait que ces collaboratrices étaient la plupart des filles de voisins vivant dans le quartier du directeur général. Elles ne possédaient pas de diplômes. Il leur offrait un travail bien rémunéré. Tout le monde se satisfaisait de cette situation. Lui demeurait l'élément unique masculin qui avait une expérience professionnelle dans le métier. Le directeur général aimait bien être entouré de jeunes et jolies femmes. De nos jours, je ne suis pas si sûr que cette logique d’embauche serait très appréciée. Ces jeunes italiennes s'exprimaient avec cette passion toute méditerranéenne. En conséquence les conversations devenaient rapidement très bruyantes dans cet appartement exigu. Plus de bruits que dans une salle de 150 brokers. Un peu l’image du parrain avec ses ouailles. Ce week-end-là visitant Rome, je bénéficiais d’une opportunité rare et précieuse. Je me promenais sur la place Saint-Marc. Le soleil brillait, une belle journée s’annonçait. Un groupe de pèlerins polonais déambulaient sur la place arborant des drapeaux de leur pays. Je me trouvais mélangé au groupe un peu par hasard. Tout d’un coup, une fenêtre en hauteur sur la droite s’ouvrit. Le Pape Jean-Paul 2 apparut adressant des signes à ses compatriotes. Après quelques minutes, il bénissait notre groupe. J’avais obtenu mon ticket d'entrée au paradis. Mes amis polonais de fraîche date étaient bien entendus en état de grâce. Après Rome, je m’envolais pour Milan. Je devais rencontrer brièvement un correspondant. Enfin dernière étape de ce voyage avant de visiter Paris, je partais pour Varsovie. C’était mon premier voyage en Pologne. Je rendais visite à mon ami Guy qui avait quitté New-York. Il était le trésorier de sa banque pour les pays de l’Est. Il connaissait bien Varsovie me servant de guide. Un de ses collègues se joignait à nous. Après dîner nous allions dans un bar juxtaposant une salle de réception. Nous entendions de la musique, des rires, des chansons. La réception d’un mariage battait son plein. Tous les trois discrètement nous ouvrions la porte pour apprécier la situation. Un des invités nous voyant nous faisait des grands signes nous invitant à joindre leur festivité. N’étant pas des timides nous acceptions avec joie. Nous allions de table en table parlant un peu d’Anglais, un peu de Français, à tour de rôle, nous faisions danser la mariée. Ceci jusqu’à l’aube. Vraiment un beau souvenir. Le lendemain, je restais à Varsovie pour sillonner la ville historique qui avait été entièrement reconstruite à l’identique après la fin de la Seconde Guerre mondiale grâce aux archives conservées par les autorités polonaises. La ville avait été rasée jusqu’à ses fondations par les nazis. Le soir, en rentrant dans ma chambre, je saisissais sous ma porte un papier glissé avec un numéro de téléphone. J’appelais mon ami Guy lui demandant si c’était de lui.  Il riait m’expliquant qu’une call-girl avait dû demander à la réception mon numéro de chambre. Un occidental pouvait être une bonne affaire. En 1996, la Pologne restait encore très pauvre. Beaucoup cherchait un moyen pour survivre. Je n’appelais pas ce numéro. Après Varsovie, je repartais à Paris où j’allais m'installer une semaine. Comme d’habitude, j'effectuais ma petite tournée gastronomique. Pourtant, je commençais à m’ennuyer. Voyager possédait ses avantages, surtout dans les conditions qui m'étaient offertes. Il me fallait commencer à envisager une autre alternative. Après Paris, ce furent Londres, Bruxelles, Oslo, Madrid, Lisbonne. Je traversais l’Europe en long et en large pendant trois semaines. En rentrant à New-York, j'apercevais dans nos bureaux une nouvelle recrue. Un vétéran des marchés financiers new-yorkais. Il s’appelait Colt, diminutif de Colton. Celui-ci dépassait légèrement la cinquantaine. Ancien joueur de football américain au collège, un vrai beau gabarit. Son job consistait à créer un nouveau business pour notre compagnie. La créativité des spécialistes de la finance n’étant en aucun cas à court d’idées, un produit innovant allait voir le jour sous l’impulsion d’une société de trading qui deviendrait très célèbre. Je sympathisais très vite avec Colt. On échangeait nos plaisanteries, il m’expliquait l’aspect technique de ce produit. Ça s’appelait un dérivé climatique. Ce produit financier allait permettre de spéculer sur le climat. Le géniteur de ce dérivé était la célèbre maison de trading Enron. En attendant d’autres opportunités, mes occupations au sein de ma compagnie restaient très limitées. Je pressentais le désir caché de la direction de me voir démissionner pour éviter de me verser des indemnités. En revanche mon employeur ne voulait pas non plus se fâcher avec moi, car disposant d'un beau carnet d'adresse dans le marché, ma capacité de nuisance pouvait être un problème en cas de séparation en mauvais termes. Une fois de plus dans ma vie la Nature allait m’indiquer la voie à suivre. Pendant plusieurs mois, je vivais au ralenti. Un peu comme si la Nature me mettait au repos. Un sentiment d’être mis entre parenthèses prédominait dans mon esprit. Je voyageais continuellement. Je retournais à Beyrouth sans vraiment de bonnes raisons, surtout pour me balader. Personne ne contrôlait mon budget, ni même ma présence au bureau. J’entrais et sortais à ma convenance. Je vivais une situation quelque peu irréelle. J’en profitais pour rentrer chez moi plus tôt le soir. Ou bien, j’organisais mon temps libre en me rendant au centre de Méditation Transcendantale plusieurs fois par semaine. J’invitais régulièrement mon nouvel ami Colt à partager un Starbucks dans son bureau situé au 4e étage de notre immeuble. Nous possédions un sens de l’humour assez similaire. Le courant passait très bien entre nous deux. En réalité, je voulais comprendre un peu mieux ce marché naissant des dérivés climatiques. Je trouvais assez fascinant que l’on puisse organiser un marché financier sur le climat. Ma curiosité était véritablement piquée au vif. Un autre de mes amis au sein de notre entreprise, Steve, se trouvait dans la même situation que moi. Il était plus âgé, en fin de carrière. Impossible de le licencier. Trop connu, trop respecter, la direction le laissait tranquille espérant qu’il parte de lui-même. Par ailleurs, son fils travaillait au sein de l’entreprise avec succès. L’équipe de Steve senior avait été dissoute faute de combattants, le système électronique ayant annihilé son marché de prédilection. Fréquemment nous déjeunions ensemble en nous promenant à Manhattan. Nous étions devenus des touristes très bien rémunérés. Je savais que ça ne durerait pas une éternité. Il suffisait de saisir les choses comme elles venaient. Inutile de s’énerver. Mon épouse exerçait un emploi des plus rémunérateur. Moi-même sans bénéficier de primes, je gardais un salaire conséquent. Il n’y avait pas le feu. Un soir, je décidais d’aller méditer au centre. La présidente de ce lieu était devenue une amie. Je venais souvent. Je faisais régulièrement des donations. Nous papotions de temps à autre. Ce soir-là, je lui expliquais que je commençais à être un peu lassé de mon emploi actuel. Je souhaitais changer d'employeur, faire autre chose. Simplement, je ne savais pas exactement dans quel domaine. Elle eut cette impulsion assez soudaine de partager avec moi une information. Elle connaissait le PDG d’une entreprise de courtage sur les produits financiers liés spécifiquement au pétrole. Elle avait entendu récemment en discutant avec des personnes au centre que cet entrepreneur souhaitait se diversifier en créant de nouvelles lignes de produits à offrir à ses clients. Je lui indiquais mon désir de rencontrer cette personne. Elle promettait de l’appeler pour lui parler de moi. Steve, puisque c’était aussi son prénom, me contacta quelques jours plus tard. On discutait un peu. Il m'interrogea me demandant logiquement quels produits financiers, je pourrai éventuellement créer ou apporter à ses clients. Mon expertise restait limitée dans le marché de l’énergie. Cependant, nous avions établi une réelle complicité dès notre première conversation. Nous méditions tous les deux depuis très longtemps. Son associé aussi. Ils étaient professeurs de Méditation transcendantale en même temps que leur profession de courtiers professionnels. Nous trouvions rapidement un terrain d’entente. Lui comme moi voulions explorer différentes possibilités. Nous souhaitions aboutir à quelque chose sans réellement savoir comment. Je me demandais comment j’allais pouvoir apporter un plus à cette compagnie. Je devais me fier à mon intuition. Je pressentais que c’était le chemin à suivre. Aller travailler dans un univers différent, moins stressant. La patience et ma détermination sereines allaient créer la situation parfaite pour quitter mon emploi actuel ceci avec le maximum de bénéfices. Je déambulais dans les couloirs de nos bureaux quant à la sortie de l’ascenseur, je tombais nez à nez avec Colt. Ce dernier semblait être très en colère. Du haut de son mètre 95 et quelque cent trente kilos, il valait mieux l’approcher avec beaucoup de diplomatie quand il se montrait chafouin. Je l’invitais à aller manger un morceau au bar du coin pour discuter de son problème. Dans mon esprit, je voulais utiliser cette occasion pour qu’il m’explique à fond son marché climatique. Colt aimait les vins fins et la bonne chair. Son petit point vulnérable. Je commandais quelques bonnes bouteilles, vin rouge, vin blanc. Nous discutions calmement. Celui-ci m’expliqua la raison de son énervement. Il ne supportait plus l’ambiance de l’entreprise ou nous travaillions. Il voulait aller ailleurs ou il pourrait développer son marché climatique en toute quiétude. Mon intérêt était piqué au vif. Mon nouvel ami Steve cherchait à développer une nouvelle gamme de produits financiers. Le dérivé climatique entrait tout à fait dans ce schéma de développement. J’appâtais Colt, lui disant de ne rien faire avant de m’en parler. Je pouvais être en mesure de lui faire une proposition des plus alléchante très rapidement. J’appelais Steve et son associé Kerry. Je leur expliquais que je pouvais leur présenter l’unique broker du marché climatique à New -York. Il était nécessaire de discuter de mon contrat rapidement. Kerry et Steve acquiesçaient. Pour finaliser mon contrat, Steve qui vivait dans le Wyoming, m’envoya un billet d’avion pour Jackson Hole station de ski réputée dans cet état américain. Sa maison était splendide. Il habitait dans une résidence de 700 mètres carré. Son bureau était immense. Lui-même passionné de basket-ball, il avait le physique d’un basketteur, il s’amusait durant la journée à lancer des ballons dans le panier de basket qu’il avait fait installer sur le mur. Il disposait d'une vue imprenable sur la montagne. Nous organisions un conférence call avec son associé Kerry qui par la suite prendrait le relais. Nous tombions d’accord sur un contrat, je pouvais commencer à ma convenance. Je ne reverrai quasi plus jamais Steve par la suite. Il représentait l’aspect administrateur de la société, Kerry le commercial. Maintenant, il devenait nécessaire de quitter mon employeur en obtenant le maximum d’avantages. En réalité, depuis quelques semaines je tentais le tout pour le tout pour me faire licencier. J’arrivais le matin à 10 heures. Je m’habillais le plus fréquemment en T-shirt et Blue-jean. Je ne me présentais plus jamais au meeting. Je quittais de plus en plus tôt le bureau. Finalement ce manège attira l'attention. Notre PDG me convoqua. Il me faisait le bref discours classique, Philippe nous te remercions pour tout ce que tu as fait pour nous, cependant nous pensons qu’il serait temps de se séparer. Je conserverai un excellent souvenir de cette entreprise. Je tournais la page L’occasion se présentait pour réaliser une nouvelle page. Je possédais mon nouveau contrat en poche. Je négociais mon départ l’esprit tranquille. La direction me proposait 6 mois de salaires de compensation. Cette proposition me convenait. En revanche, cette somme devait être verser mensuellement. Si par hasard, l’employé licencié se procurait un nouvel emploi, le versement s’arrêtait. Cette situation me réjouissait beaucoup moins. Il me fallait un chèque immédiatement. Je le remerciais de son offre avantageuse lui demandant dans la foulée quand je pourrai venir chercher mon chèque pour la totalité du montant à percevoir. Sans réellement comprendre pourquoi il me répondit promptement. Tu obtiendras ton chèque cet après-midi, passe me voir et tu l’auras.  Ma surprise fut totale m’attendant à un refus catégorique la procédure habituelle étant différente. La Nature me favorisait une fois de plus. Dès 14 heures, je me ruais au bureau de peur qu’il ne change d’avis. Inquiétude injustifiée, tout fut finalisé dans les règles, je pris mon dû, environ $ 70000. Je sortais pour le déposer à la banque. D’autre part dans ce genre de situation, l’employeur faisait parapher un document interdisant au partant de chercher à débaucher des anciens collègues pour aller travailler chez un concurrent. La Nature accomplissant de nouveau bien son travail, ils oubliaient de me faire signer ce document. J’étais libéré de toutes contraintes pour mettre mon plan à exécution. N’ayant plus d’obstacle légal, je me préoccupais de récupérer Colt. Je le contactais l’invitant à me rejoindre au bar avoisinant devenu notre lieu de rencontre favori. Il savait pourquoi. Il arrivait promptement. Je lui communiquais le numéro de téléphone de Steve qui était prévenu du processus en cours. Colt l’appelait. Steve et lui discutèrent très longuement sur les différentes modalités du contrat proposé. Il réservait sa réponse pour le lendemain. Concrètement, il fallut presque une semaine pour finaliser l’accord contractuel. Sans tarder Colt débaucha son jeune collaborateur pour le rejoindre. Notre ancien employeur était furieux ayant le sentiment d’avoir été un peu dupé. Une aventure inédite commençait pour nous trois. Nous étions début 1998. Ma parenthèse de globe-trotter de luxe se fermait. La gestion des ressources humaines de notre nouvel employeur ne correspondait au mode traditionnel. Nous pouvions travailler de l’endroit ou voulions. La société de Steve était divisée en plusieurs groupes de courtiers travaillant chacun dans des lieux divers en fonction de la proximité de leur domicile. Nous trouvions un bureau dans le New Jersey assez facile d’accès par la route ou les transports en commun. Mon rôle consistait à gérer le développement commercial et accessoirement aider en cas de grande activité à prendre le téléphone pour conclure des transactions. Cependant déjà depuis quelques années, je m’étais éloigné du côté transactionnel. Il m’arrivera très occasionnellement de participer aux activités de courtage. De plus, ce marché climatique naissant  nécessitait un travail intense de recherche. Nous avions besoin de documentation. Il nous fallait démarcher le marché européen. Nous assurions un réel rôle d’éducateur auprès de professionnels du marché en quête de nouvelles opportunités. Notre client principal était Enron. Il était le promoteur, le créateur de ce marché. Nous ne représentions pas seulement ses courtiers. Nous étions son allié. Son marketer. J’appréciais une fois de plus la force créatrice de l'évolution. L’ego, le mental pesant sur les aléas de notre vie peuvent habilement nous faire renoncer à tous désirs d’explorer de nouveaux horizons. La peur du changement, c’est aussi nous pousser à vouloir retourner à de vieux schémas de routine de vie. En acceptant le défi de cette nouvelle transformation, j'éprouvais à chaque fois ce sentiment de bousculer tous les concepts, toutes ces choses que je croyais savoir. En changeant mes habitudes, acceptant les risques, je me sentais plus libre. Moi-même me libérait de tout un système de croyances. Les doutes disparaissaient, les peurs aussi. L’énergie de mon intuition et de mon cœur me dirigeait vers ce qui devrait représenter inévitablement le mieux pour mon évolution intérieure et donc matérielle, les deux étant infiniment corrélées. Nous demeurions trois brokers à nous lancer dans cette aventure. Deux chevronnés, Colton et moi. Un plus jeune Pete, cependant possédant une bonne expérience sur ce marché. Celui-ci connaissait tous les participants potentiels et existants. Il avait eu le temps de se former sur ce produit dès son lancement. Il était très technique et remarquablement efficace. Avec notre modeste équipe, nous allions fournir un moyen de maîtriser le risque climatique auprès de nombreuses entreprises. Il nous fallait tout mettre en place pour expliquer à nos clients potentiels preuve à l'appui l'efficacité de cet outil financier innovant. Tout ceci devait être mis en place rapidement, car nos revenus dépendraient des commissions obtenues auprès de nos clients. Nous allions bénéficier d’un pourcentage important sur chacune d’entre elles, notre rémunération de base était limité au plus bas. Sauf le mien. Car étant plus un marketer qu’un broker en titre, je négociais un salaire mensuel assez confortable. J’avais obtenu un traitement de $120000 par an. C’était un choix. Steve et Kerry m’avaient proposé deux alternatives. Ou bien un salaire de base réduit au minimum avec des primes très importantes. Ou bien un salaire élevé avec des primes plus faibles. J’avais opté pour la première proposition. Devant faire du marketing, je n’aurai pas eu la possibilité de développer mon propre réseau de clientèle. Par ailleurs, je voulais éviter au maximum de rentrer de nouveau dans une logique d’intervenant sur le marché. Pour moi, n’importe quel produit pouvait se vendre ou s’acheter. Le faire avec des devises ou des températures s’apparentait à accomplir la même chose. Le développement commercial m’intéressait le plus. En quelques mots, le principe des dérivés climatiques consistait à calculer le froid ou la chaleur pouvant occlure durant l’année sur des secteurs géographiques très précis. Pour notre marché, l’année était arbitrairement divisée en deux périodes. La période froide et la période chaude. La première démarrait en novembre pour finir en avril. La saison chaude d’avril jusqu’en novembre. Il fallait prendre les données météorologiques officiels de différentes stations de mesure des températures à travers les Etats-Unis. On prenait des données jusqu’à une trentaine d’année d’historique pour calculer une moyenne et une prévision pour la saison à venir. L’Amérique demeurant un grand pays, voire un continent, des variations d’une partie à l’autre du pays permettaient de se créer un portefeuille de gestion du risque sur tout le pays. Qui pouvait être intéressé ? Des sociétés productrices d’énergie. Une prévision d’un hiver davantage clément que d’ordinaire voudrait dire moins de vente d’électricité ou de gaz naturel. Pour une société vendant des sodas, un été plus froid qu'à l'accoutumée voudrait dire moins de vente de boissons fraiches. Ce risque réel devrait pouvoir assister ces entreprises à prévoir les pertes ou gains éventuels sur une saison. Ceci est une explication brève et simplifiée des possibilités que pouvaient présenter ce produit. Il y avait d’autres possibilités plus techniques, sur le nombre de centimètres de neige tombée sur une station de sports d’hiver, pour la fréquentation de celle-ci, l’intensité du vent pour gérer la production d’électricité générée par des éoliennes. Tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à un risque climatique nous intéressait. Nous commencions avec Enron comme principal intervenant. Cette maison de trading était considérée comme le fleuron de l’industrie du marché de l’énergie aux Etats-Unis. Contrairement à l’Europe qui allait suivre quelques années plus tard dans une moindre mesure, le gouvernement américain avait décidé de déréglementer la vente ou l’achat de l’électricité. Le gouvernementé ne fixait plus les prix, mais la loi de l’offre et de la demande donc le marché. Enron disposait d'une équipe assez impressionnante pour gérer ce nouveau portefeuille financier. Neuf météorologistes professionnels, une dizaine de traders, un suivi technique et administratif d’une trentaine de collaborateurs. Une véritable machine de guerre se mettait en place pour réaliser le maximum de profit. Cette unité opérationnelle était basée à Houston. Enron procédait d'une façon très particulière afin de faire se connaître sur les marchés internationaux. Leurs équipes disposaient d’une équipe chargée de la communication d’une réactivité optimale. Chaque opération réalisée sur le marché climatique qu’elle soit importante ou totalement insignifiante était annoncé sans délai par communiqué de presse auprès des médias spécialisés dans la finance. Que ce soient les émissions télévisées, le Wall Street Journal, peu importe, il fallait que le monde sache qu’Enron était à la pointe d’un marché innovant. Comme l’idée était tout de même un peu originale à savoir spéculer sur des conditions météorologiques favorables ou défavorables pour une situation économique donnée, il fallait convaincre des clients potentiels. Aux Etats-Unis du fait d’une culture financière bien enracinée dans la population, convaincre ne représentait pas un problème. Au contraire. Nous obtenions généralement des commentaires de personnes ravies de pouvoir s’impliquer sur un créneau différent, jugeant l’idée d'investir leur argent sur de la météorologie tout simplement géniale.

En revanche en Europe, les opérateurs se montraient plus frileux. Je commençais à démarcher des institutions financières à Paris pour proposer nos services. Les premières réactions furent souvent assez déroutantes. Je contactais les banques ou compagnies de trading pour me présenter. L’une d’entre elle plus particulièrement eut une réaction amusante. J’appelais ce cambiste qui m’avait été recommandé comme interlocuteur. Ce dernier décrochait son téléphone. Après m'être présenté brièvement, j’expliquais que notre société, basée aux Etats-Unis, proposait un produit financier facilitant la gestion du risque climatique pour sa banque et surtout pour ses clients. Ce dernier éclatait de rire, me répondant qu’il n’avait pas le temps pour ce genre de fadaises. Celui-ci pensait même être victime d'un gag radiophonique. Étant du genre un peu têtu, je le rappelais. À nouveau, il me raccrochait au nez cependant avec humour. Visiblement ça le rendait d’une humeur joviale. Ne renonçant pas, je recommençais. Finalement sentant qu'i ne s'agissait pas du tout d'une plaisanterie, il daignait m’accorder son attention. Au bout de quelques minutes, il m’expliquait trouver l’idée assez intéressante, ajoutant que seuls les Américains pouvait inventer un produit financier pareil. Il m’invitait à lui rendre visite lors de mon prochain voyage en Europe pour effectuer une présentation plus approfondie. J'effectuais alors une tournée téléphonique de toutes les sociétés susceptibles de pouvoir se lancer sur ce marché naissant. Je recueillis cette réaction à maintes reprises. Parfois mes interlocuteurs étaient amusés, d’autre fois beaucoup moins. Il nous fallait aussi acheter des données météorologiques françaises. Nous devions nous procurer des historiques des stations françaises sur une trentaine d’années ou plus. Enron ou personne ne parlait français, m’avait demandé de le faire discrètement pour eux. Aux Etats-Unis, ces données étaient gratuites. Pas en Europe. Parallèlement, personne ne connaissait encore ce nouveau produit dérivé. Encore moins au service national français de météorologie. Les contactant rapidement le leur expliquais que j’avais besoin de statistique historique sur un nombre de stations météorologiques françaises, car notre société faisait des études sur un produit climatique spécifique. Mon interlocuteur très avenant était néanmoins pris de court. Notamment, l’ampleur de ma commande demeurait tout à fait inhabituelle. Je m'informais du prix pour ces données. C’était pratiquement gratuit. Je contactais Enron qui s’empressait de faire sa liste d’emplettes. Nous passions commande. Moi-même recevait quelques jours plus tard toutes les données commandées. Jusqu’ici rien d’extraordinaire. Sinon que quelques mois plus tard, nous avions besoin d’autres données sur la France. Je rappelais Météo France. Là, à ma grande surprise, les prix avaient été multipliés par dix. Très avisés, les commerciaux de l’entreprise nationale avaient effectué leur recherche, flairant une opportunité. Dès lors les prix ne cesseront de monter devenant même franchement prohibitifs. Mon travail de développement commercial était beaucoup moins stressant. J’allais en Europe régulièrement rencontrer des nouveaux clients. Un groupe fut créé pour promouvoir notre activité. C’était l’ « association pour la gestion du risque climatique ». On me nommait comme premier président pour la zone Europe. L’une des fonctions primordiales de cette  association consistait à organiser des conférences sur deux jours. Chaque année si possible, nous choisissions des villes qui avaient vocation à nous accueillir. Nous devions solliciter le soutien d’institution financière locale pour limiter le cout de l’organisation de cet évènement. En général, je choisissais la ville d’accueil, recrutais des conférenciers. Nous avions engagé une société organisatrice d’évènements qui nous aidait lors de ces rendez-vous annuels. Nous commencions par Paris, puis Londres, Rome, Francfort. L’année où nous organisions notre congrès annuel à Londres Colt décida de venir. Une bonne nouvelle pour moi car il se montrait extrêmement drôle et amical. Étonnamment, ce grand gaillard paraissait entièrement perdu en voyageant à l’étranger. Ce dernier ne sortait guère du New Jersey où il résidait, encore moins des Etats-Unis. Lorsque nous nous promenions dans Londres, je lui proposais de prendre le métro. Il me regardait l’air effarer comme si je lui proposais d’aller dans la jungle au milieu d’animaux sauvages. La situation était assez comique. Voyant mon air mi amusé mi étonné, lui-même m’expliquait qu’il était très peu sorti des Etats-Unis durant sa vie. Pourtant, travaillant sur les marchés financiers internationaux, il avait été invité à de multiples reprises en dehors de son pays. Il déclinait à chaque fois. Jusqu’au jour où son directeur général lui intimait l’ordre de se rendre à Londres pour rencontrer des clients. Il avait 35 ans à cette époque. Il ne détenait pas de passeport. Il n’en avait jamais eu. Je découvrais en discutant avec lui que beaucoup de citoyens américains voyageaient peu à l’étranger. Tout d’abord, les Etats-Unis demeurant un pays gigantesque, il n’était pas cependant indispensable dans leur esprit d’aller voir d’autres pays. L’éducation scolaire aux USA n’est aucunement basée sur un apprentissage minimum de la culture d’autres nations ni même de leur propre histoire. Je me rappelle qu’en discutant de temps en temps avec mes collaborateurs, je découvrais avec une stupéfaction réelle qu’ils ignoraient qui étaient La Fayette. Ceux-ci ne savaient pas que Milan se situait en Italie. Ils pensaient que le Maroc était en Asie. Pour eux, cela ne présentait aucune importance. L’utilité de connaître d’autres cultures, langues étrangères ou l’histoire de leur nation leur paraissait représenter une perte de temps. Ils étaient brillants, avaient suivi des études à l’université. Ce qui était primordial à leurs yeux devait se vérifier en dollars sur leur bulletin de salaire. Colton avait été éduqué dans ce moule. Pour lui sortir des Etats-Unis, même en visitant l’Europe, signifiait quitter la civilisation. Nous demeurions quelques jours à Londres, je le prenais par la main pour explorer un peu la ville. Le soir, lorsque nous étions un peu disponibles, il cherchait avant tout un endroit très américanisé pour boire un verre. Un bar avec des écrans, partout retransmettant du football américain ou du base Ball. Il avait besoin de se sentir rassuré. C’était plutôt cocasse d'étudier son comportement. Au début de notre activité, nous obtenions très peu de commissions. Il fallait lancer la machine. Enron nous donna alors un sérieux coup de main. Leur équipe disposait d'une façon très particulière d'orchestrer la promotion de ce marché naissant. Lorsqu’elle entendait qu’une compagnie innovante commençait à investir dans ce marché, un de leurs commerciaux nous le signalait. Nous contactions tout de suite ce nouveau client potentiel. Nous lui expliquions tout le fonctionnement et principes des transactions. Après quelques semaines d’éducation intensive, il commençait à proposer sur le marché des propositions d’achat ou de vente sur des périodes hivernales sur certains secteurs météorologiques sensibles pour leur activité. À maintes reprises, leur proposition d’achat ou de vente n’était pas très réaliste. Ou bien, ils voulaient acheter trop bas ou trop haut. Enron pour les inciter à se lancer sans avoir peur de s’impliquer décidait régulièrement de vendre ou acheter à perte à ses nouveaux entrants. La transaction effectuée leur service de presse appelait immédiatement les organes d’informations comme Reuters indiquant qu’une société innovante venait d’effectuer une transaction avec Enron. Ceci montrait une fois de plus que c’était un marché en expansion. Enron entendait continuer à développer ce business agressivement. Cette approche s’avérait être d’une efficacité redoutable. Les médias économiques observaient attentivement ces développements récents. Enron représentait la compagnie citée en exemple partout dans les médias. Celle-ci avait nécessairement trouvé le bon filon.
Enron créait petit à petit un marché concurrentiel à une excellente valeur ajoutée en acceptant des pertes relativement minimales, car ils accumulaient beaucoup de profit sur d’autres transactions effectuées en parallèle. Je découvrais une nouvelle facette de la créativité du monde du trading. La création de toute pièce d’un produit financier en utilisant une communication bien gérée, des pertes minimales et une puissance de feu maximale prenaient forme. De mon côté, je démarchais quelques contreparties françaises qui se lançaient modestement dans ce marché. Comme à maintes reprises, elles ne cultivaient pas une mentalité de preneuses de risque. Ces dernières voulaient le beurre et l’argent du beurre. Au début, certaines bénéficiaient des largesses d’Enron. Les traders français s'en vantaient, bombaient un peu le torse, tout content d’avoir apparemment dupé le roi Enron. Cette situation ne perdura pas très longtemps. Assez rapidement, ils commencèrent à subir le market-making d’Enron qui imposait sa loi lentement avec une efficacité redoutable. Il y eu aussi des compagnies qui perdirent énormément d’argent sur ce marché par leur propre irrationalité. Comme par une sorte d’inconscience, l’une d’entre elles ne croyait pas au réchauffement climatique. Nous étions en 1998 cependant, les prémices du dérèglement apparaissaient dans toutes les données disponibles. En étudiant les relevés météorologiques sur les 30 années précédentes, n’importe quel profane pouvait constater qu’il y avait un réchauffement assez net sur certaines régions des Etats-Unis. Ce n’était pas une coïncidence. C’était vérifiable en lisant n'importe analyse météorologique. Cette société de trading était suisse. Elle avait construit un logiciel d’analyse ne prenant pas en compte une tendance au réchauffement de la planète. Toutes ces cotations étaient révélatrices d'une volonté d’analyser tout changement climatique comme une anomalie passagère. Elle était la seule à le penser. Cette erreur d’appréciation se reflétait dans la totalité ses propositions d’achats ou de ventes. C’était une aubaine pour tous les autres intervenants du marché. Car le reste de la planète finance avait dégagé des conclusions totalement à l’opposé de notre ami suisse. Les pertes de cette société basées sur sa mauvaise anticipation, contraire à la logique scientifique, son entêtement à la limite de l’irrationnel, s’élevèrent à 48 millions de dollars sur une année. Sa trésorerie allait alimenter les prises de risque de tous les autres participants qui avaient entretenu l'excellente idée de réaliser des transactions avec cette belle contrepartie. Colton était un homme à la carrure athlétique qui facilitait sa résistance à l’alcool. Sa résistance ne cessait de m'impressionner. Kerry, notre directeur général, partenaire et propriétaire de la société de courtage pour laquelle nous travaillions était du même gabarit. Ils commençaient tous les deux à prendre plaisir à se rencontrer de temps à autre pour se saouler allègrement. Ils commençaient généralement par une phrase laconique du genre, ok, on prend un verre, mais vite fait. Ça finissait tôt le matin les deux ne pouvant à peine placer deux mots cohérents à la suite. Il m’arrivait de les accompagner dans leurs turpitudes. Je témoignais de leur conversation devenant de plus en plus incohérente au fil des heures, car je ne buvais plus ou pratiquement plus d’alcool. Je pouvais alors observer au cours de la soirée le liquide coulant à flots les deux compères sombrer dans un nuage d’inepties alcoolisées parfois très drôle. Aussi, en les regardant, je voyais un peu mon miroir. Je me sentais un peu honteur de penser que j’avais pu me comporter de la sorte à de nombreuses reprises. Ainsi lors d'un de ces soirs très liquide de mes compagnons, je les rejoignais dans leur lieu de rendez-vous favori. Un steak house réputé s’appelant Morton. Nous commencions à discuter de notre développement, de notre chiffre d’affaires qui devenait très conséquent, de choses et d’autres. Après quelques verres de vin californiens et à la suite de quelques heures de très longues discussions bien arrosées, Colton commanda une bouteille de porto sans vérifier le prix. Cela se produisait quand on perdait un peu la notion du temps les vapeurs d’alcool atteignant le cerveau. Je les accompagnais, car c'était une boisson que j’appréciais particulièrement. Je consommais un verre. Après tout ce qu’ils avaient ingurgité, le porto allait les achever non sans avoir un dénouement positif pour moi. Comme tout ivrogne heureux, ils commencèrent à discuter de mon travail, de mes performances. Colton, qui m’aimait bien, suggéra à Kerry de m’augmenter. Il répondit positivement avec enthousiasme. Colton proposait une augmentation généreuse de $15000 par an. C’était totalement imprévu. Kerry chaud bouillant décida que ce n’était pas satisfaisant. Lui-même décréta, il faut le récompenser, donnons-lui $25000 de plus par an. Je les regardais m'amusant grandement de les voir dans cette espèce de concours surréaliste. Colt dans son élan approuva me serrant dans ses bras, Kerry aussi. La soirée s'annonçait des plus intéressantes Dans la foulée, on me nommait directeur du développement avec une prime supplémentaire s’ajoutant à mon augmentation accordée de $25000. Le résultat de cette soirée se terminait par une augmentation de $50000 pour mon immense plaisir. Il était temps de partir. Ils ne pouvaient manœuvrer leurs véhicules. Je les chaperonnais tous les deux commandant des limousines pour chacun. Dans une forme de prière, Colt me demanda de solder l’addition du bar. Je regardais le total pensant à une erreur. $2200 de boissons. En lisant attentivement chaque ligne de l’addition, je constatais que la bouteille de porto seule coûtait $1600. Je souriais au fond de moi pensant à la tête qu’allait faire Colt le lendemain matin. Dans ce milieu une règle absolue était de rigueur. On pouvait sortir, boire tout au long de la nuit, faire ce que l’on voulait, mais c’était une obligation d’être présent à l’heure le lendemain. Colt ne faillit jamais à cette règle malgré des gueules de bois absolument mémorables. En toute franchise, je me disais qu’l faudrait un miracle pour que ces deux compagnons de boisson puissent se rappeler de quoique ce soit le lendemain. Pourtant, tout ce qui fut promis malgré un état d'ébriété avancé fut respecté rigoureusement. Le coût de la bouteille de porto en revanche avait du mal à passer. Cependant une fois encore mes responsabilités ainsi que ma situation financière venaient de faire un bond en avant.

 

 

Quand la conscience s’étire à l’infini

 

Il existe ces moments durant la pratique de la Méditation Transcendantale qui révèlent avec une délicatesse inouïe l’infinie flexibilité de la Conscience.
C’est au-delà de la transcendance, au-delà des pensées, c’est un domaine de sérénité infinie ou la Conscience devenant consciente de sa propre existence se regarde avec une jouissance presque insupportable de Béatitude. C’est un espace ou chaque cellule du corps, chaque particule d’ADN semblent se regarder, saisissant la véritable valeur de la dimension de leur potentiel infini. Alors à cet instant précis de reconnaissance intérieure, la Conscience s’étire, elle s’étire à l’infini, sans retenue. Elle s’étire à travers chaque partie du corps. Elle découvre son éternelle flexibilité. Elle s’installe dans son éternité, dans sa valeur cosmique. La Conscience est alors comme un gros chat ronronnant, s’étirant de tout son long comme si cet étirement était en réalité sans limites. La Conscience découvre son élasticité, sa flexibilité qui est illimitée un peu comme dans une pose de Yoga ou le corps s’allongerait sans fin, toujours plus loin. Les cellules du corps se réjouissent de cette révélation, car elles se libèrent de ce qu’elles pensaient être leurs propres limites. L’illimité devient pure Conscience, pure réalité, pur bonheur. L’esprit devient libéré et autonome. Il n’est plus enchainé. Il intègre la valeur de sa propre éternité au quotidien. Sa vérité cosmique, oui cosmique, apparait comme étant d’une tellement simplicité remarquable. La réalité de la conscience se révèle dans son état naturel, dans un état de dénuement total, car là à cet endroit si vrai, si ordonné il n’y a plus rien que l’espace de la certitude que tout est décidément infiniment simple, magnifiquement organisé. Il semble qu’à cette Source, tout est structuré, organisé méthodiquement. La réalisation de la fabrication de la Conscience est le siège de toute connaissance. C’est voir et apprécier avec un plaisir tellement infini que la Conscience englobe tout ce qui est réellement. Elle dépasse tout ce qui n’est pas compris et perçu parce qu’elle existe dans une dimension singulière de compréhension de la structure cosmique tout en étant infiniment Présente dans la structure de la Matière.
Percevoir cette réalité, c’est voir ce qui existe au-delà du non-manifesté et du manifesté. C’est gérer la Vie de là ou rien n’est limité. La Conscience devient cognitive, elle est omnisciente, omniprésente. Elle absorbe tout et rien. Le rien devient le tout et le tout devient le rien. C’est la même chose. La Conscience consciente d’elle-même est le miroir de tout ce qui existe. Elle peut tout voir, tout saisir, tout comprendre. La Conscience se révèle comme étant le grand architecte de la construction de la réalité cosmique. Naturellement, sans effort, elle agit de façon harmonieuse, elle ignore la colère ou l’impatience, en fait elle ne connait plus les contraires, car elle est l’Unité de tout ce qui existe. La conscience devenant unité s’intègre au quotidien dans un flot permanent de douceur dans cette infinie flexibilité qui ne connait aucune résistance, aucune aspérité.





 

 

 

                        

 

 

                          Chapitre 9      

"L'absolu n'est pas à la portée de l'homme, mais dans le cœur de l'homme."

Daniel Pons

 

Tous ces changements dans ma vie, la plupart du temps très positifs n'étaient pas dû au hasard. Tout ce que j'entreprenais ou souhaitais réaliser puisait son origine dans ma quête spirituelle, dans mon désir impérieux de réalisation intérieure. Pour cela, je pratiquais la Méditation Transcendantale depuis 1976. L'efficacité d'une technique doit être vérifiable par son expérience directe. Elle doit être testée au quotidien. Ma conscience individuelle s’élargissait, s’ouvrait à de nouvelles possibilités. La valeur de cette pratique résidait dans sa puissance à contourner les barrières retardant l’évolution spirituelle en provocant parfois des changements importants aussi qu’inattendus. Méditant très régulièrement, participant à des séminaires, je m’éloignais de ma vie trépidante de courtier de banque. Mes centres d’intérêt changeaient. Dans ces instants de changements drastiques, la conscience évolue pour intégrer rapidement les leçons à retenir de l’expérience du relatif. C’est aussi cela la spiritualité. Les voies du Seigneur sont effectivement impénétrables. Bien sûr, on peut parler très longuement des bienfaits sur notre santé physique ou mentale d’une pratique assidue et suivie de la méditation. Nous pouvons décrire et expliquer pendant des jours et des jours combien la méditation ouvre notre conscience et de ce fait nous ouvre à mieux comprendre les autres ou mieux accepter ce que nous sommes et combien nous voyons avec plus de lucidité le monde qui nous entoure. Tout ceci est très positif et ne serait-ce que pour ces raisons nous devrions tous pratiquer la méditation pour tout simplement être mieux « dans notre peau » et profiter de la vie comme étant véritablement un domaine de toutes possibilités. Ne pas méditer, quelque part, c’est se couper de son être profond, c’est accepter de vivre partiellement, comme un intérimaire du bonheur. Au-delà de cette aspect pratique et très palpable des bienfaits de pratiquer la méditation, il y a quelque chose de beaucoup plus fondamentale qui s’éveille en chacun de nous, petit à petit avec une infinie douceur et une certitude absolue de l’existence d’une vérité. Celle-ci n’est ni magique, ni extraordinaire, mais c’est naturellement une réalité d’un vécu intérieur prouvant qu’une relation intime existe entre notre Soi et cette découverte fabuleuse devenue certitude que non seulement Dieu existe mais qu’il est aussi notre ami, notre confident. La méditation transcendantale au-delà de ses bienfaits nous entrouvre la porte de cette relation privilégiée avec le divin. Nous-même pouvons alors ressentir son amitié, sa force, son omniprésence, son omniscience, son amour indéfectible pour ce que nous sommes. Nous intégrons avec une certitude que oui, nous avons été créés à son image, non pas de façon virtuelle, mais réellement.
La méditation nous permet d'amorcer le dialogue avec Lui. Nous-même pouvons discuter, refuser, accepter, nous pouvons tout Lui raconter. Il nous écoute et nous répond. Cela peut paraitre bien étrange. Pourtant, c’est une réalité. Cette expérience très claire s’accentue avec le temps. Nous avançons sereinement avec cette immense liberté intérieure ou toutes peurs et angoisses ont disparues. Une confiance infinie est intégrée pour toujours. Parfois, bien sûr sur le chemin s’éclaircissant dans cette relation naissante, un doute diffus peut venir se glisser cela ne présente pas beaucoup d’importance étant donné que nous avons réveillé notre Soi dans son intimité avec le divin qui, entre nous, n’avait jamais disparue, elle était seulement endormie.
Dès lors, nous pouvons affirmer que cette intimité retrouvée rend la Foi caduque. Car le mot foi sous-entend un doute, la foi, c’est une croyance. Il y a ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. La méditation s’adresse à tous car l’expérience directe de la Conscience efface tous les doutes, toutes les théories du mental qui cherchent à démontrer l’existence de Dieu ou sa non-existence. L’ouverture du Soi, concrètement, méthodiquement, par la science de la conscience expérimentée systématiquement nous permet de devenir un intime de Dieu. Il n’existe plus de retenue. Une simple croyance s’est transformée en une réalité du quotidien. Le cœur devient le réceptacle de cette réalité indestructible, l’esprit lui, apprend à vivre son indépendance, sa non-identification au monde de la matière nous comprenons dans cette intimité avec le Divin que nous pouvons dans notre cœur et notre esprit englober la vie dans tous ses aspects. L’illimité de notre Conscience devient notre quotidien. Par conséquent Dieu, se transforme en notre ami au quotidien. Il nous prend par la main, nous guide, nous laissant toujours le libre-arbitre, car grâce à lui, notre pouvoir de discrimination se développe et nous permet d’éviter les erreurs et obstacles dans notre parcours de vie. Dans cette relation de confiance, il y a cette vérité qui éclate naturellement à la surface de notre Conscience. Nous comprenons qu’effectivement même si tout ce qui nous entoure semble changer, toujours, tout le temps, rien ne s’arrête jamais. La conscience est véritablement illimitée, infinie et éternellement sous-jacente à tous ces changements. Nous sommes alors capables de percevoir distinctement la structure intime des mécanismes de la conscience. Formulons-le sobrement, la mort n’existe pas. Ce concept de la mort qui est pour certains une croyance ou une peur n’a plus de raison d’être. L’éternité constitue une réalité concrète et permanente, ici et maintenant. La méditation va entretenir cette relation intérieure avec Dieu en autorisant notre Soi à vivre une béatitude sereine, d’être totalement maitre de sa propre destinée à l’instant présent. La méditation transcendantale autorise cela. La méditation ouvre ce canal, ce flot ininterrompu de libération intérieure. Précisons que cela n’a rien à voir avec une quelconque révélation, illumination ou conversion. Cet échange intérieur représente réellement un état permanent de bien-être structuré en dehors de tout schéma émotionnel. Par la pratique de la méditation, la conscience s’éveille à elle-même à sa propre image qui est un miroir de la source de cette création. Comprenons qu’aujourd’hui rien ne nous empêche d'entretenir pleinement notre rapport avec Dieu. Nullement dans une relation de quémandeur, d’âme coupable, mais bel et bien d’égal à égal, dans une relation de maitre à disciple où nous acceptons son enseignement pour nous libérer de tant d’années d’errements. Voyez-vous, finalement, il suffit de peu de choses, une simple impulsion, une envie quelconque de vivre mieux dans ce monde si changeant, et puis avec patience, méthodiquement, cette lumière va poindre. Si un jour, vous sentez ou entrevoyez cette opportunité d’apprendre à méditer, ne la laissez pas passer. La Vie parfois nous offre des cadeaux que nous ne savons pas saisir. C’est dommage, très dommage de passer à côté. Commencer à s’élancer sur une voie spirituelle implique nécessairement de changements considérables. Les concepts ou croyances forgées au cours de décennies de conditionnement volent en éclats rapidement. C’est un bouleversement permanent qui amène la conscience à s’ouvrir de plus en plus pour se libérer de l’emprise des illusions du monde matériel. Cela ne veut aucunement dire que la matière n’existe pas. Cela signifie que la matière doit être appréciée à sa véritable valeur. Sans conscience spirituelle, le monde relatif est un univers stressant, étouffant. Nous-même crée de fausses valeurs, de fausses croyances par ignorance. Ne connaissant pas notre propre soi, ne concevant nullement la véritable structure de la constitution de l’univers, nous passons à côté de notre vérité intime. Dans ce refus de l’acceptation de notre vérité spirituelle, nous générons des vies de souffrance et d’incompréhension. Méditer veut dire saisir notre réalité intérieure non pas pour la coupée de la vie matérielle. A contrario, cet éveil spirituel par la pratique de la méditation transcendantale va aligner notre vie spirituelle et relative sur une même trajectoire se soutenant l’un et l’autre en formant une harmonie parfaite. Cette unité va annihiler toute idée de souffrance. L’ignorance mentale cartésienne source de nos déboires disparaît graduellement pour faire place à une conscience rayonnante. C’est le royaume des cieux qui s’ouvre sur Terre. Méditer, c’est instaurer une véritable intimité avec le divin. La Méditation Transcendantale nous permet de comprendre que Dieu n’est pas un intermittent. Quand la conscience est intégralement réalisée le cœur prend la dimension de sa vérité, il ne peut y avoir une réalisation du soi sans cette intégration. Il ne peut exister de véritable intégration de la conscience cosmique sans avoir élargi cet espace totalement à la réalité objective et subjective de la vie. Le cœur, c’est avant tout un instrument qui nous permet de mener une existence relative. Cependant, à l’intérieur de celui-ci, il existe un espace de conscience infini. Il n’y a pas de limite. C’est un lieu d’infini, d’illimité. Cet espace se développe avec le temps et la pratique de la Méditation Transcendantale. Le cœur, c’est le siège de l’Amour, de la compassion éternelle. Nous ne percevons pas sa valeur infinie pour de multiples raisons. Notre ego, notre rigidité, notre intellect totalement déconnecté de sa réalité cosmique, tout cela ne nous permet pas d’apprécier cette du Silence et d’invincibilité, car ce silence représente l’expression de notre éternité indestructible.
Appréciant cette valeur du cœur, flirtant avec elle, la conscience devenant consciente d’elle-même, réalise la vie infinie. Cela veut exprimer une relation parfaitement intégrée avec l’essence divine, sans séparation, c’est un espace ouvert, sans aucune limitation. Tout est perçu avec les yeux du cœur. C’est-à-dire qu’il n’y a plus de place pour le passé ou le futur, même le présent. Notre histoire a disparu pour faire place à la réalité de la vérité éternelle. Ce qui paraissait représenter notre fardeau du passé, l’inconnu du futur qui nous angoisse tant, ce Présent que nous ne semblons pas maitriser, tous ces concepts sont broyés dans l'espace du cœur et son infinie mansuétude. En fait expérimenter cette expansion du cœur, c’est connaître Dieu. Il est réalisable de profiter en permanence de cette réalité, de comprendre que Dieu n’est pas et n’a jamais été un intermittent. Il est constamment Présent ici et là. Que sa place est dans les cœurs. Dieu n’est pas dans le monde des croyances, il n’est pas une croyance, il demeure une réalité. Il se déplace dans l’espace de l’Amour, là dans le Cœur des choses. Nous devenons alors conscients d’être son réceptacle. Nous ne pensons plus, nous ne tergiversons plus parce que nous-même connaissons enfin que le Cœur n’a pas besoin d’intermédiaire pour s’exprimer. Que pour Aimer, il n’est pas nécessaire de raisonner, qu’il est superflu de justifier l’Amour.
Parce que l’Amour est Un. Il s’étend à l’infini. Il n’a ni commencement ni conclusion. Il n’est jamais né, il n’est jamais mort, il est indivisible. L’Amour ne se négocie pas. Connaitre cette réalité, c’est pouvoir marcher la tête haute, flâner dans le flot de la vie, apprécier tout d'abord ce qui est beau, puis ce qui est moins beau, car finalement en vérité tout est éternellement divinement beau.
L’Amour, c’est connaître le Silence de l’éternité, c’est pouvoir la touchée, la palpée. C’est percevoir le monde dans son infinie flexibilité, on pourrait dire élasticité. Les yeux du cœur peuvent accéder à la vérité cosmique dans sa dimension éternelle, pour revenir à son point d’ancrage, notre conscience.
Pareillement, l’action accomplie avec le cœur ne présente plus rien de définitif, car elle est intrinsèquement éternelle parce qu’ouverte à la vie. L’action est devenue infiniment flexible. Elle ne connaît pas la négation, elle ignore la négativité, car cela est devenu tout simplement impossible, car chacune de nos actions est réalisée dans l’essence pure de la connaissance du divin. L’activité est initiée sur la base de sa propre réalité éternelle. Elle est auto suffisante, auto gérée. Elle est sans fluctuation, sans aucune aspérité susceptible de venir obscurcir son but qui est d’accomplir une réalité unique étant l’infinie éternité de l'instant. Un moment n’est pas le Présent. Un moment est juste un instantané de vie pris en flagrant délit de réalité cosmique. L'instant est appréhendé par le cœur créant en fait une impulsion de vie d’éternité, de joie totale. L’espace s’ouvre dans chaque moment. Ainsi, chaque instant est une pulsion éternelle émise dans l’espace du cœur s’étendant à l’infini et ne peut plus en aucun cas se perdre dans les méandres du passé, futur ou présent. Le Cœur témoigne de tout. Il demeure la source du tout. Il est le réceptacle de ce qui est et sera. Il est en deçà, en dehors, en toutes choses. Le Cœur représente la réalisation de la constitution de l’univers. Il n’y a pas de conscience intermittente. La conscience intermittente veut exprimer uniquement une vie vécue dans l’ignorance et la souffrance. C’est ignoré les mécanismes de la vie fonctionnant dans la réalité holistique de la création. Les soubresauts de la vie sont les conséquences de croire que le divin est un visiteur intermittent d’un spectacle qui aurait un début et une fin. Méditer signifie vivre en toute simplicité. Contrairement à ce que l’intellect pourrait essayer de faire croire la réalisation du


 Soi rend la vie moins compliquée. Une grande équanimité envahit la conscience maintenant ainsi un recul salutaire face aux changements du monde matériel.



 

 

Découverte de l’absolu

Accepter de simplement porter son attention sur cette vérité puis de se permettre d’aller expérimenter par soi-même la véracité de cette réalité permet de vivre en dehors des limites du temps, des contraintes des pensées, de l’emprise de l’égo. Tout devient infini, la Patience, la Tolérance, le Respect, l’Amour, toutes ces valeurs supports de vie s’établissent dans leurs valeurs propres d’éternité. La Conscience est la fondation de ce qui est, intégrer sa flexibilité ultime permet de vivre la Vie telle qu’elle mérite d’être vécue, c’est-à-dire sans résistances, sans souffrances, sans dépendances. Tout cela se voit et s’incarne dans le corps. C’est ce que nous offre la pratique de la Méditation Transcendantale. C’est plus que le simple bien-être de notre physiologie. C’est comprendre concrètement pourquoi cette méditation est « Transcendantale ». Elle autorise, enfin pourrions-nous dire, la Conscience à se reconnaitre dans son intelligence illimitée et génératrice de bonheur. De comprendre que la sérénité n’est pas un vain mot, qu’elle se situe en nous, donc partout. Elle s’étire loin très loin par-dessus toutes les illusions, toutes les croyances. Elle est la Réalité de ce que nous sommes dans notre essence pure. C’est aussi un espace ou la Transcendance elle aussi s’observe avec l’œil du témoin. Ce n’est pas un état de conscience, c’est juste un fait, une réalité. On pourrait décrire cet espace comme un étant un endroit de neutralité parfaite. De ce rien, tout est vu de la Source, tout ce qui fait le Manifesté, le Non Manifesté, le Transcendant, tout est apprécié de la plus profonde neutralité et donc de la justesse de la Conscience dans son ultime totalité. Le Soi est l’état le plus neutre et le plus vivant de la création. C’est un mécanisme qui finalement est d’une simplicité presque enfantine. La Méditation Transcendantale nous ouvre les portes de la Conscience qui ne demande qu’à s’intégrer. A y regarder de près on constate qu’il ne faut pas grand-chose pour le réaliser et donc se réaliser. Cependant, cela nécessite juste ce petit peu de courage d’accepter d’aller vers ce qui peut paraitre si loin presque irréel. La Méditation Transcendantale ouvre la Porte de ce domaine de toutes possibilités.


 

 

                       

Chapitre 10  

 

"Le soleil change souvent d'horizon et de théâtre, afin que la privation le fasse désirer quand il se couche, et que la nouveauté le fasse admirer quand il se lève."
Baltasar Gracian Y morales

Après ce bond dans ma rémunération et mes nouvelles responsabilités au sein de notre société, notre business fleurissait. Nous profitions d’une période fructueuse, beaucoup de moments intenses, ce qui était, il faut bien le dire assez courant chez nous. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les marchés de l’énergie allaient en décider autrement. Une crise majeure se déclenchait sur le marché de l’électricité aux Etats-Unis. Ce fut un scandale qui déclencha cette crise. Enron, notre premier client, fut pris la main dans le sac d’une flagrante manipulation des cotations. Cette compagnie forte de son aura, du soutien des médias financiers avait pendant quelques années réussies à colmater les fuites éventuelles sur ses malversations. Ça ne pouvait pas durer indéfiniment. Comme souvent, dans la finance, une crise se déclenchait sur une rumeur. Clairement, cette fois-ci, il n’y avait pas n’a pas de fumée sans feu. Enron avait falsifié ses comptes avec l’aide d’agence de notation. Ces agences exercent un rôle primordial, car elles doivent contrôler la solvabilité et la probité des sociétés participantes à l’activité des marchés financiers. En dissimulant les malversations d'un intervenant essentiel, toute la confiance dans le fonctionnement des marchés était remise en question. Une situation gravissime se révélait aux yeux du monde de la finance. Au fur et à mesure que les informations venaient à l’attention des médias la valeur de l’action en bourse du tricheur s’effondrait. Pas uniquement la sienne. Comme c’est fréquemment le cas un effet domino s’ensuivait. Toutes les compagnies intervenant sur le marché de l’énergie, les unes après les autres perdaient considérablement de leur valeur capitalistique. Pire, les employés d’Enron, plusieurs dizaines de milliers assistèrent impuissants à la disparition de leur outil de travail et de leur compte de retraite. Car la direction de cette compagnie obligeait ses employés à acquérir des actions Enron en bourse pour financer leur compte de retraite. L’action tombant à zéro, ils perdirent tous, sans exception, leurs économies, parfois celles d’une vie de travail. Nous-mêmes vivions en cette crise majeure. Enron représentait notre plus gros client un vrai coup rude pour notre jeune start up. En revanche, grâce à notre notoriété, nous demeurions le premier courtier sur les dérivés climatique pour les sociétés de trading toujours actives. Néanmoins, nous ne pouvions pas éviter de subir de plein fouet ce retournement de situation. Aux prémices de cette crise les traders d’Enron pour qui nous exécutions des ordres tous les jours semblaient plutôt confiants sur la suite des évènements. Il y avait bien toutes ces rumeurs, ces enquêtes diligentées par les autorités de tutelles des marchés qui faisaient naître une réelle méfiance dans les salles de marché. Cependant, personne ne soupçonnait l’effondrement qui allait suivre. Méthodiquement, l’action dévissait, jusqu’au jour où elle décrocha totalement pour arriver à la valeur zéro en quelques heures. Colt ne voulait pas y croire. Voyant l’action en quelques minutes tombées de $20 à $5, lui-même pensait que c’était uniquement dû à une panique des marchés et qu’il fallait acquérir des actions à des niveaux si inférieurs. Il contactait son courtier habituel, il achetait des actions au niveau d’environ $10 l’action. Il en achetait pour $10000. Il discutait aussi avec les traders d'Enron qui à leur tour achetaient pensant vraiment que cette situation était irrationnelle. En réalité après à peine quelques minutes l’action s’effondra passant de $10 à $4 pour finalement pratiquement atteindre zéro. Les autorités de marché suspendaient la cotation en bourse. Colt nous regardait totalement hébéter. Il venait de perdre en quelques minutes $10000. Les intervenants étaient traumatisés, en état de choc. Les nouvelles commencèrent à filtrer sur les malversations de la direction d’Enron, sur les comptes offshores existants et leurs comptes truqués. Des enregistrements de traders furent rendus publics montrant une manipulation des cotations du marché de l’électricité créant artificiellement des niveaux de prix prohibitifs ce qui avait eu pour effet de causer la quasi-faillite de l’état californien qui ne pouvait pas payer de tels niveaux de vente pour se fournir en énergie. Le marché s’effondrait inexorablement. Paradoxalement, nous demeurions toujours assez prospères malgré tous ces évènements. Une crise sur les marchés veut dire un surplus de transactions et en conséquence des commissions plus nombreuses et plus juteuses . Du reste, nous pensions inaugurer un bureau de représentation à Paris. Pour cela, nous restions en contact avec une petite société de conseil à Paris. Ils avaient un excellent carnet d’adresses dans le monde de l’énergie. Je les connaissais depuis une dizaine d’années. Nous nous entendions bien. La décision de créer une joint-venture à Paris paraissait logique. Moi-même m’installais à Paris pendant deux mois à un Sofitel pas loin de la rue de la Boétie. Je négociais un prix compétitif, car j’allais occuper une chambre pendant plusieurs semaines. J’arrivais à Paris début 2002 pour lancer nos opérations de dérivés climatiques en Europe en espérant compenser un peu le marché américain en phase de transition.
Ce fut une période transitoire d’une énorme intensité. J’étais seul et célibataire à Paris dans un hôtel de luxe. Ma vie de couple étant en voie de désagrégation, je me sentais très libre, avec une ligne de crédit pour développer notre réseau commercial assez importante. Tout s’annonçait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans la journée, je retrouvais mes associés français. Nous établissions notre structure commune, cherchions du personnel, faisions les entretiens d’embauche, concevions une stratégie à vocation européenne. Nous organisions notre déploiement commercial. Mes associés n’étaient pas uniquement des associés, mais aussi des amis, ils le sont encore. Nous nous entendions très bien. Il était agréable de travailler dans ces conditions. Le soir, je rentrais à mon hôtel pour aller méditer tranquillement puis je sortais me promener dans Paris. Fréquemment, j’invitais des amis à boire un verre ou diner dans un bistrot local. J'adoptais mes habitudes au bar du Plaza Athénée où je rencontrais mes clients ou amis de passage. Paris était pour moi véritablement la ville des lumières. À cette époque, je retrouvais des camarades de mon adolescence particulièrement ma première relation amoureuse sérieuse de mes 16 ans que je retrouvais après une trentaine d’années. Ce fut un moment délicieux de retrouvailles. Elle était toujours aussi ravissante. Une femme gracieuse attirante, brillante. La revoir me mettait en joie. Ce soir-là, il y eut une flamme invisible d’un nouveau désir de retracer notre passé. Pourtant, il ne se passait rien. Nous bavardions toute la nuit ou presque. Elle comme moi-même hésitions à nous embarquer dans une aventure ne fut-t-elle que pour un soir. Mon excuse était assez limpide en fait. Même si mon mariage semblait s’orienter plutôt vers une phase terminale, ma conscience m’interdisait de commettre une action finalement plus liée à un désir physique qu’à une réalité profonde. Cette situation, moi-même l’avais vécue auparavant plusieurs fois. Je la vivrais de nouveau durant les années à venir. À chacune de ces circonstances, je ne concluais pas malgré des invitations extrêmement explicites de mes compagnes d’un soir. Assurément, cette intuition, cette discrimination, de savoir faire la différence entre un désir passager et une action soutenant ma propre évolution spirituelle m’interdisaient ces écarts. Il existe une différence appréciable entre l’intuition et une élaboration mentale. Cette différence peut être clairement perçue.
L’art d'obéir à sa voix intérieure, c’est aussi accepter la réalité, avec une discrimination sans faille sans la confondre avec l’identification passagère à une émotion, une pensée, ou un événement particulier. Plus tard avec le recul du temps, je me rappelais plusieurs de ces rencontres avec un peu de regrets, me remémorant alors la beauté ces jeunes Femmes. Finalement comme me réveillant d’une illusion, je réalisais que non finalement, ma décision durant l’instant Présent de ces rencontres, avait été immanquablement un choix d’une grande sagesse mon intuition avait perçu quels engrenages auraient pu être déclenché sans véritablement une raison intelligente, c’étaient juste des charges émotionnelles sans lendemain, sans justification. Je traversais cette période avec une joie intense.

 

Ma vie, familiale, mise en parenthèse durant mon séjour en France ne me manquait pas du tout. Je partais en week-end de temps en temps dans le sud de la France ou parfois dans d’autres pays européens. Cette indépendance temporaire me convenait à merveille. Certainement, l’ambiance tendue entre mon épouse et moi-même ne me donnait pas réellement envie d’être au domicile conjugal. Mes enfants ne semblaient pas avoir davantage pris conscience de la tension existante entre leurs parents. Ils étaient habitués à me voir partir de longues périodes en voyages. Ma conscience restait presque tranquille. En dehors de ma vie parisienne très mondaine et de mes activités professionnelles ces deux mois passés en France revêtirent une importance considérable dans ma vie pour la décennie qui allait suivre. J’effectuerai deux rencontres majeures. L’une de l’ordre spirituel. L’autre, encore une fois féminine. La Nature, la Vie nous testent en permanence. Je possédais depuis un certain cette profonde intuition qu’il allait être temps pour moi de changer de vie. Je ne savais pas si j’allais rentrer en France. Pourtant, quelque chose devait se débloquer, ma situation personnelle, mon évolution semblaient être bloqués. Je me sentais dans une impasse. Il fallait que ça bouge. Ma première rencontre fut spirituelle. Un de mes amis professeurs de Méditation Transcendantale me parla un jour d’un jeune homme qui organisait des conférences sur l’éveil. Subséquemment, ce mot d’éveil éveillait forcément mon attention. Mon ami m’invita à se joindre à lui pour le rencontrer. J’étais très intrigué, car ce concept d’éveil à cette époque en 2002 était assez inédit. On parlait de conscience cosmique, mais l’éveil ressemblait à un autre concept. Par conséquent, je me rendais à une de ces réunions pour observer et comprendre. Pour quelqu’un comme moi à la recherche de la réalisation du soi, pouvoir rencontrer quelqu’un apparemment réalisé spirituellement représentait une occasion à ne pas rater. J’arrivais à cette réunion. Beaucoup de monde participait à cette réunion peut-être une centaine de personnes. Je connaissais une vaste majorité des participants. Notre conférencier possédait un regard serein. Il dégageait une belle présence s’exprimant avec aisance et sans difficulté. Ses mots sonnaient justes. Il partageait ses intuitions en s’adressant à différentes personnes dans l’assistance. Visiblement, il était capable de percevoir de façon très subtile les blocages psychologiques de ses interlocuteurs. En parlant avec quelques personnes, il semblait toucher des points sensibles de leur inconscient. Leur réaction était très fréquemment de fondre en larmes une douleur enfouie dans leur inconscient refaisant soudainement surface. C’était très spectaculaire d’efficacité. Je sentais un homme sincère, souhaitant faire du bien à ses prochains. Cela ne voulait pas dire nécessairement que sa méthode était la plus douce ou sans risques pour ceux qui poursuivaient cet enseignement. Car il proposait un véritable enseignement. Il affirmait que l’éveil signifiait vivre dans le moment présent. A ses yeux, méditer ne servait pas à grand-chose. Qu’en vivant ce fameux présent ici et maintenant la libération se concrétisait inéluctablement. Comme beaucoup des personnes présentes son discours me séduisait. Tout semblait plutôt accessible à l’entendre présenter sa théorie. Puisque la méditation n’était pas utile et que lui par ses séminaires, il allait nous aider à avancer spirituellement, pourquoi ne pas essayer ? Tout ceci paraissait bien alléchant. J’assistais à plusieurs de ses séminaires pour découvrir ce fameux instant présent. Notre guru de circonstance assemblait un groupe restreint près à le suivre assidûment. Dans ses séminaires, il se livrait beaucoup. Chacun d’entre nous put expérimenter des expériences intenses de ce que j’appellerai des relâchements de stress profonds. Puis parfois sans réellement savoir trop pourquoi il déclarait qu’untel était éveillé. J’en faisais partie à mon vif étonnement n’éprouvant pas le sentiment d’un changement particulier au sein de ma conscience. Certes, j’avais connu des petites crises métaphysiques en sa compagnie, pourtant rien de cela ne méritait le qualificatif de transcendantal. En revanche au cours des mois qui suivirent, un ego collectif éclorait. La plupart des participants se considérant éveillés laissaient transpirer un léger sentiment de supériorité vis-à-vis du commun des mortels. Si lui notre guru de circonstance l’affirmait, nous étions donc forcément éveillés. Au cours des mois et années qui suivirent, je travaillais à plusieurs reprises avec lui. Je le suivais parce qu’il promettait la lune jusqu’au jour où ce fut une éclipse totale, en allant fouiner un peu partout, je me rendais compte que cette mode de « l’éveil fast food », il n’y pas d’autres mots, était suivie et enseigné par de nombreuses autos décrétés gurus de l’éveil parcourant la France prêchant cette parole semblant bienveillante. Une proclamation commune bien rodé, ne méditez plus, suivez-nous, vous connaitrez l’éveil, c’est facile, ce n’est pas cher et ça peut rapporter gros. Par la suite, je me rendais à de nombreuses conférences pour écouter les représentants de ce courant de pensée. J’entendais systématiquement le même refrain. Surtout, à ma totale stupéfaction, les personnes buvant ces paroles intelligemment assénées pensaient sincèrement être réalisées en un coup de baguette magique. Pourtant, après de nombreux échanges, je constatais à quel point la plupart d’entre elles ne possédaient aucune réelle connaissance de l’éveil. Durant l’une de ces réunions, un de ces conférenciers demandait à l’assistance « qui pense être éveillée ici ». La quasi-totalité des personnes présentes s’empressait de lever la main. En observant l’assistance, une évidence sautait au regard de la conscience. Tous ces éveillés étaient des belles au bois dormant. Je remarquais aussi beaucoup de personnes précédemment rencontrées dans d’autres mouvements spirituels. Elles semblaient faire du shopping de conscience pensant probablement qu’en rencontrant de nombreux auto-proclamés gurus elles évolueraient plus vite. Pourtant, assurément, les discours résonnaient de l’un à l’autre dans leur similarité simpliste. Ces apprentis sorciers de la connaissance disposent généralement de perception forte, d’une intuition nettement au-dessus de la moyenne. Ces facultés leur permettent de sentir plus subtilement l’environnement énergétique. Cependant cette ouverture de conscience ne s’enseigne pas sans une véritable intégration dans la valeur transcendantale du Soi. Accepter le rôle d’enseignant spirituel doit être utilisé avec parcimonie et une grande délicatesse. Ici, se situe le drame. Ces professeurs de bonne foi encouragent chacun d’entre nous à expérimenter le moment présent. Simplement, sans l’expérience de la transcendance, le Présent dans sa valeur absolue totalement intégrée est hors de portée. En se proclamant enseignants spirituels, ces personnes endossent vis-à-vis de la dimension de l’absolu la responsabilité de faire grandir spirituellement toutes ces personnes vers la réalisation du soi. Leur incapacité chronique à réaliser ce but provoquant des lésions spirituelles tout en déclenchant des processus énergiques qu’ils sont dans l’impossibilité de contrôler ou d’expliquer. La conclusion désastreuse de cette situation se vérifie en observant nombre de personnes quitter le chemin spirituel blessées émotionnellement, parfois avec une colère inapaisable. Je peux en témoigner, je l’ai vu. Je l’ai vécu. Par-dessus tout, je n’ai jamais rencontré une personne suivant ces éveillés atteindre un quelconque Nirvana. Quelques Gurus traditionnels ont évoqué ces éveillés dans leurs commentaires. Ils expliquaient que ces personnes s'éloignant de la tradition de la connaissance védique en s’intronisant Guru devraient par la suite revenir de vie en vie pour permettre à tous leurs disciples ceux-ci ayant été détournés de la voie réelle d’atteindre la réalisation. Ce serait leur karma. Voilà assurément une responsabilité considérable bien dommageable pour eux et ceux qu’ils auront encouragé à se détourner de leur dharma. Après deux années à fréquenter nos amis éveillés, je m’en éloignais aussi rapidement que je m’en étais approché réalisant mon erreur. C’étaient beaucoup de mots avec des expressions stéréotypés tout à fait séduisants même pour un esprit averti. Toutefois, cette période me permettait de rencontrer des personnes d’une grande richesse intérieure en participant à de multiples séminaires. Après mes deux mois en résidence hôtelière de luxe, après avoir finalisé notre association avec nos amis français, je rentrais aux Etats-Unis. Une période de transition s’enclenchait. Notre groupe de brokers avait le vent en poupe. Intuitivement, nous pressentions que cela n’allait pas durer. Enron disparaissait, les autres compagnies petit à petit réduisaient leurs activités de trading. Le marché climatique, qui n’était qu’un marché de niche ne devenait plus du tout prioritaire pour les intervenants. Avec l’Europe, nous réussissions de belles transactions. Nous arrivions peu à peu à développer une base de clients fidèles. Cependant, leur activité de trading restait très marginale. Pour promouvoir le marché climatique nous avions créé une association en 1998. Le siège de cette association était à Washington, elle fut baptisée la « Weather Risk Management Association ». En Europe, nous créâmes aussi la filiale, « WRMA Europe » dont j’assumai la charge de Président pendant 2 années. Mon rôle consistait principalement à organiser des conférences pour promouvoir les dérivés climatiques. Invitant de multiples intervenants européens, ces évènements attiraient un nombre appréciable de traders. La première de ces conférences fut organisée à Paris, puis Londres, Francfort, Rome, Amsterdam et en Toulouse. Nous tachions d’en présenter deux par an à chaque fois dans une ville différente. De nombreuses sociétés se faisaient représenter, car à défaut de faire du trading climatique, la planète finance européenne était très intrigué par cette invention américaine, relativement récente. Spéculer sur le climat présentait quand même quelque chose d’assez novateur. Notre conférence à Toulouse fut particulièrement réussie. Nous faisions partis des clients importants de Météo France. Leur siège se situait dans la banlieue toulousaine. Nos relations avec leur direction s’avéraient très amicales. Je leur proposais d’organiser une de nos conférences dans leur centre dédié à ce genre d’évènement. Ils en furent ravis. Le conseil d’administration de la WRMA accepta avec joie cette proposition. Météo France organisa les choses en grand. Un château local fut loué pour la circonstance. Une grande dégustation de vins fut organisée pour tous nos participants suivis d’un repas pantagruélique dans une des salles du château. Nous partions ensuite tous à Toulouse pour clôturer la soirée. Nos invités américains étaient particulièrement contents. En dehors de Paris, peu d’entre eux connaissaient les villes de province. Toulouse représenta une expérience inhabituelle pour eux. Nos conférences regroupaient en général entre 80 et 120 participants. Ce n’était en aucun cas des conférences surdimensionnées, car le marché climatique était très spécialisé et pas très volumineux au niveau transactionnel. C’était un marché de niche fructueux pour un groupe restreint d’intervenants qui semblait bénéficier d'un potentiel de développement substantiel. En juillet 2002, je retournais en France pour superviser nos opérations. Je sous-louais un appartement de fonction. J’allais y rester deux mois. Parallèlement, le marché aux Etats-Unis commençait réellement à se tarir, et ma vie familiale sérieusement à péricliter. Je rencontrai à Paris celle qui allait devenir ma prochaine compagne les années à venir durant un séminaire. Avec mon épouse à New-York, nous avions un accord tacite, le premier à vouloir partir pourrait le faire, un arrangement amical se ferait. Nous demeurions dans une maison de 700 mètres carré, suffisamment grande pour ne pas se croiser. Elle possédait ses appartements, moi aussi, les chambres des enfants situés entre nous deux. De ce fait, nous nous croisions uniquement le matin et le soir ou pour partager un moment avec nos enfants. Chacun de nous disposait d’un escalier privé ayant accès à la cuisine. Celle-ci devenait notre lieu de rencontre au quotidien. Autrement il n’y eu quasiment jamais de cris ou de heurts. Pas de disputes. Uniquement, notre relation s’éteignait. Nous n’avions plus rien à faire conjointement, cela ne voulait pas dire que nous devions nous entre-déchirer
Deux années après la naissance d’un de nos fils, notre couple semblait en effet à bout de souffle. Nous n'éprouvions plus les mêmes envies. Nos amis ne demeuraient plus les mêmes. Moi-même, n’étends plus attiré par les mondanités, ma femme finissait par me trouver ennuyeux. Elle m’avait connu prêt à toutes les escapades improvisées. Mes comportements imprévisibles l’avaient séduite. Tout cela semblait avoir disparu. Mon épouse se sentait un peu trahie probablement. En un mot, celle-ci m’avoua qu’en-dehors des problèmes inhérents au quotidien, elle éprouvait ce sentiment qu’elle n’aurait en aucun cas dû se marier. À dire vrai, elle voulait rester célibataire sans attache masculine. Vivre en femme célibataire. Après quelques mois de tergiversations, moi-même étant quelque peu secoué par cet aveu un peu inattendu, nous décidions de nous séparer à l’amiable. Tout se déroula harmonieusement. Nous engagions un avocat commun qui ficela le dossier rapidement. Nous nous étions mis d’accord sur les conditions de notre séparation. Jusqu’à ce jour après 18 années, nos relations sont restées amicales. Mes enfants et moi-même sommes restés très proches. Après cette séparation, moi-même devais quitter les Etats-Unis pour réinventer ma vie professionnelle et personnelle. Je n’avais plus d’emploi, il fallait trouver une façon novatrice d'aborder ma nouvelle vie. En septembre 2002, je quittais les Etats-Unis pour rentrer en France comme je l’avais fait quinze années auparavant en sens inverse. Je démissionnais de la société ou je travaillais, mais de toute façon nous étions en quasi-liquidation. Je me retrouvais avec 1000 euros en poche pour redémarrer. Je m’installais avec ma nouvelle compagne, je m’inscrivais à l’ANPE et recevais ce qui s’appelait à l’époque le RMI, environ 250 euros par mois à l’époque. Grâce à un petit coup de pouce de la Nature, je recevais pendant quelques mois des indemnités de chômage du gouvernement américain. Je passais d’une maison de 700 mètres carré à un studio de 29 mètres carré, une application concrète d’intégrer la valeur des opposés. Pendant les neufs premiers mois de l’année 2003, je me contentais de profiter de mon temps disponible. Je travaillais occasionnellement principalement des petits boulots. Un ami m’avait proposé de livrer des tables de massage à ses clients, il me payait 10 euros de l’heure. Cela peut paraître étonnant, mais j’étais très serein. Pas de pression, pas de compétition, pas de responsabilité, toute ma cervelle, tout mon esprit se retrouvaient dans un état de suspension totalement transcendantal. Mes économies fondaient comme neige au soleil cependant, je tenais le coup. Je trouvais même le moyen d'utiliser l’avion plusieurs fois pour aller rendre visite à mes enfants à New-York grâce à mes miles gagnés auparavant sur mes comptes de voyageur fréquent accumulés durant les années précédentes. Bien sûr, ce n’était pas en business class. Cette situation inédite ne me stressait pas, c’était un nouveau départ entièrement assumé dans ma conscience. La Nature m’aidait, me soutenait.



L’acceptation de la réalisation


Être illuminé, c’est avant tout une réalisation en dehors du mental, au niveau transcendantal de la vie. Une prise de conscience de l’existence de l’âme et de son éternité. Lorsque notre conscience s’est éveillée à elle-même, elle accepte son statut d’éternité. Elle voit qu’il n’y a ni fin, ni début. Elle réalise entièrement qu’elle est indestructible, invincible. On ne peut pas détruire ce qui est éternel. La conscience sait que le passé et le futur n’existent pas que seul le présent compte, qui demeure lui aussi une valeur appelée à disparaitre à un moment donné. La conscience ne connait pas la limitation du temps. L’égo a formé ce cadre pour maintenir son contrôle sur l’évolution de l’esprit.

La conscience consciente d’elle-même témoigne de la vie changeante, celle de la matière. Elle observe l’éphémère. De son éternité non-changeante, la conscience observe le théâtre de la vie, son flot incessant simplement, au lieu d’aller à contrecourant du monde changeant, elle reconnait cette vérité que le rythme du monde de la matière est totalement illusoire son sous-jacent représentant la conscience éternelle immuable. La conscience réalisée peut tout accepter, tout intégrer. Accepter veut dire ne jamais dire non à ce que la vie changeante peut offrir. C’est à partir du domaine du non-changeant d’apprécier la valeur intrinsèque du changeant qui lui ne peut exister qu’avec la valeur non-changeante et transcendantale de la vie. Accepter, c’est voir qu’il n’existe pas de dualité, pas de disharmonie dans le jeu de la création. La conscience de l’unité veut dire que le connaisseur, l’action de connaitre et le connu ne constituent qu’un. Chacune de nos actions possède en elle-même cette valeur d’unité. Il n’y a pas de séparation. Tout est un avec tout. Ne jamais dire non ne veut pas dire vivre dans un état de faiblesse fataliste. Dire oui à tout ce qui se présente c’est être simplement conscient du Soi, c’est regarder un évènement, une situation en englobant d’un coup de conscience tout ce qu’une action spécifique signifie. C’est observer le mental qui cherche à maintenir son emprise sur notre petit « moi » en provoquant des sources de conflits à répétition, incitant l’égo à la confrontation permanente qu’elle soit intérieure ou extérieure. Lorsque cela est vu et compris la conscience prévaut annihilant toute aspérité négative. L’intuition éveillée de la Conscience comprend l’emprise de l’égo face aux imprévus de la vie. Car ce qui génère nos angoisses, c’est bien l’imprévu. Nous nous forgeons une vie de résistance et de stress en nous construisant sur un passé révolu et un futur inexistant qui tous les deux nous angoissent. Notre égo entretient subtilement cette peur. Dans le champ transcendantal de la conscience il n’y pas de résistance au développement de l’évolution de la vie. Dans une conscience réalisée, la vie devient un flot incessant de satisfactions.

















 

 

 

 

 

 

Chapitre 11

"Il n'existe rien de constant, si ce n'est le changement."
Bouddha

Après ces mois de transition, mes indemnités chômage venant des Etats-Unis allaient s’arrêter. Contrairement aux idées reçues, on reçoit des indemnités aussi aux Etats-Unis. À l’époque, elles étaient limitées à 9 mois. Je recevais alors $1800 mensuellement pendant cette période. Cette situation m’incitait à obtenir un nouvel emploi. En France, quand on ne possède pas de diplôme contrairement à d’autres pays, on est approximativement un paria ou un intouchable, ce qui représentait mon cas. Je devais contacter mes anciens collègues et surtout frapper à la bonne porte.
La Nature me montrait une fois de plus son soutien indéfectible. Au mois d’août 2003, sur une intuition, je sollicitais un ancien collègue de travail. Nous nous connaissions bien. J’avais eu l’occasion par le passé de rencontrer son management, des personnes particulièrement chaleureuses. Mon ami était responsable de grands comptes chez Powernext la nouvelle bourse de l’électricité. Celle-ci cherchait à étoffer son équipe commerciale. Leur direction venait de licencier une responsable de grands comptes qui n’avait pas correspondu au profil qu’il recherchait. Lorsque je l’appelais lui expliquant que je souhaitais postuler un emploi, il m’expliquait que ça tombait très bien. Un rendez-vous fut pris à la hâte pour le rencontrer avec son directeur commercial. Un jeune cadre dynamique très ouvert et vraiment amical. Tout s’enchaîna très vite. Nous nous mettions d’accord sur un salaire. Je ne me montrais pas trop gourmand souhaitant ne pas rater cette opportunité par des demandes salariales inconsidérées. Je savais que ce n’était pas comme une maison de courtage proposant des salaires mirobolants. Je pénétrais un univers distinct de développement commercial. Celui-ci me paraissait beaucoup plus technique. Surtout, cette nouvelle aventure m’intéressait. Après ce premier rendez-vous, on m’invitait à rencontrer tous les autres directeurs de l’entreprise pour qu’ils exposent leurs avis sur ma candidature au cours de brefs entretiens. En définitive, je devais conclure cette série par le PDG pour l’agrément final. Par chance, nous nous connaissions connaissais auparavant un peu. L’entretien avec lui fut rapide et cordial. Mon profil commercial semblait lui plaire, la cause était entendue. Tout se passa tranquillement. La chance me souriait. Les entreprises en France pour engager du personnel utilisent fréquemment une panoplie de tests psychologique ou bien organisent des entretiens en longueur disséquant la vie des candidats sans avouer de ce besoin d’employer des salariés bardés de diplômes. Parfois, ce processus prenait des semaines. Je témoignais à plusieurs reprises de ce rituel. Pour constater qu’invariablement cela ne servait pas à grand-chose. Au sein de Powernext, le fait de ne pas posséder de diplômes ne perturbait personne. Ma personnalité cadrait avec l’univers de cette entreprise. Surtout, mon expérience professionnelle parlait pour moi. Après deux semaines, j'acceptais un appel de mon nouveau directeur commercial. Tout était ficelé. Je pouvais commencer avec un salaire de base de 55 000 euros par an incluant la possibilité de primes annuelles. Cela me convenait parfaitement. Je recommençais une carrière comme responsable de grands comptes. Je devais tout apprendre sur ce nouveau marché de l’électricité. Celui-ci se développait rapidement à la suite de la déréglementation voulue par l'Union européenne pour engendrer une concurrence afin de faire abaisser les prix. Avant toute chose, mes premiers jours dans cette société me permettaient de redécouvrir le monde de l’entreprise en France et du fonctionnement du fameux modèle français. Muni d’un contrat, en bonne et due forme, je me rendais à la caisse d’allocations familiales ou l’organisme qui chapeautait mon RSA. Je leur signalais mon obtention d’un emploi bien rémunéré. A priori, ce revenu de 270 euros mensuels paraissait inutile voire même incongru. Mon interlocutrice très aimable par ailleurs me félicita chaleureusement pour cette réinsertion. En revanche, elle m’expliquait que ce versement allait durer 6 mois supplémentaires au cas où ma période d’essai ne se déroulerait pas correctement. Je la remerciais tout en étant interloqué insistant réellement pour ne plus percevoir ce montant qui à mon sens n’avait aucun sens économique ou social. Elle ne pouvait rien y faire. Elle appliquait rigoureusement la loi du moment. Donc, en plus de mon salaire, j’allais obtenir de l’Etat une sorte d’allocation de réemploi. Je pensais que la France marchait un peu sur la tête surtout revenant des Etats-Unis ou il faut réellement se débrouiller tout seul pour s’en sortir. Je commençais ma période d’essai. Elle consistait en une période de trois mois avec une extension éventuelle de trois mois supplémentaires. À mon arrivée, le directeur juridique de la société m’expliqua un peu tous les avantages sociaux dont les employés bénéficiaient. Mutuel, le plan épargne-retraite, vacances, RTT. La RTT représentait pour moi un avantage assez lunaire. Le gouvernement français avait décidé la semaine de 35 heure travaillée comme un maximum par salarié. Dans certaines industries, des dérogations étaient possibles pour les employés qui pour de raisons multiples devaient travailler fréquemment plus d’heures par semaines. Cependant, en compensation, ces employés acquéraient des jours de congé supplémentaires. Si bien qu’au lieu de bénéficier de cinq semaines de congé payé par année, je me retrouvais avec quasiment 8 semaines de vacances, ne parlons pas des fêtes et week-end prolongés dont notre pays est mondialement connu. Mon interlocuteur m’expliquant tout ceci voyant mon air un peu songeur s’amusait un peu de ma réaction. Il m’expliquait qu’effectivement le système était bien distinct qu’aux Etats-Unis. Puis pour conclure, il me déclara très sérieusement, de toute façon si tu passes la période d’essai, après, ce sera quasiment vain de te virer à moins d’avoir tué père et mère tout en me souhaitant longue vie et prospérité dans la société. Je débutais ma vie professionnelle en France sous les meilleurs auspices. Nous représentions une équipe composée de trois commerciaux, un responsable communication un responsable des données statistiques de marché et un collaborateur chargé de l’administratif. Lorsque j'arrivais dans cette société, nous étions un peu moins d’une vingtaine de cadres venant d’univers très divers. Les écoles prestigieuses étaient représentées avec l’ESSEC, les Mines, Sciences Po, quelques grandes écoles de commerce. Enfin l’école de la rue comprenait deux représentants. La majorité était plutôt assez jeune et très diplômées, car ce marché naissant de l’électricité très technique nécessitait de multiples compétences. Il fallait aussi être particulièrement bien informer sur le fonctionnement des réseaux électriques, le cheminement technique de l’Énergie. Être alimenté en électricité dans chaque foyer est une évidence pour tous en revanche, il y a en amont tout un travail de gestion des réseaux d’une grande complexité. Par ailleurs, l’ambition de notre PDG était de développer un véritable réseau européen en collaboration avec d’autres bourses de l’énergie européennes ayant vu le jour après les lois votées par Bruxelles. Le but de déréglementer ce marché consistait à provoquer une réduction des prix et d’encourager l’investissement dans la modernisation des réseaux et créer de véritables interconnexions entre les réseaux de pays limitrophes. La création d’une bourse de l’électricité devait générer un prix de référence pour les acheteurs et les vendeurs en évitant dans la mesure du possible des fluctuations irrationnelles des prix pouvant avoir un impact négatif sur les entreprises ou l’économie d’un pays. Le prix fixé du mégawatt tous les jours sur notre bourse permettait une meilleure visibilité des entreprises pour gérer le prix de l’énergie. Au début, je devais apprendre la structure de ce marché innovant, rencontrer les clients de notre société, apprendre l’univers réglementaire et légal, développer nos relations avec de nouveaux clients, participer à de nombreux forums ou congrès à travers l’Europe. Nous disposions d’un stand occupé par un commando de choc composé de commerciaux, juriste et ingénieur pour expliquer notre travail et développement. Pour notre fine équipe de commerciaux, il s’agissait durant ces grandes messes des marchés de l’énergie de rencontrer les traders pour les inciter à travailler sur notre plateforme de trading. Nous étions avant tout une bourse électronique, pas des brokers. D'autre part, notre statut juridique nous obligeait à respecter une logique de neutralité. Nous ne pouvions pas démarcher directement les clients à la façon des brokers. Il s’agissait de les inciter subtilement à travailler plus sur notre plateforme que celle de nos concurrents. Il y avait une réelle dimension technologique qui favorisait plus ou moins les intervenants à travailler plus avec une bourse qu’avec un broker. De plus, l’avantage de travailler avec nous représentait une garantie de confidentialité. Les noms des intervenants n’étaient jamais dévoilés pendant les heures d’ouverture ou en dehors de ces heures ouvertes aux transactions. Nous représentions un marché réglementé contrôlé directement par l’autorité des marchés financiers. Tous les systèmes de confirmation de transactions, les documents comptables, les ordres de livraisons étaient centralisés chez nous. Cependant, la nature humaine étant ce qu’elle est, un trader réagissait toujours positivement au contact humain préférant avoir un interlocuteur en chair et en os plutôt qu’un écran sans âme. La nécessité d’établir un contact humain avec nos contreparties paraissait évidente. J’avais été engagé avec une idée bien précise. Notre bourse qui était très compétitive sur le marché de l’électricité spot, c’est-à-dire pour simplifier un marché transactionnel au jour le jour, voulait se lancer dans celui du marché de contrats à terme. C’est-à-dire permettre aux intervenants d’acheter et vendre de l’électricité à plusieurs mois d'échéance en fixant un prix aujourd’hui. Ceci est une explication succincte pour expliquer un marché très complexe. Tout devait être organisé. Les aspects techniques, juridiques, le marketing commercial, comptable et technologique, étaient primordiaux. Tout cela demandait énormément de recherche, de travail et surtout une parfaite coordination entre toutes les équipes pour produire un projet fiable et compétitif. Après la validation du projet proposé par notre comité de direction et nos actionnaires, notre équipe de commerciaux partaient à la rencontre de nos principaux clients existants ou potentiels pour présenter nos propositions de développement. J’arrivai en septembre 2003, le marché à terme fut lancé en juin 2004. Ma période de trois mois d’essai considérée suffisante, je pouvais me lancer l’esprit totalement tranquille dans cette nouvelle aventure.
Nous nous préparions sans relâche à effectuer nos présentations Powerpoint pour nos clients avertis. Cela durerait plusieurs mois. Pour moi, c’était radicalement nouveau, car je devais quasiment tout apprendre. Que ce soit le juridique, l’aspect technologique ou même commercial, j’étais dans ces domaines bien particulier du marché de l’énergie un vrai néophyte. Grâce à la bienveillance et au soutien de mes collègues, tout se passa harmonieusement. Mon directeur commercial se montrait vraiment patient. Il possédait un don véritable de coaching. Je me rappelle encore durant nos voyages en avion de sa capacité pédagogique. A ces multiples occasions il me faisait répéter, disséquer nos présentations pour être parfaitement à l’aise avec ce jargon technique que je ne connaissais pas bien. Il fut d’une gentillesse extrême et véritablement très patiente. Durant cette période d’apprentissage à marches forcée, je sympathisais avec mes nouveaux collègues. Nous n’étions pas très nombreux. Des liens amicaux s’établissaient rapidement entre nous. Je me fis plusieurs amis dont particulièrement un qui à ce jour est resté un grand ami. David. Il sortait de Sciences Po. Il avait 25 ans, moi 45. Cette différence générationnelle ne signifiait pas grand-chose. David avait un humour décapant, une intelligence d’une finesse exceptionnelle, une adaptabilité hors du commun. Ce n’était pas à proprement parler un commercial. Cependant à force d’observer notre équipe de commerciaux travailler, il aimait se joindre à notre groupe qui était assez jovial toujours prêt à faire des plaisanteries pas forcément de bon gout. En revanche, nous participions activement à créer un peu de détente dans nos équipes travaillant sous pression constante pour faire avancer le développement de notre startup. De plus, lui-même connaissait généralement ses dossiers jusqu’au bout des ongles. Il apprenait et se procurait un réel plaisir de nous expliquer avec une patience considérable lorsque nous autres les plus anciens ne connaissions pas les réponses à des questions très techniques. Il était polyvalent. Il pouvait aller du juridique aux aspects techniques ou à la connaissance des marchés en un rien de temps. J’étais très impressionné par ses qualités professionnelles et relationnelles. Un jeune homme hors du commun. Depuis toutes ces années nous sommes en contact se procurant un réel plaisir à partager nos souvenirs ou nos projets à venir. Étant une start-up et une bourse réglementée nos frais de représentation et de voyage étaient tirés au cordeau. Lorsque j’étais broker ou directeur des projets aux Etats-Unis, je voyageais toujours en classe affaire business, séjournant  rarement dans un hôtel en dessous de cinq étoiles sans oublier des dépenses en invitations somptuaires. Là, c’était l’opposé. Nous bénéficiions d'un budget limité pour nos hôtels en fonction des pays visités. Nos invitations à déjeuner ou à diner respectaient aussi ces contraintes budgétaires, ce qui nous interdisait d’aller dans des restaurants haut de gamme. Je dois dire que parfois cela frisait le ridicule, car pour trouver des hôtels respectant notre budget nous devions parfois nous éloigner des centres-villes et dépenser une fortune en taxi équivalent à une chambre d’hôtel. Ceci se passa plusieurs fois particulièrement à Londres qui est une ville hors de prix. Nos concurrents brokers, que je connaissais bien, n'éprouvaient pas ce genre de problèmes dépensant allègrement leurs deniers. Nous nous en moquions. Nous représentions une équipe soudée et partagions de bons moments ensemble. À cette période, je parlais ouvertement de ma pratique de la Méditation Transcendantale. Contrairement aux années 1980, l’idée d’une pratique méditative était plus acceptée, mieux respectée en France. Un méditant n’était plus considéré comme un farfelu. Nous discutions de temps en temps de ce sujet. Deux de mes collègues finirent par apprendre la MT après une dizaine d’années d’échanges avec moi. Mieux vaut tard que jamais. L’un d’entre eux me confiait qu’il se demandait pourquoi lui-même n’avait pas appris avant. Ceci reste sans explication. Simplement les circonstances de la vie nous rendent plus prêt que d’autres à accomplir cette démarche. En voyageant à travers l’Europe, je méditais durant les heures de vol. Mes collègues me voyaient fermer les yeux. Ils savaient que je méditais. Ils me laissaient tranquilles avec un respect absolu. C’était extrêmement plaisant. Au sein de notre équipe, nous ressentions une méfiance extrême vis-à-vis des médias.
Nous constations à plusieurs reprises des articles reproduits dans la presse remplis d’erreurs. Parfois beaucoup de parti-pris sans véritable connaissance du fonctionnement du marché. Powernext représentait un symbole. En quelque sorte le bras armé de la déréglementation du marché de l’électricité en France. Notre PDG était fréquemment sollicité pour des interviews par la presse ou la télévision. Ce dernier était la seule habilité à répondre aux journalistes. Celui-ci disposait d'une expérience appréciable. Il savait qu’une phrase ou un commentaire isolé de leur contexte pouvaient être dévastateur pour la réputation de notre startup. Beaucoup en France s’opposaient à l’ouverture des marchés à la concurrence. Syndicats, hommes politiques, certains économistes criaient au scandale devant ce qu’ils appelaient le démantèlement du service public. Nous représentions un système qu'ils abhorraient. Comme en tout temps, il fallait aussi un bouc-émissaire. Lors de grèves au sein d’EDF, l’électricité dans notre immeuble était coupée, uniquement dans notre immeuble. Bien entendu à l’heure cruciale des cotations en bourse pour le prix de l’électricité. Tout était planifié pour perturber le marché. Avantageusement, nous possédions un groupe électrogène de back-up assurant la sécurité de nos opérations. Nous avons échappé ainsi à deux ou trois tentatives de sabotage. Une autre fois, des syndicalistes fracturèrent la porte de notre bureau pour protester. Ces derniers se montraient un peu énervés cependant pas extrêmement désagréables. En outre, ils ne saisissaient pas l'utilité d’une bourse de l’électricité. Ils avaient une rhétorique un peu passéiste. On représentait à leurs yeux le capitalisme financier. Nous aurions dû avoir honte d'exercer ce métier. Ils demeurèrent avec nous quelques heures, puis s’en allèrent vers la sortie le poing levé. Plusieurs grandes messes du monde de l’énergie se déroulaient chaque année à travers l’Europe. Nous y étions représentés systématiquement. La plus importante était à Essen en Allemagne. Cet évènement durait 3 jours et toutes les multinationales de l’industrie énergétique européennes y étaient présentes. Surtout dans ces années ou l’Europe voulait libéraliser le prix du marché chacun voulait participer activement au développement de cette nouvelle opportunité de croissance. Parallèlement, on parlait de plus en plus de bâtir un marché environnemental pour inciter les pays industriels à diminuer leurs émissions de CO2. Tous les intervenants voulaient être capables de prévoir ce qui allait se passer dans les années à venir. Gouverner, c’est prévoir dit l’adage, c’était assurément de circonstance. À Essen en dehors des contacts que nous établissions avec des clients potentiels, de grandes soirées étaient organisées chaque soir avec pour sponsors des énergéticiens majeurs. RWE, l’EDF allemand, chaque année faisaient office de sponsor. Pour nous, c’était une occasion favorable d'apercevoir nos amis traders ou brokers. Nous devions participer obligatoirement à ces évènements finissants souvent tard dans la nuit. Comme je ne buvais plus d’alcool depuis déjà quelques années, mes lendemains étaient assez faciles en revanche mes collègues avaient régulièrement besoin de petits-déjeuners vitaminés pour recouvrer un semblant de bonne mine. Assez singulièrement, en cette époque ou tout le monde nous parle de l'Union européenne, dans ces conférences en Allemagne en dehors des personnes impliquées dans les marchés internationaux, les visiteurs allemands du monde industriel ne parlaient qu'exceptionnellement l’anglais et très occasionnellement le français. Ces personnes étaient souvent très fières de ne pratiquer que l’allemand. Il y avait fréquemment des petits commentaires du genre, vous êtes en Allemagne, c’est à vous de pratiquer l’allemand, rarement exprimer avec agressivité, certainement toujours avec un peu de condescendance. Ceci illustrait à un niveau très basique la réalité des fossés culturels encore à combler pour une meilleure compréhension entre les peuples en Europe. On ne peut nier l’intégrité culturelle de chaque nation. Les langues, les coutumes, les comportements tout cela établis les fondements d’une nation. Vouloir uniformiser à tout prix une Europe sans respecter la diversité de chacun ne pourra amener que des déconvenues et incompréhensions. Dans la plupart mes voyages à travers l’Europe, je constatais cette forme de rejet chronique, presque inconscient. Tout demeure immanquablement une question de conscience. Pour obtenir une forme politique d’unité des nations, nous ne pouvons qu’accepter la diversité de chacun des individus qui la composent. La capacité de notre conscience individuelle à transcender le monde du mental est fondamental pour bâtir une union collective forte et réelle Les fondements du progrès de la croissance d’une société harmonieuse passant inévitablement par un individu épanoui. Aucune commission, aucune loi ne pourront en aucun cas obtenir une union sans croissance de la conscience individuelle, qui alors pourra s’exprimer en se développant dans la conscience collective. Nous allions de conférences en conférences au cours de l’année. L’ambiance au sein de notre équipe très chaleureuse. Je me faisais à ma nouvelle spécialité. C’était moins stressant que d’être broker à New-York, moins rémunérateur, mais c’était la France pas les Etats-Unis. Une culture distincte dans le monde du business. J’étais toujours un peu amusé quand j’entendais certains de mes collègues critiquer l’esprit de compétitivité des Américains. Comme si c’était une maladie redoutable. Deux de mes enfants ont été éduqués aux USA, près de New-York. Très tôt, on insuffle aux enfants un esprit de compétition. Cela se concrétise à travers la pratique du sport. Particulièrement le basket, le football américain ou le base-ball. J’ai cependant constaté que mes fils étaient parfaitement heureux de faire partis d’équipe qui gagnait et surtout qui n’aimait pas perdre. Cela ne veut nullement dire qu’ils étaient mauvais perdants. Non. Cela voulait dire qu’on jouait pour gagner, pas pour faire de la figuration. Je ne les ai jamais vu traumatisés par cette volonté de gagner ou de se faire battre à plate couture dans des compétitions diverses. Cet esprit, il se retrouve en grandissant que ce soit à l’université ou ailleurs. Je dois avouer que personnellement, je trouve que l’éducation reçue par mes enfants en Amérique a été plus épanouissante que celle reçu mes deux autres fils en France. Il m’a fallu deux années pour me réadapter au système français. Nullement au niveau de mon emploi. Je n’étais pas du tout dépaysé, car représentant une entreprise à vocation internationale, il y régnait une ouverture d’esprit plu grande que dans des entreprises plus tournées vers le marché intérieur. En fait le plus difficile était de ne pas bénéficier de la même qualité de service au quotidien qu’aux Etats-Unis. Attendre un temps infini pour acheter un timbre à la poste, des services sociaux débordés, une administration pléthorique d’une lenteur homérique. Et puis en 2003, les livraisons ou commandes de plats à emporter étaient quasi inexistants ou tout simplement de mauvaise qualité, le prix du litre d’essence totalement prohibitif, pour louer une voiture, c’était presque pire que d’aller à la poste, en fait la notion de service n’existait pas réellement pour faciliter le quotidien des citoyens. La modernisation de nos fâcheuses habitudes françaises allait se développer les années suivantes avec un heureux succès. En attendant, en France, j'éprouvais l’impression d’avoir réalisé un retour de dix années en arrière. Me renseignant auprès d’anciens expatriés qui avaient vécu longuement à New-York comme moi, invariablement, ils me répondaient, « il te faudra deux années pour te réadapter ». Souvent, leur épouse et leurs enfants souffraient le plus du retour dans la mère patrie. Ces derniers devenus rapidement bilingues profitaient du système américain plus adapté aux besoins de jeunes enfants ou adolescents. Plus de sports, plus d’activité parascolaires. Les épouses trouvaient plus de services pour s’occuper de leurs enfants. Plus de modernité en quelque sorte. J’étais réellement très critique vis-à-vis de mon pays et pas grand-chose ne trouvait grâce dans mon esprit. Je suppose que c’était une phase normale de réadaptation. De 2003 à fin 2007, je me glissais dans mon nouveau costume de commercial. L’ambiance était agréable, parfois, je m’ennuyais un peu, mais la Nature faisant une nouvelle fois bien les choses, une nouvelle opportunité se présenta pour me permettre d’avancer un peu dans mon évolution professionnelle. L'Union européenne souhaitait bâtir un marché de l’environnement basé sur des échanges de quotas de C02. Il s’agissait de créer des bourses permettant à des entreprises polluantes de gérer le risque d’émissions de CO2 en achetant ou en cédant des droits d’émission de gaz à effet de serre. L’actionnaire principale de Powernext représentait à l’époque Euronext, la bourse des valeurs disons classiques qui détenait des participations dans de nombreuses bourses européennes. Euronext souhaitait sortir du capital de Powernext pour constituer une bourse de l’environnement. Ne voulant pas établir une structure sans personnels qualifiés, Euronext commença à négocier avec les autres actionnaires une éventuelle sortie du capital. Auparavant, Powernext avait lancé avec succès un marché « spot » de CO2 sur sa plateforme de transaction. Des intervenants plus nombreux devenaient clients, générant un volume d’échange d’opérations de plus en plus considérable au quotidien. Étant particulièrement à l’aise avec ce produit, je m’impliquais de plus en plus et nombre de clients devenaient des amis. De plus, j’avais mis en place un système de mise en relation avec nos clients, nous l’appelions cela « animation de marché », à travers les messageries existantes, en l’occurrence Yahoo! messenger. Je parlais ainsi immédiatement avec les traders pour les inciter de la façon la plus neutre possible à traiter sur notre plateforme plutôt qu’une autre. Cela marchait au mieux. De ce succès assez net Euronext voulait en récolter les fruits en constituant cette nouvelle bourse de l’énergie. Powernext en même temps semblait vouloir se recentrer sur son modèle de développement initial, à savoir maîtriser le marché de l’électricité. Dans cette opération, Euronext ne voulait pas se lancer sans avoir négocié au préalable le transfert d’une équipe de cadres pour lancer ce marché avec succès. Après quelques interviews, négociations salariales et assurances de reprises des employés par Powernext en cas d’échec, une équipe fut composée pour lancer cette aventure inédite. La société naissante allait s’appeler Bluenext, un nouveau PDG serait nommé et quelques-uns d’entre nous quittèrent Powernext fin 2007. Nous-même étions rejoint par quelques personnes d’Euronext qui en profitait aussi pour se délaisser de certains membres de leur personnel devenus redondants. Une responsable juridique, un directeur financier, un responsable des opérations informatiques, une équipe de surveillance de marchés pour s’assurer de la régularité des transactions, tout ce petit monde se retrouvait avec l’équipe de Powernext dont je faisais partie, avec mon ami David, Thierry Carol, Pauline et quelques autres. La première surprise fut la nomination de notre nouveau PDG. Quand nous avons entendu son nom pour la première fois, notre satisfaction fut palpable. Il bénéficiait de la réputation d'être un spécialiste des marchés environnementaux et des contraintes réglementaires européennes. En revanche, il semblait ne posséder aucune notion de la diplomatie et de la gestion du personnel. Ce qui commença au début par un a priori positif des équipes, se transforma rapidement en une guerre ouverte entre lui et nous. Il était roumain exilé en occident après l’élimination de Ceausescu. La petite histoire moins glorieuse laissait entendre qu’il avait fui les purges de l’après-dictateur. Il possédait un caractère proche de l’imbuvable. Il s'adressait au staff comme à des domestiques. Il voulait imposer une méthode de travail qui correspondait plus à une forme de dictature façon 19e siècle. Un autocrate dans sa splendeur. Il se vantait de vouloir virer tout le personnel français qu’il considérait comme ingérable. Lors de meeting, nous assistions à des monologues interminables et des ordres de marche sans aucune discussion possible. Prestement, il demandait à notre directeur commercial, Thierry et à notre directeur financier, Jean-Pierre de pointer le matin en lui signalant leur arrivée au bureau. Comme à l’usine. C’était le gag, car cela s'entend, personne ne pouvait accepter de se voir traiter comme des enfants de l’école maternelle. Nous les soutenions totalement. Le staff dans son ensemble se trouvait liguer contre lui. Paradoxalement, nous rions beaucoup de cette situation. Les meetings hebdomadaires devenaient des crises de fou rire monumentales, car notre directeur financier qui avait un tempérament plutôt indépendant devait se contrôler pour ne pas exploser face à notre Roumain. David et moi durant ces moments le regardions goguenards lui demandant suavement si quelque chose le dérangeait. Ainsi, il se levait le visage tout rouge, nous invitant à ne pas en rajouter, ce qu’évidemment nous nous empressions de ne pas faire. Notre PDG voyant bien que nous nous fichions de lui allègrement commençait lui aussi à maudire le monde dans toutes les langues. Il se levait pour déserter la salle de réunion en maudissant tous les Français de la planète. Nous nous trouvions dans une situation ubuesque. Évidemment, nous n'adoptions nullement les recommandations de notre PDG. Nous avions constitué une sorte de directorat bis. Une obstruction systématique à tout ce qui venait de notre directeur général voyait le jour. Simultanément, notre modèle de développement fonctionnait convenablement. Nous commencions à avoir un peu de volume transactionnel sur notre plateforme. En dehors de notre PDG, nous partagions entre nous une véritable complicité. David et moi étions intouchables. David occupait le poste de directeur des projets, probablement l’un des meilleurs d’Europe, Personnellement, je dynamisais avec un réel succès les volumes de transactions et donc les commissions nous permettant d’aller de l’avant avec une assise financière tout à fait correcte pour notre début d’activité. Notre Directeur Général faisait face à un problème d’égo insurmontable. Il venait d’un autre siècle et ne savait pas s’adapter à son nouvel emploi. Il déclenchait des conflits sans aucune justification juste pour faire preuve de son autorité, ce qui nous faisait bien rigoler. Voir nos sourires narquois devait certainement l’exaspérer au plus haut point. Le matin en arrivant nous avions régulièrement un meeting improvisé entre Jean-Pierre, David parfois Thierry et moi-même pour envisager la suite des évènements. Une décision fut prise brièvement d’un commun accord. Se débarrasser au plus vite de notre ami Roumain surnommé méchamment Ceausescu par tout le staff. Il devenait de plus en plus irascible, ne sortait pratiquement plus de son bureau, voulait virer tout le monde. Grâce à Jean-Pierre et notre vigilance, nous allions préserver quelques emplois en danger de suppression express par notre leader Maximo. Après quelques mois, Thierry en a eu assez. Une opportunité se présentait. Il la saisit et nous quitta. Peu de temps après une guerre de tranchées avec notre PDG, notre actionnaire principal se décida à s’en séparer. Ce fut un soulagement pour nous tous. Dans le même souffle, on ne se satisfait pas du malheur des autres. Notre PDG, avec qui j’avais des relations diplomatiquement décentes, m’invita à déjeuner pour vider son sac en quelque sorte. Il présenta son point de vue. C’était cordial. Rien d’agressif. Je tentais de lui expliquer qu’en France, gérer le personnel comme il le faisait menait irrémédiablement à une révolte collective. Il n’avait pas à trouver les mots ou les actions pour constituer un groupe cohérent. Il ne voulait pas le voir. Il partait abattu et amer. C’est vrai que j’ai éprouvé de la compassion pour lui. Sa tristesse palpable faisait peine à constater. Jean-Pierre fut nommé Directeur Général par intérim en attendant la nomination d’un autre PDG. Pour moi, ce fut de nouveau un de ces petits clins d’œil de la nature. Thierry détenait le poste de directeur commercial, hiérarchiquement mon supérieur direct. Son départ allait m’ouvrir la voie pour une opportunité inespérée. Un matin, en arrivant tranquillement au bureau, Jean-Pierre m’invita à avaler un café dans son bureau. On s’entendait bien. On partageait la même volonté d'obtenir une situation apaisée dans l'entreprise. Après quelques minutes de discussion détendue, il me proposa d'envisager d'exercer le poste de Thierry comme directeur commercial. Ma première réaction fut l’étonnement. Je ne me pensais pas capable d'être titulaire de ce poste. Je lui demandais de réfléchir un peu. Un doute m’envahissait. Clairement, cette proposition alléchante m’intéressait. Sincèrement, je ne me sentais pas techniquement à la hauteur dans de nombreux domaines. Je le disais très ouvertement à Jean-Pierre. Il me rassura. Il m’expliquait que j’apprendrais vite. Tout compte fait, je rencontrais Thierry pour lui solliciter son avis. Il me demandait pourquoi j’hésitais, surtout que ce n’était pas mon tempérament de refuser un défi. Mon ami David aussi m’encourageait à aller de l’avant. Quelques jours plus tard, j’acceptais l’offre de Jean-Pierre. Ce nouvel entretien fut une surprise de taille. Je disais à Jean-Pierre que je le remerciais vivement de cette opportunité. Il m'interrogea sur mes prétentions salariales. Là encore, il me surprenait. Je percevais 80 000 euros par an. Connaissant la politique salariale de Powernext plutôt conservatrice, je requérais 87 000 euros. Dans mon esprit, cela ne servait à rien d’être trop gourmand. Jean-Pierre esquissa un sourire me déclarant que mon salaire serait de 110 000 euros par an. Je restais silencieux et totalement estomaqué. Il venait de m’augmenter de 30 000 euros par an en une seconde. Je venais de gagner un petit loto d’une façon totalement imprévue. Il me parapha rapidement mon nouveau contrat. Je n’avais plus qu’à me montrer à la hauteur de sa confiance et de ne pas me décevoir non plus. Étant assez compétitif, je me sentais une obligation de réussite. Débuta alors une période tumultueuse. J’enfilais rapidement mon nouveau costume de directeur commercial. Je disposais d'une équipe de 5 collaborateurs. En réalité je les considérais plus comme des camarades ou amis que des collaborateurs. Nous-même devions élargir notre base de clients intervenant sur notre plateforme de trading. Nous étions le premier marché spot européen, il nous fallait lancer un marché à terme. . David et son équipe y travaillaient d’arrache-pied. Nous affrontions un problème de timing. Un de nos concurrents avait déjà lancé ce marché avec succès. On arrivait un peu comme un cheveu sur la soupe. Néanmoins, après quelques mois, nous établissions à notre tour ce marché à la disposition de nos clients. Par la suite, nous ne pûmes percer sur ce créneau. Les traders acquièrent des habitudes. Dans leur esprit, Bluenext représentait le marché spot, notre concurrent ICE, le marché à terme. Chacune des plateformes détenait sa part de marché. Ils s’en trouvaient satisfaits. Ils scindaient leurs activités entre nos deux sociétés. Simultanément, je voyageais à travers le monde pour présenter Bluenext lors de conférence internationale. Ce marché naissant du CO2 intriguait le monde de la finance. Nous espérions voir les Etats-Unis se joindre à son développement malgré les climato sceptiques, très influents. Nous allions très fréquemment dans des conférences à Washington, San Diego, San Francisco, nous pensions sentir un frémissement. Entre autres, Al Gore était un avocat très vocal pour décrire le changement climatique et ses dangers même si visiblement, il ne concevait pas très bien les mécanismes de notre marché européen. En définitive, l’Amérique allait rester en dehors du coup. En Asie, quelques pays s’intéressaient de près à ce produit novateur. La Corée du Sud et la Chine en particulier étudiaient une éventuelle collaboration avec les intervenants européens. Lors d’une conférence à Séoul pour présenter Bluenext, un des participants, le directeur général de la bourse de l’environnement à Pékin, vint à ma rencontre en compagnie de son interprète. Nous échangions quelques mots puis il me demanda si je serai intéressé de venir lors d’une conférence à Pékin pour présenter notre société. Je répondis par l’affirmative sans me douter à quel point, je venais de m’engager. À peine de retour à Paris, j'accusais réception d'une lettre officielle d’invitation du gouvernement chinois pour être partie prenante d’une conférence trois semaines plus tard. Dans cette invitation, une lettre de recommandation pour aller chercher mon visa dans les plus brefs délais. Je réservais mon avion et hôtel. Je m’envolais pour la Chine. Ce fut un voyage exceptionnel à titre professionnel et personnel. Arrivant à Pékin, à la sortie de l’avion une hôtesse et un chauffeur en livrée m’accueillaient pour me permettre d’être débarrassé rapidement des formalités douanières. Ils me conduisirent immédiatement à la bourse de Pékin. En entrant dans la salle spacieuse regroupant les opérateurs le panneau lumineux servant à inscrire d’habitude les ordres de bourse affichait en lettres colorées un mot de bienvenue à mon nom, à notre société et je me retrouvais aligné avec la direction pour une série de photo et prise de vue TV. Après ces quelques minutes de prises de contact, on m’emmena dans un bureau pour rencontrer le Président de la bourse de Pékin. C’était un peu surréaliste. De grands fauteuils se trouvaient installée côte à côte, comme ceux que l’on peut visionner dans les anciens documentaires où on pouvait observer les rencontres entre grands dirigeants chinois et étrangers. Non pas que j’étais un grand dirigeant cependant le cadre semblait être planté comme répliqué à l’infini. Les caméras de télévision prêtes à nous filmer, l’interprète assis près de moi sur un petit tabouret, tout paraissait être organiser au millimètre. Nous commencions à échanger quelques mondanités, abordions le sujet incontournable du réchauffement climatique, de l’importance de la coopération entre les nations pour enfin terminer sur une éventuelle collaboration entre Bluenext et la bourse de Pékin. C’était d’une simplicité enfantine. Après cette rencontre au demeurant très sympathique, j’allais à mon hôtel me reposer avant d'entamer un parcours du combattant de quelques jours. Je devais former le staff de la bourse de Pékin à notre modèle de marché, en expliquer tout le fonctionnement. Ces jeunes Chinois étaient tout simplement brillants et sympathiques. Nous étions confrontés à une traduction simultanée plutôt déficiente. Leur interprète, ne connaissant pas forcément les termes techniques en anglais que j’employais, il lui était malaisé d’expliquer exactement à ses collègues. De ce fait, nous avons dû recommencer 3 ou 4 fois la même présentation pour aboutir à nos fins. Tout ceci dans une ambiance très convivial. Le soir, une réception se déroulait avec de nombreux invités. Je représentais Bluenext. On m’installait à côté un d’Australien, président de la bourse de l’environnement australienne avec qui je sympathisais très vite. Il connaissait très bien nos interlocuteurs ce qui me permis d’obtenir des informations fortes utiles pour la suite de mon périple chinois. Mon séjour se déroulait pour le mieux. J’effectuais ma présentation durant la conférence. Le lendemain ma photo avec la copie de mon discours était diffusées sur l'internet dans toute la Chine. Nous entamions des pourparlers pour créer les conditions d’une collaboration éventuelle entre Bluenext et la bourse de Pékin. Par la suite, cette étape ne serait plus uniquement de mon ressort. Notre PDG et le reste du comité de direction dont je faisais partie travailleraient de concert pour concrétiser ce projet. Nous devions planifier quelques allers-retours à plusieurs entre Paris et Pékin. L’un d’entre d’eux fut rempli d’imprévus. Allant là-bas pour 3 jours, notre directeur de projet, mon ami David, un de ces collaborateurs Pierre et notre président Serge récemment intronisé allions finalement être bloqués une semaine à cause de l’irruption d’un volcan Islandais. Tous les vols à travers le monde étaient annulés. Nous étions installés au Ritz-Carlton de Pékin. Il y a un pire endroit comme confinement forcé. N'obtenant aucun rendez-vous supplémentaire, notre Président décida de nous emmener faire du tourisme. Muraille de chine, balade dans Pékin, massage de pieds, restaurants gastronomiques, nous passions un excellent séjour devenu un voyage d’agrément. Notre équipe s’entendant à merveille, nous avions de francs moments de réjouissances à partager. Après ce séjour plus ou moins imposé par la Nature, nous rentrions à Paris. Nos amis chinois vinrent en délégation en France pour nous rencontrer quelques semaines plus tard. Ils débarquèrent en pleine période de conflits sociaux et de grève dans les transports. Ils manifestaient une réelle inquiétude. Étaient-ils en sécurité au pays des Gaulois ? Nous les emmenions déjeuner au Jules Verne, le restaurant de la Tour Eiffel. L’un de leur jeune dirigeant assis à côté de moi me posait beaucoup de questions sur notre pays. Sur les syndicats, le service public, le droit de grève. Après une heure de séance de questions, réponses, mon interlocuteur conclut avec un grand sourire qu’en fait la France était plus communiste que la Chine. Il en était ravi. Malencontreusement, l’ambiance au sein de notre société allait se détériorer. Un de nos dirigeants ayant son cerveau plus dans son pantalon que dans sa tête s’était épris d’une nouvelle employée. Elle avait été engagée à un poste subalterne avec un contrat correspondant. Cependant poursuivie de façon assidue par ce dirigeant, elle cédait aux sirènes du péché de la chair. Du jour au lendemain cette personne se retrouvait catapultée directrice des ressources humaines et trésorière de la société. Elle bénéficiait d'un effet d’aubaine. Tout le monde étant conscient de cette situation, un sentiment indéniable d’injustice voyait le jour et deux clans en opposition frontale prenaient forme au sein de la société. Ceux qui fermaient les yeux sur cette promotion canapé et ceux qui ne l’acceptaient pas. Ce qui était dommage, car cette situation allait empoisonner l’ambiance durablement. La responsable presque malgré elle de cette situation incongrue commença à se prendre pour la reine Cléopâtre pensant probablement qu’elle serait prochainement directrice adjointe. Pour faire court, après quelques mois de tension, le dirigeant coupable fut licencié. Un autre directeur général fut nommé. Très rapidement, celui-ci constatait les dégâts et mettait les pendules à l’heure. Cléopâtre partait à son tour. En toute franchise, sa faute n’était pas tant d’avoir accepté ces promotions. Après tout, elle bénéficiait de la faiblesse coupable de son amant. C’était plutôt son attitude devenue soudainement très hautaine, condescendante et parfois très vindicative avec les autres membres du staff. La situation rétablie, nous pouvions essayer d’avancer.






Chapitre 12
"Commettre une faute et ne pas s’en corriger, c’est là la vraie faute !
Kid Confucius



Durant ces quelques années à Bluenext en dehors des péripéties ou problèmes inhérents à la vie en entreprise, nous allions être le témoin et les lanceurs d’alerte d'une escroquerie dépassant de loin celles de ces cinquante dernières années dans le monde de la finance. Ce fut un détournement de TVA au profit de multiples réseaux d’escrocs à travers l’Europe. Le préjudice pour la France s’éleva à une estimation d’1,6 milliards d’euros. A l’échelle de l’Europe, on parla de 6 milliards d’euros au plus bas à 20 milliards au plus haut. Comment cela fut-il réalisable ? Au début du lancement du marché de l’environnement, Bruxelles et ses spécialistes avaient juridiquement développé un système qui présentait une faille. Les spécialistes de l’escroquerie à la TVA s'en aperçurent rapidement. Il était réalisable d’effectuer des transactions à travers l’Europe de façon tout à fait licite. On pouvait notamment acheter des permis à polluer sans TVA et les revendre avec TVA à travers l'Union européenne. Et illégalement bien entendu, la TVA due aux caisses des états partait sur des comptes off-shore ou dans des comptes très loin de l’hexagone. Personne n’en voyait la couleur sauf ces malfrats devenus milliardaire du jour au lendemain sans vraiment prendre beaucoup de risques. C’était plus juteux que d’attaquer un fourgon blindé d’autre part les peines encourues sur ce type de fraude étaient beaucoup moins sévères. Il y a eu certainement un vol de vaste envergure, mais pas de violence dans la plupart des cas. Notre directeur financier, qui représentait un vétéran briscard des marchés boursiers, avait pressenti relativement tôt que quelque chose ne tournait pas rond. Il le signalait aux autorités de tutelle. En guettant une réaction à venir le marché battait son plein. Les volumes de transactions explosaient. De nombreux courtiers aux noms les plus exotiques les uns que les autres devenaient des intermédiaires pour des sociétés fictives qui s’employaient à voler le fisc. La réaction des gouvernements et services concernés tardait un peu. Probablement la lenteur bureaucratique. De plus, chaque pays avait une appréciation différente de la situation. Nous avions un client autrichien intermédiaire de petites sociétés clairement actives dans cette fraude à grande échelle. Les services du fisc autrichiens lancèrent une investigation et effectuèrent un contrôle fiscal au sein de cette société pour ne rien trouver de répréhensible. Ce qui était exact juridiquement parlant. Cette société exécutait des ordres pour le compte d’autres sociétés puis prenait des commissions. Le fait que ses clients étaient malhonnêtes n’était pas selon le fisc autrichien de sa responsabilité. En France, en revanche, l’interprétation de leur responsabilité était divergente. Certains furent poursuivis, condamnés en première instance, mais relaxé en appel. Il y avait une ligne à définir entre la responsabilité juridique et l’éthique. On leur reprochait d’avoir encaissé des millions d’euros de commission en facilitant une escroquerie fiscale à grande échelle. Ils semblaient être juridiquement innocents, mais éthiquement condamnable. Il y a fort à parier que ces courtiers devenus millionnaires du jour au lendemain savaient parfaitement de quoi il retournait. Peut-être pas dès les premières semaines de leur activité, mais certainement qu’en entendant toutes les rumeurs circulant sur le marché, ils ne pouvaient pas ne pas savoir. Quelques années après avoir renoncé au monde des marchés l’un de ces intermédiaires avouèrent à un de mes contacts qu’il avait empoché 150 millions d’euros en commission en moins de 12 mois. Quant au propriétaire de la société autrichienne au demeurant fort sympathique, il quitta l'Autriche avec sa famille pour s’installer en Australie pour assouvir sa passion du surf. Je le rencontrais fortuitement à Sydney lors d’une conférence. Je lui parlais très ouvertement de ce qui s’était passé sur cette fraude à la TVA. À ma surprise totale, il sembla tombé des nues. Pour lui, il n’avait fait que percevoir ses commissions, le fisc autrichien l’avait contrôlé, le reste n’était pas réellement de son ressort. Il ne se considérait pas responsable. À ses yeux ceux qui avaient mal ficelé la mise en place du marché devaient en assumer la pleine responsabilité. Maintenant il était bronzé, millionnaire et heureux. Sa société existe cependant en Autriche offrant des produits financiers sur-mesure pour gérer le risque environnemental. De nombreux clients de ces intermédiaires furent arrêtés et condamnés par la justice plus ou moins sévèrement au regard des conséquences de leurs actions. Lors du procès un de ces malfrats avouait avoir bénéficié d'un effet d’aubaine. Un peu comme une Ferrari qu’on aurait garé devant chez lui avec la clef de contact, il suffisait de se servir. Peu de risques pour récolter beaucoup d’argent frais. Cette situation logeait tout le personnel de Bluenext sous pression. Notre start up devait poursuivre son activité pour s’agrandir rapidement. Deux groupes s’opposaient en sein de l’entreprise. Le développement des projets et la direction commerciale étaient confrontés continuellement avec le service juridique et administratif. Après quelques mois, voyant l’ambiance se détériorer, je contactais le syndicat CGC pour devenir responsable de section syndicale. Pressentant une petite cabale se mettre en place contre moi et mes collaborateurs, je cherchais une façon de me protéger. Ceci fait, cela calma tout le monde. Par la même occasion 5 de mes autres collègues me rejoignaient au syndicat. Nous nous syndiquions aussi pour riposter au comportement de certains des cadres de notre société. Leur manière, de gérer leurs équipes s’apparentait à du harcèlement psychologique. Nous étions témoins à plusieurs reprises de ces attitudes blessantes souvent totalement gratuites. Le plus ironique était de distinguer les conversations de ces personnes à notre cafétéria se qualifiant de gauche. Visiblement, elles n’avaient pas entendu parlées des mots solidarité, compassion, tolérance. Du reste, l’une d’entre elle furieuse d’apprendre mon inscription au syndicat se déplaça spécialement au bureau du syndicat pour déclencher un petit scandale. Elle fut reçue par le directeur CGC des marchés financiers avec fermeté. Il s’était renseigné sur elle, pas uniquement par moi ne prenant pas à juste titre ma parole pour argent comptant après tout, il ne me connaissait pas. Après ce bref épisode, je m’installais dans une confortable sérénité partagée mes collègues. Enfin, finalement débarrassé des fauteurs de troubles, un nouveau directeur général digne de ce nom nous rejoignait. Un vrai Monsieur du monde la finance, droit, honnête et intelligent. Immédiatement, l’équipe de David et la mienne accrochaient avec sa personnalité. Extrêmement ouvert, il commençait par jauger le terrain. Étant de nature assez volontaire, je le rencontrais rapidement en tête-à-tête pour lui décrire la situation globale de l’ambiance. Il fut assez surpris pour dire le moins. Comme le directeur de la CGC l’avait fait précédemment, il allait effectuer son enquête pour apprécier la situation dans son ensemble. Ce qui l’aida dans ses conclusions fut l’attitude très hostile des cadres que j’avais très clairement dénoncé comme étant des personnes fort peu sympathiques. Le Directeur Général précédent représentait un leur allié. Au lieu d’attendre calmement le déroulement des opérations, ils se sentirent dans l’obligation de lancer un ultimatum au nouveau patron des lieux. Ils se considéraient les vrais maitres de la place. Ce serait eux ou lui. Prestement, ce furent eux au soulagement infini de la plupart des collaborateurs de l’entreprise. Cependant, la situation courante du marché se détériorait. Cette escroquerie à grande échelle ébranlait la confiance des intervenants. Des déclarations à l'emporte-pièce de quelques technocrates à Bruxelles provoquaient occasionnellement des mouvements intempestifs sur les fluctuations des cours de la tonne de CO2. Ils ajoutaient davantage plus d’instabilité dans la conscience des cambistes. De plus la crise économique frappant le monde ralentissait les velléités des gouvernements à créer un marché environnemental qui risquait clairement de couter beaucoup d’argent aux entreprises polluantes au risque de générer des pertes d’emploi. Dans ce contexte, les volumes baissaient, beaucoup d’intervenants préférant se retirer du marché. La confiance était perdue. De notre côté nous essayions tant bien que mal de maintenir le bateau à flot. Une société américaine s’intéressait à nous. Une fusion éventuelle fut envisagée. Un rachat par notre ancienne maison mère aussi. Pourtant, rien ne semblait aller dans le bon sens. Cette escroquerie à la TVA dont on commençait à entendre parler abondamment dans les médias paraissait avoir sonné le glas pour quelques années du marché de l’environnement. Le plus surprenant venait d’ailleurs de la quasi-indifférence de l’opinion publique ou des hommes politiques. Des milliards d’euros évaporés des dizaines de personnes s’étaient enrichies sur le dos des contribuables sans vergogne pourtant tout le monde restait silencieux. On avait lynché médiatiquement pour moins que ça des hommes politiques ou des vedettes de sport pour avoir établi leur résidence fiscale à l’étranger. Les juges d’instruction nommés accomplissaient leur travail consciencieusement pour tenter de récupérer un peu de la manne évaporée. Le reste du monde s’en moquait. Je me suis fréquemment formulé la question, pourquoi cette indifférence ? Éventuellement, l’étendue de l’escroquerie avait enrichi tellement de personnes mêmes très honnêtes ayant investi de bonne foi dans ce produit financier, que personne ne souhaitait véritablement connaitre en profondeur la vérité sur cette escroquerie. Par ailleurs, la fraude à la TVA représente un mal endémique qui grève 100 milliards d’euros des pays de l’UE chaque année, alors un peu plus ou un peu moins ? Étant directeur commercial de Bluenext, connaissant la majorité de nos clients, je fus appelé à témoigner devant le juge d’instruction chargé de dénouer certaines de ces affaires. De ce fait, je rencontrais le juge Van Ruymbeke. Ce juge de notoriété nationale traitant de multiples dossiers sensibles impliquant des personnalités du monde de la finance ou politique se montrait très affable. Je devais aider à identifier certains des intervenants douteux maintenus en détention préventive. Ma première rencontre avec l’un de ces protagonistes fut assez surréaliste. Mon rôle se limitait à répondre aux questions éventuelles du juge d’instruction ou des avocats du suspect. Qu’elle n’était pas ma surprise de voir entrer le détenu avec trois avocats tous fameux ténors du barreau de Paris. L’un entre eux défendait un homme politique très connu apparaissant régulièrement dans les médias. Le prévenu ? Je ne le connaissais pas en revanche, il semblait être sorti tout droit d’un roman policier de série B. Plutôt assez jeune, très gentil, un accent très prononcé du quartier du « sentier ». Une question claire effleurait mon esprit, comment cette personne avait-elle pu voler des centaines de millions d’euros pendant des mois sans éveiller l’attention. Visiblement, il n’était pas nécessaire de sortir de Polytechnique pour être très ingénieux. On marchait un peu sur la tête. L’adage se confirmait, l’habit ne faisait pas le moine. Très tranquillement, il entrait dans le bureau de Monsieur Van Ruymbeke un peu comme on rentre chez soi. Me serrant la main avec un grand sourire, il savait que je ne le reconnaitrais pas pour la raison essentielle que nous ne nous étions rencontrés. Il s'adressait à Mr le juge comme on parle à un ami de longue date. Le juge le remit un peu à sa place plutôt gentiment. Pour la première fois de mon existence, j’assistais à l’interrogatoire d’un malfrat. J’admirais en silence cette joute entre les avocats et le juge d’instruction. Le jeu de questions-réponses me fascinait. Le juge pendant près de 2 h 30 jouait au chat et à la souris. Les avocats tentant de faire dérailler les pièges tendus par le juge. Je dois avouer que les deux côtés étaient impressionnants d’intelligence.
Je voudrais ajouter mon étonnement en constatant l’état du bureau de Mr Van Ruymbeke. Les dossiers s’étalaient, bien rangés cependant dans des espaces exigus. Nous nous calions avec difficulté dans un espace très réduit juste suffisant pour ranger les chaises de tous les protagonistes de cette réunion. Sa collaboratrice coincée à son bureau tachait tant bien que mal de bouger sans se cogner contre les armoires avoisinantes. Cela donnait une idée des moyens accordés à nos juges pour exercer leur métier proprement. Après ce premier entretien, ou ma contribution fut limitée, on me convoquait à nouveau quelques mois plus tard pour tenter de reconnaitre sur de multiples planches de photos un suspect éventuel. Cette fois-ci, j’en identifiais un, cela étant confirmé par un de mes collègues ayant eu l’occasion de le rencontrer lors d’un déjeuner. L’inspecteur de police chargé de l’enquête émit un soupir de satisfaction. Il recherchait assidument cette personne depuis des mois, il atteignait enfin son but. Je retournais chez le juge d’instruction pour officialiser mon témoignage en présence de l’accusé. Ce fut chose faite. Son avocat par des questions agressives essayait de me déstabiliser. Sans succès, il fut remis à sa place par le juge lui rappelant qui demeurait l’accusé. Le suspect étant reconnu par deux témoins allait devoir s’expliquer sur son éventuelle implication dans cette escroquerie internationale. J’appris un peu plus tard que j’avais été mis sur écoute téléphonique par la police, ainsi que d’autres cadres de l’entreprise. Étant directeur commercial, connaissant la majorité de nos clients, j’étais vraisemblablement dans la liste des premiers suspects de complicité. Cela ne me choquait pas et m’inquiétait encore moins. Il fallait bien que les enquêteurs accomplissent leur travail. Tous ces évènements allaient amener lentement, mais sûrement Bluenext vers sa fermeture.

personnes s’étaient enrichies sur le dos des contribuables sans vergogne pourtant tout le monde restait silencieux. On avait lynché médiatiquement pour moins que ça des hommes politiques ou des vedettes de sport pour avoir établi leur résidence fiscale à l’étranger. Les juges d’instruction nommés accomplissaient leur travail consciencieusement pour tenter de récupérer un peu de la manne évaporée. Le reste du monde s’en moquait. Je me suis fréquemment formulé la question à savoir pourquoi cette indifférence ? Éventuellement l’étendue de l’escroquerie avait enrichi tellement de personnes mêmes très honnêtes ayant investi de bonne foi dans ce produit financier, que personne ne souhaitait véritablement connaitre en profondeur la vérité sur cette escroquerie. Par ailleurs, la fraude à la TVA représente un mal endémique qui grève 100 milliards d’euros des pays de l’UE chaque année, alors un peu plus ou un peu moins ? Étant directeur commercial de Bluenext, connaissant la majorité de nos clients, je fus appelé à témoigner devant le juge d’instruction chargé de dénouer certaines de ces affaires. De ce fait, je rencontrais le juge Van Ruymbeke. Ce juge de notoriété nationale traitant de multiples dossiers sensibles impliquant des personnalités du monde de la finance ou politique se montrait très affable. Je devais aider à identifier certains des intervenants douteux maintenus en détention préventive. Ma première rencontre avec l’un de ces protagonistes fut assez surréaliste. Mon rôle se limitait à répondre aux questions éventuelles du juge d’instruction ou des avocats du suspect. Qu’elle n’était pas ma surprise de voir entrer le détenu avec trois avocats tous fameux ténors du barreau de Paris. L’entre eux défendait un homme politique très connu apparaissant régulièrement dans les médias. Le prévenu ? Je ne le connaissais pas en revanche il semblait être sorti tout droit d’un roman policier de série B. Plutôt assez jeune, très gentil, un accent très prononcé du quartier du « sentier ». Une question évidente effleurait mon esprit, comment cette personne avait -elle pu dérober des centaines de millions d’euros pendant des mois sans éveiller l’attention. Visiblement, il n’était pas nécessaire de sortir de Polytechnique pour être très ingénieux. On marchait un peu sur la tête. L’adage se confirmait, l’habit ne faisait pas le moine. Très tranquillement, il entrait dans le bureau de Monsieur Van Ruymbeke un peu comme on rentre chez soi. Me serrant la main avec un grand sourire, il savait que je ne le reconnaitrais pas pour la simple raison que nous ne nous étions rencontrés. Il s'adressait à Mr le juge comme on parle à un ami de longue date. Le juge le remit un peu à sa place plutôt gentiment. Pour la première fois de mon existence j’assistais à l’interrogatoire d’un malfrat. J’admirais en silence cette joute entre les avocats et le juge d’instruction. Le jeu de questions-réponses me fascinait. Le juge pendant près de 2 h 30 jouait au chat et à la souris. Les avocats tentant de faire dérailler les pièges tendus par le juge. Je dois avouer que les deux côtés étaient impressionnants d’intelligence. Je voudrais ajouter mon étonnement en constatant l’état du bureau de Mr Van Ruymbeke. Les dossiers s’étalaient, bien rangés cependant dans des espaces exigus. Nous nous calions avec difficulté dans un espace très réduit juste suffisant pour caser les chaises de tous les protagonistes de cette réunion. Sa collaboratrice coincée à son bureau tachait tant bien que mal de bouger sans se cogner contre les armoires avoisinantes. Cela donnait une idée des moyens accordés à nos juges pour exercer leur métier proprement. Après ce premier entretien, ou ma contribution fut limitée, on me convoquait à nouveau quelques mois plus tard pour tenter de reconnaitre sur de multiples planches de photos un suspect éventuel. Cette fois-ci, j’en identifiais un, cela étant confirmé par un de mes collègues ayant eu l’occasion de le rencontrer lors d’un déjeuner. L’inspecteur de police chargé de l’enquête émis un soupir de satisfaction. Il recherchait assidument cette personne depuis des mois, il atteignait enfin son but. Je retournais chez le juge d’instruction pour officialiser mon témoignage en présence de l’accusé. Ce fut chose faite. Son avocat par des questions agressives essayait de me déstabiliser. Sans succès, il fut remis à sa place par le juge lui rappelant qui était l’accusé. Le suspect étant reconnu par deux témoins allait devoir s’expliquer sur son éventuelle implication dans cette escroquerie internationale. J’appris un peu plus tard que j’avais été mis sur écoute téléphonique par la police, ainsi que d’autres cadres de l’entreprise. Étant directeur commercial, connaissant la majorité de nos clients, j’étais vraisemblablement dans la liste des premiers suspects de complicité. Cela ne me choquait pas et m’inquiétait encore moins. Il fallait bien que les enquêteurs accomplissent leur travail. Tous ces évènements allaient amener lentement, mais sûrement Bluenext vers sa fermeture. Après un dernier tour d’honneur en essayant de créer une joint-venture avec la bourse de l’énergie franco-allemande qui échoua après quelques semaines de négociations, la décision fut prise de mettre en cessation d’activité Bluenext. Notre maison mère étant Euronext, qui jouissaient de la réputation d’offrir des packages particulièrement avantageux pour des salariés devant quitté leur emploi, les négociations commencèrent entre le délégué syndical et la direction. Chacun percevrait une compensation financière en fonction de son ancienneté dans l’entreprise, un accompagnement pour suivre une formation si nécessaire sans oublier les indemnités de chômage prévues par la loi. Tout le monde reçu des compensations particulièrement décentes surtout en comparant avec celles proposées dans les autres industries. Pour moi, c’était réellement une aubaine, car depuis déjà quelques années, 2011, j'éprouvais une grande lassitude. Ma motivation s’émoussait au cours des années. Je souhaitais m’orienter vers une autre façon de vivre. Jje voulais repartir de zéro. Recommencer autre chose de plus épanouissant. Pour cela, il me fallait un minimum de trésorerie pour prévoir une reconversion. Cette fermeture de Bluenext allait m’offrir ce cadeau, ce luxe, de pouvoir quitter une profession qui ne m’intéressait plus ceci dans d’excellentes conditions. Bluenext m’avait permis en même temps de rencontrer des personnes formidables qui resteraient des amis. En ayant été confronté à des situations conflictuelles, j’avais pu expérimenter un peu le syndicalisme dans la vie sociale d’une entreprise en crise. Je découvrais la difficulté de satisfaire tout le monde. Une minorité de nos collaborateurs étaient insatisfaite de l’accord signébien que chacun obtînt à mon sens un montant raisonnable d’indemnités de départ. La nature humaine est immanquablement de vouloir plus. Rien de critiquable. Fin 2012, notre aventure s’arrêtait. La plupart de nos collaborateurs allaient trouver très rapidement un nouvel emploi du fait de leur grande qualification dans le domaine de l’environnement. Certains partiront à l’étranger pour des salaires plus alléchants qu’en France. Leur jeunesse permettait de tenter une aventure professionnelle à l’étranger, les autres restant dans la mère patrie. Cependant assez curieusement tous ces évènements entre le commencement de cette aventure Bluenext et sa liquidation, tous ces changements en forme de montagne russe, cela représentera pour moi la réalisation d’une découverte spirituelle essentielle. Entre une activité débordante, des situations plus ou moins stressantes ou conflictuelles, ma vie allait prendre un tournant décisif me permettant de réaliser entièrement mon désir de ne plus travailler dans un univers de tensions en étant capable de me consacrer à ce que mon esprit chérissait le plus depuis mon apprentissage de la Méditation Transcendantale le 16 mai 1976. J’allais pouvoir m’occuper de mon Soi. Comme rien n’est un hasard ce processus de transformation majeure avait commencé en réalité dès 2010 par un simple courriel reçu des Etats-Unis par une personne représentant le mouvement international de Méditation Transcendantale cherchant des sponsors pour lancer un projet en Inde. Il s’agissait de créer un centre ou les personnes pratiquant la MT pourraient se rendre durant l’année pour approfondir leurs expériences en suivant des programmes de méditation plus poussés. Un autre objectif majeur consistait à la création d’une université de Pandits Védiques pour rétablir la pureté des pratiques de la connaissance Védique en voie de quasi-disparition en Inde depuis plusieurs décennies faute de Maitre spirituel capable de régénérer cet enseignement si précieux. Comme beaucoup de traditions spirituelles, celle-ci se transmettait de bouche à oreille de père en fils depuis des siècles. Malencontreusement, fréquemment, ces enseignements par l’usure du temps sont dénaturés ou mal interprétés. L’un des grands accomplissements de Maharishi Mahesh Yogi a été de réformer l’enseignement du Véda et de remettre en lumière sa véritable nature spirituelle. Les Pandits que l’on pourrait comparer à des moines en Occident même s’ils ne sont pas tenus de rester célibataires, situation préférable pour une tradition orale de père en fils, sont les gardiens de la connaissance védique. Les Pandits et leur richesse spirituelle furent reconnus très officiellement dans les années 1980 par les instances internationales comme « un patrimoine immatériel de l’humanité ». Pour améliorer et développer cette connaissance afin de la faire reconnaitre, Maharishi désirait construire dans un endroit propice permettant l’étude approfondie du Veda. Celui-ci allait se situer au centre géographique de l’Inde, dans l’état de Madhu Pradesh à 60 km environ de la ville de Jabalpur. Il sera baptisé Brahmasthan haut lieu spirituel du sous-continent indien. Des milliers de Pandits pourraient venir approfondir leur connaissance du Véda, des milliers d’autres méditant de toute nationalité se retrouveraient ensemble pour partager des moments uniques de plénitude. Ceci représentera le début d’un très projet ambitieux qui a pris depuis 2011 une grande ampleur car aussi soutenu par le gouvernement de l’Inde. Monsieur Modi, Premier ministre de l’Inde selon la rumeur pratiquerait lui aussi la Méditation Transcendantale. Quand j’ai réceptionné ce courriel des Etats-Unis en 2010, quelque chose d’indéfinissable s’éveilla en moi. Moi-même sentais que ce projet s’adressait directement à mon être, à ma conscience. À cette époque, je venais d’investir dans un appartement en Normandie. Je ne disposais pas de liquidité supplémentaire. Pourtant, je voulais à toute force contribuer à ce projet. Bénéficiant de revenus substantiels, je donnais régulièrement de petites sommes pour aider les gens qui souhaitaient apprendre la MT. Cette fois-ci, il fallait trouver un peu plus que d’ordinaire. Je m’adressais très vite à ma banque pour emprunter un montant raisonnable.  Le prêt fut accordé rapidement. J’écrivais à mon interlocuteur américain pour lui signifier que je collaborerai à ce projet. Je transférais l’argent. Quelques mois plus tard, j'accédais à l’information que j’attendais avec impatience.  Le Brahmasthan entrouvrirait ses portes le 2 octobre 2011 et nous étions invités à nous inscrire pour ce premier cours. Cela s'entend, je n’hésitais pas une seconde. Sans réellement savoir pourquoi cette nouvelle me rendait heureux. Je sentais que cet endroit représenterait un espace privilégié pour méditer. Tous les enseignements appris ou entendus durant les 34 années précédentes allaient prendre une forme concrète en allant méditer au Brahmasthan parmi ces Pandits. La connaissance du Véda allait se matérialiser dans ma conscience grâce à ce lieu de douceur. Je me préparais pour ce voyage quasi-initiatique pour moi. C’était comme si je venais juste d’apprendre à méditer. De plus, concrètement, le Brahmasthan se situe véritablement loin des centres touristiques traditionnels. Il s’agissait d'emprunter un vol pour New-Delhi. Là rien de bien compliqué. Puis un vol intérieur jusqu’à la ville de Jabalpur. Pour conclure ce court périple, un autobus venait nous chercher pour un petit trajet de 3 h 30 pour parcourir environ 60 km, les routes et la circulation étant particulièrement redoutables.  Ceci se déroulait en 2011. Depuis les routes ont été réparées permettant de raccourcir considérablement le temps passé dans l’autobus. Il suffit désormais de 2 heures. Dans l’avion entre New-Delhi et Jabalpur, la moitié des places étaient occupées par des occidentaux. Il n’était pas compliqué de reconnaitre ceux qui composaient le premier groupe de méditant. Nous sympathisions très vite à l’aéroport de Delhi puis de Jabalpur. Beaucoup de nationalités diverses étaient représentées dans ce premier groupe. De nombreux sponsors de la première heure Américains, français, australiens, suisse, allemands conversaient dans une excellente humeur. Notre impatience d’observer le résultat de notre investissement se sentait dans nos échanges. Après notre gymkhana en autobus sur la route couverte de nids de poule, nous étions accueillis chaleureusement à ce qu'allait représenter notre lieu de résidence pour les deux semaines à venir. Nous ne savions pas davantage ce qui nous attendait. Nous n'allions pas être déçus. Nous étions logés dans de petits studios très confortables bien aménagés, une salle de douche et toilette à l’occidental. Le campus était conçu pour fonctionner à l’énergie verte. Ainsi des panneaux solaires installés sur les toits fournissaient toute l’énergie nécessaire aux différents bâtiments. Un système de récupération et de filtrage de l’eau garantissait l'excellente qualité de celle-ci ,tandis que la nourriture servie venait de l’agriculture biologique. Les paysans des villages autour avaient été incités à produire bio avec l’aide financière de l’administration du campus. Tout était conçu pour que ce lieu soit un havre de paix et de positivité. Il fallait aussi que les Pandits puissent étudier en toute quiétude. Ils étaient rémunérés et leurs études subventionnées par le mouvement de Méditation Transcendantale grâce aux dons de fortunes privées. Notre programme quotidien consistait à méditer longuement durant des sessions de plusieurs heures par jour, structurée pour que celles-ci soient agréables. Notre venue au Brahmasthan consistait avant toute chose d’approfondir notre expérience de la méditation et du transcendant. Dès notre arrivée, je ressentais une douceur particulièrement subtile dans l’atmosphère. De simples mots ne suffisent pas à rendre justice à l’ambiance de douceur régnante autour de nous. L’air semblait saturé de positivité, de quiétude. Rien ne venait perturber la profondeur du silence ambiant. La vérité immuable du domaine transcendantal s’éveillait à ma conscience. Mes sens s’apaisaient, mes pensées devenaient plus rares, moins prenantes. Je vivais des instants de pur bonheur. Après ce premier séjour de deux semaines, je décidais de renouveler l’expérience rapidement ce que j'effectuai trois mois plus tard. Durant ce second périple je réalisais que mon expérience reprenait là où je l’avais laissé durant mon dernier voyage au Brahmasthan. Les méditations étaient plus profondes, le bien-être devenait plus constant. De plus entre les deux voyages ma vie au quotidien en France commençait à évoluer de façon assez étrange. Comme si la Nature écoutant mes prières secrètes mettait ensemble tous les ingrédients pour que je puisse renoncer à un monde professionnel qui m’intéressait moins. Voyant ces changements s’opérer graduellement, plus ou moins consciemment au début, je décidais d’aller au minimum deux fois par an me ressourcer au milieu des Pandits. À chaque voyage, à chaque retour dans le monde de l’activité, ma conscience commençait à percevoir de plus en plus de l’intérieur. J’appréciais le flot de la vie dans sa totalité. Je m’attachais de moins en moins aux situations qu’elles soient faciles ou difficiles. D’ailleurs, souvent, en appréciant ces moments de grande plénitude, je vivais une forme de déchirement intérieur ne comprenant nullement pourquoi les gens autour de moi ne méditaient pas tous. Quel temps perdu me disais-je. Tous ces barrages du mental, de l’égo dissimulant la vérité intérieure de chacun d’entre nous, généraient souffrance, malheur ou incompréhension. Parallèlement, ma vie au quotidien n’était pas non plus une partie de plaisir à chaque instant. Ma compagne de l’époque tomba gravement malade. Fort heureusement elle se rétablie après avoir franchie cette épreuve difficile. Cette situation me forçait à explorer un peu plus loin le chemin de la compassion. La vérité du cœur s’ouvrait tout en se sentant dans une forme de détachement positif. Il ne s’agissait pas d’être englouti dans une crise émotionnelle, il s’agissait de ne point s’opposer à cette réalité, mais de l’accompagner avec un réalisme spirituel. À dire vrai, j’expérimentais le cartésianisme le plus pur car basé sur une connaissance intégrée dans la conscience. L’influence de l’émotionnel disparaissait pour laisser la place à la compassion véritable. Ma conscience appréhendait la situation me rendant plus serein tout en aidant ma compagne à gérer ce moment pénible de son existence. Elle réalisait qu’elle pouvait s’appuyer sur mon comportement qui n’était ni indifférence, ni émotionnellement étouffant. Le détachement ne signifiait pas l’indifférence bien au contraire. Parallèlement ma vie professionnelle éprouvait des mouvements hiératiques. Financièrement lucrative, elle générait des jeux d’égos auxquels je participais activement. Ma conscience égotique occupait encore le champ de l’activité. De plus pour l’énoncer ans ambages, je n’avais jamais rencontré dans ma vie professionnelle des personnes aussi difficiles à gérer. Ma consternation de voir responsables se comporter aussi négativement avec leurs collaborateurs m’incitait à m’opposer à ces personnes. Même dans mon univers de courtiers de banque, je n’avais jamais expérimenté une telle acrimonie. Dénoncer ces agissements me paraissait comme une évidence même si je fus parfois un peu maladroit, voir même franchement teigneux. Mon expérience, ce recul devant les évènements me permettait aussi d’éviter toute rancune. Entre 2011 et 2019, j’irai 16 fois deux semaines au Brahmasthan de l’Inde. À chaque voyage, mon chemin de vie se métamorphosait. Finalement fin 2012 Bluenext fermait. Les accords salariaux de départ signés, nous voguions vers d’autres horizons. J'adoptais la décision d'effectuer une coupure dans ma vie professionnelle. J’avais 54 ans, le marché du travail en France pour les personnes de mon âge totalement sclérosé ne m’’incitait pas à embarquer dans une aventure. Mes indemnités me permettaient de voir venir pour quelques mois. Je décidais de quitter Paris pour m’installer en Normandie, à Cabourg où je disposais d'un appartement acquis récemment. Je m’installais dans une forme de retraite spirituelle. Je savourais ces moments pour effectuer de la marche nordique sur la plage très longue de Cabourg. Je cadrais ma vie sur un programme quasi-monastique, me levant à 5 heures du matin, je me faisais un massage ayurvédique avant d'entrer dans ma douche, puis je méditais entre 2 à 3 heures le matin. Puis je partais faire ma promenade sur la plage, d’octobre à mai elle était pratiquement déserte. La mer souvent un peu grise avec un vent d’ouest rendait ma marche sportive totalement enivrante. Le soir, je méditais aussi entre 2 et 3 heures. Je me couchais vers 22 h, parfois 22 h 30. Je profitais à plein de ce rythme réparateur. Je me reposais le corps et l’esprit. À la suite d’un problème local, le maire se montrant légèrement autocrate et peu regardant du bien-être d’une partie de ses administrés, je faisais la connaissance d’un membre de l’opposition qui siégeait au Conseil municipal. Je m’impliquais dans une petite joute à distance avec Monsieur le maire. Je m'intéressais de fait à la vie locale. Je pouvais observer comment dans une ville modeste une personnalité était à même de se faire élire en promettant monts et merveilles tout en agissant exactement à l'opposé. Un permis de construire avait été accordé pour la énième fois à un même promoteur pour construire des immeubles pour vacanciers dans une ville déjà saturées de constructions pour touristes. Autour de ce permis de construire et du terrain acquis, sans parler forcément de malhonnêteté caractérisée, des comportements pas très catholiques nécessitaient des explications. De plus, la qualité des constructions dites de luxe de ce promoteur s’avérait être de piètre qualité, preuve à l’appui, car il s’était distingué auparavant dans la construction de plusieurs immeubles. Nous en avions averti la mairie qui évidemment s’en moqua. D’où mon engagement et cette rencontre avec cette personne de l’opposition qui partageait mes interrogations. La question essentielle étant de comprendre pourquoi la mairie avait renouvelé sa confiance les yeux fermés à ce promoteur. Je découvrais ainsi pour la première fois les séances d’un Conseil municipal. Je pouvais observer les notables à l’œuvre, certains sincères d’autres plus enclins à montrer leur nouveau statut de personnalité locale. C’était une brève parenthèse très instructive dans ma vie quotidienne qui je crois a eu pour conséquence de m’éloigner de la politique de façon durable. Même au niveau local, la démocratie républicaine n’était pas si belle à voir. Cette mise au vert de ma conscience dura 3 années entrecoupées de mes voyages en Inde. Ma compagne demeurant un disciple d’Amma, une sainte connue et reconnue à travers le monde, elle souhaitait la rencontrer aussi fréquemment que possible pour recevoir son darshan, sa bénédiction. Nous voyagions à travers le monde pour écouter ses enseignements. Tout d’abord, Paris, bien sûr, mais aussi Milan, Los Angeles, Singapour, Toronto, Dublin, Boston. Nous visitions deux fois son ashram dans le Kérala. Lors d’un de ces séjours à la période de Noel, j’avais pu assister à une soirée avec Amma assez extraordinaire. Après avoir dispensé ses enseignements, elle commença à entonner un mantra pour la paix dans le monde. Puis graduellement, toute l’assistance répéta ensemble cette mélodie spirituelle. Nous étions entre 2 et 3 000 à chanter. L’atmosphère se chargeait de vibrations célestes. Nous semblions être tous pris dans un état de transcendance guidée par Amma qui continuait inlassablement sa répétition divine. Cela dura environ 45 minutes. En sortant, nous étions tous sereins et joyeux. Je passais des instants inoubliables avec cette grande sainte, comment ne pas l’être d’ailleurs en compagnie d’un être réalisé. Cependant ma conscience me disait clairement que mon Maitre spirituel était Maharishi Mahesh Yogi. Il ne s’agit pas d’une compétition entre Gurus, simplement chacun en fonction de sa personnalité suit tel ou tel enseignement ou méthode pour éveiller le Soi intérieur. Encore maintenant, cela ne m’empêche pas de profiter de sa présence lorsque j’en obtiens la possibilité. Cette période de transition en Normandie dura plusieurs années, je l’avais souhaité, je la vivais pleinement. La Nature allait très promptement décider que je devais être trop jeune pour me retirer partiellement du monde. D’autres tâches diverses de celles accomplies par le passé allaient se présenter à moi. Une fois encore, le pouvoir transformateur de l’évolution changerait le cours de ma vie que je pensais avoir mis au repos pour quelques temps. Durant mes séjours en Inde, j'apercevais une femme russe très élégante. Elle ne parlait pas du tout français encore moins l’anglais. Pourtant, nous arrivions à communiquer par l’intermédiaire d’autres participants qui traduisaient nos conversations lorsque cela était réalisable. Après notre première rencontre ayant sympathisé nous coordonnions nos prochaines visites au Brahmasthan afin de partager ensemble ces deux semaines de méditation intense. Quelle ne fut pas ma surprise les fois suivantes de constater qu’elle parlait un peu de Français, suffisamment pour communiquer. Elle m’avoua qu’elle avait suivi des cours à l’alliance française de Saint-Pétersbourg. Pendant 5 années consécutives, nous nous donnions rendez-vous au Brahmasthan. La sixième année, je ne sais pas par quel sortilège heureux nous nous retrouvions ensemble, en couple. Un obstacle tout de même, elle était russe vivant en Russie et moi français en Normandie. Après quelques moins de va-et-vient entre la France et Saint-Pétersbourg, je décidais de changer de vie. Je faisais table rase de ce qui me restais pour m’expatrier en Russie. Je ne parlais pas le russe. Cependant, dans ma conscience, j’avais eu depuis très longtemps une grande attirance pour ce pays, sa culture et ici en l’occurrence une de leur citoyenne. Je quittais la France. Moi qui pensais en avoir fini avec les changements drastiques, j’étais bien servi. La nature allait m’offrir une autre reconversion. En quittant Bluenext, je songeais réellement à prendre du recul en quittant le monde de l’activité. De façon totalement imprévue, on m’approcha pour prendre en charge la création et le développement de la fondation David Lynch en France.Celle-ci grâce à son fondateur bénéficiait d'une notoriété croissante aux Etats-Unis et en Amérique Latine. La fondation finance l’apprentissage de la Méditation Transcendantale aux personnes en difficultés. Les vétérans souffrant du syndrome post-traumatique, les personnes incarcérés. Nous proposons un programme pour réduire la violence dans les écoles. Mon premier réflexe fut de refuser. La structure juridique proposée ne me convenait pas. D’autre part mon expérience dans ce champ d’activité était plus que limité. 18 mois plus tard, la proposition redevenait d’actualité avec des changements favorisant un développement plus facile. J’acceptais. En janvier 2017, le Fonds David Lynch France débutait son activité. Je rencontrais David Lynch. C’est un admirateur illustre de notre pays. Non seulement un grand cinéaste, il souhaite faire partager au plus grand nombre la possibilité de pratique la Méditation Transcendantale. Il pratique lui-même depuis 45 années. David souhaitait voir sa fondation représentée dans notre pays.Je me lançais dans un travail tout à fait innovant pour moi le caritatif ne représentant pas réellement un domaine de prédilection pour ma personne. En collaboration avec le directeur de mouvement de méditation transcendantale en France nous mettions en place la structure dont l’aide fut cruciale. Par la suite je dirigeais son développement secondé par un conseil d’administration. Il fallait trouver des fonds privés pour financer nos programmes. Ceux-ci n'éveillaient pas forcément l’attention des personnes pouvant être intéressées. Nous devions nous faire connaitre. Après quelques mois de tâtonnement, je visionnais une émission à la télévision française. Une femme de militaire, Mercedes Crépin décrivait la situation pénible qu’elle vivait avec son mari Michael Crépin souffrant du syndrome post-traumatique. J'inscrivais rapidement son nom sur un morceau de papier. Je cherchais son adresse ou quelques références sur google. Elle vivait à Castres. Je lui adressais une lettre lui expliquant comment notre fondation pourrait été son mari à recouvrer une vie plus sereine. Elle accepta notre proposition. Elle-même et son mari apprirent la Méditation Transcendantale en janvier 2018. Michael en ressenti les bienfaits presque instantanément. Depuis une douzaine de militaires suit notre programme en France obtenant des résultats remarquables. D’autre part suivant notre logique d’aider les personnes souffrant de chocs effroyables, nous proposions aux victimes d’actes terroristes d'adhérer à notre programme. 16 personnes rescapées de l’attentat du Bataclan acceptèrent notre proposition. Aux États-Unis, 3 500 vétérans pratiquent la Méditation Transcendantale depuis 2015. Ceci avec la bénédiction du gouvernement américain. En France, la situation est un peu plus compliquée. Une forme d’ostracisme des autorités, des médias, de certains groupes un peu psychorigides vis-à-vis de notre fondation sont bien réelles. Pourtant par exemple notre programme pour guérir les soldats souffrant du SPT a prouvé maintes fois son efficacité en comparaison de toute la pharmacopée employée depuis de nombreuses années. Une forme de procès d’intention vis-à-vis de la MT demeure une réalité en France au détriment de ceux qui pourraient bénéficier gratuitement de notre formation. En tant que Président du Fonds David Lynch, je suis confronté tous les jours à cette forme de censure non avouée. Malgré les témoignages écris des personnes suivant notre programme démontrant une amélioration considérable de leur état une rigidité intellectuelle incompréhensible empêche de nombreux postulants potentiels d’avoir accès à cette information. Une vraie censure existe de la part des médias par simple ignorance. Beaucoup de journalistes de nos jours utilisent trop google plutôt que d’étudier leurs dossiers. Ma grande satisfaction depuis ces trois années où je tente de faire connaitre les bienfaits de nos programmes réside dans le mieux-être retrouvé de ceux et celles qui nous ont fait confiance. Grace aux résultats obtenus nous démontrons un peu plus chaque jour la validité de notre travail. Il nous faudra du temps. Une patience obstinée sera nécessaire pour dépasser les tabous et les idées reçues. La France se croit cartésienne, en réalité son cartésianisme stagne à la surface de sa conscience collective. Pratiquer la MT est cartésien. Ne pas vouloir essayer de comprendre ce que peut apporter cette pratique au bien-être de nombreuses personnes est tout ce qu’il y a de plus irrationnel. Ne pas pratiquer la MT c’est le contraire de la logique cartésienne. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme disait le philosophe. La France faisant une fixation sur une logique du mental étouffé par un égo collectif devenant hors de contrôle se leurre sur sa capacité à résoudre les problèmes de notre société. Ainsi la souffrance nourrit cette incompréhension des mécanismes de fonctionnement de notre conscience engendrant les ferments de la disharmonie.

Le Murmure de Shiva

Dans le murmure de Shiva, il existe un espace infini, vide et plein. Il y a dans cet espace une douceur étouffante de félicité. Le Soi y demeure, il se remplit du vide incommensurable de l'éternité. La conscience s'infuse, se métamorphose, absorbe cette immensité du trop-plein de ce vide si vivant, si riche, si créateur. C’est la source de cette conscience omnisciente. La conscience s'apprivoise de nouveau pour mieux se redécouvrir. Elle s'ouvre, se réveille à sa propre vérité. Elle se réalise au rythme des murmures suivant cette vibration envoûtante. Shiva murmure à notre conscience sa vérité d'éternité. Dans un rythme d'énergie douce et fluctuante, nous prêtons l'oreille à ce chant dans sa continuité intemporelle et pourtant si réelle. Nous sommes transportés dans ce vide trop plein. Car c'est de cela qu'il s'agit, la mélodie de Shiva nous révèle la genèse de la création à partir d'un instant de vide infiniment plein. Nous sommes emportés dans cette cascade de sons créateurs. Nous plongeons dans ce puits sans fond infini, si riche, si envoûtant. Nous percevons alors la naissance même de notre conscience qui se révèle sans aucun doute possible comme éternelle. Nous comprenons alors que le corps est ce réceptacle et l'instrument de toute connaissance, Shiva nous murmure délicatement combien nous sommes si proches de toute vérité. Shiva nous révèle cette douce vérité de la création. Nous voyons la source, nous la comprenons, notre conscience se laisse aller dans son mouvement de plénitude énergique et créatrice. Et puis notre corps, nos cellules, notre ADN acceptent ce don de Shiva. Il intègre cette vérité ultime. La conscience est structurée dans notre physiologie. Nous acceptons alors cet état de fait. Nous nous laissons bercer par les murmures de Shiva. Nous comprenons dans toute sa valeur absolue la richesse de ce que nous sommes. Nous incarnons la Source et la continuité de la création. Le murmure de Shiva s'appelle Atirudrabishek. C'est le chant de Shiva murmurant à notre conscience la vérité et la réalité de notre unité, car sans équivoque, sans aucun doute, nous comprenons alors que nous ne constituons qu'un avec ce qui Est. Écoutant cette cascade de sons qui paraissent sans fin jusqu'aux confins de l'éternité, elle s'étire loin, très loin, elle englobe tout ce qui existe.
Là, il n'y a plus de fins, plus de commencement, c'est le continuum du murmure de Shiva. C’est Atirudrabishek, le chant de Shiva, c'est Atirudrabishek au Brahmasthan de l'Inde.

 

Épilogue
"J'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot..."
Honoré De Balzac

 

 

 

Depuis mon instruction à la Méditation Transcendantale en 1976, ma vie fut jalonnée de nombreux changements. Ma soixantième année annonçait un nouveau départ. C’est cela l’évolution spirituelle. Le mot de retraite n’existe pas dans le jargon d’un méditant. La vie continue toujours. C’est un éternel commencement. Les mots de vieillesse, maladies, stress s’effacent d’une vie bien remplie au cours des méditations régulières. Après 43 années de pratique, j’ai pu entendre un nombre incalculable de bêtise, contre vérité, mensonges sur cette technique. Souvent par ceux qui n’ont jamais essayé d’en comprendre les principes. Dommage pour ces détracteurs qui ne font que se desservir. Dommage pour ceux qui écoutent et ne considèrent pas la peine de vérifier. Grâce à la MT, la conscience remet en question nos certitudes. Elle favorise une vraie évolution holistique de notre humanité. Vivre pleinement signifie se débarrasser de nos références rigides. Il s’agit d’accepter ce que nous sommes réellement dans notre plus simplicité absolue. En s’élançant sur cette voie, la vie s’adapte au flot ininterrompu du changement adossé à la valeur transcendantale de notre conscience.
Derrière cette pratique quotidienne, il existe un océan de connaissance. Méditer, c’est plonger dans cet espace profond, infini. Alors à 60 ans, mon premier séjour en Russie allait être magique. Un départ inattendu, une nouvelle vie. Je désirais depuis longtemps explorer ce pays. L’occasion se présentait dans des circonstances tout à fait délicieuses. Ma nouvelle compagne m’attendait en ce printemps 2016 à Saint-Pétersbourg. Elle-même comprenait difficilement pourquoi un Français souhaitait tant venir vivre en Russie surtout venant de France. Dans l’imagination des peuples, la France reste souvent le symbole du pays où l’on vit bien. J’arrivais à Saint-Pétersbourg. Je passais rapidement les douanes. L’officier très courtois plaisantait un peu en anglais. Il vérifiait mon visa et me laissait entrer dans le pays. Ma compagne m’attendait dans le hall d’arrivée. Elle écarquillait ses grands yeux étonnés. Elle ne croyait toujours pas que j’avais effectué le grand saut. Venir vivre en Russie. Nous empruntions sa voiture. Direction le centre-ville pour une première visite. Il faisait très beau. C’était en mai. À cette époque de l’année, les journées sont de plus en plus longues pour finalement devenir des nuits blanches un plus tard dans la saison. Nous allions diner dans un restaurant italien de bonne facture. Il se situait au bord d’un des nombreux canaux liant la ville une ambiance décontractée y régnait. De nombreux touristes garnissaient la salle. Puis nous partions sereinement à notre domicile situé à une trentaine de minutes du centre. Nous arrivions à son appartement. Un petit 50 m2 dans un quartier populaire pas très loin du fleuve traversant la ville, la Neva. Je m'installais chez ma douce compagne. Les jours suivants, nous allions visiter les palais et musées au cœur et à l’extérieur de la ville. Etonnamment très peu d’informations en anglais étaient disponibles pour permettre aux touristes de se déplacer en toute quiétude. En revanche, les citoyens russes sont d’une grande gentillesse. Extrêmement serviable et accueillant, c’était toujours un plaisir d’échanger avec eux. Je rencontrais de nombreux amis de ma compagne qui étaient aussi très curieux de rencontrer ce Français prêt à s’installer en Russie. La question essentielle venant à l’esprit de beaucoup concernait ma faculté d’adaptation à l’hiver. Est-ce que je me rendais bien compte que l’hiver en Russie durait invariablement de fin octobre à fin avril. Le froid pouvait être très rigoureux. À vrai dire, je n’en savais rien. Je commençais une aventure inédite. Je ne me posais pas vraiment la question. La ville de Saint-Pétersbourg avait quelque chose de féerique. Ma conquête de la Russie s’annonçait sous les meilleurs auspices.

Saint-Pétersbourg le 31/3/2019

 

 

 

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